‹ L'île de CrèteChapitre 7 sur 35 · PREFACE. XXI · texte numérisé non relu

PREFACE. XXI

d avoir étourdiment engagé une si dangereuse partie. A y regarder de près et à parler franc, tout le meniorandum des Cretois peut se résumer en deux mots : nous aimerions fort ne plus payer d'impôts et nous serions très-heureux d'être aiïranchis du joug de la Turquie, de nous rattacher à la Grèce.

Le gouvernement turc, il est vrai, tout en percevant le plus d'argent qu'il peut, ne rend à ses administrés presque aucun de ces services que, chez les peuples civilisés, l'État doit aux contribuables en échange des sommes qu'ils versent dans ses caisses. D'autre part les Grecs crétoîs ont eu trop à souffrir, pendant deux siècles, de la domination musulmane, pour qu'on puisse s'étonner des sentiments qu'ils nourrissent à son endroit. Il n'en est pas moins vrai que la Porte ne pouvait admettre que la ques-

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tioD fût ainsi posée, l^e cabinet ottoman avait visiblement le plus vif désir de prévedir la lutte armée par une transaction, dût-il encore, comme en 1858, paraître reculer devant les chrétiens; l'argent manquait à Constantinople, et il faudrait en dépenser beaucoup pour comprimer la révolte : en outre, les ministres turcs savaient que la cause des insurgés aurait en général les sympathies de FEurope chrétienne, et ils aimaient mieux ne pas occuper de leurs affaires les journaux anglais^ français et russes. Ce sont les Cretois qui, au moment où la Porte hésitait encore et semblait se défier de ses forces, ont rendu tout accommodement impossible en proclamant l'annexion de la Crète au royaume hellénique. Émettre de pareilles prétentions, c'était se jeter dans une lutte à outrance et prendre rengagement d'en sortir vainqueurs; or les

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Grecs de Crète, nous avons dit pourquoi, n'étaient pas en mesure de justifier une si haute ambition.

Ce dont on ne saurait s'empêcher d'être surpris, c'est que les Cretois se soient montrés si pressés de voter Tunion, ou, comme on dit • aujourd'hui, l'annexion de la Crète au royaume hellénique? Les bénéfices qu'ils auraient retirés de cette annexion auraient-ils été en rapport avec les sacrifices qu'ils se seraient imposés, avec les mauvaises chances qu'ils auraient courues en vue d'atteindre un si problématique résultat? Je n'ai pas vu la Grèce depuis la chute du roi Othon et l'avènement du roi Georges ; mais tous ceux qui y ont fait quelque séjour dans ces dernières années s'accordent à dire que ce pauvre pays a plutôt reculé qu'avancé. Jamais, me dit et mecrit-on^ les mesquines ambitions

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