Pashley, Travels in Crète ^ t. I, p
DANS Lies TEMPS MODERNES. tÈK
escadres promenaient dam les mers du Levant le drapeau des puissances qui avaient détruit à Navarin la flotte égyp». tienne et forcé. la Turquie à reconnattre le royaume de Grèce» Désormais, partout où ces puissances auraient un agent, les raïas se sentiraient protégés, les Turcs surveillés et contenus* Dans la capitale le Sultan et ses vizirs, dans les provinces les pachas, caïmacams et mudirs trouveraient toujours en tiers, entre eux et les raïas, ici les ambayadeurs, là les consuls. Enfin, derrière cette avant^garde de diplomates, dont beaucoup furent des hommes de tête et de cœur, était l'Europe qui regardait ; elle était résolue, ou alors tout au moins elle paraissait l être, à ne point laisser s'endormir la 'ngilanèe de ses représentants, et à leur prêter mainforte, dès qu'ils feraient mine de l'appeler à leur secours. L'opinion, émue par les récits des voyageurs, par les chants de$ poètes, par les retentissantes voix des grands orateurs, l'opinion, non encore lassée,
228 L ILB DE CRETE
même en France, par neuf années de sympathie et de curieuse 'attention, reprochait aux cabinets d'avoir moins fait qu'elle ne l'aurait désiré pour les chrétiens d'Orient; elle imposait aux gouvernements l'obligation de dédommager, par un bienveillant et effectif patronage , celles des provinces grecques que l'attitude malveillante de l'Autriche, que les calculs intéressés du czar et les jalouses méfiances de l'Angleterre avaient fait rendre à la Porte par la conférence de Londres.
Qitte situation, les^Grecs, avec leur vif esprit et leur subtile pénétration, en avaient saisi tout d'abord les avantages, et les Turcs eux-mêmes, quoiqu'ils eussent l'intelligence plus lente et qu'ils fussent moins au courant des choses de l'Occident, soupçonnaient confusément que l'ancien régime ne pouvait se recommencer, que les pays mêmes qui leur faisaient retoiir, ils ne les possédaient plus au même titre qu'avant l'insurrection.
Les Turcs crétois surtout étaient profondément découragés; ils se souvenaient des rudes échecs que leur avaient infligés leurs compatriotes; ils se voyaient diminués de nombre, appauvris, affaiblis de tout point. De beaucoup de fabiilles, il ne i'estait que des enfants ou des vieillards: pendant tout le temps que les musulmans avaient passé captifs dans les places fortes, leurs domaines étaient restés incultes; quand la fin de la lutte leur permit de rentrer chez eux, ils trouvèrent leurs champs couverts de broussailles et leurs oliviers arrachés. L'argent et les bras leur manquaient également pour remettre ces terres en valeur;, beaucoup d'entre eux s'empressèrent alors de les céder à vil prix, pour un peu d'argent comptant, à ceux des chrétiçns qui se trouvaient avoir quelque petit capital disponible. Quanta forcer les raïas, comme on l'avait souvent fait autrefois, à travailler sans salaire pour le compte des agas et des beys, quant à les
dominer par la violence et Tintimidation, il a'y fallait plus songer. Les troupes égyptiennes, qui avaient conservé la Crète à rislan), continuaient à l'occuper , et en 1 830 Taocord des puissances alliées, bientôt consacré par un firman de la Porte, réunissait la Crète à la vice-royauté de Méhémet-Ali. L'Europe avait adopté cette combinwson, paite qu'elle savait le gouvernement égyptien plus fort et plus habile, plus capable de se faire obéir que le gouvernement turc, et le sultan n'avait pu refuser un aussi faible dédommagement au généreux Vassal qui avait sacrifié pour lui tant d'argent et tant d'hommes, qui pour lui avait enseveli dans les eaux du golfe de Navarin la plus belle flotte qui depuis longtemps eût fait flotter au vent la bannière ottomane. L'administration égyptienne se montra en Crète ce qu'elle était sur les bords du Nil, ce qu'elle fut en Syrie, âpre, impitoyable, sans entrailles, avide de gain, mais souvent intelligente, toujours ferme, très-dé-
DAISS LBS TEMPS MODERNES. ' 231
cidée à tout faire plier sous sa dure volonté, par intérêt enfin dégagée de tout fanatisme et suffisamment impartiale entre les musulmans et les chrétiens.
Eu occident, en France surtout, un engouement qui avait au moins l'excuse de la sincérité s'est complu parfois à faire de Méhémet-Ali un apôtre du progrès social, un réformateur, un philanthrope; rien n'est plus inexact, et, à vrai dire, plus burlesque qu'une pareille appréciation. Pour Méhémet*Ali, l'Egypte et les provinces qu'il y avait rattachées, ce n'a jamais été qu'une sorte de vaste plantation, comparable, en plus grand, à ce qu'on appelle de ce nom dans les États méridionaux de l'Union américaine ou à Cuba ; ces immenses domaines appartenaient, en toute propriété, à un seul homme, le -prince, qui les faisait exploiter, pour son compte, par des millions d'esclaves, nommés là fellahs ^ travaillant sous le bâton de quelques centaines d'intendants et de surveillants turcs et albanais, qui
avaient de grosses parts dans les bénéfices de l'entreprise. Ayant évalué en piastres sonnantes le profit qu'il pouvait tirer de la discipline, des arts et des sciences de l'Occident, Méhémet-Ali attirait les Européens et savait les retenir auprès de lui ; appréciant les aptitudes administratives, industrielles, commerciales des raïas, il les défendait contre toute oppression qui aurait pu arrêter l'essor de leur activité féconde; sachant enfin que la production se ralentit et finit par s'arrêter là où -manque la sécurité, il protégeait ses sujets contre toutes violences et extorsions autres que celles qu'il avait lui-même ordonnées. Il les forçait à vivre en bon accord, comme un planteur intelligent empêche les nègres de perdre leur temps à se quereller et à se battre entre eux.
Ce furent ces principes ou plutôt ces calculs qui déterminèrent la conduite des hommes à qui le vice-roi remit le gouvernement de la Crète. Méhémet-Ali avait
tout intérêt à paraître mériter la confiance que lui témoignait l'Europe. Il lui était d'ailleurs plus facile de ramener les chrétiens que de s'attacher les musulmans.
Ceux des Turcs qui avaient survécu à la guerre ne se courbaient qu'en frémissant sous la main sévère d'un gouvernement impérieux et fort; ils dissimulaient mal les regrets que leur inspiraient l'ancienne anarchie et l'autorité purement nominale qui la tolérait si patiemment. Méhémet- Ali n'hésita point à faire des exemples. Plusieurs Turcs de distinction, ayant laissé éclater leur mécontentement et tenté de renouveler les vieux abus, furent, en 1 830 et 1831 , les uns décapités, les autres jetés en exil ou en prison. Ces rigueurs firent sensation. Les Grecs, dont beaucoup avaient quitté Tîle à la nouvelle du traité qui la rendait aux musulmans, revinrent en foule. Deux conseils, chargés de décider en appel de tous les procès, furent établis à Megalo-Rastro et à Kha-
nia ; iU ëlaienl composés mi'partie de Turcs, mi-partie de Grecs, et il sembla que si quelquefois leurs arrêts manquaieDt d'équité, c'était du côté des Grecs que Pinfluence du pacha faisait pencher la balance. D'autres conseils semblables, destinés à juger en premier ressort, furent constitués dans chaque district; une gendarmerie irrégulière, formée surtout d'Albanais, fut chargéed'assurer l'exécution des ordres souverains, et l'île, au bt)ut d'une année de ce régime, jouissait d un ordre et d'un calme qu'elle n'avait pas connus depuis bien longtemps. Jamais, depuis la chute de la domination vénitienne, aucun chrétien n'avait pu se crpire aussi sur du lendemain, n'avait senti sa vie et ses biens aussi efficacement protégés.
Les bienfaits de ce régime furent dus surtout à deux hommes, Osman-Noureddin et Moustafà-Pacha, qui organisèrent la nouvelle province égyptienne. Osman* Noureddin-Bey, Tun des hommes les meil-
DANS LES TEMPS jaOI>£RN£S. 235
leurs et les plus éclairés que le vioe-roi ait eus à son service, ne remplit eu Ci^ète que des missions temporaires ; mais Moustafa, qui était entré dans Tîle en 1824 avec les premières troupes d'Ibrahim, la gouverna pendant vingt-deux ans, de 1 830 à 1 852 : il mérite donc qu'on parle de lui avec quelques détails. C'était un Albanais des environs de Cavala, comme Méhémet^Ali lui-même, à la famille duquel il était allié, dit'On, par des liens de parenté éloignée et de voisinage. Quand il arriva en Crète, me racontent des gens qui l'ont connu et beaucoup pratiqué, c'était un sauvage qui ne savait ni lire ni écrire, et qui payait vingt-cinq piastres par oreille grecque que lui apportaient ses soldats. Heureusement il rencontra un Français, le docteur Caporal, homme intelligent et instruit, qu'il attacha à sa fortune. 11 avait le sens naturellement juste et fin, et il se laissa guider. Son conseiller ne lui donna point de leçons et ne lui enseigna ni le français ni les ma«
236 li ILE DE CRETE
thématiques ; mais il lui ouvrit Tesprit, il sut lui apprendre les affaires tout en le faisant valoir. Ainsi dirigé, Moustafa-Pacha eut le talent de se rendre nécessaire; il plut aux Européens, et malgré quelques fautes, en dépit de quelques cruautés inutiles, il réussit, tout en servant les intérêts de son gouvernement, à se faire presque aimer de la population chrétienne. Après avoir pacifié l'île, il fit accepter aux Grecs et aux Turcs une sorte de trêve, et les força, au moins provisoirement, à vivre en bonne intelligence. 11 n'oublia d'ailleurs pas de se récompenser de ses propres mains, en pacha qui connaît son monde et qui songo à l'avenir. Retiré maintenant à Constantinople, où il a été plusieurs fois grand vizir, il possède de vastes domaines dans toutes les parties de l'île, et c'est un des plus riches propriétaires de tout l'empire.
En 1 866, quand Ismaïl-Pacha, qui gouvernait l'île depuis plusieurs années, s'est vu débordé par une insurrection qu'il n'a-
vait pas su prëvoir , c'est à Moustafa- Pacha que s*est adressé, en désespoir de cause, le gouvernement turc ; quoique âgé de plus de quatre-vingts ans, le vieillard n'a pas craint d'accepter la tâche qui lui était confiée. Quel sera le succès final de sa mission, c'est ce que ne permettent pas encore de décider les dépêches contradictoires qui remplissent les colonnes de nos journaux. Toujours est-il, d'après les correspondances que nous avons sous les yeux, qu'à la nouvelle de son arrivée les Turcs ont repris courage, et que l'insurrection a éprouvé un temps d'arrêt momentané.
« Les Grecs, lisons-nous dans une lettre adressée le 9 septembre au Courrier (TO^ rient, s'attendent à ce que, moyennant finance, il achète les chefs, comme il l'a fait autrefois. »
Le principal moyen qu'employa Moustafa-Pachapoursefaireobéir, pendant qu'il gouvernait l'île au nom de Méhémet-AIi, ce fut de ne donner en quelque sorte aux
238 l'île BK CRÈTE
Turcs indigènes aucune part dans l'administration du pays. Presque tous les madirs ou administrateur* cantonaux étaietil des Albanais, et en 1857 on ne compft^il encore que cinq ou six Turcs crétois danê le corps des zaptiés ou gendarmes îrrégulierSj qui est charge de la police de l'île. Ce« étrangers, n'ayant psft de possessions et d'intérêts dans le pays, ne vivant guère que de leur paye et ne pouvant rien attendre que de la faveur du pacha, «ont plus dë^ voués au pouvoir souverain et le servenl mieux. Tous les petits gouverneurs que j'ai trouvés dans les villes et villages crétois étaient de ces soldats de fortune fixés dans rîle depuis plus dé trente ans. Il n'avaient jamais revu leur patrie, mais ils n'en avaient point oublié la langue. Les AmâUtes forment en Crète une colonie si notttbreuse que l'idiome 1^ plus parlé dans l'île après le grec, ce n'est certes pas le turc, mais l'albanais. Les vieux chefs Ont ftiil venir de leurs montagnes les fils de leurs
DANS LES TEMPS MODERNES. i38
parents et de leurs arnîs, et ils le» ont places parmi ces zapîiés, que l'on trouve répartis dans les principaux villages par troupes de dix, quinze^ vingt, suivant les cantons. Ces malheureux sont fort peu payés ç aussi (a pluparX 80nt*^ils en guenilles. Dans certai* ne^ provinces de Tempire, ils feraient beaucoup de mal et vivraient aux dépens des habitants; mais ici, isolés âu milieu d'une population belliqueuse qui joue volontiers du couteau et du fusil, ils ont peur et res* tent tranquilles. L'autorité d'àilleurg, qui n'a point envie d'avoir des inévoltes à apai* ser, leur tient la bride assez sensée.
Nous avons souvent fait halte au milieu du jour et quelquefois passé la nuit dans cîes corps de garde albanais; c'étaient des abris qui n'avaient rien de séduisant , mais dont il fallut pourtant se contenter, faute de mieux, en certains lieux déserts. Là chambre est basse et enfumée ; le long des murs sont suspendues des armes mal tenues. Les lits de 'camp, av^c leurs petits
matelas tachés et troués et leurs couvertures en loques, sont d'une saleté révoltante. On ne peut s'y asseoir un instant sans reconnaître qu'ils sont toujours occupés, même en l'absence de' leurs titulaires, et sans éprouver de sa témérité un cuisant repentir. Ça et là, devenus insensibles, par Thabitude, à ce qui serait pour nous un supplice, quelques Arnautes dorment ou fument sur ces grabats. Ils sont tous en négligé ; une calotte qui fut jadis blanche leur couvre le haut de la tête à défaut du fez, que Ton réserve pour la grande tenue. Sur leurs épaules pendent leurs longs cheveux, qui semblent n'avoir jamais connu le peigne. Pour tout vêtement, ils ont une chemise déchirée et un large pantalon bouffant. Des souliers percés ou de vieilles bottes molles, semblables à celles que poi^ tent les autres habitants de l'île, leur couvrent à peu près les pieds. Sauf quelques rares exceptions, toutes les figures ont un air de famille qui frappe tout d'abord ; c'est
sur toutes la même expression, non pas de méchanceté, mais de sauvagerie étonnée et d'ignorante apathie. Pour la plupart, les officiers sont dignes des soldats. En trois mois, nous avons vu deux mudirs qui nous ont plu par une physionomie intelligente, par des manières gracieuses et dignes ; mais en revanche combien les agas ou chefs des villages, car tout village de quelque importance a ^n de ces administrateurs albanais^ nous ont presque toujours paru bornés et stupides, profondément inférieurs en tout point à la population qu'ils sont chargés de gouverner !
On le voit, le régime établi par Moustafa- Pacha pendant les premiers années de la domination égyptienne n'a pas encore été modifié dans ses parties essentielles et ses caractères généraux. En 1 840, lorsque Méhémet-Ali, malgré la France, eut été contraint, par la triple alliance, de renoncer à la Syrie et de se renfermer dans l'Egypte, la Crète fit aussi retour au sultan ; mais
Moustafa-Pacha était trop avisé pour n'avoir pas pris à Tavance toutes ses mesures, pour ne pas s'être assuré, par d'adroites démarches et des raisons sans réplique, la bienveillance des plus grands personnages de l'empire. Il fut maintenu dans ses fonctions, qu'il remplit sans encombre jusqu'en 1852. Des révoltes partielles, déterminées par des ordres venus d'Alexandrie ou de Stamboul à l'effet d'augmenter les impâts^ avaient été apaisées presque sans effusion de sang, et le gouvernement avait toujours cédé| au moins sur quelques points. Après cet habile administrateur, qui partit pour prendre à Stamboul possession du grandvizirat, la Crète fut gouvernée pendant trois ans parMehemed-Emin-Pacha. C'était un très-honnête homme, chez qui l'on trouvait toutes les vertus patriarcales des vieux Turcs sans aucun de leurs préjugés haineux contre l'Europe et les réformes. Moins ingénieux peut*étre et moins rusé que Moustafa-Pacha, il avait la volonté
ferme et Tesprit droit, il était bienveillant et juste pour tous. Sous sa main respectée, rîle fut tranquille malgré les espérances données aux raïas par la guerre de Crimée, et tout se réduisit à quelques manifestations hostiles que les Grecs se permirent à regard de bâtiments anglais ou français qui relâchèrent à La Canée. Il eut pour successeur en 1 855 Véli-Pacha, fils de Mouslafa, qui était né, qui avait été élevé dans Tîle, et pour qui le grec était la langue de son enfance. Son ambassade à Paris, où il avait eu l'honneur de signer le traité d'alliance entre la France, l'Angleterre et la Turquie lui avait fait une réputation qui ne se soutint ni en Bosnie, où il échoua complètement, ni dans Tîle de Crète, d'où un soulèvement général le chassa au bout de troians. Annoncées avec fracas à toute l'Europe avant même d'avoir reçu un commencement d'exécution, les réformes qu'il tenta n'eurent d'autre effet que de fatiguer et d'indisposer toute la population de l'île,
les musulmans aussi bien que les chrétiens. Quelques-unes même des améliorations projetées trahissaient une fâcheuse ignorance de l'état du pays. Pour ne citer qu'un exemple, le pacha voulait ouvrir entre Candie et La Canée une route carrossable, aussi lai^e que nos plus belles routes impériales, quand il n'y avait pas dans Tîle une autre voiture que sa calèche française^ quand les sentiers de montagne, par lesquels seuls les denrées de l'intérieur peuvent arriver jusqu'aux ports d'embarquementy devenaient de jour en jour plus dangereux let plus impraticables. Il eût mieux valu, tout le monde le sentait, aller au plus pressé, refaire çà et là les chaussées, réparer les ponts vénitienjs, dont chaque hiver emportait quelque lambeau ; mais quel bruit aurait fait en Occident ce modeste labeur? J'éprouve quelque regret de ne pas avoir plus de bien à dire de celui qui nous a fait en Crète, à mon compagnon et à moi, un excellent et presque fastueux
accueil, el je tiens le pacha, je le déclare bien haut, pour très-innocent des crimes dont Ta accusé, dans son langage emphatique, la presse d'Athènes, si prompte à accepter de toute main, dès qu'il s'agit d'un pacha turc, les plus invraisemblables calomnies ; mais puisqu'il me faut parler d'événements que je ne pourrais passer tout à fait sous silence , je ne saurais dissimuler que Véli me semble avoir^été puni assez justement par où il avait péché. Il s'est perdu pour avoir trop ambitionujé les applaudissements et les éloges de Paris : receperat mercedem suam^ uanus wi-
1. L'insurrection de 1858 a été racontée eu grand détail, dans un intéressant article du Correspondant (mai 1861), par M. Léon Thenon, qui était retourné en Crète au début de la crise et en avait vu se dérouler sous ses yeux toutes les péripéties. C'est d'après ce témoin, dont on ne saurait contester ni rinteiligence ni la loyauté, que nous avons essayé de résumer les événements de 1858. Quiconque connaît un peu le pays n'a pu être un instant dupe des allégations inexactes qu'a multipliées Véli-Pacha, des efforts
Ce soulèvement de Tîle de Crète , dont nous nous contenterons d'indiquer ici les principaux épisodes, débuta, au mois de mai 1858, par la démarche de deux cents Grecs qui se réunirent en armes à Périvolia, tout près de La Canée. De là , sans commettre aucun acte d'hostilité ni de déprédation, ils envoyèrent aux consuls une protestation contre toutes les mesures du gouveur» général, en les priant de la faire parvenir à Constantinople. Véli- Pacha menaça, le rassemblement grossit et compta
qu'il a fâità pour tromper rOccidettt sut le* Téritabl^ causes, sur le véritable caractère du mouvement. D'ailleurs les amis, ou plutôt les clients que Véli avait conservés dans la presse parisienne, l'avaient, depuis son artÎTéeen Crète, tant célébré sur totisleô tons et vanté avec une si maladroite exagération que bien des gens étaient déjà sur leurs gôrdes. I^a réaction fut rapide. Quant au cabinet ottoman, il n'eut pas d'illusions à perdre. A Coll5tantinop^e, on n'avait jamais pris très au sérieux Véli-Pacba ; si la Porte lui avait conÛé, malgré sa campagne de Bosnie, un grand gouvernement, c'avait été surtout pour faire plaisir aux puissants protecteurs qu'il s'était assurés pendant son séjour à Paris.
bientôt de sept à huit mille hommes. Le commandant des cjuelques troupes dont disposait le gouverneur refusa d'attaquer des gens qui se déclaraient les fidèles sujets du sultan , et assuraient n'en vouloir qu'au pacha. Les Turcs s'étaient d'abord associés^ de cœur tout au moins et d'intention, à la résistance des Grecs; mais bientôt cette concentration de forces les inquiéta : excités d'ailleurs par Véli, qui, pour venger son orgueil blessé, cherchait à pousser les choses à l'extrême , ils quittèrent leurs villages, ils affluèrent avec leurs "femmes et leurs enfants, avec une partie de leur bëlail, dans les villes fermées. Là cette foule oisive et désheurée que ce déplacement irritait en l'appauvrissant , faillit plusieurs fois se porter contre les chrétiens à des excès qui auraient aussitôt allumé dans toute l'île une violente insurrection. Plusieurs fois les chrétiens se crurent, non pas à la veille, mais à l'heure même d'un massacre général : de nombreuses familles
grecques se réfugiaient chaque jour à Syra; d'autres, quaod les Turcs devenaient plus menaçants, qu^ils poussaient par les rues des cris de mort et qu'ils déchargeaient leurs armes , se précipitaient vers les consulats, qui tous, hors le consulat d'Angleterre, s'ouvraient devant eux. A La Canée, la loyale et ferme attitude de M. Derché, alors gérant du consulat de France, aujourd'hui consul à La Canée, ne contribua pas peu à tenir les Turcs en respect; à Megalo-Kastro, notre agent consulaire, un vieillard, M. Itard , rendit des services analogues. On apprit, le 21 juin,* la destitution de Véli-Pacha. La commission envoyée par le divan , au premier bruit des troubles de Crète , pour examiner l'affaire, avait conféré avec les chefs des insurgés, et son président, l'amiral Achmet- Pacha, s'était prononcé contre le gouverneur général; mais Sami-Pacha,le nouveau çali de Crète, sç faisait attendre, et Véli- Pacha ne se décidait point à quitter La
Canée, où sa présence et les menées de ses créatures entretenaient une redoutable agitation. Achmet-Pacha de son côté, malgré sa modération et sa prudence, avait toutes les peines du monde à retenir les passions qui s'exaspéraient de plus en plus, et à prévenir l'explosion redoutée. On respira quand, le 12 juillet, arriva enfin Sami- Pacha, et surtout quand le lendemain il eut réussià embarquer, commeparsurprise, son malheureux prédécesseur, qui ne. pouvait se résoudre à fuir en disgracié, en vaincu, cette terre où, trois ans auparavant, il dé- 'barquait triomphalement, annoncé et salué par toutes les fanfares de la renommée. Les chrétiens, sans tirer un coup de . fusil, avaient obtenu ce qu'ils demandaient, ils avaient même profité de l'occasion pour faire accepter encore plusieurs autres réclamations relatives à Timpôt et à la constitution des conseils provinciaux ou medjilis. L'excellente discipline qu'ils avaient su observer pendant trois mois, sous des
250 ti ILE DB CRÈTS
chefs improvisés, dans une situation pleine de périls, le soin avec lequel ils avaient su éviter de blesser les commissaires impériaux et de donner aux Turcs le moindre prétexte pour commencer la lutte armée, tout cela faisait honneur à leur sens politique et au tact de leurs capitaines. Aussitôt Véli parti, ils se dispersèrent, ils retournèrent chez eux faire la moisson et cueilUr les olives. On eut plus de peine à renvoyer les Turcs dans leurs villages ; il fallut que l'ancien gouverneur de nie, Mehemed- Emin-Pacha, alors ministre de la police à Constantinople^ vînt aider S(imi de ses conseils et de son influence. Ce n'était pas que les Turcs tinssent à Véli et le regrettassent; mais il leur était impossible de ne pas être intérieurement froissés, de ne pas s'inquiéter pour l'avenir de ce nouveau succès des chrétiens, de cette victoire que les Grecs avaient su remporter sans brûler une amorce.
Sous Sami-Pacha , homme avisé et adroit,
SOUS son successeur Ismaïl-Pacha^ qui est resté gouverneur général de Crète jusqu'au retour de Moustafa-Pacha , l'île est restée à peu près tranquille, jusqu'au mois de mai 1866. Une petite expédition militaire a été faite en 1 863 contre Sfakia , par les ordres du gouverneur , pour punir des actes de brigandage et de rapt dont s'étaient rendus coupables plusieurs Sfakiotes. Dans le bas pays et dans les villes, l'opinion, chez les Grecs eux-mêmes, poussait le pacha à ces mesures de rigueur, et si elle lui faisait un reproche, c'était de trop ménager les Sfakiotes, Ceux-ci, après d'assez longs pourparlers qui donnèrent aux coupables le temps de s'enfuir de l'île, cédèrent, laissèrent traverser leurs défilés et occuper militairement quelques-uns de leurs villages, puis rendirent une partie des objets volés. Sfakia, on ne saurait se le dissimuler, est en pleine décadence. Ces âpres montagnes, ces froids et pierreux plateaux, ne donnent qu'à
grand'peine, à ceux qui n'y épargnent pas leur sueur, une maigre et insufSsante nourriture. Autrefois les Sfakiotes ajoutaient au chétif produit de leurs terres ce que leur pillage leur donnait de butin dans une société sans cesse troublée par des guerres publiques ou privées. Aujourd'hui qu'il règne dans Tîle de Crète quelque chose qui ressemble à de Tordre, les Sfakiotes ne pourraient plus, sans danger pour eux-mêmes, compter sur ce genre de revenus. Aussi beaucoup d'entre eux achètent-ils des terres à blé et des oliviers a Selino, à Kissamo, Apocorona ou Mylopotamo, et finissent-ils par s'établir à demeure dans les plaines et sur les rivages, ne remontant plus, même l'été, dans leurs montagnes natales. C'est ainsi que beaucoup de maisons restent fermées dans les villages d'Askyfo, d'Haghîa-Roumeli et d'Anopolis; Sfakia est certainement moins peuplé qu'avant la guerre de l'indépendance, et ne pourrait, en cas d'insurrec-
lion, envoyer au combat autant de fusils qu'autrefois.
En revanche, dans tout le reste de Tîle, la population chrétienne grandit sensiblement, en nombre aussi bien qu'en richesse. En 1 834, M. Pashley croyait trouver en Crète 1 29 000 âmes, dont 40 000 musulmans; en 1847, un des hommes qui ont le mieux étudié l'état actuel de la Crète, M. Hitier, alors consul de France à Khania, évaluait la population à 160 000 âmes, sur lesquelles il ne comptait encore que 40 000 musulmans. L'augmentation ,^ on le voit, ne se serait produite qu'au profit des chrétiens. A la suite d'un recensement commencé en 1857par les ordres de Véli- Pacha, on a publié les résultats partiels obtenus pour la province de Khania\ En prenant ces chiffres pour exacts et en admettant que dans les autres provinces
1. La vérité sur les événements de Candie^ Paris, 1858. Cette brochure, sans nom d'auteur, a été rédigée par un ami, par. un ancien secrétaire de Véli-Paolia.
154 l'ilb de cràte
l'accroissement de la population ait eu lieu dans la même proportion, on obtient pour toute la Crète, dix ans après l'évaluation appix)ximative deM. Hitier, une population totale de 172000 âmes. Si maintenant on suppose, dans les autres provinces de l'île, la même différence numérique relative entre les Turcs et les Grecs, il y aurait eu, en 1858, 123000 chrétiens contre 49000 musulmans. Ainsi en vingttrois années la population grecque soumise serait arrivée de 90 000 à 123 000 Ames ; elle aurait donc augmenté de plus d'un tiers, tandis que les musulmans^ qui de nom du moins sont encore les maîtres, n'ont pas augmenté seulement d'un quart, de 40 000 à 49 000*.
1. J'emprunte ces chiffres et les résultats que j'en tire à l'ouvrage de M. V. RauUn, savant français qui explora l'Ue de Crète en 1845, sous les auspices du Muséum d'histoire naturelle. Il a publié en 1858 une Description physique de tile de Crète (Bordeaux, iii-8, 292 pages), qui contient beaucoup de faits intéressants, même pour les personnes étrangères aux sciences pix>preinent dites.
lia propriété du sol échappe aux mains des Turcs, comme la proportion numérique varie à leur désavantage. Depuis 1829, il n'y a pas eu danij Tîle, à proprement parler, de lutte ouverte et armée, il n'y a pas eu effusion de sang ; mais depuis la pacification les Grecs ont continué la guerre avec ardeur : seulement ils en ont changé la méthode et la forme. Leur arme nouvelle, dont ils savent se servir mieux encore que des anciennes, c'est Targent. Ici, comme dans toutes les parties de Tempire où les raïas sont nombreux et jouissent de quelque liberté, les Turcs vendent toujours et n'achètent jamais. Depuis 1829, une grande partie des terres autrefois possédées par les musulmans dans les plaines les plus fertiles ont passé dans les mains des chrétiens. La complète dépossession des Turcs par cette révolution pacifique et graduelle n'est donc qu'une affaire de temps. Les agas et les beys, dépouillés de leurs biens par ce* ventes, qui sont faites
presque toujours dans un moment d*embarras et par suite à vil prix, affluent dans les villes , où ils cherchent à vivre de quelqu'une de jces sinécures que Tadministration turque prodigue aux musulmans, sans pouvoir satisfaire tous les fainéants qui Timplorent*. Une race réduite à ces extrémités ne se reproduit plus, diminue peu à peu, et finit par s'éteindre.
Cette infériorité et cette décadence, les Turcs Cretois mêmes en ont conscience, et beaucoup d'entre eux, m'assurait-on, seraient prêts à chercher le remède au mal dans une conversion ou plutôt dans un retour au christianisme. En 1856, après la proclamatioti du hat-humaïoun et Tar-
1 . Voici ce qu'on lit dans une correspondance de La Canée adressée au Courrier d'Orient du 25 juillet 1863: t Je vous ferai observer à ce sujet qu'avant 1830 les Grecs ne possédaient pas un pouce de terre dans notre province ; aujourd'hui la plus grande partie de nos campagnes leur appartient. Dès qu'un Turc manifeste le désir de vendre un morceau de terre, vite un chrétien se présente comme acheteur. >
rivée de Véli-Pacha , qui avait fait les plus belles professions de tolérance religieuse, dans le district de Megalo-Kastro, six cents musulmans environ revinrent au christianisme. Dans Téparchie de Pediada, un village entier,' Piscopi, quitta le Coran pour l'Evangile. Véli-Pacha donna quelques marques de déplaisir, et le mouvement s'arrêta; mais beaucoup d'autres musulmans, prétendent les Grecs, seraient disposés à suivre cet exemple, s'ils ne craignaient l'autorité, qui voit ces changements d'un mauvais œil, *et qui trouve toujours moyen de punir la désertion en dépit du hat impérial et de toutes les déclarations officielles. Plusieurs personnes m'ont affirmé avoir reçu à cet égard de nombreuses confidences ; mais il faut en ces matières se défier un peu des Grecs, si prompts à l'exagération et toujours enclins a croire ce qu'ils désirent.
Les Turcs crétois sont d'ailleurs, d'habitudes et de manières, aussi peu Turcs
258 ' L^ILE DE CRÀTB
que possible, et le voyageur est exposé à s'y tromper sans cesse. Les musulmans portent ici le même costume et parlent la même langue que les chrétiens. Accroupis autour d'une dame-jeanne de malvoisie, ils leur font raison, sans balancer, le verre à la main. Leurs femimes même se mon^ trent souvent non voilées, sinon aux étrangers, du moins aux hommes qu'elles connaissent. Quand nous logions dans la maison d'un Turc, les femmes sans doute, ne venaient pas à nous : c'étaient les hommes de la famille qui allaient chercher les plats dans le harem et qui les en rapportaient; mais que de fois j'ai vu de loin des Grecs entrer dans la maison des Turcs avec qui ils étaient liés, et les femmes les recevoir sur le seuil sans mettre leur voilel Dans les champs, à la fontaine, nous avons rencontré souvent des femmes turques qui, prises à l'improvisle, ne faisaient pas, comme elles l'auraient certainement essayé ailleurs, mine de détourner la tête ou d*al-
1er se cacher derrière un arbre : elles restaient en face de nous le visage découvert, et fort tranquillement nous regardaient passer.
Les mariages entre Turcs et Grecs étaient fréquents avant la guerre de l'indépendance : il n'était pas facile à un chrétien de refuser sa fille à l'aga ou au bey qui la lui demandait ; mieux valait la donner pour éviter qu'on ne la prît. Les enfants étaient élevés dans l'islamisme, mais la femme conservait toute liberté de suivre les offices et de pratiquer sa religion. Depuis que le règne de la violence a cessé, ces unions sont devenues très-rares, presque sans exemple. Les Turcs, souvent peu nombreux dans un canton et par là même plus bornés dans leur choix, ne demanderaient pas mieux que d'épouser les belles Grecques qui abondent dans les villages de l'île; mais les chrétiennes ne veulent pas entendre parler de s'unir à un musulman^ et elles répondraient au besoin par
léchant populaire qu'a déjà cité Fauriel, et qui se répète encore d'un bout à l'autre de l'Orient : « J'aimerais mieux voir mon sang — rougir la terre — que de sentir mes yeux — baisés par un Turc*.» A peine, me disait-on, arrive-t-il tous les cinq ou six ans qu'une passion inspirée par un jeune Turc à quelque fille grecque amène une de ces unions qui choquent et irritent vivement les chrétiens.
La race, chez les deux sexes, est en général saine et forte dans toute la Crète, mais sur4:out chez les habitants des Monts- Blancs, musulmans ou chrétiens. Les Turcs du district d'x4Lbadia', sur les pentes méri-
1. Fauriel, Chants populaires de la Grèce moderne y t. I, p. 138.
2. On a prétendu que les Abadiotes seraient d'origine arabe et descendraient en droite ligne des conquérants sarrasins. Un des hommes qui ont le mieux étudié la Crète, M. Fabreguettes, longtemps consul de France à la Canée, révoque en doute cette opinipu, émise par Savary et par quelques autres voyageurs ; elle ne repose sur aucune preuve, et rien aujourd'hui, affirme-t-il, après avoir visité les villages des Ab»-
dionales de l'Ida, et ceux de Selino, dans l'ouest de l'île, les Grecs séliniotes et sfakiotes offrent à chaque instant des types qui feraient la joie du peintre et du sculpteur. Les Sfakiotes surtout sont taillés pour faire d'admirables soldats. Presque tous sontde très-haute taille; leur vigueur, que nous les avons vus déployer à la course et à la lutte, s'accuse plutôt par la surprenante agilité des mouvements que par une musculature exagérée, tandis que ce dernier caractère m'a souvent frappé chez les Turcs de l'Anatolie. La plupart d'entre eux sont blonds, leurs longs cheveux tombent sur leurs épaules, ils ont de grands yeux clairs, le nez marqué sans être fort, la bouche fine, les dents brillantes et bien rangées ; on sent dans toute leur personne je ne sais quoi d'ardent et de nerveux qui fait songer au cheval pur sang.
cliotes, ne distingue cette population des autres monta^nards de l'île. Bulletin de la Société de géographie, 2e série, t. III, p. 125-126.
Leur costume est à peu près le même que * celui des autres Cretois : il se compose d'une chemise à larges manches, d'un gilet bleu ouvert sur la poitrine, d'une veste brodée, d'une épaisse ceinture de laine rouge plusieurs fois enroulée autour du corps, d'un large pantalon bleu dont le bas se cache dans de grandes bottes de cuir jaune. Une épaisse capote blanche, dont le Sfakiote ne se sépare guère, complète ce costume. Il est rare aussi qu'on le trouve sans sa longue carabine; tout au moins, s'il Ta laissée à la maison, a-t-il gardé à la ceinture, par mesure de précaution, son grand couteau et ses lourds pistolets, toujours chargés jusqu'à la gueule.
Le costume des femmes ressemble fort à celui que portent les Albanaises d'Eleusis et des villages de l'Attique ou de la Béotie. Ce qui en forme le fond, c'est un caleçon de toile blanche ^ar-dessus lequel tombe une longue chemise qui est de toile l'été et de laine l'hiver; elle est serrée à la
taille par des cordons, et s'ouvre sur la poitrine par une fente que les jeunes filles seules prennent quelque soin de tenir close. Dès que la Cretoise est mariée, comme il y a presque toujours quelque enfant à nourrir, elle ne se donne pas la peine de rattacher des agrafes que la main se lasserait à défaire et à rajuster sans cesse. ; L'habitude une fois prise, on la garde, et Tournefort remarquait déjà « que rhabit des dames de Crète est trèssimple et qu'il leur laisse le sein tout découvert. »
En attendant le moment où elles seront . nourrices, les femmes grecques, presque toujours jolies, quoi qu'en dise Tournefort, et souvent fort belles, font naître chez les jeunes gens de vives passions, qui ont inspiré toute une poésie amoureuse propre à la Crète, celle des madinadœs ou quatrains chantés en dansant*. Nous en donne-