Sanida, dans le Limassol
Tous ces vins, de goût et de qualités diverses, sont des vins exquis. Ils se conservent indéfiniment. Après quelques années de vieillesse, le Gommaiiderie est un des premiers vins du monde. Pourquoi, dit avec raison M. Gaudry, si les Dieux ont habité l'Olympe de Chypre, pourquoi ne serait-ce pas là le nectar que leur servait Ganimède.
On récolte aussi en Chypre des muscats estimés et du Morocaiiella, vin foncé, moins doux que le muscat et fort estimé. Limassol est le marché général des vins et des eaux-de-vie de l'île. Parfumée avec la résine ou mastic extraite du lentisque, l'eau-de-vie donne la liqueur appelée en Orient le Raki. Le raki de Chio est plus recher* ché, parce que le mastic de cette île est plus blanc et plus parfumé.
Cultures diverses.
Le sésame de Chypre est estimé et assez abondant. Les lieux les plus productifs sont Solia, Lapithos et Dali. On en exporte une partie à Marseille pour faire de l'huile. Les gens du pays en font des gâteaux.
Le lin se cultive particulièrement dans la plaine de Morpho.
Le chanvre, rare aujourd'hui, était d'une culture assez considérable du temps des Français et des Vénitiens.
La coloquinte, produit presque spécial à l'île de Chypre et à la campagne de J alfa, est particulièrement cultivée au village de Yéri, au sud de Nicosie, dans le Kythréa. On en exporte par an environ mille cinq cents okes ou mille huit cents kilogrammes. Elle est presque toute dirigée sur Trieste, d'où elle est expédiée en Hollande et surtout en Angleterre. Les vétérinaires l'emploient beaucoup pour purger les chevaux.
SA SITUATION PRÉSKNTE. 57
La colocasse, léfçumineuse inconnue en Europe, remplace sans désavantage la pomme de terre qni manquera bien aux Anglais de Chypre. Cette plante, très-commune dans la Nouvelle-Hollande, était connue en Chypre au moyenâge. Ses belles feuilles décorent souvent les chapiteaux des églises des xiii® et xiv« siècles.
Fruits et Légumes, Fleurs.
Les oranges, les citrons doux (i), les abricots (2), les grenades (plantées en Chypre, dit-on,* par Vénus elle-même), les figues (inférieures cependant aux figues de Provence et de Smyrne), les pastèques, les melons, et enfin les raisius variés et délicieux sont les fruits les plus' abondants de l'Ile. Les figuiers de Barbarie pullulent partout. Les noyers, les amandiers, les jujubiers, les pistachiers sont rares ; comme les framboisiers, les groseilliers et les châtaigniers. Les pommiers et les poiriers ne donnent que de mauvais fruits. Les pêches et les cerises sont très-médiocres. Les bananes ou pommes d'Adam, autrefois assez communes en Chypre, y sont très-rares. Les fraises sont inconnues. Les palmiers, beaux et nombreux surtout dans les villages turcs, y donnent des fruits qui ne parviennent pas à maturité.
Les légumes de l'île ne valent pas ses fruits, dit le savant naturaliste dont nous résumons les observations. La raison en est que les légumes demandent des soins et que le soleil se charge seul de faire mûrir les oranges et les raisins. La pomme de terre fait presque tout à fait défaut. En attendant qu'on en propage la culture, la colocasse la remplacera.
La flore chypriote, assez variée, est surtout belle en hi-
(1) Presque toutes les variétés des citrons se trouvent en Chypre. . (2) Il y a une espèce dont les Européens ont fait un tel abus, malgré les dissenteries quHls occasionnent, qu'on les nomme Massa-Franki. Les Caichai sont excellents et très sains.
ver et au printemps. Les anémones, les renoncules, le» jacinthes, les narcisses poussent spontanément et s'exportent hors de l'île. Les rosiers, les lauriers-roses, les jasmins, les myrtes, les ziziphes prospèrent partout, mais leurs belles fleurs ne résistent aux chaleurs de Tété que dans les jardins arrosés.
P9*oduits forestiers. Productions diverses.
Forêts. — Bois de construction. — Résine et poix. — Arbustes divers. — Mastic. — Ladanum. — Sumac. — Aloês. — Henneh. — Animaux. — Métaux. — Pierres de construction. Pierres dures. — Pierres fines. — Amiante. — Terre d^ombre. — Soude. — Sel.
Forêts.
Les forêts des Monts Olympes promettent des satisfactions et peut-être des surprises aux Anglais qui trouveront dans le Troodos de très beaux bois de constructions. Les anciens employaient une image frappante pour indiquer les ressources de tous genres et particulièrement les ressources nautiques de Chypre. Ils disaient que Tîle pouvaient construire, équiper et charger entièrement un navire sans rien demander aux pays étrangers. Dans la haute antiquité, TUe en^ tière était occupée par de si vastes forêts que la
culture agricole y était difficile. Les travaux des mines trouvaient ainsi dans le pays même un précieux et indispensable aliment. Du temps de Strabon, Chypre était encore très boisée. Ce qui reste de ces anciennes forêts forme aujourd'hui dans l'ouest de Tîle une étroite bande de quinze lieues environ de développement et trois lieues maximum de largeur. La forêt moderne commence à l'ouest des villages de Mathiatis dans rOrini et de Lefcara dans le Lamaca. Elle arrive jusqu'aux ruines de l'ancienne abbaye française de Jaille et au village de Lisso, dans le Chysocho. Elle comprend les trois sommets principaux du massif olympique le Troodos, l'Adelphe et le Mâchera; mais elle couvre seulement les parties supérieures des vallées de Solia, de Lefca et de Kampo, dont l'ensemble forme le Myrianthoussa.
A part quelques variétés de beaux chênes, elle est composée principalement de pins, surtout dans les régions élevées.
«c Ces arbres, dit M. Fourcade dans le mémoire manuscrit que j'ai souvent cité, y sont de la plus belle venue, d'une grande hauteur, à tige droite et presque sans nœuds. La circonférence de l'un d'eux que nous avons mesurée à hauteur d'homme était de quatre mètres et demi. Ces forêts qui fourniraient des matériaux admirables
pour la marine ue» sont pas exploitées faute de moyens de transport. Peut-être est-ce un bien dans l'état actuel des choses; autrement elles disparaîtraient en peu de temps, comme elles ont disparu des autres parties de l'île, tant est grande sous ce rapport comme sous tant d'autres l'incurie du gouvernement turc. Maintenant les arbres y meurent de vétusté, quand les habitants des vallées voisines ne les font pas périr par le peu de ménagements qu'ils apportent à la récolte de la poix noire et du goudron qu'ils en retirent.» M. Gaudry a rapporté au jardin des Plantes un des agrini ou mouflons qui vivent dans ces forêts par compagnie de trois ou quatre.
Bois de constt'uction. Résine et poix.
Les forêts de l'Olympe fournissent des bois de construction et des bois de chauffage, qui s'emploient surtout pour les bains turcs. Une partie s'exporte en Asie Mineure par Caravostasi, port de Lefca ; les bâtiments viennent prendre aussi dans la baie de Pyrgos, au bas de la vieille tour du Fanal, quelques chargements deslinés à la Syrie. Le Karpas exporte de même l'excédant de ses bois d'oliviers et de caroubiers.
La résine des pins du Troodos jouit d'une ancienne et légitime réputation. Elle coule pure et abondante des incisions que l'on pratique de la façon la plus désastreuse sur les branches et dans le tronc des arbres. De magnifiques pins sont quelquefois entamés ainsi jusqu'à l'aubier et ne tardent pas à périr. Là résine que l'on recueille des
branches jetées dans les fours est noircie par la fumée et se vend comme de la poix.
Arbustes divers. Mastic, Ladanum, Sumac, Aloès, Henneh,
Entre la région des pins et les plaines, où les lauriersroses et des myrtes magnifiques bordent les ruisseaux et les champs les plus incultes, il existe dans toute l'île comme une bande intermédiaire de collines et de petites vall<^es. C'est dans cette zone que croissent les caroubiers et les oliviers ; c'est à ces mêmes hauteurs que se trouvent les genévriers, les cyprès, les lentisques, les arbousiers, les lauriers, les érables, les térébintes, les sumac, qui forment les beaux taillis de l'île. Les bois de genévriers sont les remises ordinaires des francolins, des perdrix rouges et des lièvres. — L'arbre à mastic ou lentisque se trouve dans toutes les parties incultes de l'île. Comme à Chio, qui doit à l'abondance et à la qualité supérieure de ses essences le nom dHle au mastic, il est en Chypre d'une, assez grande taille. Sa résine odorante, moins lucide en Chypre qu'à Chio, est recherchée par les femmes d'Orient qui se plaisent à la mâcher. Mélangée à l'eau-de-vie, elle donne le raki. — Les cistes aux belles fleurs roses, se trouvent sur toutes les collines, depuis le Karpas jusqu'aux monts Olympes. Le Ladanum, article du commerce chypriote de tout temps renommé est sécrété par les feuilles veloutées de cet arbuste. Il s'imprègne le matin aux barbes des boucs et des chèvres sur lesquelles les bergers le recueillent à leur première sortie. — Le sumac, ou Rhus conariaf se trouve aussi dans les zones moyennes de. l'île. Comme au moyen-âge, ses feuilles, employées pour le travail et la teinture des cuirs, ' s'utilisent en partie dans l'île et sont en partie exportées. L'Angleterre en a reçu en 1872 pour mille deux cent trente huit livres sterling. — Les aloës, autrefois trèsabondants en Chypre, y sont aujourd'hui fort rares.
M. Gaudry a remarqué à Famagouste quelques restes des grandes plantatioi» du moyen -âge qui donnaient au commerce de la ville un article d'exportation considérable et fructueux (1). — Le Henneh ou Cyprus, autre arbrisseau dont les produits, comme Faloës, sont employés dans la thérapeutique, ne se trouve presque plus en Chypre. Il y était autrefois aussi commun qu'il est encore en Syrie. Le Botrus Cypri in vinea Engaddi du Cantique des cantiques a trompé bien des commentateurs. Ils y voyaient de vrais raisins et voulaient transporter en Chypre les vignes d'Eugaddi. Le Botrus Cypri, est la grappe parfumée du Henneh, assez semblable à la grappe de la vigne à Tépoque de la floraison. La poudre de ses feuilles desséchées donne une couleur jaune foncé que les femmes emploient à teindre les ongles et la pomme de leurs mains. Le P. Lusignan rapporte que de son temps les nobles chypriotes faisaient donner avec une décoction de henneh une belle couleur orange à la queue de leurs chiens et de leurs chevaux.
Animaux.
Chypre possédait du temps des Français une magnifique race de lévriers, originaire de la Caranianie. Bien dégénérée, elle se conserve cependant encore dans la Messorée. Les bufÛes ont entièrement disparu de Tile. Les chevaux y sont rares. On apprécie une petite race de chevaux du district de Paphos. Les mules et les mulets, sans valoir peut-être ceux de Syrie, ont de très-sérieuses qualités. Les ânes n'ont pas la vraie beauté des ânes d'Egypte ; ils sont néanmoins d'excellente race. On en exporte annuellement quatre ou cinq cents de l'île. Les chameaux, trèsnombreux, ne servent pas de montures et sont uniquement employés aux transports» Leur poil, qui donnait autrefois
(1) Voy, ci-après Relations avec l'Asie Jfineure, § 2,
les fins camelots de Chypre, recherchés en Europe comme en Orient, n'est plus employé qu'au tissage des étoffes les plus grossières.
Dans un pays où les pâturages manquent, le nombre des bœufs est limité aux exigences des travaux agricoles. En dehors du Kythréa, ils sont petits et maigres. Les moutons et les chèvres abondent. Les porcs sont assez nombreux. Les chevreaux sont tendres et délicats. Leurs peaux s'exportent presque toutes en France. Marseille en reçoit annuellement douze à quinze mille. Les moutons de Chypre, nés de la même mère, présentent, mais à un degré moins frappant qu'en Syrie, cette particularité que la queue prend chez quelques individus un développement extraordinaire. En quelques pays, on est obligé de la supporter sur une petite charrette fixée au train de derrière de l'animal, pour ménager sa laine et sa graisse. Elle pèse jusqu'à sept et huit kilogrammes. — Les poules se trouvent aussi communes en Chypre qu'en Egypte ; les dindes sont estimées. Vu la rareté de l'eau, les oies et les canards manquent presque entièrement.
Les seigneurs du moyen-âge étaient en Chypre comme ailleurs passionnés pour la chasse. Le comte de Jaffa, que Ludolphe de Saxe connut au xiv<* siècle, entretenait une meute de 500 chiens. Il avait encore de quoi se satisfaire en chassant le lièvre dans les plaines de la Messorée, et en poursuivant les daims, les moufflons et les sangliers ou porcs sauvages dans les forêts de l'Olympe et les taillis du Karpas et de l'Acamas.' Les daims et les sangliers ne se trouvent plus en Chypre. Quelques familles de moufflons ou agrini vivent encore dans les vallées du Troodos. La pointe de l'Acamas et l'extrémité du Karpas sont les derniers récoins où se sont réfugiés quelques animaux domestiques redevenus sauvages, comme des porcs, des bœufs et quelques chevaux. — Les lièvres sont encore d'une multiplicité extraordinaire en Chypre, ce qu'explique l'abondance de ses céréales. Le lapin n'y existe pas. Le
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francolin se trouve dans tous les districts, comme la perdrix rouge, qu'il égale en saveur et dépasse en grosseur. Les figues de Lefcara, au bas du Mâchera, et celles d'Haïa Napa, près de Famagouste, attirent à Tépoque des vendanges des nuées de bec-ligues ou ortolans. On fait encore un assez grand commerce de ces délicieux petits oiseaux qu'on prend aux gluaux. On les conserve dans du vin de commanderie ou du vinaigre sans que la finesse de la graisse qui les enveloppe en soit altérée. Le P. Lusignan rappelle que le navire sur lequel il prit passage pour quitter l'île de Chypre qu'il ne devait plus revoir, emportait à Venise 80,000 ortolans ainsi préparés.
Aux poissons de ses mers, Tile peut ajouter quelques poissons d'eau douce de l'étang de Paralimni, près de Famagouste. Ce petit lac présente un. phénomène curieux. Complètement desséché s'il survient des chaleurs exceptionnelles, il retrouve, avec les eaux de pluie, toutes les espèces qu'il renferme habituellement.
Métatix.
Les recherches de M. Gaudry ne confirment pas ce que des auteurs assez modernes d'ailleurs, comme le P. Etienne de Lusignan, ont écrit de l'existence de l'or dans les montagnes de Chypre. Les anciens n'ont rien dit de semblable. Strabon et Pline admettent que le sol de Chypre récèle des minerais d'argent et de plomb. Mais ici encore les explorations modernes ne corroborent pas les faits énoncés autrefois. Le savant géologue dont j'invoque souvent l'opinion et les travaux n'a trouvé nulle part ni trace ni syrnptôme de la présence des métaux précieux ni du plomb, ni du zinc, dans les fouilles qu'il a fait pratiquer et les scories métalUques en quantités innombrables qu'il a fait analyser. Il faut donc croire que l'or et l'argent, travaillés par l'industrie chypriote sur une grande échelle, étaient apportés dans l'île des pays étrangers.
Le caivre et le fer ont été au contraire dans l'antiquité l'objet d'une immense exploitation en Chypre ; et tout indique que les montagnes de l'île recèlent encore dans leurs profondeurs de grandes quantités de métaux que les trayaux anciens n'ont pas atteintes.
M. Gaudry a retrouvé l'entrée de mines antiques et les scories d'usines métallurgiques dans les localités suivantes. On remarquera que leur énumération se poursuit sur une ligne continue de l'ouest à l'est à travers tout le massif des monts Olympes :
1. A Poli tou ChrySochou, à Lisso et à Djinhoussa, dans le district de Chrysocho.
2. A la base septentrionale du pic du Troodos et à Solia dans les montagnes de la vallée de ce nom.
^ 3. Près d'Arediom^ de LithrodOnda et de Kapedès, au nord du mont Mâchera, dans le canton de Tamasia, ancien royaume de Tamassos.
4. Enfin à Lefcara et à Korno, villages situés sur les contreforts du Mâchera et du mont Sainte Croix, dans l'ouest du district de Larnaca.
A ces métaux, l'industrie ajouta de nombreuses variétés de mélanges qui produisirent des métaux nouveaux et des teintures minérales. Le vitriol et la couperose qui s'exportaient encore de Chypre au moyen âge, provenaient sans doute des régions ou des usines de l'Olympe et de Tamassos.
Pierres, Briques.
■ Le marbre manque entièrement en Chypre. C'est peutêtre la raison de la ruine totale des temples antiques qui ont dû exister à Idalie, à Paphos, à Amathonte, à Golgos comme à Salamine. Construits vraisemblablement en pierre du pays, ils ont moins vécu que ceux de TAttique, que n'ont pu anéantir les injuies du temps, le$ bombes des Turcs et la curiosité des amateurs d'antiquités. Les diifé-
66 l'île de cuypre.
rentes pierres propres à la construction abondent en Chypre. La pierre à plâtre, d'excellente qualité, s*y trouve communément, comme Targile grossière à fabriquer les briques. Les dalles de Chypre sont l'objet d'un commerce assez étendu ; M. Gaudry en a reconnu jusqu'au fond du Liban.
Piètres dures, Pierres fines. Amiante, Terre d'ombre.
Sans posséder toutes les variétés de pierres dures et de pierreries qu'on s'est plu à lui donner, Chypre est encore assez bien partagé à cet égard. Le cristal de roche est très-commun dans toutes ses montagnes, surtout dans le district de Paphos. Des améthystes (un peu inférieures) et des grenats s'y trouvent aussi. Les jaspes y sont d'une beauté remarquable et mériteraient d'être exploités. Ils sont colorés en vert, en jaune, en rouge pourpre, quelques-uns sont noirs. M. Gaudry signale comme les plus beaux ceux de Platanisso et d'Haîos Andronikos dans les montagnes du Karpas, de Mavro Vouni, d'Haïos Heracliti et de Visatchia dans le centre, au bas des montagnes de l'Adelphe, ceux de Moni, au nord d'Amathonte. Les agathes se trouvent en abondance à Moni et à Pentakomo, qui en est peu éloigné vers l'est. Les terrains d'Haïos Heracliti paraissent en renfermer aussi. Il n'y a pas de vraies opales dans l'Ile, encore moins des diamants et des émeraudes.
On pouvait croire que la substance appelée complaisamment Diamants de Paphos ou Diamants de Chypre, était du cristal de roche. M. Gaudry y a reconnu positivement l'analcime. Notre savant ami a recueilli une grande quantité de cristaux d'analcime dans les montagnes d'Alexandre te, sur les confins des districts de Chrysocho et de Lefca, précisément aux lieux où le P. Lusignan signalait lui-même et avait vu les Diamants de Chypre, Sans les confondre aucunement avec les vrais diamants, les bi-
jontiers d'Orient, emploient encore beaucoup ces cristaux brillants dans leurs travaux.
L'antiquité, comme les savants de la renaissance et les écrivains des temps postérieurs croyaient à l'existence des émeraudes dans les montagnes de Chypre. Lusignan n'est pas moins affirmatifà cet égard que Pline et Théophraste. Les pierres que l'on a ainsi décorées ne méritent pas le nom d'émeraudes ; ce sont des substances cuivreuses, des quartz prases, ou de la heulandite verte. — Vamiante, employé fréquemment par les anciens, aujourd'hui à peu près entièrement délaissé, se trouve en abondance dans les montagnes serpentines des monts Olympes et de la vallée de Solia. Mariti signale une carrière d'amiante près du village de Paléandros, Ce village est, je pense, Pelentria, au nord du Limassol ; et la carrière est sans doute au lieu dit Amiantos, à l'ouest de Pelentria, dans le Kilani, au centre des montagnes du Troodos. Mariti rapporte que de son temps (1791), il n'était pas moins défendu d'extraire l'amiante que de recueillir les diamants de Paphos. Le gouvernement turc s'en réservait le monopole. L'exploitation en est aujourd'hui tout à fait abandonnée.
A la garance, et aux teintures minérales que le vitriol et la couperose lui donnaient autrefois, Chypre peut encore ajouter plusieurs terres colorantes très-fines, dont elle possède de riches dépôts. La terre verte se recueille sur le versant septentrional des monts Olympes. Une abondante carrière de terre d'ombre de première qualité existe près de Lamaca au lieu dit Mavro Vouni, près de Stroullos, village de la Messorée. L'exploitation se fait à ciel ouvert. La plus grande partie des produits s'expédie en Hollande. — La soude ou kali était autrefois un article d'exportation de l'ile de Chypre. Encore en 1668, on en expédiait mille sacs qui se vendaient cent mille écus. Elle servait dans l'Ile à lustrer les camelots, après le tissage, et à faire du savon. Kalopsida, village de la Messorée, vers Famagouste, en produisait beaucoup.
LILE DE CHYPRE.
SeL
L'ile possède deux étangs salins de tout temps trèsproductifs. L'un est près de Limassoi sur le promontoire d'Acrotiri ; le plus considérable, composé d'une succession d'étangs,se trouve à Larnaca, entre La Scala et Ghiti. Du temps des Français comme du temps des Vénitiens, les salines étaient exploitées pour le compte nnmyto du domaine royal et sous la surveillance de préposés royaux.
Le gouvernement turc, après les avoir longtemps affermées, système .qui ne lui rapportait que 30,000 fr., en est venu à l'exploitation en régie. Le monopole du sel entre aujourd'hui pour un million dans le budget des recettes de l'île, qui est de 4 millions et demi (1).
Le sel de Chypre est pur et de très bonne qualité. Il approvisionne toute la Syrie et une partie de la Caramanie. Il s'exporte même à Smyrne et à Constantin ople.