VI
18 l'île D9 CRÈTE.
A propos d'un Cretois qu'avaient jeté en Italie y au temps de la guerre sociale y les hasards de sa vie d'aventure, Diodore de Sicile nous rapporte une piquante anecdote, où se peint au vif le caractère national. Il raconte comment un Cretois vint trouver le consul Jules César, et s'offrit comme traître. « Si par mon aide, lui dit-il, tu l'emportes sur les ennemis^ quelle récompense me donneras-tu en retour? — Je te ferai, répondit César, citoyen de Rome, et tu seras en faveur auprès de moi. » A ces mots, le Cretois éclata de rire et reprit : a Un droit politique est chez les Cretois une niaiserie titrée ; nous ne visons qu'au gain, nous ne tirons nos flèches, nous ne travaillons sur terre et sur mer que pour de l'argent. Aussi je ne viens ici que pour de Targent. Quant aux droits politiques, accorde-les à ceux qui se les disputent et qui achètent ces fariboles au prix de leur sang. » Le consul se mit à rire et dit à cet homme : « Eh bien ! si nous réussissons
dans notre entreprise, je te donnerai mille drachmes en récompense ^ »
Tant de; perversité et de corruption n'empêchait pas le Cretois de tirer vanité de cette vie de bandit qu'il préférait à toute autre. Athénée nous a conservé, en l'attribuant au poëte Hybrias, une chanson Cretoise où débordent l'insolent orgueil du soldat de fortune et son mépris pour ce inonde des sots et des faibles qu'il exploite dédaigneusement, a Je possède une grande richesse, chantait le Cretois dans les festins : c'est ma lance, et mon épée, et mon beau bouclier long, rempart du corps. Oui, avec cela je laboure, avec cela je moissonne ; avec cela je foule l'agréable vin que produit la vigne ; avec cela j'ai des esclaves qui m'appellent maître. Eux, ils n'ont pas le cœur d'avoir une lance ni une épée, ni un beau bouclier long, rempart du corps. Tous tombent de frayeur et embrassent