District de la Messorée
La plaine de la Messorée, dit M. Gaudry, est un des lieux les plus fertiles du monde (1). On Ta justement nommée le grenier de l'île. Ses champs à perte de vue sont couverts de blés, d'orges et de cotons qui rendent dans les bonnes années communes jusq|li'à vingt fois le produit qu'on y a déposé. Elle nourrit de nombreux troupeaux de moutons, des bœufs en nombre suffisant aux labours et presque tous les chameaux que possède l'île. Suite de la plaine de Nicosie, elle commence dans le dis-
(1) Recherches, p. 95.
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trict de Kythi'éa, traverse de l'ouest à l'est le district de la Messorée auquel elle donne son nom et arrive aux portes de Famagouste. Outre la plus grande partie de la plaine de la Messorée, le district comprend au nord cinq ou six lieues de la chaîne des montagnes de Cérines, «t dans le midi vers les caps de Pyla et de la Grée quelques collines pierreuses couvertes de taillis de genévriers où des francolins et des perdrix rouges se multiplient cependant. Moins stériles, les montagnes et les terres du nord donnent du blé, du miel, de l'huile et quelques bois; elles possèdent de grands troupeaux de moutons et de chèvres. — Akanthou ou Agathou, gros village au delà des montagnes du Karpas ou de Cérines, près de la mer, produit des fromages renommés dans l'île entière. Ils paraîtraient bien médiocres en Europe. Fades quand ils sont frais, ils deviennent acres en vieillissant. — Au centre du district et de la plaine, se trouve le chef-lieu Vattili ou Vassili, résidence d'un kaîniakan et d'un cadi turc. On voit au nord de ce village les masures abandonnées de Stephano-Vassili ; à l'ouest, les anciens domaines d'Asquie et de L'Omiphe, qui donnent des céréales, du coton et du sésame. Au nord est Lefkoniko, assez gros village fertile en blé et en coton. Les mêmes produits se retrouvent à Angastina et Maratho Vouna ses voisins ; à Yénagra, et à Sinta, l'ancien fief français de Sindes. Gaîdoura, moins desséché y ajoute quelques troupeaux de brebis.
La partie de la plaine que traverse le Pidias vers Famagouste se nommait autrefois le Sivouri ou le Sygouri. Ce nom était même donné, sous les Lusignans, à la contrée entière de la Messorée. Le village de Prastio tou Sygouri, près de Stylous, vers Salamine, que les Français appelaient le Casai de Sivorie, le rappelle encore. Le Château Franc avait été construit, non loin de là, pour protéger la Messorée contre les Génois de Famagouste. — Au sud se trouvé le village de Kalopsida où l'on récolte, outre des céréales, du coton et une grande quantité d*herbe à savon^ don-
SA SITUATION PRÉSENTE. i3
nant la soude. Encore au xvii'' siècle, Chypre produisait jusqu'à mille sacs de cendre de soude qui se vendaient •chacun dix écus. — A Touest de Kalopsida, Lyssi donne des cotons de première qualité. Au sud, près de StrouUos, on «xploite une qualité supérieure de terre d'ombre, au lieu dit Mavro Vovmi, — En retournant vers Test et le sud, se trouvent les anciens fiefs français du Pistac et d'Avegore, Pistaki et Avgorou, qui ont des céréales et des troupeaux, •et où se conservent encore comme une rare et précieuse exception, à Avgorou du moins, quelques familles grecques du rit catholique -latin. Oromidia, où M. de (^esnola place avec raison, je crois, l'ancien Thi'oni, possède des jardins de grenadiers et de citronniers remarquables. Sotira, sur le bord du lac d'eau douce de Paralimni, enclavé dans le district de Famagouste, est fertile en soie et en grenades. Plus au sud, sur les bords de la mer, les taillis et les vignes d'Haïa Napa reçoivent au mois de septembre des quantités innombrables de bec-figues ou ortolans de Chypre dignes des tables royales.
Cette partie de l'île, comme le Kythréa et le nord de la Messorée qui lui est contigue, sont les pays qui paraissent avoir conservé le plus longtemps des familles chrétiennes autres que des Grecs. Ce sont d'anciennes familles latines, maronites ou arméniennes, qui ont fini, sous le poids des exactions, et dans l'impossibilité d'émigrer, par passer à J'islamisme.
Je rappelais qu'Avgorou avait encore quelques maisons catholiques. Liopetri, village situé entre Avgorou et Haïa Napa, est bien connu pour ses Linobambaci. On appelle ainsi les latins devenus turcs seulement en apparence. Sous le nouveau régime, ils pourront sans crainte retourner au catholicisme. Dans le nord du district, on signale le village aujourd'hui turc de Platani, qui était autrefois arménien ; Komokipos, au nord des montagnes et en vue de la mer était également arménien ; comme Spatariho, aujourd'hui gi'ec, qui est à l'extrémité orientale du district
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vers le golfe de Famagouste. Un quatrième village arménien, Haîos Makarios, aujourd'hui disparu, semble avoir existé sur les confins peu déterminés de la Messorée, du Cérines et du Kythréa.
Les découvertes de M. de Cesnola confirment ce que nous avions supposé que l'ancien poil de Leucolla devait se trouver sur la côte orientale du cap de la Grée, qu'on appelle à tort Cap de la Grecque ou Cap grec, l'ancien Pedalium, et que Throni était près du cap Pyla de l'autre coté d'Haïa Napa. C'est dans la rade peu profonde mais d'un accès facile qui s'ouvre entre ces deux caps, et dans le voisinage même d'Haïa Napa, que débarqua, au mois d'avril 1571, l'armée d'Ali Pacha, pour marcher de là sur Famagouste, après s'être réunie à l'armée de Moustapha.
Les fouilles et les observations de M. le marquis de Vogué ont fixé l'antique Golgos, au lieu dit encore Gorgos, à l'autre extrémité du district, au nord et près à'Athiénou, M. de Cesnola, poursuivant les indications de M. de Vogué, a mis au jour dans ce lieu même une nécropole entière. Le gros village d'Athiénou, situé à mi-chemin entre Nicosie et Larnaca, est le rendez-vous des kéradjis qui louent leurs soins et leurs mulets pour les transports et les voyages dans l'intérieur de l'île. L'abondance des grains et l'industrie des habitants, tous grecs, y entretient quelque aisance.
Rien ne pourra embellir sa triste campagne. Les inondations du Pidias, de l'Idalia et de quelques petits torrents arrosent bien la Messorée en hiver et y déposent un limon d'une fertilité extraordinaire. Mais la plaine manque entièrement d'eau de source ; elle n'a pendant l'été pour le besoin de ses habitants et de leur bétail que l'eau saumâtre des citernes. La disparition des puits autrefois nombreux et reliés l'un à l'autre par des galeries intelligemment dirigées a achevé de dessécher le pays. Après la moisson, la merveilleuse et riche Messorée ressemble au désert.
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