‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 86 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIL

sur ce qti^on savait de son caractère énergique, il espérait voir reprendre bientôt et continuer sérieusement la guerre contre les infidèles, dont la présence à Jérusalem lui paraissait Topprobre du nom chrétien. Il conjura les chefs d^ordres et les grands vassaux de Syrie d'unir leurs efiforts à ceux du digne chef qui leur était donné. Il les engageait à Taider, s'il en était besoin , à assurer la tranquillité de Tile de Chypre, pays si avantageux et si utile, disait le pape, au royaume de Jérusalem ^ pour qu'il pût se consacrer tout entier à la défense de la Palestine. Étendant ses espérances avec ses vœux, Innocent III avait ordonné la prédication générale de la croisade , afin de réunir dans une grande expédition les croisés latins aux troupes de lempire de Constantinople, et de marcher lui-même, conune il s'en flattait, avec les forces de toute la chrétienté, à la délivrance du Saint Sépulcre.

Les mécomptes des premières croisades ne faisaient pas considérer ce Rap^« dessein comme tout à fait chimérique. Il restait encore , en dehors de la Syrie, a» pape*

et

des moyens d'action et des motifs de confiance. La séparation religieuse des des empmun Eglises d'Occident et d'Orient , consommée depuis un siècle, n'avait pas in- CoMuniinopU. terrompu les relations ordinaires et souvent amicales des papes et des empereurs. Le triomphe de l'Eglise dans la querelle des investitures, en affranchissant le Saint-Siège de la suprématie germanique , avait amené un rapprochement politique entre Rome et Constantinople. Alexandre ID et Eugène UI, dans l'espoir de rétablir l'ancienne union, avaient fait des ouvertures aux empereurs, qui avaient accueilli favorablement la pensée d'un nouveau concile général, où les points en litige auraient été débattus et ^ éclaircis. Lors de l'élection d'Innocent III, Alexis l'Ange avait adressé au pape une ambassade solennelle avec de magnifiques présents et sollicité l'envoi de légats apostoliques, qu'il combla de prévenances durant leur séjour à Constantinople.

* « Quum de regno illo (Cypri) Hierosoly- < mitano regno multa subventionis commoda « ministrentur. » (Bulle au grand maître des Hospitaliers, du 20 novembre 1 198; Paoli, Codice diplom. 1. 1, p. 270.) Cest méconnaître entièrement la constitution du royaume de Chypre , fondée sur les Assises , et s^écarter, en outre , tout à fait du sens précis de cette bulle, que d'y voir, avec Bosio [Storia délia nlitfione GerosoL lib. XIII, t. P', p. 471, Venise, 1696 ) , une délégation du gouverne-

ment de file de Chypre faite aux chevaliers de THôpital. Vertot ( Hisl. des chev, de Saint- Jean, t. I, p. 268) et les auteurs de Tart de vérifier les dates eux-mêmes ont répété Terreur de rhistorien de Tordre de Malte. Des bulles entièrement semblables à celles que reçut le grand maître de THôpital furent adressées aux autres chefs de la Terre sainte* au grand maître du Temple et au prince d'Antioche. (Rinaldi, 1198, S 80, t XX,

1 199. Autorisé par ces précédents ei comptant sur les bons offices du Saint-Siège ,

Alexis Coinntee Alexis pria le pape de s'employer auprès du roi de Jérusalem pour obtenir

Urrstitation la rcstltution de Tilede Chypre. L'invasion du roi d'Angleterre en ce pays,

de , ' **

1 île de Chypre, dlsait Alexis, ct Ics suitcs de cette invasion , faite au mépris des droits d^un empire chrétien n'étaient qu'une inique occupation ; les empereurs n'avaient cessé de considérer Chypre conmie faisant partie de leurs domaines ^ Alexis ajoutait qu'un grand armement préparé par ses ordres pouvait lui permettre bientôt de reconquérir le territoire usurpé; mais que, loin de penser à provoquer une guerre criminelle entre princes chrétiens , il voulait aider les croisés dans leurs combats contre les infidèles, et était prêt à leur envoyer des troupes. Il attendait seulement qu'on eût fait droit à sa légitime réclamation ».

Quelque désir qu'eût Innocent III de complaire à Alexis, il lui était impossible de le satisfaire sur ce point. Dans sa réponse , expédiée à Constantinople vers la fin de l'année 1199, il annonçait à l'empereur qu'avant de prononcer sur une question aussi grave, il devait s'en ouvrir aux rois d'Europe, auxquels le sort de la chrétienté d'Orient n'était pas moins cher qu'au roi de Jérusalem. Mais, d'avance, il faisait pressentir son opinion sur la difficulté d'obtenir le sacrifice demandé, rappelant que le roi Richard avait fait la conquête de Chypre non point sur l'empereur, qui ne la possédait plus quand les Latins y étaient arrivés , mais sur un prince entièrement indépendant et révolté, insistant particulièrement sur l'importance qu'avait File pour Amaury deLusignan. La couronne de Jérusalem, disait Innocent, est une charge bien plus qu'un avantage pour le roi de Chypre^; si Amaury se voit menacé de perdre le pays qui est la meilleure part de sa souveraineté, il consacrera toutes ses ressources à sa défense, et la Syrie sera abandonnée à son sort, sans profit aucun pour l'empire. Il ajoutait que l'abandon de File de Chypre lui paraissait d'autant moins probable, au moment où l'Europe faisait un effort décisif contre les infidèles , que souvent déjà les princes

^ La chancellerie impériale énumérait toujours» dans les protocoles des chrysobulles, parmi les provinces de Tempire , non-seulement Tfle de Chypre, mais les provinces d'Antioche et de Laodicée , depuis longtemps enlevées par les Arabes aux empereurs et conquises par les Francs sur les Sarrasins. (Chrysobullc de 1 1 99 ; Marin , Storia de' Veneziani, t. III, p. 319.)

* Lettre d'Innocent III à Alexis TAnge, sans date , mais paraissant être de 1 1 99 ou 1 2 00 ; Baluze , Innocenùi IHEpistoL 1. 1 ; Gesia Innoc. p. 3o ; dans Muratori , ScripL ital. L III , I'* partie, p. 5i3 ; dans Reinhard, t. I, pr. p. 5.

' f Neglecta solicitudine Terne sanctc, de « qna sibi minus commodi provenit, plus la- «bons. • (Lettre citée dlnnocent IIL)

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