District de Larnaca ou des Salines
Larnaca, ville principale du district que les Turcs appellent encore comme les Français le district des Salines, possède avec son annexe de la Scala ou La Marine, une population de 10,000 à 4 1 ,000 habitants. C'est la seule ville de Tîle qui ait une colonie européenne un peu considérable. Tout le grand commerce d'exportation et d'importation se fait sur ce point. La ville occupe l'emplacement de Citiiim, une des plus anciennes colonies phéniciennes, dont le port et les substructi©ns maritimes se reconnaissent encore dans un petit étang séparé de la mer par une bande de galets. On ne trouve pas seulement sur ce point des inscriptions rappelant cette origine. Les objets retirés du sol ont prouvé
aussi que les rois de Perse ont étendu leur empire ou leurs expéditions jusque dans cette île. Peu de temps avant mon arrivée à Larnaca, on avait découvert ]a stèle du roi Sargoun, que j'eus le regret de ne pouvoir acquérir. Le musée de Berlin, possesseur de ce monument en a envoyé un plâtre au musée du Louvre (1). L'acqueduc moderne par où les eaux de la rivière d'Arpera ou Deresi, peut-être l'ancien Tetios, arrivent à Larnaca, a été en grande partie construit, comme la plupart des édifices et des fondements des maisons, avec des pierres provenant des ruines de Gitium.
Au sud- ouest de la ville s'étendent de vastes salines, formées sur les bords d'une .série de petits étangs alimentés par les eaux de la mer. Le voisinage de l'ancienne et célèbre église de Saint-Lazare les a fait désigner au moyen âge sous le nom de Salines de Saint-Ladre. Le Tekké de la sultane, situé à l'ouest des marais salants, est, dit-on, le tombeau d'Omm Haram, cousine du prophète, morte en Chypre lors de l'expédition de Moawia en 647.
Les lieux les plus remarquables du district, après le mont Sainte-Croix dont j'ai déjà parlé, sont' les suivants : Chiti, village relativement moderne, près du cap Kiti, ou cap de Citium, possédant des jardins justement renommés. Les Lusignans avaient en ce lieu un château de plaisance qui s'appelait le cMteau du Quid, Nos rois avaient aussi une habitation à Vromoloschia, au sud -ouest de Larnaca, où des traités ont été signés par eux. — Livadiay au nord-est, dans un terrain très propice à la culture de la garance. — Pyla, au nord-est de Larnaca, village fertile en céréales, en mûriers et en cotons, qu'arrose une source abondante, est l'ancienne seigneurie française de Piles. — Chellia ou Kelia, en français Queille, et Queillyes, à l'ouest de Pyla, a été un fief des comtes d'Édesse. — Schirokitia, ou Chiérochitia, à l'puest du mont Sainte- Croix, sur la rive gauche de Vassilipotamo, fut, en 1426, le
(1) Voy. Archiv. des missiona aeientif., t. I»', p. 112.
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théâtre de la bataille où le roi Janus de Lusignan tomba au pouvoir de l'armée égyptienne. — Au sud de Chiérochitia est le vjllage de Mari, où l'on pourrait placer avec quelque vraisemblable l'antique Morium, capitale de l'ua des royaumes chypriotes.
Le Mazoto est un canton particulier du district, arrosé par le Pentachino, qui coule entre le mont Sainte-Croix et les montagnes de Lefcara. Il formait une des contrées administratives du royaume des Lusignans. — Le cap CaroubicTy au sud de Mari, doit son nom à l'abondance exceptionnelle des caroubiers dans cette région. Le marché et l'embarquement des caroubes se fait à Zii, petite localité, inhabitée en dehors de l'époque de la récolte, qui se trouve à l'est du cap.
Les montagnes du district de Larnaca, sur les pentes méridionales du Mâchera, donnent les. meilleurs vins de commanderie de l'ile entière. Les vignobles d'Ora, gros village, à l'extrémité occidentale du district, tiennent inconlestablement la tête. Ensuite viennent les crûs de Lef-^ car a à l'est d'Ora ; puis ceux de Melini ou Melinu, au sudouest d'Ora, tous exquis et fort, chers. En Europe, ce sont des raretés. M. le prince de Joinville a laissé à Limàssol le souvenir d'une demande, finement choisie et royalement payée. Lefcara, si bien partagé pour les vins, donne aussi les figues les plus renommées de l'Ile.