PRODUITS AGRICOLES ET FORESTIERS. PRODUCTIONS DIVERSES
Produits agricoles.
Blé et Orge. — Coton. — Garance. — Tabac. — Caroubes. — Huile« — Vins. — Cultures diverses. — Sésame. — Lin. — Chanvre. — Coloquinte. — Colocasse. — Fruits et Légumes.
Ce n'est pas Minerve qui est née en Chypre, remarque malicieusement le savant auteur des Éludes sur Tagriculture de Chypre, c'est Vénus. Cérès y avait aussi des autels. La douceur de Fhiver, la fertilité du sol, le grand développement de ses côtes, le ciel et la terre semblent avoir conspiré pour rendre en ce pays la vie douce et facile.
Sur une superficie d'environ un million d'hectares de terres cultivables, les Chypriotes n'en cultivent cependant que soixante-cinq mille, à peu près le quinzième ; mais comme les terrains restent généralement deux ou trois années en
jachères, on peut compter qu'il y a dans l'île entière environ deux cents mille hectares de terre mises tour à tour en culture. L'emploi du fumier est inconnu et inutile, si ce n'est dans les livadia, terrains sablonneux réservés à la culture de la garance. Le repos et un léger labour suffisent en général aux terres de Chypre. Le paysan effleure à peine les champs et y jette négligemment la semence. Si Thiver a été suffisamment pluvieux et si les sauterelles ne surviennent pas, il recueille jusqu'à vingt et vingt-un pour un de sa dépense. Si l'année est très sèche, les rosées toujours considérables lui donnent encore une passable récolte.
Je résume un peu rapidement ce qu'il est indispensable de dire des ressources de ce sol si providentiellement favorisé.
Blé et Orge.
C'est une des grandes récoltes de l'île. L'excédant s'exporte en Syrie et en Garamanie. Le blé de Chypre est de très-bonne qualité. On le cultive surtout dans la Messorée, le Morpho, le Paphos, le Larnaca^ et dans la plaine de Nicopie. Celui de Paphos, une fois bien purgé, est un des plus savoureux et des plus beaux du Levant. Le Cyprus, journal de Larnaca, dans son numéro du 26 septembre 1878, évalue à quarante deux millions d'okes ou six cent cinquante six mille deux cent cinquante six hectolitres la récolte en blé de l'année 1877. L'orge aurait donné quarante huit millions d'okes ou neuf millions deux cent
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quarante six mille hectolitres. Bien que la production des céréales ait sensiblement augmenté en Chypre depuis 1875, les chiffres publiés par le Cyprtis sont ceux d'une récolte merveilleuse et vraiment exceptionnelle. Il y a dix ans, Chypre ne produisait guère, année moyenne, que cent cinquante mille hectolitres de blé et trois cent quarante mille hectolitres d'orge.
Coton.
Après le coton d'Egypte, celui de Chypre est le plus recherché de la Méditerranée, pour son moelleux et sa blancheur. On le cultive à peu près dans les mêmes plaines et les mêmes régions que les céréales. Le meilleur de l'Ile est cependant celui d'Evrikou et de Solia, dans la vallée au nord de l'Olympe. A Lapithos et à Timbo on cultive le coton arbuste. Lamaca, centre du commerce général de l'île, expédiait, vers 1855, année moyenne, trois mille balles à quatre vingt quinze centimes le kilogramme. La plus grande partie est toujours dirigée sur Marseille. Sous les Vénitiens, l'île aurait exporté, d'après Mariti, jusqu'à trente mille balles. D'un travail plus facile et plus rémunérateur encore que le blé, le coton est cultivé par tous les paysans qui l'appellent V Herbe d'or, La culture du coton se serait beaucoup accrue depuis quelques années. Le Cyprus du 26 septembre 1878 évalue la récolte de l'année 1877 à quarante cinq mille okes et l'exportation à quatre cent mille okes ou cinq cent mille kilogrammes.
Garance,
La garance ou les alizaris de Chypre, sont, après ceux de Smyme, les meilleurs que l'on récolte au Levant et les plus recherchés en Europe, On les cultive dans les terrains sablonneux et humides ditsLtvadici, situés sur les bords de
la mer. M. Gaudry énumère ainsi qu'il suit les villages et les terres qui donnent les meilleures qualités : Haîa Irini, au nord de Morpho (alizaris d'un rouge intense) ; Morpho ; Sotira, près du lac de Paralimni, dans la Messorée ; Haï Serghios,* au nord-est des ruines de Salamine ; Yaroschia, près de Famagouste; la plaine orientale de Larnaca jusqu'à Pyla ; et les terres de Chiti, à l'ouest de Larnaca. L'exportation des alizaris s'élève en moyenne à cent mille kilogrammes coûtant chacun un franc vingt cinq centimes. Une partie de la récolte est encore consommée dans l'île et sert aux quelques usines de teinture que l'importation des étoffes étrangères n'a pas tout à fait ruinées.
Soie.
Grande culture et grand commerce qui s'augmentait déjà sous les Turcs depuis l'abolition du fermage général de l'île, et qui se développera encore en se perfectionnant sous le nouveau régime. En Chypre, pauvres et riches portent de la soie, les uns habituellement, les autres dans les jours de parure. Chaque paysan possède au moins autant de mûriers qu'il lui en faut pour nourrir sa provision de vers à soie. Les femmes ne se contentent pas de filer la soie nécessaire à leurs vêtements, elles la tissent elles-mêmes, car un grand nombre de ménages renferment les métiers à main, comme en Europe des métiers à chanvre ou à lin. On estime que plus du dixième de la soie récoltée se consomme ainsi dans l'île. En tenant compte de l'extension de la culture on peut, je crois, évaluer Tensemble de la production actuelle, année commune, à trente mille kilogrammes, valant environ sept cent mille francs (Cf. M. Gaudry, p. 273-275). La plus grande partie de l'exportation est dirigée sur Marseille. Les meilleures soies sont les soies jaunes des montagnes de Paphos, où se trouvent les plus vieux mûriers de File. A lui seul ce district pro-
duit la moitié de toute la soie de Tlle. Le Marethasse donne la soie la plus brillante ; elle n'a pas la force de celle du Paphos. Kythréa et Varoschia, où les mûriers ne vieillissent pas, ne produisent que des soies inférieures, faibles, légères mais très-abondantes.
Tabac,
Le tabac d'Omodos, dans rAvdimou, est le plus estimé. Celui du district de Paphos est plus abondant et inférieur en qualité. Bien qu'on le cultive dans un grand nombre de localités, l'île n'en produit pas assez pour sa consommation, et en fait venir de Lattaquié. Les sauterelles font de grands ravages sur cette plante, qu'elles préfèrent aux autres végétaux.
Caroubes.
Les caroubiers, les oliviers et les mûriers forment presque les seuls ombrages de la campagne chypriote en dehors de la zone des hautes montagnes, et sans parler des vergers d'arbres fruitiers. M. Gaudry considère le caroubier comme l'arbre caractéristique de l'île de Chypre ; il pousse spontanément partout. Compagnon fidèle de l'olivier, ils forment ensemble de larges bandes qui séparent tout autour de l'île les plaines des montagnes. Son feuillage épais et toujours vert donne un ombrage bien précieux en été. Sa pulpe sucrée sert à faire des eaux-de-vie et à fabriquer un sirop qui remplace dans les usages journaliers, le miel d'abeille, rare dans l'île et le sucre de cannes qu'elle ne produit plus. On la donne également aux mulets et aux bestiaux pour les engraisser. Il s'en fait en outre un grand commerce d'exportation dans le Levant et en Russie (par Odessa) pourlanourriture des paysans. La récolte s'élève quelquefois jusqu'à cinq millions de kilogrammes. On en exporte la moitié environ au prix de dix cen-
times le kilo. La concentration, le pesage et rembarquement des caroubes se fait au lieu nommé Zii, à l'est du cap Caroubier, dans le Larnaca, district qui donne avec le Limassol les meilleures et les plus abondantes caroubes de l'île.
Huile,
C'est un produit considérable du pays et qui s'exporte dans les contrées environnantes, mais là seulement; Les procédés de la cueillette et de la fabrication sont si grossiers, que les meilleures huiles du pays ne seraient pas acceptées en Europe. Les paysans gaulent les olives comme des noix, ils jettent ensemble au pressoir les olives vertes non encore mûres et celles qui sont pourries et n'épurent pas. L'olivier croît dans tous les districts. Les pays les plus favorisés sont Kythréa, Agathou, fertile village au nord-est de Kythréa ; Lapais ou Bella Paese ; Cérines ; Foungi, riche domaine près de Cérines; Lapithos et Vassilia à l'ouest; Pyrgos, au bas des montagnes du Lefca, où les oliviers sont les plus productifs ; Solia et sa riche vallée ; Lithrodonda et Lefcara, autour du Mâchera; et enfin une longue zone qui s'étend d'Haï^Théodoro à Paphos.
Vins.
Bien qu'on plante la vigne à peu près dans tous les districts et dans tous les jardins de l'île, la grande culture se trouve confinée auprès des monts Olympes, au nord dans les pays d'Idalie, de Lithrodonda et de Tamasia ou Péra, et principalement an midi, sur les versants du Mâchera et du Troodos, depuis Lefcara dans le Larnaca jusqu'à Arsos dans l'Avdimou. Les vignobles de Chypre recouvrent en- . viron une surface de huit mille hectares. Année moyenne, ils donnent plus de cent quarante mille hectolitres de vin ; ou, en estimant l'hectolitre à dix francs, un rendement
annuel de un million quatre cent mille francs. C'est presque le sixième de la production générale de l'île.
Parmi les diverses qualités de vin qu'on récolte, deux surtout sont abondantes et font l'objet d'un grand commerce : 1» le Vin noir, qu'on appelle en Chypre Vin de table où vin ordinaire ; 2'* le Commanderie, qui est un vin sucré. Celui-ci seul est connu et mérite d'être connu en Europe ; mais il y arrive très-rarement pur et sans mélanges. Le vin ordinaire est d'un rouge lie tirant sur le noir, très-capiteux et très-goudronné. Nos derniers vins de France lui sont supérieurs. On en exporte néanmoins d'énormes quantités en Syrie, en Egypte et à Trieste.
Le vin connu en Europe sous le nom de Vin de Chypre est le vin de Commanderie, Il doit ce nom à la commanderie de Kolossi, où les Templiers et après eux les Hospitaliers établirent le principal entrepôt des vins sucrés de leurs domaines. Les meilleurs se récoltent cependant assez loin de Kolossi, dans le district de Larnaca, et sur des terres qui n'ont jamais appartenu aux célèbres chevaliers. D'après M. Gaudry, on essaierait vainement d'importer le Commanderie en France. Il lui faut les terrains et le ciel qui l'ont créé. L'essai coûteux que fît faire le roi François I®' à Fontainebleau, n'a pas eu de suite ; et c'est une grande erreur de croire que les célèbres chasselas de Thomery proviennent de l'importation du xvi® siècle.
M. Gaudry classe ainsi par ordre de valeur et de qualité les hauts crûs de Commanderie.
i . Ora, district de Larnaca.