‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 87 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIL

d'Occident avaient prié le Saint-Siège de détonmer Tempereur de Gonstantinople de toute pensée hostile au roi de Chypre, llle étant d'un avantage infini aux Latins pour la conservation du royaume de Jérusalem^. La réponse d'Lunocent m, ne donnant aucun espoir de succès à Alexis, empêcha sans doute Tempereur de poursuivre ses réclamations.

En même temps qu'il éloignait ces dangers de l'île de Chypre, et qu'il cherchait à entraîner Alexis dans la croisade, Innocent stimulait le zèle des princes d'Occident et les exhortait à la guerre. Il leur conseillait d'envoyer sans retard des subsides et des troupes en Chypre, surtout dans la Syrie, où les chrétiens pouvaient se trouver exposés aux plus grands périls, si l'union se rétablissait dans la famille de Saladin ^.

Les seigneurs de France et d'Angleterre, malgré les défiances qui s'opposaient à une nouvelle alliance de leurs princes, n'étaient point insensibles au sort de la Palestine. Le curé de Neuilly, Foulques, avait ému les cœurs en rappdant le dévouement de tant de soldats chrétiens morts pour arracher le tombeau du Christ à la profanation. Innocent III régularisa la mission du nouvel apôtre, et, peu de temps après la mort du roi Richard , les barons de Champagne et de Flandre s'étant réconciliés avec le roi de France, la croisade fut décidée dans un grand tournoi ouvert au château d'Écry en Champagne^, durant l'avent de l'année 119g.

Les représentants des seigneurs français conduits par GeoRroy de Villehardouin, maréchal de Champagne, se rendirent à Venise, pour traiter de leur passage en Syrie. Au mois d'avril 1201, ils conclurent le traité qui semblait assurer la délivrance de Jérusalem, tant Tardeur était grande et l'occasion favorable^. Malec- Afdhal , fils de Saladin, avait été chassé de Damas et de Jérusalem par Malec- Adel, son oncle, proclamé peu après dans les mosquées du Caire. Mais Malec-Daher, frère d' Afdhal , lui disputait Alep,

Prépantifi

en

Europa

d'nne grand*

croiiade ponr la Syri*.

* « Quoniam ex insula Cypri non modicum « subsidium orientai! provincis ministratur. » ( Lettre citée d*Innocent III à Alexis.)

' Innocent III aux rois de France et d'Angleterre. (Baluze , lib. II, ep. a 5 1 , 1. 1 , p. 5o3 ; Reinhard, 1. 1, pr. p. 6; Bouquet, t. XIX, p. 383.)

^ Aujourd'hui Aifeld , dans les Ardennes , arrondissement de Rethel. Érigée en comté , sous le nom d*Avaux-la-Ville , par lettres pa-

tentes de i638 et 1671, la terre d'Écry, à laquelle avait été incorporée la seigneurie de Neufchâtel, a reçu, en 1730, le troisième nom d*AsfeId, avec le titre de marquisat. (Arch. de TEmp. Sect. adm T. 935, n'i9.)

* Villehardouin , éd. P. Paris, p. 6-9; Buchon, Chron. de Morte, t. I, p. 8, 9; Dandolo, Ckron, Venel. ap. Murât. Script itaL t. XII, col. 323.

ôii il était resté maître, et privait le nouveau sultan d^Égypte du concours des troupes de la haute Syrie et de la Mésopotamie.

Les croisés convinrent de se trouver à Venise à la fête de la Saint-Jean iao2. La république devait mettre à leur disposition, pour deux années entières, moyennant un prix de nolis arrêté, le nombre de vaisseaux et d'huissiers^ nécessaires au transport des hommes et des chevaux. Les chefs de l'armée savaient seuls que l'expédition projetée devait se porter directement sur l'Egypte , afin d'attaquer Malec- Adel au centre de ses forces. On indiqua cependant la Syrie comme rendez-vous général aux croisés qui ne pourraient aller s'embarquer dans l'Adriatique^.

Les Flamands

hivernent

i Marseille.

Beaucoup de pèlerins, pour éviter le passage des Alpes, préférèrent en effet descendre le Rhône et se rendre directement de Marseille à Saint-Jean d'Acre. Un grand nombre de Flamands, habitués aux voyages maritimes, n'hésitèrent pas à prendre la mer sur leurs propres côtes avec Jean de Nesle, châtelain de Bruges, et à doubler l'Espagne, en s'avançant par escales successives vers la Syrie'. Ils jetèrent l'ancre à Marseille à la Gn de l'année 1202^» et résolurent d'attendre en ce port le retour de la bonne saison. Durant les loisirs de l'hivernage dans l'ancienne colonie phocéenne, un des chevaliers de Jean de Nesle fit la connaissance d'une jeune femme grecque, qui se trouva être la fille d'Isaac Gomnène, l'ancien empereur de Chypre, détrôné par le roi Richard I*' et mort en 1196, au château de Margat, près de Tripoli, prisonnier des chevaliers de l'Hôpital^. Les aventures extraordinaires arrivées à cette jeune princesse, depuis le moment où son père s'était décidé à la remettre aux Anglais comme l'otage le plus précieux qu'il pût leur donner , méritent bien d'être racontées ici.

1192-1202. j^^ jjii^ d'Isaac avait été, durant le séjour de Richard en Syrie, la com-

snrvrnoos pagnc habituelle des princesses latines venues en Orient avec le roi d'An-

la fille gleterre*'. Escortée d'Etienne de Tornham, chaîné spécialement de veiller à

ancien empereur SOU scrvicc , cUe s'était embarquéc à Saint- Jean d'Acre au mois d'octobre

de Chypre.

^ Navires plats employés pour le transport des chevaux.

' Villehardouin > P' 9 ; Contin. de GuiU. de 7];r,p. 246; Guntfaer. Uisi. Constantin, apud Canis. Anttquœ lectionrs, ëdit. Basnage, t. IV, p. VI et suiv.

' Contin. de Gaill. de Tyr, p. 246-2^9;

AmpUss. coll. t. V, col. 659; Villehardouin. p. i5, 32.

* Contin. de GmlL de Tyr, p. 2&6, 2^9; Jean d^Ypres, Chron. S. Bertin, ap. Bouquet» t. XVIII, p. 601 ; Villehardouin , p. 32.

^ Roger de Hoveden, éd. Savile, p. 769.

^ Voy. ci-dessus, i3, 32,39.

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