CHAPITRE VII
SUITE un REGNE D*AMAURY DE LUSIGNAN
Administration d'Amaury. Reprise de Beyrouth. Renouvellement des trêves avec les Arabes. 1I98.
Danger que court Amaury. Il viole les assises. Sollicitude d'Innocent III pour les affaires de Terre sainte. Rapports bienveillants des papes et des empereurs de Constantinople. Alexis Comnëne demande au pape la restitution de Tîle de Chypre. Préparatifs en Europe d*une grande croisade pour la Syrie. Les Flamands hivernent à Marseille. Aventures survenues à la fille d'Isaac Comnëne, ancien empereur de Chypre. Un chevalier flamand épouse la princesse à Marseille et réclame en son nom le royaume de Chypre. Arrivée des premiers croisés en Syrie. Les hostilités éclatent malgré Amaury. La croisade est détournée de son but par les Vénitiens , secrètement favorables aux Arabes. Conduite des Vénitiens pendant les croisades. De la prise de Constantinople. Amaury renouvelle la paix avec les Arabes. Mort d*Amaury. Ses enfants. Son caractère et son règne. Son projet de refaire les Assises de Jérusalem.
Amaury deLusignan, devenu roi de Jérusalem, se montra ce qu'il avait Adminitintion
d'Amaary.
été en Chypre et ce qu'on Tavait déjà vu en Palestine, quand il occupait la connétablie, prévoyant, résolu, sage conservateur de sa fortune et des ressources publiques. Après avoir reçu les hommages de Syrie, il assembla ses nouveaux feudataires, il leur annonça sa détermination de fournir pour la défense du royaume tous les secours qu'il pourrait retirer de l'île de Chypre; mais il déclara qu'il n'entendait pas prendre à sa charge la solde et l'entretien des hommes du royaume de Jérusalem ^ Chaque État devait pourvoir par ses propres moyens au payement de ses gens de guerre. Amaury engagea donc les chevaliers de Saint-Jean d'Acre à déléguer deux d'entre eux pour veiller, de concert avec les baillis royaux, à la perception des revenus de Terre sainte et au payement des rentes et de la solde des chevaliers ^. En même temps il fit venir de Chypre un corps de troupes bien
' Conlin. de Gum.de Tyr,^, 22li ,eiir, des * «Deus chevaliers, qui fussent o ses
mss. c. D. 6. « bailliz por les rentes d*Acre recevoir. » (Ibid.)
nos.
approvisionné, et proposa de continuer de saite la guerre, en profitant du concours des Allemands et des ordres militaires.
Reprise de Beyronih»
Le conseil des chefs se prononça pour Fattaque de Beyrouth, position dominante entre Tripoli et Saint- Jean d'Acre, dont les Sarrasins s'étaient emparés depuis peu. Cette ville, renommée autrefois par son école de jurisprudence, avait un des meilleurs ports de la côte de Syrie, formé naturellement sur le versant septentrional d'un grand contre-fort du Liban qui s^avance dans la mer. Son voisinage de Damas en faisait un entrepôt de commerce si avantageux, qu*après la perte de la Terre sainte, les Vénitiens , quoique établis dans la plupart des villes de Chypre, y fondèrent une de leurs principales factoreries ^ Depuis que les Arabes s'en étaient rendus maîtres, des galères se tenaient toujours cachées derrière son long promontoire, et de là gênaient la navigation des chrétiens sur les côtes de la Syrie supérieure et de l'Arménie, qui prenait chaque année plus de développement^.
La flotte des croisés mit à la voile vers Beyrouth , et l'armée s'avança le long du rivage par la route de Tyr et de Sidon. Elle n'eut pas à livrer de longs assauts. Une partie des remparts de la ville s'étant écroulée avant l'arrivée des Francs, les Arabes se retirèrent sans combattre, en abandonnant d'iminenses approvisionnements. Amaury plaç^ une garnison dans le château, et marcha aussitôt vers Gibelet, ou Djebail, autre port de mer à cinq lieues au nord de Beyrouth, qu'il prit sans difficulté^. Ces deux conquêtes rattachèrent géographiquement.le comté de Tripoli aux terres du royaume, et permirent aux Francs de communiquer sans interruption, parterre et par mer, sur une côte de soixante et quinze lieues, depuis JafTa jusqu'à Tortose. Le roi Amaury donna peu après en fief la seigneurie de Beyrouth à son beaufrère Jean d'Ibelin*, frère utérin de la reine Isabelle, qui restaura la ville, et la rendit florissante en y encourageant rétablissement des Européens ^ Jean, le premier seigneur de Beyrouth de la famille dTbelin, est devenu célèbre dans l'histoire d'outre-mer par l'influence que lui donnèrent sa posi-
* Hist. de Chypre, t. II, p. 4o3 , note.
* Contin, de Guill. de Tyr, p. a 24» 236, liv. XXVII , ch. VI , VIII , et les extraits des mss. c. D. 6.
* Connn. de GuilL de Tyr, liv. XXVII , ch. VI h vin, p. 3 24 et suiv. Arnold de Lu-
beck rapporte la prise de Beyrouth avant le couronnement d' Amaury. (Lib. V, cap. m, ap. Leibnitz; Script Brunswic, t. II, p. 706.)
* Lignages , ch. xx ; Assises, t. II , p. 458.
^ Hist de Chypre, t. IL p. 43; Amadi, fol. 67.