‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 89 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIL

épousa, au mois d'octobre 1196, Jeanne d'Angleterre, veuve de Guillaume le Bon, de Sicile, laquelle mourut au mois de septembre 1199^ Raymond VI put donc avoir pour femme légitime la fille d'Isaac Comnène, soit avant 1196, soit après 1199. Nous ne voyons pas de raisons suiBsantes de croire, avec l'historien du Languedoc, que le comte de Saint-Gilles épousa la fille de Comnène avant Jeanne d'Angleterre et par conséquent avant le mois d'octobre 1196^. Il nous semble plus vraisemblable, comme l'indique une autre autorité^, que la sœur du roi Richard était déjà morte, lorsque le comte Raymond se décida à épouser la jeune Chypriote. Mais, dans tous les cas, cette union sans objet politique, résultat évident d'une passion momentanée, ne dura pas plus que le caprice qui en avait donné la pensée. Vers 1200, et au plus tard en 1202, Raymond VI abandonna la Levantine, dont il ne parait pas avoir eu d'enfants , et prit , en quatrièmes noces , Éléonore d'Aragon , sœur de dom Pedro II, qui avait succédé à Alphonse II, son père, en 1 196.

La fille d'Isaac Comnène vivait retirée à Marseille, quand les navires flamands y arrivèrent, vers le commencement de l'hiver de 1202. Le chevalier* inconnu qui la vit en fut épris, sans doute, à son tour. L'illustration de sa naissance acheva d'exalter l'imagination de l'étranger. Il l'épousa, et se persuada qu'en devenant le gendre et l'héritier d'un Comnène il- obtiendrait bien en Orient quelque lambeau de la pourpre impériale. Il était lui-même d'une très-noble famille, parent du comte Baudouin de Flandre, i'un des chefs de la croisade et futur empereur de Constantinople. Jean de Nesle et ses Flamands, ravis de l'aventure, promettaient de soutenir ses prétentions. En apprenant que la grande flotte de l'Adriatique ne se dirigeait plus vers la Syrie, ils avaient refusé d'aller la rejoindre^ et s'étaient résolus à continuer séparément leur route vers Saint-Jean d'Acre. Le chevalier partit avec eux de Marseille, la tête pleine d'espérances, ne doutant pas qu'Amaury de Lusignan, satisfait d'être roi de Jérusalem, ne lui cédât volontiers le royaume de Chypre. Son illusion fut de courte durée. « Quand le « roi Amaury ouit sa requête, dit la Chronique d'outre-mer, si le tint à fol

^ Dom Vaissète , note précitée ; Guill. de Pay Laurent.

' Dom Vaissète, d*après Pierre de Vaux Gemay.

' Dom Brial , d'après le continuateur de Guillaume de Tyr. ( Yoy. Script, Franc, t. XIX » p. 9 , note. ) Dom Vaissète et les auteurs de

TArt de vérifier les dates confondent au reste la fille dlsaac Comnène avec Bourgogne de Lusignan, fille du roi Amaury» femme de Gautier de Montbéliard.

* Viliehardouin , séduit par les résultats de failiaiftce vénitienne, se plaint durement de ce refus. (P. 1 5 , Sa , éd. P. Paris. )

Un chevalier

flamand

l'^pouM

i Marseille

et

réclame

le royaume

Chypre.

HISTOIRE DE L'IlE DE CHYPRE.

1209^1203. «et à musart; il lui commanda de vider aussitôt sa terre, s'il ne voulait « perdre la vie. Personne ne conseilla au chevalier de demeurer dans le pays; « il se hâta bien vite d'en sortir et se retira en Arménie ^ • On n'entendit plus parler ensuite de lui ni de la iille dlsaac Comnène en Orient

Arriva

Âmaury, resté toujours en Syrie depuis son couronnement, avait beaupr«m!«r» croisas coup de peine à modérer Timpatience des détachements qui conunençaient

en Syrie. , *

à venir d'Europe. U s'en tenait scrupuleusement à la convention faite avec le sultan d'Egypte; il voulait prolonger la paix jusqu'à la -fin des trêves, et remettait toute expédition sérieuse pour l'époque où la grande armée de Venise, sur laquelle il comptait encore, serait parvenue en Syrie. Les pèlerins, au contraire, à peine débarqués, méconnaissaient les conseils des gens du pays et négligeaient la discipline. Us demandaient à marcher au combat, accusant de faiblesse ou de lâcheté les Orientaux, qui se croyaient obligés de respecter les armistices avec de vils infidèles. C'est l'invariable histoire des croisades. Un corps entier de chevalerie et de piétons, s'étant avancé au hasard sur les terres du sultan d'Alep, avait été exterminé près de Laodicée^. Les chevaliers venus de la Flandre, rendus plus circonspects par cet exetaiple, ne voulurent pas cependant demeurer inactifs. En attendant la dénonciation de la paix, ils allèrent offrir leurs services au prince d'Ântioche et au roi d'Arménie, dont le bon accord n'avait pas duré longtemps. Jean de Nesle s'engagea dans le parti du roi Léon et vint mettre le si^e avec lui devant la ville d'Ântioche, tandis que d'autres croisés, mieux inspirés, défendirent la place pour Boémond IV et la reprirent, après l'avoir perdue'.

Le* hosiiiii<&» Amaury maintenait cependant diflicilement sa position d'attente et d'ob-

~'^*iJS" servation. Il espérait qu'à l'arrivée de la croisade la paix se rétablirait

"*"'^' parmi les chrétiens du nord de la Syrie, et qu'il pourrait marcher alors sur

* Contin, de GuilL de Tyr,p, 2 67 ; Marlène , Ampliss. coll. t. y, col. 669; cf. Sanudo, qui suit, comme d^ordinaire , la Chronique d*outre-mer, en omettant tout ce qu'elle a de défavorable auxVénitiens ; Secret. JideL p. 2 o3 .

' Conlin. de GailL de Tyr, p. a 48, 2^9; cf. Jacques de Vitry, ch. 11, p. iiaà; Fr. Pipino » ap. Murât. Script, Ital. t. VU , col. 819.

' Contin. de Guill. de Tyr, p. 267. Dans h nombre des documents transférévleRome à Paris , et rentrés aujourd'hui au Vatican ,

se trouvait une lettre du roi Léon à Innocent III, sans date et scellée d'une bulle d'or, concernant les différends du roi Léon avec Boémond et la prise d'Ântioche par les Arméniens. Il y est dit que l'occupation d'Antioche eut lieu sans effusion de sang et à la satisfaction des habitants. Léon prend , dans le chrysobulle , les titres de : L. per Dei et Homani imperii gratiam rex Arménie, Une copie de la pièce est restée aux Archives de TEmpire. Section hist. L. 399.

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