‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 97 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE VllI

effectuer, comme une garantie de ses loyales dispositions , aux premiers mois isoc- 1207. où Tàge du prince le permit.

Obligés d'attendre leur majorité politique jusqu'à Tàge de quinze ans ré- Dispositions volus, les jeunes nobles pouvaient, en Orient, contracter mariage dès qu'ils pour le mariage

du

accomplissaient Tâge de treize ans , ou qu'ils atteignaient leur quatorzième ni Uugues. année. L'âge, en l'absence de tout état civil, se constatait, comme en Europe, par les souvenirs, la déclaration et l'appréciation des parents on des amis. Il suffisait à la femme d'avoir douze ans accomplis pour être admise à prendre mari ^ Le droit d'outre-mer tolérait comme exceptionnelles ces unions précoces, et les jurisconsultes des assises ne les justifiaient que dans les cas où il y avait nécessité uif ente d'assurer dans une famille la possession de la seigneurie héréditaire^.

Le roi Hugues, né, à ce qu'il parait, vers l'an 1 1 96 ou 1 196 , devait achever ses treize ans en 1208, et arriver à la majorité parfaite de quinze ans, soit dans le cours de l'année 1310, soit dans les premiers mois de l'an 1211. Gautier de Montbéliard n'attendit pas que le roi fût parvenu à la limite même de l'âge légal pour préparer l'exécution de l'accord arrêté autrefois entre Âmaury de Lusignan son beau-père et le comte Henri. Marie, l'atnée des filles du comte de Champagne étant morte, et le roi Hugues n'ayant point de frère , les mariages projetés se bornaient à celui du jeune roi avec l'une des deux filles survivantes de Henri, Alix l'ainée, ou Philippine, la cadette. En 1206, Montbéliard s'adressa au pape Innocent ED, et le pape écrivit au patriarche de Jérusalem, afin que l'autorité ecclésiastique, dont la compétence s'étendait sur toutes les questions de mariage, concourût à la fidèle observation des promesses échangées ^

U était d'un grand intérêt pour Thibaut IV, neveu du comte Henri et successeur de Thibaut III, son père, de voir réaliser l'alliance annoncée, afin que ses cousines, dotées en Orient, ne vinssent point un jour élever des réclamations contre lui en Champagne. La possession du patrimoine paternel ne paraissait pas lui être bien assurée encore. Il est vrai qu'en 1190 le comte Henri, son oncle, avant d'effectuer sa croisade, avait fait donation éventuelle de ses comtés de Champagne et de Brie à son frère Thibaut,

Inquiétudes

et précanttons

de

Blanche

de Navarre.

^ Assuês, 1.1, p. ii4> note; 969, noie; 263, no4e; t. II, p. 109, cli. clx.

' Navarre , Assises , 1. 1 , p. 558 , note.

' Lettre d'Innocent III au patriarche de Jénisaiem , du 3o mar» 1 906 , Hist. de Chjfre , t. II, p. 34.

120C-ia07.

pour le cas où il ne reviendrait pas lui-même d*outre-mer. Le comte Henri était mort, on Ta vu, à Saint- Jean d'Acre en i igy, Thibaut III avait fini ses jours dans la ville de Troyes, en i20i, et, depuis cette dernière époque, la Champagne était r^e bailliagèrement par Blanche de Navarre, sa femme, tutrice de Thibaut IV, le posthume, jeune enfant qu'elle avait mis au monde dans les premiers mois de son veuvage. Mais les conditions de la donation ne semblaient pas rassurer entièrement la mère sur la fortune de son fils^ et dès la mort d'Amaury de Lusignan, Blanche, préoccupée de Tavenir de ses nièces, avait envoyé à Saint- Jean d'Acre Gamier de L^ny, un de ses vassaux, pour s'employer auprès des chevaliers du pays, afin que les princesses restassent en Orient et que l'une d'elles épousât le roi de Chypre.

Le r^ent de Jérusalem, Jean d'ibelin, et son frère Philippe, qui prenait part aussi à l'administration du royaume, tous deux oncles, par leur mère Marie Comnène, des filles d'Henri de Champagne, étaient les garants naturels de la convention faite par leur père avec Amaury de Lusignan. Philippe dlbelin était, en outre, beau-firère, par sa femme, Alix de Montbéliard, du r^nt de Chypre, dont la conduite sévère vis-à-vis du roi Hugues pouvait inspirer quelques craintes et justifiait au moins les assurances qu'on cherchait en dehors de lui. Un concert s'établit naturellement entre Gamier de Légny, représentant Blanche de Navarre, et les seigneurs d'ibelin, auxquels s'adjoignit un chevalier croisé, nonomé Guillaume de la Pierre.

Les Ibelin promirent de faire tout ce qui serait en leur pouvoir pour mener à bonne fin le mariage du roi de Chypre et d'Alix de Champagne, agréé déjà par les feudataires du royaume de Jérusalem. Us donnèrent l'assurance, si la princesse Alix venait à mourir avant d'être mariée, d'agir autant qu'il dépendrait d'eux pour que le roi Hugues épousât sa sœur cadette Philippine. Us s'obligèrent en conséquence à garder leur nièce Philippine en Syrie au moins pendant deux ans , à partir de la Pâque prochaine 1208. La reine douairière, Marie Comnène, ajouta ses promesses personneUes à l'en-

gagement de ses fils. U fut enfin convenu qu'aussitôt après la célébration du mariage du roi Hugues» soit avec Alix, soit avec Philippine, une somme

^ Il semble qu'aucun acte écrit n*ait été dressé pour constater cette donation. Peutêtre, s*il a existé, Blanche de Navarre, trouvait ses dispositions insuflQsantes ou défavorables, le fit-elle anéantir. Du moins, dixsept ans après la mort d'Henri II, Tacte

n'existait plus , et Ton ne pouvait prouver le fait de la donation d'Henri que par des témoins. (Lettre de Louis, fils aîné du roi de France, au roi Jean de Brienne, du 2 man laad. Arch» de VEmpire, Cartul. de Champagne , KK. 1064 , fol. ao v^)

Page 1