CONDITIONS PHYSIQUES
Fausses idées sur la condition générale des campagpies de Chypre. — Opinion exagérée de son insalubrité. — Des fièvres de Chypre.
Rien de plus ordinaire, même en Orient, que d'entendre parler da l'aspect désolé et de l'insalubrité de l'île de Chypre. L'erreur serait complète, si on y ajoutait l'infécondité. Mais on ne le peut. A travers toutai l^s révolutions qui ont décimé ses populations , i^algré les ravages et l'incurie des hommes, qui oï^t détruit ses forêts et obstrué de flaques fétides l'embouchure de ses
derniers ruisseaux, Chypre est encore l'île fortunée, Macaria, l'île généreuse par excellence, Vopima Cyprus de l'antiquité. Avec Smyrne, Chypre est toujours le pays de la Méditerranée orientale où les vivres sont le plus abondants et où les navires se ravitaillent à meilleur marché. On ne peut demander de témoignage plus satisfaisant.
L'insuffisance de l'eau et l'extrême chaleur de l'atmosphère, sans parler de l'invasion périodique des sauterelles, tels sont les causes qui arrêtent l'essor de la fertilité chypriote et qui, pendant huit grands mois, étendent sur ses campagnes méridionales comme la cendre d'un vaste incendie. Mais encore ne faut-il pas exagérer le mal ; et surtout ne doit-on pas le généraliser.
Sous cette poussière blanchâtre repose une terre végétale qui atteint en certains endroits trois mètres de profondeur et un limon merveilleux qui n'a son pareil que dans la vallée du Nil. Ses propriétés fécondantes et la moiteur que des rosées abondaiites suffisent à y entretenir sont telles, que dans les années communes les brûlantes campagnes de Larnaca et de Nicosie donnent jusqu'à vingt pour cent des grains ensemencés.
D'autre part, si ces vastes plaines du Midi, les seules que connaissent en général les Européens,
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sont dénudées et monotones, combien FOuest et le Nord de File ne ménagent-ils pas de surprises aux voyageui's curieux.
La Suisse n'a rien de plus riant et de plus gra* cieux que les vallées du Myrianthoussa, traversées par la forêt de l'Olympe. J'ai sous les yeux le troisième numéro du Cyprus, journal publié à Larnaca par les Anglais dès le mois d'août 1878. Le rédacteur y rend compte en termes émerveillés de sa visite aux vergers de Citria, ou Kythréa, près Nicosie. Il ajoute avec raison que partout où l'on pourra conserver de l'eau, le ciel et le sol chypriotes donneront des oasis non moins belles. Les sites de Notre-Dame de Kykko, de Nôtre-Dame de Mâchera, Kantara, Saint-Hilarion, comme la plage et les ruines de Famagoustes, vues de la mer, révéleront des panoramas splendides. Troodotissa, ombragé d'arbres toujours verts au bas de l'Olympe, Chrysoroghiatissa, résidence de l'évêque de Paphos, sont dans des situations incomparables. Après Naples et le Bosphore, la campagne de Cérines et de Lapais est peut-être le plus beau paysage de la Méditerranée. Il avait ravi Cassas. Et Ton s'é-. tonne que la magnifique planche du voyage d'Orient qu'il lui a consacrée n'ait inspiré à aucun artiste l'idée d'aller le fixer sur une toile vivante et colorée.
Ce que Ton dit des fièvres de Chypre est malheureusement plus fondé et plus grave que l'apparente désolation de ses. campagnes. Mais cette insalubrité dont oh s'alarme trop n'est ni générale ni incurable.
Chypre renferme, il est vrai, trois foyers pestilentiels, et il est remarquable qu'ils se trouvent précisément aux portes de trois villes importantes : Larnaca, Famagouste et Limassol. Des marais croupissants que le défaut d'écoulement des rivières a développés auprès de ces villes, s'exhalent des miasmes délétères. Une situation semblable ne peut se maintenir longtemps sous le nouveau régime de l'île. On voit avec bonheur et confiance le colonel Stanley, ministre 'de la guerre, affirmer dans son récent discours de Blackpool qu'il en sera bientôt de l'insalubrité chypriote comme de l'insalubrité disparue des îles Ioniennes. Il est impossible, en effet, qu'on ne parvienne à purifier l'exploitation des salines de Larnaca et de Limassol en assainissant leurs abords. Déjà même à Larnaca, grâce à l'initiative du travail et de l'intérêt particulier, la mortalité est moins grande depuis qu'on a pratiqué près des étangs quelques saignées intelligentes, et rendu à la culture une partie des terres envahies par les basses eaux.
Il est malheureusement d'autres circonstances
qui viennent quelquefois altérer d'une façon plus générale la santé publique de l'île ou de certaines régions de Fîle, en déterminant des fièvres intermittentes qui dégénèrent souvent en fièvres pernicieuses. C'est quand de trop fortes chaleurs succèdent rapidement à un printemps trop pluvieux. La terre n'absorbant pas assez tôt en ce cas l'excès d'humidité, la chaleur développe des miasmes qui propagent presque toujours la malaria: Néanmoins, si des soins intelligents sont donnés dès l'origine, l'épidémie est circonscrite et les malades aisément guéris. Il est d'ailleurs extrêmement rare que la malaria chypriote se manifeste dans les années où les saisons suivent leur cours régulier.
En temps ordinaire, les fièvres qui se déclarent dans l'île et qui atteignent surtout les gens du peuple ou les étrangers proviennent de toute autre cause que des influences locales. Dans la population inférieure, c'est la mauvaise alimentation ou l'habitude de coucher en plein air ; chez les personnes aisées et chez les étrangers, ce sont les excès de tous genres, l'abus des fruits aqueux, enfin et surtout les refroidissements. Ces causes, fortuites mais malheureusement très fréquentes, ont vraisemblablement occasionné les pertes déplorables qu'a éprouvées l'armée anglaise à Nicosie, un des lieux les plus sains de l'île, comme
autrefois les maladies qui ravagèrent Tannée de saint Louis, dans la campagne de Limassol en 1248.
On ne peut se faire une idée des effets foudroyants qu'amènent les refroidissements en Chypre. La fièvre et la mort en sont les suites presque inévitables. M. le docteur Foblant, longtemps médecin sanitaire français à La Scala, qui a porté ses observations particulières sur les fièvres du pays, attribuait là plupart des cas aux causes que je signalais, particulièrement aux refroidissements.
Je dois dire que dans les environs de Paphos régnent quelques fièvres pernicieuses d'un caractère plus persistant, sans avoir rien de grave ni de contagieux. Comme tous les voyageurs étrangers, j'ai dû absolument satisfaire au devoir de donner quelques consultations médicales. J'espère n'avoir pas fait de victimes, car j'ai administré la quinine aux doses européennes qui sont absolument insignifiantes en Orient.
On ne parle plus de peste en Chypre depuis longues années. Les ophtalmies et les dissenteries, si redoutables et si communes en Égjrpte, sont presque inconnues.
Forme et aspect général de l'ile. — Montagnes. — Plaines. Vallées. — Rivières. — Rades et ports de mer.
Si un observateur pouvait s'élever assez haut au-dessus de Tîle de Chypre pour planer sur le pays entier, il verrait à ses pieds, au milieu d'une mer d'azur, une image irrégulière et dentelée assez semblable à l'aile d'un gigantesque papillon. Les montagnes de Cérines peuvent rappeller la nervure qui rattache l'aile au corselet du brillant lépidoptère et, avec un peu de bonne volonté, on retrouvera les yeux d'émeraude et de rubis qui la paillettent dans les jardins de Chiti, de Trikomo, de Kolossi, de Poli, de Lefca, de Lapithos, d'Agathou, de Varoschia et tant d'autres, marqués en teintes écarlates sur la belle carte agricole de M. A. Gaudry (1).
Cette vaste surface insulaire, de cinq cents lieues carrées environ, n'a de supérieure en éten due, dans la Méditerranée, que la Sicile et la Sardaigne.
(1) M. Albert Gaudry, professeur au Jardia des Plantes, dont j'aurai souvent à citer les avis et les travaux, a visité Tile de Chypre en compagnie d'un jeune et savant voyageur, M. Amédée Damour, dans l'année 1853. Il a publié depuis deux ouvrages importants sur les résultats de sa mission. Les Recherches scientifiques en Orient, Paris, grand in-8, 1855, impr. impér. ; et la Géologie de Vile de Chypre^ savant mémoire accompagné de cartes et de vues diverses inséré dans le tome VII, 2« série des Mém. de la Soc. géologique de Paris, 1859.
Deux systèmes orographiques lui donnent son relief général. Il faut conserver les noms que le plus autorisé de leurs explorateurs a donnés à ces montagnes. Le premier système des monts chypriotes, dit M. Gaudry, est le système des montagnes de Cérines. Il forme « une haute « muraille aux crêtes étroites, élégamment découpées », courant à peu près parallèlement à la côte d'Asie Mineure, depuis Kormakiti jusqu'au promontoire du Karpas, qu'elle prolonge dans la direction du golfe d'Alexandre te.
Les Lusignans avaient construit sur ces hauteurs trois châteaux forts presque imprenables qui servirent de refuge et de prisons d'État. Kantara, le plus à Test, s'élève à peu près à six cents mètres, au milieu du Karpas, à neuf lieues de Famagouste. Buffavent ou le Château de la Reine, à mille mètres au-dessus du niveau de la mer, se trouve au sommet du Pente Dactylon, au nord de Nicosie. Le Château de Saint-Hilarion ou de Dieu d'Amour est à l'ouest à une hauteur de sept cents mètres. Buffavent et Dieu d'Amour dominent Cérines et la plaine de Nicosie. Entre leurs massifs serpente la célèbre gorge ou Boghas de Cérines, longue d'une lieue, unique défilé carossable qui unit Nicosie à Cérines, et où une poignée d'hommes résolus peut arrêter une armée entière.
Le second système des montagnes chypriotes est le vaste massif des Monts Olympes ou du Troodos, qui occupe tout Touest et presque la moitié de File. Une forêt de pins, dernier vestige d'antiques forêts, couvre ses hauteurs et ombrage le Myrianthoussa. Sur ses flancs méridionaux se trouvent la plus grande partie des vignobles de Tîle et les fameux vins de Commanderie, dont le goût enflamma le cerveau du grand Sélim, et lui inspira, dit-on, les premières velléités de devenir maître de l'île de Chypre.
La cime la plus élevée des monts Olympes est le Troodos^ dont l'altitude est d'environ 2000 mètres au-dessus de la mer. M. Gaudry, qui a pu l'atteindre, n'y a pas vu de neige. On dit pourtant qu'elle y persiste dans quelques anfractuosités pendant les étés les plus chauds. Les rois Lusignans en faisaient régulièrement apporter à Nicosie ; ils avaient fait creuser sur le plateau principal de vastes glacières dont les ruines existent encore. De nos jours, les paysans de Prodromo étaient exemptés de l'impôt à la condition d'approvisionner de neige et de glace la maison du pacha de Nicosie.
A l'ouest de Troodos, et au centre du Myrianthoussa, s'élève le moni Kijkko^ à 1100 mètres environ d'altitude, où se trouve le célèbre couve^t de Notre-Dame de Kykko, lieu de pèlerinage
pour tous les chrétiens gréco-russes. A l'Orient, en descendant vers la mer, sont les trois autres cimes dominantes du massif : le mont Adelphe j presque aussi élevé que le Troodos (1600 mètres), sur le méridien même de Limassol ; le mont Mâchera (1400 mètres), à huit lieues à peine de la côte, mais perdu comme les précédents dans la masse générale et invisible aux navigateurs ; enfin, le mont Sainte-Croix ou Stavro Vouni, que l'anti quité a aussi appelé Mont Olympe, à cinq lieues de Larnaca et à quatre lieues de la mer.
Cette montagne, où les Bénédictins avaient établi un monastère, est la moins élevée. Son altitude n'est guère que de sept cents mètres. Mais, isolée à l'extrémité du massif olympique, seule apparente aux vaisseaux des temps anciens qui s'écartaient peu des côtes, elle a passé pendant tout le moyen âge parmi les navigateurs étrangers comme la plus haute montagne de Chypre.
Entre la longue chaîne de Gérines et les hauteurs du système de l'Olympe , se trouve une immense plaine de vingt-deux lieues de longueur, le vrai grenier de l'île. Au nord-ouest, vers le golfe de Pendaïa, elle porte le nom de plaine de Morpho ; à l'est, c'est la, plaine de Famagotiste on La Messorée, classée parmi les plaines les plus fécondes du monde.
Au centre de cette magnifique étendue, sur un
SA SITUATION PRÉSENTE. Il
plateau à peine sensible, se trouve Nicosie, la capitale de Tîle , qui donne son nom à la plaine environnante, moins unie, un peu pierreuse dans la partie du sud-ouest et généralement moins fertile que celles de Morpho et de La Messorée. Si cette dernière avait un arrosage régulier et suffisant, elle le disputerait à TÉgypte. Le blé, le coton, la canne à sucre, la garance y donnent encore ou y ont produit des merveilles.
L'île de Chypre n'a pas une seule vraie rivière. Si quelques-uns de ses cours d'eau ne sont jamais entièrement desséchés, c'est grâce à leur peu d'étendue.
La rivière dont le parcours est le plus considérable est le Pidias, Il prend sa source dans les monts Mâchera, traverse le canton de Tamasia, tourne au nord de Nicosie, absorbe peu après sur sa rive gauche les frais ruisseaux de Kythréa, reçoit sur sa droite, au milieu de la Messorée, YIdalia, ou lalia, sorti aussi du Mâchera par Lithrodonda et par Dali, l'ancienne Idalie, dont il porte le nom, et vient se perdre dans les marais de la vieille Constantia, au nord de Famagouste, après un trajet de vingt lieues. En été son lit ne présente dans la plaine que quelques flaques d'eau où les bestiaux ont peine à s'abreuver.
L'île possède encore quelques torrents ou ruisseaux tous décorés par l'imagination hellé-
nique du nom de fleuve : Le Vassilipotamos, le fleuve Royal, doit ce nom au pieux souvenir du passage de sainte Hélène. Comme le Pèfitachino, auquel il est parallèle, il sort du versant méridional des montagnes de l'Orini ou du Mâchera, et vient aboutir à la mer, en conservant de l'eau à peu près toute l'année. Le Vassilipotamos arrive au cap des Caroubes, près de l'ancienne ville de Mariou. Le Pentachino déboucherait à Test du Mazoto^ si l'obstruction de son embouchure, ne faisait répandre en arrière les faibles eaux qu'il y amène. — Le Kouri et le Lycos sortent des flancs méridionaux de l'Olympe, courent presque directement au sud pendant cinq ou six ligues, à droite et à gauche des riches vignobles de Kilani, réunissent leurs eaux après avoir traversé les restes de l'ancien Bois d'Apollon^ coulent ainsi confondus sous le nom de Potamos tou Piscopi sur une longueur de deux ou trois lieues et se séparent ensuite de nouveau. Le bras occidental conserve le nom de Kouriy traverse le village de Piscopi, en fertilise toute l'année les jardins, fait tourner plusieurs moulins et va se jeter à la mer près des ruines de Curium, à l'ouest du cap Zephgari. L'autre arrose les terres de Kolossi et se perd dans les salines de Limassol.
Le Hiéropotamos, ou fleuve sacré, sort aussi
de rOlympe, coule au sud-ouest, et se jette à la mer au-dessus du village de Kouklia, Tantique Palm Paphos. On remarque sur ses bords les restes de moulins et d'anciennes fabriques de sucre du moyen âge. — Le Satrachos prend sa source au pied du versant occidental de TOlympe. Il traverse dans toute sa longueur la jolie vallée de Marethasse et se jette dans le golfe de Pendiua au-dessous du village de Lefca, après un parcours de neuf à dix lieues. Le Xéropotamos ou Klari court directement au nord, arrose les riches terres de Solea, et se déverse aussi dans le golfe de Pendaïa, à Test du Satrachos, qu'il suit presque parallèlement dans la dernière partie de son cours.
On trouve dans les vallées de l'Olympe un grand nombre de petits ruisseaux qui ne tarissent jamais^ mais d'un parcours très restreint. Le 'Karpas, plus dénudé, est plus sec que l'Olympe.
L'île de Chypre manque de vrais ports de mer. L'Angleterre saura l'en doter, en profitant des ressources que lui offrent les rades de Famagouste, de Larnaca^ de Limas^ol et du Pendaïa.
La rade de Famagouste, au fond d'un golfe ouvert à l'est, offre aux navires, sur presque toute son étendue, un bon abri et un fond de vase et de sable d'une excellente tenue. Dans la partie
la plus méridionale du golfe est une petite baie fermée presque en entier par une ceinture de roches dont les intervalles étaient remplis autrefois d'ouvrages de maçonnerie, qui en faisaient un môle continu : c'est le port de Famagouste. L'entrée ouverte au nord est à l'abri de tous les vents. Quoiqu'une partie de la maçonnerie ait été détruite par les vagues, le port est parfaitement sûr, mais il est presque entièrement comblé par les sables et les débris du môle et ne peut recevoir que de petits navires de 100 à 120 tonneaux (1). Il serait facile de le déblayer, et peutêtre cette opération, assurée désormais, sera-t-elle amplement récompensée par la découverte des trésors que l'héroïsme d'une jeune chrétienne y engloutit, dit-on, en faisant sauter le navire qui devait les transporter à Constantinople, en 1571. L'entrée fort étroite d'ailleurs se trouve sous lesremparts même de Famagouste et est facilement protégée.
Plus au nord, entre Famagouste, la ville latine, et les ruines* de la vieille Salamine, fondée après^ la guerre de Troie par des émigrés athéniens, se trouve la rade intérieure de Coîisiantta, qui
(1) Je trouve ces indications dans un précieux mémoire concernant l'île de Chypre qu'a, bien voulu me communiquer M. Fourcade, ancien consul de France à Lamaca. J'utilise souvent les observations et les renseignements consignés dans ce rapport, en regrettant que le trop modeste auteur ne Tait pas livré à Fimpression.
est la ville intermédiaire, la Famagouste byzantine. Une ligne de roches à fleur d'eau qui se prolonge parallèlement au rivage, brise la vio* lence des vagues du large, protège la rade et y maintient la mer constamment calme. Une flotte entière pourrait y mouiller en sûreté.
La rade de Lamaca est ouverte au S.-E. Elle offre, après celle de Famagouste, le meilleur mouillage de Chypre. Parfaitement abritée des vents du sud, de l'ouest, du nord et du nord-est, elle donne, par son fond de vase et de sable, une excellente tenue; les bâtiments munis de bons câbles y sont en toute sûreté pendant les plus fortes tempêtes de Thiver. M. Fourcade signale à 2 kilomètres S.-S.-O., un danger sérieux qui a causé souvent des malheurs, quoiqu^il soit bien connu. C'est une ligne' d'écueils à fleur d'eau et un banc de sable qui s'avancent dans la mer^ de l'ouest à l'est. Un sloop de guerre anglais, le Scouty s'y brisa de notre temps et un brick autrichien y échoua peu après. Les vaisseaux du plus grand tirant d'eau et en nombre indéterminé peuvent du reste mouiller- sur la rade de Lamaca.
La seconde armée turque, commandée par Ali- Pacha, débarqua au mois d'avril 1B71, à l'est de la rade, au village d'Haïa Napa, entre le cap Pyla, l'ancien Throni promontoriunij et le cap de la Vieille, que les portulans étrangers nomT
16 l'île de guypre.
ment Capo Greco, mais qui est le Kavos tis Grœas, le chef de la Grée des Français, le Pedalium de Strabon. Elle venait renforcer Farmée de Moustapha qui, débarquée à Limassol, s'était emparée de Nicosie, au mois de septembre 1570 et allait former avec elle le siège de Famagouste.
La rade de Limassol, quoique un peu moins abritée peut-être que celle de Larnaca, offre les mêmes avantages par la bonté de son ancrage.
Le fond est même plus considérable que celui de Larnaca, ce qui permet aux navires de s'approcher plus près de terre. Les bâtiments de toute grandeur, avec de bons câbles, y tiennent par tous les temps. Limassol était le lieu de relâche habituel des escadres turques;, quand elles venaient visiter les parages de Chypre. Elles s'y rendaient bien moins à cause de la bonté de l'ancrage que par l'effet d'une habitude ou d'une prédilection superstitieuse, fort en harmonie avec les idées des Turcs, qui regardaient comme de meilleur augure de mouiller sur la rade où s'était opéré heureusement, en 1570, le débarquement de la première armée envoyée à la conquête de l'Ile.
Le vaste golfe de Pendra, qu'on pourrait appeler aussi golfe de Morpho, du nom du bourg situé près de sa côte orientale, est ouvert à tous les vents et n'offre en Tétat actuel aucune sûreté aux gros navires. Cérines est un petit port avec un
château à peu près ruiné sur le canal même de Caramanie. Les immenses travaux qu'il faudrait entreprendre à Gérines ou dans les eaux du Pendaïa n'effraieront pas les résolutions anglaises^ s'il devient utile d'occuper solidement ces positions.