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viens de Provence, si frileux, si souffreteux, et qui semblent avoir peur de grandir, qui rendent si jaides et si tristes les collines de Montpellier et de Béziers ! Ici c est rhoinme qui manque à la nature ; de ces beaux fruits que la terre porte presque sans culture, le paysan crétois ne sait extraire qu'une huile de qualité très-infé-' rieure, à laquelle oji ne s'habitue point sans effort. Tout ce que la Crète exporte d'huile pour Marseille etTrieste est destiné à l'industrie ; nos palais ne pourraient supporter râcreté d'un liquide mal préparé, auquel les olives pourries, que l'on jette avec les autres dans le pressoir, donnent un goût rance et une odeur désagréable*.
C'était, f uand nous traversions ces campagnes, le moment de la récolte ; les villages étaient déserts ; on campait dans les plantations, qui retentissaient tout le jour
1. Sur le rôle important que joue Thuile dans Talimentation des Cretois, voir Pashley, t. II, p. 148.
de voix, de chants et d'appels. Sous les arbres étalent étendues de larges couvertures, de grandes nappes où les olives tombaient drues comme grêle; d'en haut, d'en bas, on tapait à grands coups de gaule. Des jeunes filles, pour atteindre les branches d'en haut, avaient grimpé sur les arbres, et, à demi cachées par le feuillage, elles allongeaient la tête et nous regardaient passer.
Ce n'est pas icMe lieu de décrire en détail les ruines intéressantes que renferme Selino, les nombreuses tours de style hellénique que l'on rencontre debput encore au-dessus des cols et à la gorge des vallées, les restes surprenants d'une cité toute primitive auprès du village de Temenia, cité dont les murs sont bâtis en blocs presque aussi grossiers et aussi énormes que ceux de Tirynthe, et qui semble avoir été abandonnée dans l'antiquité même au profit ^ElyroSj grande ville dorienne dont la souveraineté s'étendait autrefois sur tout
le pays qui porte maintenant le nom de Selino*.
Du village de Rhodovani, tout voisin des ruines d'Elyros, on voit se dresser en face de soi, vers l'est, à peu de distance, la masse centrale des Monts- Blancs, qui cachent dans leurs replis ces gorges de Sfakia, où la population grecque, restée pure de tout mélange, a toujours conservé, sous la domination turque comme sous la domination vénitienne, avec une indépendance armée que le conquérant étranger attaquait rarement de près, un patois curieux, où l'on reconnaît à plusieurs traits le caractère et la tradition du dialecte dorien autrefois parlé dans toute l'île de Crète. Si haute et si infranchissable est du côté de Selino la barrière qui couvre les vallées sfakiotes que le plus court chemin
1. Deux inscriptions, que M. Thenonetmoi avons trouvées dans le village de Rhodovani, fixent pour la première fois d*une manière certaine remplacement d'Élyros. Ces inscription^ sont encore inédites.
pour pénétrer à Sfakia est encore de repasser par La Canée. La route qui nous y ramena traverse le territoire du village d'Alikianou, célèbre en Crète par ses riches vergers. I^ citronnier et l'oranger, qui, en Italie et sur la côte de Syrie, à Jaffa même ne sont guère plus hauts et plus larges que les pommiers plantés au bord de nos roules de Normandie, atteignent ici, comme l'olivier àSelino, une élévation et une ampleur que je ne leur avais encore vues nulle part ailleurs. On comprend mieux ici la réputation que les poètes et les voyageurs ont faite à Toranger. La culture de cet arbre n'a été introduite dans l'île, m'assurait-on à La Canée, que dans les premières années de ce siècle, et pourtant Tournefort, en 1 700, admirait déjà les orangers de l'île, et les déclarait aussi beaux et aussi gros que ceux de Lisbonne ; c'est la culture de la mandarine, importée de Malte, qui est récente en Crète et qui n'y a pas encore pris de grandes proportions. A eux seuls
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les jardins d'Alikianou produisent, année moyenne, environ quatre millions d'oranges. Ces oranges de Crète, très-grosses et très-parfumées, sont fort recherchées dans tout le Levant; à Athènes, à Constantinople et à Smyrne, les marchands crient dans les rues : oranges de Crète! comme on crie à Paris : chasselas de Fontainebleau !
Une dizaine d'heures de marche séparent La Canée du district que Ton appelle la Rhizaj c'est-à-dire la Racine; c'est tout le pays qui s'étend au pied même et comme à l'ombre des versants septentrionaux des Monts-Blancs. Un puits forme dans la petite plaine de Carpi la limite de Sfakia; aussitôt après y avoir abreuvé les chevaux, qui vont avoir à faire un rude service, on entre dans un défilé très-étroit. Les montagnes, couvertes de buissons et de chênes verts assez clair-semés, tombent des deux côtés à pentes très-roides. Si l'assaillant qui attaque Sfakia par le nord veut essayer de
quitter le sentier et de se déployer sur les hauteurs, il lui faut gravir parmi des roches brisées et croulantes, sur des cailloux qui s éboulent à chaque instant sous ses pas, en face d'un ennemi abrité derrière des bouquets d'arbres et tirant à coup sûr. Aussi en août 1 821 les Turcs essuyèrent-ils ici un cruel désastre, qui leur coûta près d'un millier d'hommes et trois pièces de campagne. Treize ans après cette rencontre, le voyageur anglais Pashley, auquel nous devons la seule carte de la Crète que nous possédions jusqu'à ce jour, voyait encore tout le long du sentier des monceaux d'ossements blanchis par la pluie et les hivers. Trois quarts d'heure de chemin dans une gorge tournante et resserrée conduisent au premier des cantons sfakiotes, à la plaine d'Askyfo. Le territoire d'Askyfo est un bassin intérieur, de toutes parts entouré de montagnes, qui, par sa configuration, rappelle les hautes plaines de l'Arcadie orientale, Stymphale, Phénée, Orchomène,
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Mantinëe et Tëgée. L'eau qu'y précipitent la pluie et la fonte des neiges n'a d'autre issue que des émissaires souterrains; les principales de ces bouches se trouvent vers le nord -ouest, dans une sorte de bas-fond qui, après les orages, est presque entièrement couvert par les eaux. Avant que celles-ci ne se fussent ouvert ces passages^ tout ce bassin formait évidemment un lac; mais ni la tradition ni Tliistoire n'ont gardé le souvenir de cette époque, et de mémoire d'homme il ne semble pas que l'évacuation se soit jamais interrompue, ni que les habitants de ce canton aient été menacés de voir, comme cela arrive périodiquement à Stymphale et à Phénée, l'élément liquide reconquérir une partie du terrain qu'il avait abandonné^ noyer leurs plantations, effacer les traces de leurs cultures et enterrer sous le limon les bornes de leurs champs. Ce qui seul parle de cette époque, ce sont de petites collines rocheuses qui, en quelques endroits, se dressent au-
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dessas de la surface unie de la plaine; c'étaient sans doute autrefois des îles au milieu du lac : la pierre dont elles sont formées est d'une autre couleur que celle des montagnes environnantes et porte d'évidentes marques du long séjour et de la lente action des eaux.
Le froid est ici très-vif pendant Thiver; la neige y séjourne longtemps, et dans tout Askyfo il n'y a qu'un olivier, que Ton montre comme une curiosité. Le blé n'y vient pas bien ; on n'y cultive que de l'orge et des vignes. Ici, comme dans toute la province de Sfakia, les habitants sont tous Grecs, ils habitent six villages répandus dans la plaine , auprès des hauteurs ; mais ces villages sont presque abandonnés pendant rhiver. La plupart des Askyfiotes ont des maisons et des oliviers sur le littoral, et y descendent vers la fin d'octobre. Les quelques familles qui n'émigrent pas doivent avoir soin de faire à l'avance toutes leurs provisions et de prendre toutes leurs me-
sures pour se suffire à elles-mêmes pendant un assez long temps; elles restent ({uelquefois pendant plus de six semaines sans communication possible avec le reste du monde. Le chemin qui d'Askyfo conduit vers la côte méridionale a en effet le même caractère que celui qui descend vers La Canée. On sort de la plaine vers le sud en franchissant une sorte de col au delà duquel on entre dans un étroit défilé qui est connu sous le nom de la gorge d'Askyfo, tou Àskjphou to pkaranghi. Pendant deu3^ heures, on y chemine péniblement dans le lit desséché du torrent, sur des pierres polies par les eaux. Il est bien entendu qu'il faut mettre pied à terre; les mulets glissent plutôt qu'ils ne marchent sur le roc lisse et sonore qui retentit sous leurs sabots.
On peut voir ailleurs des vallées plus profondes, dominées par de plus hautes cimes, par de plus effrayants précipices; mais je doute que Ton rencontre nulle part
un défilé plus resserré. Ce n'est plus, à proprement parler, une vallée, mais une fente creusée par Teffort séculaire du torrent; dans la masse compacte du rocher il y a des endroits où, en étendant les bras, on peut toucher à la fois les deux parois opposées. Pendant près d'une lieue, la largeur moyenne de celte brèche ne dépasse guère 5 ou 6 mètres; à une demi-heure seulement du rivage, les murailles s'écartent, et Ton avance un peu plus à Taise. Ce qui ajoute à l'effet de cette gorge, c'est la grâce étrange de la verdure qui, dans ces humides profondeurs, se cramponne à toutes les fentes du rocher; il y a des endroits où les figuiers sauvages pendent audessus de nos têtes, jettent et croisent leurs branches d'un bord à Tautre, et forment comme un plafond au sombre et tournant couloir. Ailleurs, dans les endroits où le défilé s'ouvre et s'élargit un peu, des cyprès et des pins garnissent les grandes pentes qui descendent au torrent. L'impression
est profonde quand tout d'un coup, au sortir de cette gêne et de cette obscurité, la mer vous apparaît avec ses flots étincelants, avec ses îles perdues dans une brume légère et transparente, avec son horizon immense, au fond duquel Timagination cherche et l'œil croit entrevoir la lointaine Afrique.
En approchant du rivage, on trouve la petite plaine de Franco-Casteli avec les ruines de son château perché sur un haut promontoire; puis, en tournant à l'ouest le lopg de la cote, à travers un pays aride et nu, on arrive bientôt au bourg de Sfakia, chef-lieu administratif de la province. On y compte de quatre à cinq cents maisons; mais l'aspect n'en est pas gai. Beaucoup de ces habitations, ruinées pendant la guerre de Tindépendance , n'ont été qu'imparfaitement réparées; d'autres, qui n'abritent leurs propriétaires que pendant l'hiver, étaient encore fermées au moment oîi nous visitions Sfakia. Point de port;
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quelques caïques dorment sur le sable. Ce fut à l'aide de Tune de ces embarcations que nous quittâmes Sfakia; les sentiers qui du bourg conduisent à la seconde des vallées sfakiotes, cellç d'Haghia-Roumeli et de Samaria, ne peuvent guère servir qu'aux montagnards eux-mêmes, et aux agrimia ou chèvres sauvages qui abondent dans les Monts-Blancs, et dont la tête figure sur les monnaies de plusieurs des cités antiques de cette région. Poussée par un bon vent, notre barque longea pendant une demijournée de hautes et âpres montagnes qui se terminent à la mer par des falaises escarpées où les vagues ont creusé de nombreuses cavernes. À mi-chemin à peu près entre Sfakia et Haghia-Roumeli, nous passâmes devant Loutro, l'ancien Port Phœnix; c'est le seul mouillage qu'il y ait sur toute cette côte inhospitalière. Quelques goélettes s'y balançaient à l'ancre.
Le village d'Haghia-Roumeli, qui occupe à peu près l'emplacement d'une vieille
cité dorienne, Tarrha^ est situé à vingt minutes environ de la mer, à l'entrée de la vallée à laquelle il donne son nom. 11 y a une quarantaine de maisons, dominées par deux hautes murailles de rochers que les chamois seuls sauraient gravir. I^a vallée est encore pourtant assez large pour permettre aux chaumières d'avoir autour d'elles quelques jardins et quelques petits champs. De ce point, trois heures de route, qu'il faut faire à pied, conduisent à Samaria, autre village situé à la naissance de la vallée, au cœur même des Monts- Blancs.
Le défilé , dans l'ensemble , est moins resserré que celui d'Askyfo ; mais il y a plus de variété, plus de grandeur, et l'eau, qui, même Tété , ne manque jamais ici , et qui gronde parmi les rochers, ajoute, par son mouvement et son bruit, à l'effet du spectacle. L'aspect change sans cesse; ici la vallée est large, les pentes sont boisées ; là les deux colossales parois se rapprochent tout d'un coup et semblent vouloir barrer le pas-
sage au voyageur, les roches se dépouillent de toute verdure et se coupent à pic ; elles pendent sur votre tête, rouges , abruptes , menaçantes. En un endroit, on n'a plus devant soi qu'une fente étroite où Ton ne s'engage pas sans terreur. Ce n'est pas la main de l'homme qui Ta creusée, c'est, comme à Askyfo, le torrent qui s'est frayé cette voie. Quand ses eaux sont basses, il laisse de la place aux passants ; mais dès que les pluies ou la fonte des neiges l'ont enflé, il prend pour lui tout l'espace, il se précipite avec fureur contre les murs de marbre qui l'emprisonnent, il amoncelle dans la gorge son écume et ses flots, il lance contre le roc, comme s'il espérait l'ébranler et le renverser, les arbres qu'il arrache au flanc de la montagne. Alors, comme on dit dans le pays, la porte est fermée, et les habitants de Samaria, tout le temps que durent les grandes^ux, restent bloqués dansle ravin, sans pouvoir descendre à Haghia-Roumeli et à la mer.
Plus loin, les montagnes s'écarlent et se fuient de nouveau, et Ton a comme un vaste cirque au milieu duquel un bouquet de hauts cyprès et de grands pins, les plus beaux peut-être que j'aie vus dans Tîle , couvre de son ombre une vieille église à demi ruinée. Un peu plus haut jaillit, dans un bois de platanes et de chênes verts, une source abondante qui ne tarit jamais. Puis la vallée se rétrécit encore, et elle monte, étroite, tournante et profonde, jusque dans le voisinage de Samaria.Samaria n'a qu'une douzaine de maisons , partagées en deux groupes par le torrent. .Derrière ce hameau , la vallée se termine brusquement ; on se trouve au pied même des précipices qui portent les plus hauts sommets de la chaîne, et par les déchirures de la montagne, bien au-dessus de soi , dans le bleu du ciel , on aperçoit l'Elino-Seli, la plus élevée de toutes ces cimes , la rivale même de rida.
Un chemin, le plus dangereux de toutes
les routes de l'île, et qui n'est praticable que pendant quelques mois d'été, part de Sainaria, et, par des ravins difficiles et scabreux, gravit jusqu'à un haut plateau, situé entre les sommets mêmes des Monts-Blancs et qui s'appelle l'Omalo (mot à mot, VunJ), L'Omalo appartient à la province de Selino. Il ne communique avec Sfakia que par un sentier oîi l'on fait rarement passer les bêtes de somme. Les mulets eux-mêmes y sont exposés à être pris de vertige, et on en a vu souvent rouler avec leur charge au fond de l'abîme. Ce chemin porte le nom AtXyloscala (l'échelle de bois), parce que dans certains endroits, pour trouver à poser le pied au flanc du rocher , on a été obligé de jeter d'une anfractuosité à l'autre des troncs de cyprès sur lesquels reposent des traverses grossièrement assemblées.
Une route affreuse, mjiis oii nous réusissons pourtant à faire passer sans accident nos bagages, conduit d'Haghia-Roumeli aux plateaux pierreux et froids d'Anopolis et
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d'Aradhena^ coupés par une étroite et profonde Bssure où le sentier descend et remonte en lacets. Les cyprès épars sur les pentes sont de taille médiocre, mais les chênes verts atteignent dans certains endroits de belles proportions. Ces plateaux, qui ne produisent guère que de Torge, forment, avec la vallée d'Haghia-Roumeli, cette province de Sfakia, qui n'est accessible, du côté de La Canée, que par ce redoutable défilé de Carpi, où il est si facile d'arrêter l'envahisseur dès ses premiers pas. Je ne connais point de pays de montagne que la nature ait pour ainsi dire plus soigneusement fortifié, qu'elle ait mieux préparé pour servir d'abri à l'indépendance farouche et aux longues résistances d'une race vaincue et d'une religion persécutée.
Le reste de la province de La Canée ne présente rien d'aussi remarquable que cette gigantesque citadelle avec ses murs prodigieux, avec ses portes étroites, que la neige et les torrents suffisent à fermer pendant
la plus grande partie de Tannée. Une presqu'île montueuse, TAcrotiri, Tancien cap Kyamoriy sépare le golfe de La Canée de la baie de La Sude, qui, dans ses eaux profondes et abritées contre tous les vents, pourrait contenir toutes les flottes du inonde. Il suffirait de remplacer par des ouvrages mieux construits et bien armés le château vénitien que contient Tîle de La Sude, située à l'entrée de la baie, pour faire ici le plus beau port militaire qu'on puisse rêver. L'Acrotiri est maintenant en grande partie désert et ne produit plus guère que des oliviers; ces arbres, qui appartiennent pour la plupart aux grands couvents de Saint-Jean et de la Sainte- Trinité, sont petits et sans apparence, mais ils donnent l'huile la plus douce et la plus légère qui se fasse dans l'île. Le miel de TAcrotiri passe aussi pour le meilleur que Ton puisse trouver dans toute la Crète. Il paraît que sous les Vénitiens, dont on voit partout les manoirs ruinés, tout le plateau
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était cultivé et portait d'admirables récoltes.
Au golfe de La Sude commencent les belles campagnes d'Apocorona, district compris entre les Monts-Blancs^ les prolongements qu'ils envoient à l'Acrotiri et la rivière de Murzulla, l'ancien Messapos, qui forme la frontière orientale de la province de La Canée. Ce n'est pas une plaine que le territoire d'Apocorona ; ce sont de larges pentes, avec des collines qui paraîtraient hautes, avec des vallées qui paraîtraient profondes, si au-dessus ne s'élevait la masse énorme des Monts-Blancs. Le sol est presque partout cultivé; de nombreux villages blanchissent parmi les oliviers. Ce canton renferme des ruines intéressantes, celles surtout de deux cités qui comptaient autrefois parmi les plus célèbres de la Crète, Àptera et Lampe. Aptera, située sur un plateau d'un accès difficile, qui porte maintenant le nom de Palaeokastro, dominait 'la baie de La Sude, sur laquelle
elle avait son port, Kissamos. Une partie de son enceinte subsiste encore, construite ici en blocs polygonaux, là en belles assises régulières qui rappellent les murs de Messène ; mais ce qu'Aptera nous a laissé de plus curieux, ce sont ses nombreuses et vastes citernes voûtées : Tune surtout, qui a trois rangs d'arcades, paraît vraiment belle après même que Ton a vu les immenses citernes de Constantinople. Celle-ci a 25 mètres de long sur 12 de large. Plusieurs des tuyaux en terre cuite qui amenaient l'eau dans ce grand réservoir sont encore en place. Le corps de la maçonnerie est en brique, mais les voûtes sont en pierre de taille soigneusement appareillée. Intérieurement, les murs de la citerne sont revêtus d'une sorte de stuc ou d'enduit très-dur qui a persisté presque partout * .
1 . Les fouilles , exécutées à Palseokastro , par M. Wescher, ont prouvé que la co.vecture émise par M. Pashley était exacte, et que c'était bien la qu'il fallait chercher les ruines d'Aptera. M. Wescher a
Tandis que remplacement d'Aptera est désert, ou plutôt n'est habité que par quelques moines qui gèrent pour le grand couvent de Pathmos une métairie située au milieu même des ruines, un assez gros village occupe une partie du terrain que couvraient autrefois les édifices de Tancienne Lampe ou Lappa. Ce village porte plusieurs noms; ses habitants l'appellent Argyropolis, la cille dargenty Palaeopolis, la ^ \fieille cille, ou simplement Polis, la {fille; mais les paysans des cantons voisins le désignent souvent, je ne sais pourquoi, par les noms de Gaïdouropolis, la {fille des dneSy ou Samaropolis, la vilie des bdts. Des hommes ont été tués, nous raconte-t-on, pour avoir apporté au village des lettres dont l'adresse contenait une de ces appellations offensantes. Ce sont surtout des in-
trouvé sur les lieux un grand décret, en dialecte Cretois, rendu par le sénat et le peuple de la ville d'Ap- TEKA. Arcliïvt's des missions scientifiques et littéraires y 2® série, 1. 1, p. 439.
scriptions et des ruines romaines que rencontre ici Tantiquaire; les débris encore subsistants de vastes thermes prouvent de quelle prospérité cette ville jouissait sous les empereurs. Son importance avait été grande aussi avant la conquête ; elle commande un défilé qui, sans présenter de passages trop pénibles, traverse les hautes collines par où les Monts-Blancs se relient à rida. C'est là, vers le milieu de Tîle, la route la plus courte de Tune à l'autre
1. M. Thenon et moi avons copié à ArgjTopolis deux décret» des Lappéens^ qui fixent en cet endroit, d'une manière certaine, la cité que Ton n'y avait placée jusque-là que par conjecture. Ces inscriptions sont encore inédites.