LIVRE I, CHAPITRE VI
veuves et les orphelins, et à faire rendre bonne justice à tous les habitants du nos. royaume.
Le jour du sacre, à l'arrivée du cortège royal devant la porte de Téglise cathédrale, où tout le clergé se trouvait réuni, le roi, vêtu comme un simple diacre prêt à recevoir To^rdination sacrée, prononçait ou faisait lire en son nom un nouveau serment, à la fois religieux et féodal, promettant son concours au patriarche et renouvelant l'engagement de défendre les privilèges ecclésiastiques ainsi que les coutumes du royaume^. Le roi s'agenouillait aux derniers mots de la formule, et, posant sa main sur le livre des Écritures ouvert devant lui , il s'écriait à haute voix : « Ainsi Dieu m'aide et ses « saintes Evangiles! » Le patriarche relevait alors le prince, le prenait par la main droite et lui disait : « Je vous aiderai à défendre votre couronne, sauve • soit la sainte Eglise de Rome. » Puis il lui donnait le baiser pastoral , et s'écriait trois fois, en s'adressant à la foule : «Prélats, seigneurs, bourgeois et «vous tous du peuple qui êtes en ce moment assemblés en ce lieu, nous « vous faisons savoir que nous sommes ici pour couronner roi le seigneur N... , « et nous voulons que vous nous disiez s'il est véritablement le seigneur (ou « l'héritier) du royaume. » Par trois fois des cris unanimes répondaient : Oui. A la troisième acclamation, le clergé entonnait le Te Deam et entrait dans l'église avec le cortège royal, où figuraient les grands officiers de la couronne, portant le sceptre, l'èpée, le diadème, l'étendard et les autres insignes de la puissance militaire et judiciaire qu'exerçait le prince. Les cérémonies du sacre, auxquelles l'Eglise avait donné les formes religieuses de la consécration épiscopale, commençaient alors. La messe terminée, le roi, revêtu de ses ornements souverains, sortait de l'église, montait à cheval, et, la couronne sur la tête , le sceptre à la main , se rendait à son palais à travers les rues de la ville. Le soir avait lieu le grand festin royal ^.
L'Etat que recevait Amaury ne conservait plus que les débris et le nom tuit du royaume de Jérusalem. Vers l'orient, on avait depuis longtemps perdu la <ia ligne de défense du Jourdain et les châteaux de Naplouse , de Bethsan , de Tibériade et du Saphed. Les chrétiens, refoulés en deçà du Liban, ne possédaient le long de la côte que trois lisières de terrain isolées, peu profondes, restes des trois anciennes provinces du royaume. Dans la principauté d'Antioche , Gibel , Laodicée et les grandes terres à moitié désertes qui s'étendent
> Sur les deux serments prêtés par le roi, ' Ibelin, ch. vu, cclvi, Assises, t. I,
voy. Assises, 1. 1 , p. 29,310, note , et p. 45/i . p. 3 1 , Â09 et suiv.
rovanme.
1108. de rOronte à la mer, appartenaient au sultan d'Alep^. Seule avancée dans rintérieur des. terres, la ville d'Antioche, nonobstant sa séparation et sa distance des autres positions chrétiennes, se maintenait encore, grâce à la force de son enceinte et à la vigilance de ses princes. Le domaine royal, ou le royaume proprement dit, formé autrefois de la Phénicie méridionale depuis Beyrouth, de la Galilée, de la Samarie et de la Judée entières, comprenait seulement, avec les villages qui en dépendaient, les villes de Jaiïa, Césarée, en ruines, Gaîphas, Acre, Tyr et la ville fortiBée de Sidon, qu'il ne dépassait pas. Les châteaux de la campagne de Phénicie, près des murs mêmes de Sidon, avaient des garnisons arabes^. Dans le sud,' au delà de JafTa et jusqu'à rÉgypte, tout le pays avec Jérusalem appartenait au sultan du Caire. Les ports de Beyrouth et de Giblet, occupés par les troupes d'Egypte ou de Damas', séparaient complètement le royaume du comté de Tripoli, et au nord du comté, peu après Tortose et Margat, on rentrait en pays sarrasin. ' C'eût été déjà un mérite réel pour Amaury de Lusignan de ne pas laisser dépérir davantage le royaume découragé et désuni qui lui était donné. Par une conduite ferme et prudente, il sut le rassurer, conserver ses forces, et lui rendre quelques-unes des possessions qu'il avait perdues.
» Contin. àe GuilL de Tyr, îiv. XXVII. 4;hap. XXV, p. a&7-3^8.
* Ibid. p. 285.
' Ibid. p. 2 34 et 8uiv. p. 262 et suiv.