LIVRE I, CHAPITRE VI
barre de fer qui servait de garde. Il s*était d'abord avancé au-devant des dé- iio7. l^ués pisans, et reculait en leur parlant pour reprendre sa première position. Ses pas mal dirigés se portèrent vers une autre fenêtre ouverte et sans appui ; il tomba au pied du cbàteau et se brisa le cou. Son nain , qui s'était élancé pour saisir les vêtements du comte, en le voyant s'approcher de Fabime , fut entraîné dans sa chute, et mourut auprès de lui. Ce malheureux événement, dont la date n'est nulle part précisée, dut arriver vers la fin de l'année 1197^
Isabelle de Jérusalem, après avoir épousé Humfroy de Toron, Conrad de Montferrat et Henri de Champagne, se trouvait, à l'âge de vingt-six ans, veuve pour la troisième fois sans avoir été véritablement reine. Plus d'un seigneur espérait obtenir sa main et faire placer enfin sur sa tête la couronne , qu'elle n'avait pas encore portée^. Parmi les prétendants les plus autorisés, figurait Raoul de Tibériade, dont le frère Hugues , marié à une sœur d'Isabelle', s'était récenmient distingué en repoussant les Arabes des murs de Saint- Jean d'Acre. Les Tibériade, issus des châtelains de Saint-Omer en Artois , avaient un des noms les plus reconmiandables de la noblesse syrienne ; mais leur fortune n'égalait pas leur mérite, depuis surtout que la Galilée était retombée au pouvoir des Sarrasins. Le Temple et l'Hôpital se prononcèrent contre Raoul. « Comment voulez-vous, disaient les grands maîtres aux « seigneurs, donner la main de la reine à un homme sans terre et sans patri- « moine, qui n'apportera au royaume que sa personne. Le comte Henri, avec «les revenus qu'il recevait du comté de Champagne, suffisait à peine aux « charges et au gouvernement de ce pays. Vous savez bien que son sénéchal > fut plus d'un matin embarrassé de pourvoir à la nourriture des chevaliers du « palais, et vous n'ignorez pas qu'il se vit souvent obligé de donner des gages « aux fournisseurs , quand aucun ne voulait lui livrer les provisions à crém dit^. » Les hommes liges délibérèrent encore. Le chancelier d'Allemagne joignit ses conseils à ceux des ordres militaires, et Ton reconnut, nonobstant l'opposition du patriarche de Jérusalem^, dont le connétable avait autrefois
^ Contin.deGttULdeTyr,ip.220,\iy.XX\îl, * Contin» de Guili. de Tjrr, liv. XXVII,
ch. m; cf. les récits différents des autres ch. y. p. 2 23.
continuateurs , p. 2 1 9 et 2 2 o ; Amadi , fol. 1 8 ; ^ Lettre d'Innocent III blâmant Topposi-
Raoul de Coggeshdle ^Chron. Anglic, ap. Mar- tion du patriarche à Téiection d'Amaury de
tène, AmpUss, colîect.X. V, col. 84 1. Lusignan, pour roi de Jérusalem, 23 dé-
* Condn. de GailL de Tyr, p. 2 23. cembre 1198; Baiuze, EpisL Innoc. lib. I,
^ Ihid. p. 222. Les Lignages d^ouire-mcr ep. 5i8,t. I, p. 297;Einaldi, Annal. eccUs,
ne font pas mention de ce mariage* ann. 1 198, S 79, t. XX, p. 32.
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1 108. désapprouvé l'élection , favorisée par Henri de Champagne ^^ que , si Amaury de Lusignan, veuf depuis quelque temps, consentait à joindre à sa paisible royauté de Chypre, les soins plus laborieux de régner sur la Syrie, le royaume aurait pour chef Thomme qui pouvait le mieux lui convenir par ses qualités personnelles et sa fortune^.
Amaury Amaury accepta Toffre des seigneurs de Palestine. Il se rendit à Saint-
iMbe]i«. Jean d'Acre, épousa Isabelle, et fut peu de temps après' couronné avec elle
par le patriarche de Jérusalem , qui oublia ses griefs et se réunit au vœu
général de l'armée ^
Il wt coorooD^ .Les historiens n'ont pas dit en quelle ville eut lieu la cérémonie du sacre*
roi
d« j^niMi«ni. Il est vraisemblable que Tyr vit la solennité dans ses murs. Depuis la perte de Jérusalem on avait décidé, et il fut ensuite toujours en usage, jusqu'à la perte de la Terre sainte, de célébrer l'intronisation royale dans cette ville, premier siège archiépiscopal du royaume^. Le patriarche de Jérusalem déposait la couronne sur la tête du roi parce que, dit Ibelin, le royaume de Jérusalem ne relève que de Dieu^. Si le patriarche était absent ou empêché, les honneurs de la consécration appartenaient à l'archevêque de Tyr; à son défaut, aux métropolitains de Césarée ou de Nazareth. Dans un premier serment, avant de recevoir l'hommage lige des feudataires, le roi s'était d'abord engagé vis-à-vis de ses homjnes à conserver les assises et les lois de ses prédécesseurs, à maintenir les inféodations accordées par eux, à défendre les
^ Contin, de Ga'dl. de Tyr, ma. d. p. a i a.
* Innocent III au comte de Tripoli : f Ai- * mericum illustrem regem Cypri tu et alii « unanimiter elegeratis in regem , per quem «transmarinae terne tam ex distinctione cpersonas quam afiluentia rerum creditis «posse salttbrius providen. » (Lettre du a décembre 1198; Baluze, Epist. 1. 1, p. a 60; Reînhard , Hist. 1. 1 , pr. p. 5 ; Rinaidi , Annal. eccL 1 19S, S 80; lettre semblable aux Hospitaliers, du ao novembre 1 198; Paoli, Co' diee,i, I, p. 370.)
' Sanudo fixe le couronnement d' Amaury à Tannée 1198, et cette date nous parait exacte. (Liber Secret, p. aoi ; cf. Jacques de Vitry, p. 'iia4.)
* Roger de Hoveden dit que le roi Amaury fut couronné par Tarchevéque de Mayence (cf. Conlin. de Gaill. de Tyr, p. aa3, note); mais , dans sa lettre au patriarche de Jérusalem, du a 3 décembre 1198, Innocent III rappelle que ce prélat couronna lui-même Amaury et Isabelle : cPostmodum vero, votluntate mutata, eos in regem et reginam €Coronasti conjunctos; in quo te tibi conitrarium fuisse ddemus.» (Baluze, Epist.
* • Le reidoit estre ooronés en Jkerosalem , • se elle est en mains de Crestiens ; et quant « elle ne Test , si doit estre coronés à Sur. > (Ibelin, Assises, 1. 1, cb. yi, p. 39.)
* Ibelin, ioc. cit.