LIVRE I, CHAPITRE VIÏI
de cent cinquante marcs (Tor^ serait donnée par la comtesse de Champagne aux seigneurs d'ibelin et à Guillaume de la Pierre. On n'attachait alors aucun déshonneur à Tacceptation de semblables clauses, qui étaient la sanction et la condition patentes de Texéculion d'un contrat. La convention reçut, du reste, une sorte de publicité par la rédaction de Tacte authentique qui en contenait les dispositions. Des témoins spéciaux se portèrent caution du serment des parties, et Tarchevéque de Tyr, Tun des témoins avec le trésorier du Temple, fit confirmer la charte de son scel à Saint-Jean d'Acre, le 5 décembre 1207^.
Ces précautions excessives ne furent peut-être pas superflues. Dans tous les cas elles ne pouvaient qu'aider aux dispositions de Montbéli^rd. Aussitôt que le roi Hugues parvint à la fin de sa treizième année, les seigneurs d'Ibelin conduisirent Alix de Champagne en Chypre, et le mariage royal fut célélMré^. Les deux époux étaient à peu près du même âge, tous deux neveux, quoique à des titres différents, de Jean et de Philippe d'Ibelin. Quant à la sœur d'Alix, Philippine, qui ne trouvait pas de parti dans la famille d'Amaury, elle resta qudques années encore en Orient; mais un chevalier champenois vint l'épouser en 1 2 1 5 , et , se prévalant alors des droits paternels de sa fenmie, il souleva contre le fils de Blanche de Navarre les contestations qu'on avait mis tant de soin à prévenir^.
Son mariage ne semble avoir donné, du reste, à Hugues de Lusignan, ni plus de liberté ni plus de richesses. L'état conjugal ne changeait pas la situation politique du roi présomptif. Le mariage pouvait faire hâtivement de l'adolescent un chef de famille; il n'en faisait pas un citoyen, c'est-à-dire un chevalier, et ne lui conférait la jouissance, ni de son fief, ni de son royaume. Tant que l'héritier n'avait pas atteint le temps rigoureux de sa majorité féodale, tous les pouvoirs publics demeuraient dans les mains du baile; et Gautier de Montbéliard ne parait pas avoir dérogé à cet usage, en concédant prématurément à son jeune frère une part de son autorité. C'est alors
HvgOM
^ponM Alix
de Champagne.
> € Débet donare cl marcas auri , lvi ber « pro marca. > Du Gange , en citant ce texte (GI08S. voc. Ber) , explique le mot Ber comme désignant une sorte de monnaie ; Caq>entier pense qui! faut lire ftar, et croit quHl s*agit, dans ce passage, de sous pariais. Il nous semblerait plutôt que her est une lectwe inexacte d'un signe d'abréviation signifiant btsants.
* La pièce dans laquelle les événements précédents se trouvent rapportés a été publiée dans Martène , Thés, aiuc, 1. 1 , col. 806 ; Dumont, Corps diplom, i. l, part. I, p. 383, et Reinhard , 1. 1 , pr. p. 7.
' Contin. de GaiU, de Tyr, p. 3o9 ; Sanudo , p. 2o5; Hist, de Chypre, t. II, p. 12.
* ConCifi. de GuilL de Tyr, p. 3o9 , ms. D G. p. 3 19. ch. Tiii. Voy. ci-après, p. aai.
probablement que le prince, impatient de régner, amtracta des dettes, parce qu'il sentit davantage, depuis qu'il n'en sottHraii pas seul, la position étroite où le retenait le maître momentané de sa fortune.
Affaires
de
Trire sainte.
L'union de sa belle-sœur, Marie de Montferrat , héritière de Jérusalem , était de plus grave portée que la sienne. L'époux de la reine devenait roi , et de son mérite pouvait dépendre l'avenir du royaume de Palestine. Les Orientaux résolurent de remettre au roi de France le choix de celui qui devait être leur chef. Us espéraient qu'un des hauts barons du royaume, comme autrefois le comte de Champagne, et plus complètement que lui encore, ne refuserait pas de consacrer sa vie et ses revenus à la Terre sainte, en l'adoptant pour sa patrie. Le roi ne proposa cependant aucun des grands feudataires de sa couronne. Il désigna aux députés que lui envoyèrent les chevaliers d'outre-mer, l'un des vassaux du comté de Champagne, le cadet des seigneurs de Brienne, Jean, déjà vieux et mincement doté, mais véritable honmie de guerre, aussi brave que prudent. Jean de Brienne avait fait ses preuves lors de la prise de Constantinople; auparavant, il ne s'était ^ pas moins distingué à la conquête de la Fouille, où il avait accompagné son frère aîné, Gautier III, mort depuis quelques années ^ Le futur roi de Jérusalem, en acquiesçant aux propositions des Orientaux, se réserva un délai de deux ans pour faire ses préparatifs de départ. Il alla d'abord à Rome, obtint du pape un prêt de 4o,ooo livres tournois sur les revenus du comté de Brienne, qu'il administrait en qualité de baile de son neveu Gautier IV^; revint ensuite à Paris, reçut de Philippe-Auguste un don de 4o,ooo livres parisis, et s'embarqua enfin avec une compagnie de trois cents chevaliers croisés, après la fête de la Saint-Jean du mois de juin 1210'.
* Contin, de GuiU. de Tyr, liy. XXX, ch. XII, XIII, p. 3o6. S'il fallait. en croire ici le rédacteur de la chronique d*outre-iner, ms. de Goibert, Philippe- Auguste aurait arrêté ses vues sur Jean de Brienne , pour éloigner un rival devenu dangereux dans Taffection de Blanche de Navarre, régente de Champagne. L*âge des personnages rend tout à fait invraisenihlable cette romanesque explication. D'ailleurs, les chevaliers de Palestine euxmêmes , suivant d'autres écrivains d*Orient , auraient demandé poiir roi Jean de Brienne , connu depuis longtemps de beaucoup d*entre
eux. ( Conùn. de GûilL de Tyr, mss. g. d. 6. p. 3o6-3o7.) Le P. Laffiteau adopte cette dernière version dans son Histoire (anonyme) de Jean de Brienne , roy de Jéiynsalem et empereur de Constantinople, in-ia. Paris, 1727, p. 106 et suiv.
* Contin. de Gaill. de Tyr, iiv. XXX , ch. xiv, p. 3o8.
' Ibid, p. 3o8 et 3 10, note d. Voy. aussi p. 3ao, où il est dit que la marquise Marie, morte en 1 a 1 a , ne vécut c[ue deux ans apràs son mariage avec Jean de Brienne. (Laffiteau, p. 1 14.)