‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 88 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE Vil

1192 ^ et son navire avait fait voile pour Tltalie pendant que Richard, 1102-1202. naufragé sur la côte d*Âquilée , se hasardait à traverser l'Allemagne sous un déguisement. La jeune Gomnène, la reine d'Angleterre, Bérengère de Navarre, et Jeanne, veuve de Guillaume le Bon, roi de Sicile, sœur de Richard Cœur-de-Lion , arrivèrent ensemble à Rome. Les chroniques rapportent que les quatre princesses séjournèrent à peu près six mois à la cour pontificale, ce qui nous reporte vers le milieu de Tannée 1 igS^. Quand elles quittèrent Rome, un cardinal, nommé Meliori, les accompagna, par ordre du pape Célestin III, jusqu'à Pise. Des bords de l'Arno, elles continuèrent leur route, probablement par terre, accompagnées encore, à ce qu'il semble, du cardinal, jusqu'à Gênes. De Gênes, elles gagnèrent Marseille, où elles furent reçues par le roi d'Aragon , Alphonse II , qui résidait alors dans son comté de Provence , objet continuel de contestation entre sa famille et les comtes de Toulouse. Le roi Alphonse escorta personnellement les princesses jusqu'au Rhône, limite de ses possessions. Là, elles trouvèrent Raymond, comte de Saint- Gilles, fils aine et héritier de Raymond V, comte de Toulouse, qui les attendait. Raymond leur fit traverser tout le Languedoc et ne les quitta que lorsqu'elles furent sur les terres anglaises; peut-être même alla-t-il avec elles jusqu'à Poitiers*. Il est bien permis de croire que les manières et la courtoisie du comte de Saint-Gilles, âgé seulement de trente-huit ans, laissèrent de favorables impressions dans l'esprit des nobles étrangères; car, à peu de distance, deux d'entre elles, la sœur du roi d'Angleterre et la fille de Gomnène , devinrent successivement ses fenrnies légitimes. Lui-même était alors comte de Toulouse.

Après son arrivée en Poitou , nous perdons pendant quelque temps la trace ^

de notre Chypriote. On s'occupait d'elle pourtant en Allemagne, où le roi Richard, livré par le duc d'Autriche à l'empereur Henri VI, était retenu prisonnier. L'empereur, heureux de garder quelque temps dans sa dépendance celui qui avait outragé à Saint-Jean d'Acre la bannière d'un prince allemand, lié d'ailleurs avec les Gomnène par une récente alliance *, promit de ne consentir à la libération du roi d'Angleterre qu'après la délivrance d'Isaac Gomnène, encore vivant à Margat, et la délivrance de sa fille, alors en Europe. Si

* Roger de Uoveden » éd. Savile, p. 733; ap. Marten. Ampliss, coU» t. V, coi. 833. Bouquet, t. XVII, p. 662. L'empereur Manuel Comnëne avait épousé

* Roger de Hoveden, i6ûl. Berthe, que les Grecs appelèrent Irène, ^ Ibid. belle -sœur de Vempereur Conrad» grand- ^ Raoul de Goggesbale» Chrome. An^lic. oncle d*Henn VI.

les prisonniers se trouvaient en liberté, Temperear- ne devait relâcher le roi qu'après avoir reçu le remboursement de tout ce qu'il avait pu lui-même exiger d'eux ^

Le traité de l'empereur et du duc d'Autriche conclu à Wurtzbouig , le i3 février i igS, ne put recevoir sa complète exécution, par suite de circonstances demeurées inconnues. On sait que le roi Richard fut d^agé de ses derniers liens àMayence, au mois de février ii94> après quatorze mois de captivité, et nous retrouvons la princesse grecque prisonnière encore en Normandie à une époque postérieure, qui doit être la fin de l'année i igi* ou les huit premiers mois de l'année 1 1 96^. Séparée des deux reines, elle était alors confiée à deux gardiens anglais, et associée, sous leur surveillance, à la fille du duc de Bretagne, probablement Eléonore, fille de Geofiroy II. De Rouen , les deux captives , momentanément unies par une étrange destinée et toujours suivies de leurs protecteurs, revinrent en Touraine. Elles s'arrêtèrent quelque temps à Chinon^. U est possible que ce soit en ce lieu, et en 1195, que la liberté fut enfin rendue à la fille de Comnène; mais sa position, à partir de ce moment, redevient encore incertaine. 11 entrait dans les nouvelle^ vues du roi d'Angleterre de se rapprocher de ses ennemis d'autrefois afin de réunir des forces contre Philippe-Auguste. En délivrant la fille de Comnène, en consentant ou aidant à son mariage avec Raymond de Saint-Gilles , en offrant à ce prince la main de sa propre sœur Jeanne , Richard 1"* s'assurait la paix avec le Languedoc et satisfaisait l'empereur d'Allemagne. Les deux mariages s'accomplirent certainement, l'ordre seul dans lequel ils se succédèrent reste douteux pour nous.

Raymond de Saint-Gilles, séparé de Béatrix de Béziers au moins dès le commencement de iigS^, devenu comte de Toulouse à la fin de 11 g^i.

^ Le traité est rapporté par Ansbert dans sa relation de la croisade de Frédéric I", Hist, de expedit. Friderici, éd. Dobrowski, Prague , in-8* ,1827, p. ii5, 119. Roger de Hoveden fait allusion à cet accord; Bouquet, t. XVII, p. 558.

' c 1195. In expensa et robis filie com. • Britaniiie et filie imperatoris Gypri et fac milie sue et Rob. de Wancie et Walt, de «£ly qui eos (sic) custodiebant et ducebant t dum fuerunt apud Rotbomagum et in iti- «nere a Rotbomago usque Cbinon, G lib.

■ Ixviiij lib. xij sol. per idem brève.» (Rot.

Scacc» Norman, tom. I, p. i54t publ. par M. Stapleton , Londres , 1 846 , in-8^.) Ârtide de dépense autorisée par le brevet du roi. Le compte est rendu à la Saint-Micbel de Tan 1 1 95 , ce qui permet de croire que la dépense avait été faite depuis la Saint- Michel 1194*

^ Voy. la note précédente.

* Dom Vaissëte cite un acte du mois de janvier 1193, dans lequel Béatrix agit comme veuve. ( Hist de Long. t. III , p. 548; Note sur les femmes et les enfants de Bajrmond VL] Nouv. édit. t. V, p. 4oi.

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