‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âgeChapitre 15 sur 90 · District de Cérines et de Lapithos · texte numérisé non relu

District de Cérines et de Lapithos

Ce district comprend les deux versants de la partie occidentale de la chaîne de Cérines dite autrefois du Karpas, où se trouvent les célèbres châteaux de saint Hiiarion et de Buffavent ; il borde la mer de Caramanie sur une étendue d'environ quatorze lieues, depuis le cap Kormakiti jusqu'au village de Saint- Ambroise et jusqu'à l'étroit passage qui permet aux piétons de franchir les montagnes du Khytréa à l'est du Képhalovrysi, sans passer par la gorge de Cérines. Sa largeur moyenne est de trois lieues. Il compte plus de quarante villages, et une population d*environ 9,000 Ames, dont 5,000 Grecs, 3,000 Turcs et un millier de Maronites, placés sous la protection du consul de France.

Le village principal de cette intéressante et ancienne émigration du mont Liban est Kof*mahiti, peut-être l'ancien Melabrum, sur la côte occidentale du cap stérile et solitaire auquel il donne son nom. Les Maronites occupent encore Assomatos, Gàlhibili, Karpascha et quelques autres villages ou hameaux, autour du couvent grec d'Halos Paniel&imon, résidence habituelle de l'évoque grec de Cérines. Les masures abandonnées de Margki à l'ouest du pic remarquable de Koudouna,^ celles de Bédélia, près de la mer et bien d'autres attestent la diminution des Maronites, ici comme dans les autres parties de l'île, sous la tyrannie et les exactions inimaginables des prélats grecs. Nos consuls étaient enfin parvenus à améliorer leur condition, et à les faire placer à peu près au rang des autres raïas. Le gouvernement anglais réparera autant qu'il dépendra de lui les, iniquités commises à leur égard dans le passé. Le malheur auquel il sera plus difficile de remédier, c'est qtlè de leurs anciennes possessions en Chypre, les Marohites p'ont conservé que les terres les moins bonnes, situées à l'extrémité du district.

Autant les plateaux de Kormakîti à Gambili sont tristes et dénudés, autant l'aspect de tout le reste du caiiton est riant et fertile. « C'est un des plus riches districts de l'Ile, dit M. Gaudry, et c'est sans contredit le plus beau. » J'aime à citer l'opinion d'autrui, afin de ne pas exagérer mes propres impressions (1). D'immenses plantations d'oliviers et de caroubiers s'étendent sur le versant septentrional des montagnes depuis Vassilia et Lapithos jusqu'au-delà de LapaU, La qualité des olives de cette région est supérieure à celle de ses caroubes qui ne valent pas les caroubes du Larnaca et de Limassol. — Lapaïs ou Bella Paese possède une riche végétation d'oliviers, de citronniers et d'orangers de toutes sortes. Les terres qui «ntourent les magnifiques ruines de l'ancienne abbaye de Prémontrés, sont

(1) Voy. Bévue historique^ 1877, t. V, p. 70..

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iO l'île de CHYPRE.

toutes fertiles. Gazzaphani, donne du tabac abondant et recherché, quoiqu'il n'égale pas la qualité de celui du Paphos. — Vers Touest, près de Karava, les terres basses et bien arrosées d'Acheropiti donnent du coton d'excellente qualité, des céréales et de la colocasse. Su^e bord du rivage se trouve une ancienne église latine abandonnée qu'on appelle encore Franco Icclisi. — En dépassant Lapithos et Vassilia, en avançant vers l'ouest pour gagner le pays des Maronites, on traverse le Panagra, Les paysans m'ont signalé des ruines au haut de la montagne qui domine le ruisseau. C'est peut-être l'ancienne ville de Panacrum.

Lapithos, l'antique Lapethus, le fief de La Pison du moyen âge françîds, est le plus grand et l'un des plus beaux villages de Chypre ; aussi les Turcs s'y sont-ils groupés en grand nombre. 11 est placé à mi-côte, à une demi-lieue de la mer, à l'ombre de caroubiers, de palmiers, de genadiers, d'orangers et autres arbres fruitiers. Un ruisseau abondant qui conserve de l'eau toute l'année, grâce à la courte étendue de son parcours, y rafraîchit et fertilise les terres. La salubrité de l'air et la douceur de la température eh font un des plus agréables séjour de l'île. La facilité des communications qui vont le rattacher à Nicosie et à Larnaca, en achevant sa fortune, donneront à Lapithos les plus belles destinées. C'est le moment pour les spéculateurs d'y acheter des terrains. Ses habitants ne manquent pas d'ailleurs d'industrie. Outre une culture mieux entendue que celle des autres districts, ils ont quelques fabriques de toiles de coton ; ils font des chaises communes, et depuis un temps immémorial ils produisent des poteries, as^e? grossières d'ailleurs en raison de la nature inférieure de l'argile qu'ils emploient.

Cérines ou Kérynia, ancienne résidence d'un capitaine français, d'un conimandant turc et d'un cadi, et siège officiel de l'un des quatre évoques grecs de l'île est un petit bourg, construit au bord de la mer sur l'emplacement de l'ancienne Cérynia. Les Turcs y sont bien plus nombreux

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que les Grecs. Le château fort qui abrita la famille royale pendant Finvasion des mameloucs et qui résista plus d*un an à Jacques le Bâtard, est aujourd'hui délabré. Soixanteet-dix topchis ou canonuiers l'occupaient. Le port, le seul qui mérite ce nom malgré sa petitesse sur toute la côte septentrionale, est aujourd'hui ensablé et ne reçoit que des navires du plus faible tonnage. Gérines communique avec Nicosie, dont elle n'est éloignée que de cinq lieues, par un défilé carrossable quoique étroit et sinueux, appelé le Boghaz, la gorge de Cérines^ ouvert entre les montagnes de Saint-Hilarion et de Bufïavent. Le torrent de Thermia en occupe le fond et meut quelques moulins. — A l'entrée de la gorge, vers Nicosie, se trouve le village d'Agridi, où le vieux sire de Beyrouth battit les partisans de Frédéric II, en 1232. Au sud-ouest, sur les terres de la plaine de Morpho, est Blessia, que les Turcs appellent Pletcha, peutêtre Le Plessie français, fief d'une famille considérable. A l'ouest de la gorge et du côté de la mer est la commanderie de Templo, aujourd'hui village turc de Tembros; non loin est la belle ferme ou chifflick de Fungi, connue on peut le dire dans l'île entière, par la richesse de ses produits en céréales, huile, bestiaux et volailles.

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