‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 96 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE VIII

reprochés Montbéliard.

Gautier de Montbéliard a été accusé d'abus outrageux dans Texercice de ses 1205. 12O6. droits de baile. Les chroniques de l'ile rapportent qu'il s'appropria le trésor Abu» et rigoeon formé par Téconomie de son beau-père; elles lui reprochent de n'avoir vu dans la régence qu'une occasion d'accroître sa fortune personnelle et de satisfaire son amour du faste. Tandis qu'il réunissait souvent autour de lui une compagnie de quarante chevaliers commensaux, il faisait élever son beaufrère loin de la cour, dans une simplicité voisine de la gène, et le réduisait à faire secrètement des emprunts pour suffire aux besoins de son service^. En admettant comme vraies toutes ces récriminations fondées sur des témoignages contemporains, mais peut-être partiaux, on doit ajouter que Gautier de Montbéliard , s'il profita peu généreusement des avantages que l'usage lui abandonnait pendant la minorité du roi, ne chercha point cependant à prolonger la durée de son administration. Régent fidèle , quoique cupide, il hâta d'abord l'émancipation de son pupille par le mariage, et le mit en possession de la royauté par l'investiture féodale, aussitôt que le temps voulu fut arrivé.

Les auteurs chypriotes nous apprennent eux-mêmes que Montbéliard veilla avec soin aux intérêts du royaume. Il prit en personne le conmiandement d'une expédition dirigée sur une^ ville c(Hnmerçante de la Pamphylie, où les Lusignan auraient eu cent ans plus tôt, si l'entreprise eût réussi, un établissement avantageux. Le désordre qui régnait dans les provinces méridionales de l'Asie Mineure permettait de tenter dès lors cette conquête, pendant que les Turcs et les Grecs se disputaient la souveraineté du pays^

L'empire des Seldjoucides d'konium , comprenant la plus grande partie de la péninsule, s'étendait depuis le Sakaria et le Méandre au sud d'Ephèse^ jusqu'au cours supérieur de l'Euphrate, où commençait la domination des Seldjoucides de la Perse, qui avaient été maîtres quelque temps de la Syrie^. Les Grecs , relevés par les succès de Calojean et de Manuel , conservaient encore, indépendamment de l'empire de Trébizonde, tout l'ouest de l'Anatolie, depuis Nicée jusqu'à la Lycie et à la Pamphylie; mais l'autorité des em^ pereurs se maintenait plus difficilement dans ces provinces, à cause de leur éloignement. Les rapports de leurs habitants avec l'ile de Chypre, facilités par la configuration des lieux , étaient devenus plus actifs depuis l'arrivée des Latins, qui allaient chercher sur le continent les denrées et les marchandises

* Contin. de Guill de 7^, p. 3i5; Hist de Chypre 1 1. II, p. i9-i3.

* Voy. Bihl. de VÉc, des chartes , 2* série , 1. 1, p. 3oa et suiv. Gi-dess. p> 91.

Du commerce

des Francs

en

Asie Minenre.

manquant à Tile de Chypre. Satalie, Alàïa, Anamour, Gorhigos, étaient les points de départ de ces relations presque journalières entre les deux cotes de la mer étroite qu on appela depuis canal de Caramanie. Vers le même temps, les commerçants Européens, non sujets des Lusignan , avaient étendu leurs opérations dans ces pays. Pendant que les Génois se portaient vers les provinces grecques de la Lydie , les Vénitiens et les Provençaux fondèrent des comptoirs dans les villes du sud , et obtinrent des privilèges commerciaux du sultan de Romanie^

Eip^dition

J« lloiitb«^li«rd

l Salalif .

Profitant de Taffaiblissement des Grecs, un seigneur italien nommé Âldobrandin, que Ton dit avoir été d'abord au service des empereurs, s'était fait une principauté indépendante à Satalie, l'ancienne Attalea, ville située au fond du golfe de ce nom, avec un bon port, un fort château et des bazars qui, jusqu'au xv* siècle, furent connus par leurs approvisionnements des productions de l'Asie et de l'Egypte^.

C'est, à ce qu'il parait^, pour secourir Aldobrandin, inquiété par les Turcs d'Iconium, que le régent de Chypre passa sur le continent avec un coips de deux cents chevaliers, en 1206 ou 1207^ Les chroniques latines n'avouent pas ce premier motif, qui facilita l'exécution du projet de Montbéliard; dles tiennent l'entreprise du régent pour une tentative de conquête spontanée autant que légitime contre les infidèles. Les Grecs conçurent bientôt des craintes à l'égard des auxiliaires qui leur étaient arrivés. Après un premier effort accompli en commun et avec bonheur pour éloigner les Barbares, la discorde se mit entre les alliés. Les Grecs soupçonnèrent les Chypriotes de vouloir se rendre maîtres de la ville et ne pensèrent plus qu^à les chasser. N'ayant pu se débarrasser d'eux, ils appdèrent les Turcs à leur aide, et assiégèrent le château où les Francs avaient été obligés de se réfugier. Le sultan Gaiat- Eddin occupa la ville, s'empara bientôt du fort et retint tous les Chypriotes prisonniers^. Si Gautier de Montbéliard fut du nombre des captifs, il dut se racheter peu après avec les siens ^ Dès l'an 1207, il était de retour eo Chypre , occupé du mariage de son beau-frère , qu'il sanble avoir tenu à

* BihL de tÈcoU de* ckartes, a* série , 1. 1 , p. So3.

* IW. p. 3oS; Hist de Chypre, t. H, p. iS, >67« note; Édrisi, Géogr, t. II, p. 3 10.

' D'après les Byiantins el les Arabes. (Voy. Hût de Chypre, t. II, p. i3, note.) « IM. t. II. p. i3.

* Ihid. t II, p. i3, noie.

* Suivant une chronique chypriote , Gautier cle Monthélîard, «près avoir quitté ia régence de Chypre, aurait fait une nouvelte tentative contre Satalie , vers Tan 1 a 1 s . et aurait trouvé k mort dans cette eipédition. (Ihid. t. II , p. 1 4 . note.)

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