‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 85 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIL

tion et 8on caractère durant la minorité du petit-fils d'Amaury de Lusi^ iit>8. gnan. C^est lui que les jurisconsultes des Assises appellent le vieux sire de Beyrouth,

Après l'occupation de l'ancienne Béryte, Tannée changea de direction, et Renouveiiemcin revint dans le sud pour faire le siège de Toron, fort château d'ancienne construction franque, à cinq ou six lieues de Tyr, qu'il fallait reconquérir avant de songer à marcher vers Jérusalem. Les travaux de l'attaque étaient déjà très-avancés, quand les nouvelles du décès de l'empereur Henri VI, mort à Messine, le 28 septembre 1 197 , parvinrent au camp ^. Le siège fut aussitôt interrompu. Le chancelier impérial, inquiet de sa responsabilité, leva précipitamment le camp dans la nuit du i*' au 2 février ^ et se retira à Tyr, pour hâter l'embarquement de l'armée. Amaury , réduit à ses seules forces, ne pouvait conserver roflènsive, et devait se borner à défendre ce qu'il avait pu reprendre aux ennemis. Sachant que le sultan était disposé à la paix , il n'hésita pas à faire les premières avances et renouvela peu après avec Malec-Adel les trêves conclues précédenmient entre Saladin et le roi Richard'.

Durant les apprêts de départ des croisés, conune le roi était un jour sorti Daogw presque sans escorte pour se promener à cheval sur la plage de Tyr, quatre court Amaury. cavaliers allemands accoururent à Timproviste sur lui , le renversèrent et le laissèrent grièvement blessé. On parvint à les arrêter tous les quatre, mais un des meurtriers s'échappa. Les trois autres furent décapités par ordre du chancelier, sans qu'il eût été possible d'obtenir d'eux aucun aveu^. Les seigneurs de Tibériade furent accusés d'avoir été les instigateurs du crime. Les soupçons se dirigeaient principalement sur Raoul, dont l'orgueil souffrait toujours de n'avoir pas obtenu la main de la reine. Amaury, aigri déjà contre lui, ne contint plus son indignation, en pensant qu'il avait peut-être armé le bras de ses meurtriers. Il le condamna au bannissement sans prendre

* Condn, de GtùU. de Tyr, p. 2 2 7 ; Arnold ^ Conûn, de GailL de Tyr, liv. XXVJI , ch. x , de Lubeck; Chron. Slav. lib. V, cap. y; apud et mss. c. d. g. p. 228; Jean d'Ypres, ibid, Leibnitz, t. II,p. 7io;0liv.leScholastique, ^ Contin. de GuiU, de Tyr, p. 228. Plufiist, regwn Terrœ sancta, ap. Eccard , Corp. sieurs continuateurs rapportent cet événehist. medii eevi, t. II, p. iSgS; Jean dTpres, ment avant le départ de rarmée chrétienne Chron, Sylhien, ap. D. Bouquet, t XVIII, pour Beyrouth , et peu aprës le mariage d*Ap. 599. mauryavec Isabelle. (Extr. des mss. c. d. 6.

* Oliv. le Schol. Arnold de Lubeck, /6id. p. 224 et suiv.)

Février 1198. Tavis dc la haute cour, et ne lui laissa qu'un court délai pour quitter le royaume.

11 viole les aeeiect.

Les chevaliers étaient disposés à admettre la culpabilité de Raoul; mais la manière arbitraire dont le roi Tavait frappé souleva des plaintes générales. Le sire de Tibériade se réclama des vieilles assises, en demandant le jugement de ses pairs. Les hommes liges chargèrent Jean d'Ibelin, devenu sire de Beyrouth, un des chevaliers les plus habiles à parler en public et les mieux instruits des pratiques judiciaires, de porter la parole en leur nom. Bs vinrent tous ensemble avec lui, dit un vieil écrivain^, ils parlèrent au roi et le gagèrent; c'est-à-dire qu'ils menacèrent de cesser le service de leurs fiefs , si le jugement régulier de l'adaire ne leur était déféré.

Amaury fut inflexible. U sentait, et peut-être, abusa-t-il' en ce moment de ses avantages, il sentait que son hésitation à prendre la couronne de Jérusalem, et son peu de désir de la conserver, mettait en quelque sorte les chevaliers à sa disposition. Il maintint ses ordres, et les liges n'osèrent persister dans leur résolution. Raoul, pour délivrer ses covassaux de la solidarité qui pesait sur eux, fut obligé de déclarer qu'il s'exilait volontairement du pays. U quitta la Syrie, protestant, ajoute notre auteur, qu'alors même qu'il tiendrait trente royaumes du roi Amaury, il les abandonnerait tous, plutôt que de servir un pareil homme ^. R se retira d'abord dans la principauté de Tripoli, où il obtint une terre; mais son humeur difficile ne tarda pas à le brouiller avec Boémond. U rendit son fief au prince^; il passa ensuite avec Hugues, son frère, à Constantinople, à la cour de Baudouin I"*, et ne rentra en Palestine qu'après le règne d' Amaury*.

SoUicitnde

d'Innocent III

pour

les «flaires

de

Terre sainte.

La mort de Henri VI, comme la mort de Frédéric I", sept ans auparavant, avait encore une fois interrompu la croisade des Allemands. Innocent HI , en ménageant l'empire au fils du défunt, son pupille, s'occupa avec une vive sollicitude des affaires de Terre sainte. L'élévation d' Amaury au trône de Jérusalem l'avait rempli de joie. B plaça d'une manière spéciale le nouveau roi, sa femme et son royaume, sous la protection apostolique^. Confiant

* Jean dlbelin, comte de Jaffa, qui tenait tous ces détails du vieux sire de Beyrouth lui-même r son oncle. {Assises, 1. 1, p. 327.)

* Navarre. Assises , i, î , p, 5 18, 5 a 8.

^ Contin. de Gmll. de Tyr, p. 23o; Na> varre. Assises, l, I. p. 5d3.

* Villehardouin, éd. Paris, p. io4.

» Conûn, de GaiU. de Tyr, liv. XXVIl.

ch. X, p. 329-330.

* Bulle du a décembre 1198; Baluze.

Innoc» epist. 1. 1 , p. 3 60 ; Rinaldi , 1198, S 80 , t. XX, p. 33 ; Reinhard, t I, pr. p. 4.

Page 1