TOME I
joitrd%uU preâqiie eiclusiiremimt, tout le petit tt le moyen éommerce de Tlle. Depuis ie pAu vre éitMe qui vend pour un medio ^ <te ruban ott dBm&ntiêêa S juBques aux puiifêants qui font pouif UM mittion d'affaires, boutiquiers et négociants, tous tmt Catalans^ A eux le monopole de la laine et de la graisse, de la soie et du tosajo» de la dentdle et du poivre; m un mot, de tous les articles de mode et à^ bouche ; à eux ausrf la iclence de faire de rapides fortunes. A rà^ eu sobres industriels le?és avec le jour, et sent cesse au travail sous un soleil qui énerve et qui tiie^ loin d^èprouver ce superbe dédain avec h* ffuel le créde les regarde, je me sentais pénétré d'une sortedè respe^. On peut dire que les Câ-^ talans sont les Béarnais de l'Espagne ; comme eux ils s'exilent llscilement et vont porter à Vé^ «raiigeir une activité qui n'eÉt pas suffi pour léf faire vivre sur le sol de la patrie.
^anii bfile rà^^^pat» quorum virtuUbus obstat Res an^ta domi : sed Roms durior illis Cbnatus*.
Mais, fr^iM dans Ti^iLil, ils marchent unis et kiis* C'ert entra e«x eoomie une assôdetieii
1 La plus petite monnaie cubanaiie ; die Tant à peu près 4 *oa|*
S Sain-doux.
S Jnténal, $, m, 164 et fur.
maçonnique» dans laquelle entrent indistinctement grands et petits, riches et pauvres. Leur union, et ceci est un avis pour les Béarnais auxquels nous les comparions tout-à-l'heure, leur union est le secret, le seul secret de leur étonnante prospérité. Considéréssouscepointde vue, ce sont les Israélites de la chrétienté.
Quant à la créole^ ce rêve du poète, femme à qui la nature a si largement départi la grâce et la beauté, je la voyais, sur ce navire qui m'emportait à la Havane , éternellement bercée dans ses paresseuses voluptés. Le soir , couché sur la dunette , dans ma rêverie amoureuse, je me disais :
C est une jeune femme de quinze ans ^ dont le corps, sous un soleil qui fait vivre trop vite, est blanc comme Tamande du cocotier; dont l'haleine exhale un parfum d'avril, dont les lèvres, calice d'amour , ont des baisers liquides et suaves comme la crème transparente de la barbadine, dont Tame est douce et odorante
eomme ces fioles d'or pleiaes d'essences diyiâ^g qui sont les prières des saints '•
Puis, dans mon extase» j'entrais sousdes oraa^ gers en fleurs, je pénétrais sous un dôme de verdure^ où se croisaient toutes sortes de lianes d'une végétation exubérante, où brillaient suspendues , des fleurs , des grappes de muscat 9 des pommes de liane , vertes et jaunes au milieu de leurs couronnes violettes. L'oiseau-moucbet diamant ailé , les papillons des rives de TAmazone , suçaient leur vie élbérée dans les corolles entr*ouYertes et secouaient le pollen, poussière odorante et féconde, dans Tair où nageaient déjà d'enivrantes odeurs.
Et je suspendais mes pas, et je me disais avec un faible murmure : la voici assoupie dans son bamac tissé avec les fils blancs du karatas, cactus géant, et frangé des plumes entren^roi-* âées qu'ont fournies les plus brillants ôiseauit de la zone torride. Une jeune mulâtresse berce dans les parfums la couche aérienne de sa jeune matiresse; une autre, agitant dans sa main une branche fleurie d'oranger , écarte de la paresseuse enfant les insectes importuns, et peut-être le pollen des fleurs; car qui sait si de ce toucher mystérieux, de cet hymen ineffa-^
' 1 Apocalypse. , . . . >
MêriM iiftttr*ii pêêàèM fleur e£ de làJ«BM fille qoelqae Psyché du monde inrisIMe , rémiton de ce que la tierge et la plante ont de plus immatériel , de ce qui » chez elles, tend toujours k femonter au cid> de l'haleine de Tune et du sourire de Tanfre; création fanta^ique) gêné* ration Tirginale, plus parfumée que la poésie « aussi suave que le baiser que me garde, fortuné jeune homme , sa bouche , rose humaine ! . . •
Bt jiiuié , j'attendais la nuit pour roir ee dôme ii Irais « s'étoilant d'insectes lumineux, faire un rM étincelant à ma couche amoureuse, un temple illuminé à mon hy menée féerique...
Ce fut rimagination bercée de ces images ra«^ tissantes que j'arritai à la Hayane. Fos-je trompé? vous allez le voir.
La lumière fois que j'allai à la Film^mùmea, c'était un vendredi , fête de sa majesté Isabelle IL Toute la noblesse s'y était donné réndeiHvous. Il y avait là plus de trente généraux en cos^ tumé, des grands d Esp: gne» <tes amiraux, des chambellans^ des diplomates, des comtes, des marquis, des ducs: je n'avais jamais vu réuw autant d'i^niformes, de broderies et de croix. L*orf l'argent , les pierreries ruisselaient sur les ^leti« sur les revers, sur les parements. Ce* talent des épées merveilleusement enrichies, de» décorations et des diamants qui rappdaieut
\fiMdr« les courtisans de ces moiiârfiiMS eut» les états desquels le soleil ne se couchait pas.
Eh bien ! mon premier regard • ma première émotion ne furent pas, je m'en souviens» p^ur oette idéale magnificeneedunautrewèele» étalée h deux mille lieues de Madnd, comme pour faire mentir ceux qui disent que CharlesM^uiat ait noort et que l'Espagne s'en Ta.
Entre ces nobles têtes et ces rivières de bril*lants , aux mille clartés des lustres reflétées par vos magnifiques parures, je vous aperçus, filles de cette terre de lumière et d'amour» et soudain , semblable à l'oiseau qui ne Toit, par^ mi les fruits et les fleurs . que Tœil fascinateur du serpent, Je sentis une chaîne magnétique re^ plier autour de mon cœur ses invisibles nœuds, et m'altirer vers vousl Mon rêve était accem* pli, hélas! en partie seulement, et j'admirai silencieusement en vous cette grâce et cette beauté touchantes, qui font croire que » si Dieu avait créé deux Eve, votre splendide climat # en eût vu naître une , comme Tautre s'éveilla dansTEdent
Ce n'est pourtant pas que le beauté île la Havanaise soit parfaite comme détail ou même comme ensemble, mais eM a un type II part* un caractère original qui saifMsseiA tout dabw d* Une longue habitude, de pareweuwi r^e(»ei
ont.inis datid ses yeux , les plus beaux du mon-^ de 9 une irrésistible expression de langueur cha*^ grine et de passion contenue. Son t^intest brun, mate lisse et transparent. Ce n'est ni la pâleur maladive des femmes du nord, ni les tons hàlés des filles du mi4i^ c'est le chaud reflet de la lumière dorée du tropique. On sent qu'en elle ♦ comme une flamme en un globe d'albâtre, brûle une ame de feu qui la colore , et Ton est prêt à la proclamer la Galatée du soleil. Mais si son teint est si beau , si sa taille est si souple, si ses mains et ses pieds sont si petits, quelle atle d'alcyon, quelle ébène au sombre éclat égaleraient le noir de sa chevelure, manteau ondoyant qui la couvre au réveil, diadème de reine qui la pare à la fête, fleuve embaumé qui l'inonde en retour.
Je l'ai dit, l'ame, dans cette adorable créature, n'est pas au-dtessous des beautés du corps. Tous les nobles sentiments de fille , d épouse et de mère y trouvent accès et la fécondent également. Réservée jusqu'à la fierté en présence de l'étranger, on la voit, pleine d'une confiance enfantine, causer et rire avec abandon dans le cercle de l'intimité. Cependant^ quoique sérieuse et folle tour-à-tour, elle est plutôt encline à la mélancolie qu'à la gatté, partage de la femme en d'autres dimats.
Mais l'archet s'est promené sur les cordes 90«
nores : voyez son œti s'alimner, tout son corps frémir. Elle part ; elle danse. Sommes-nous ici sous le ciel du Caire ou dans quelque palais de rinde? Non, la bayadére est moins gracieuse * et Falmée, dont les premiers mouvements sont chastes, exprime bientôt avec trop peu de retenue le délire des sens. Ce n*est pas là non plus la contredanse française ouïe fandago d*£sp')gne. Plus original que Tune, moins fougueuse que Tautre» cette danse» peut-être indéfinissable, est parfaitement en harmonie avec le caractère et la personne de la jeune Havanaise. C'est un doux mélange de mouvements tour à tour passionnés et lents qui s'exécutent au son d'un orchestre spécial, et qui semblent être propres à ce pays, hors duquel on les ignore. Les danseurs se placent sur deux lignes parallèles, l'une de dames, Tautre de cavaliers. On débute par un avant-deux qui se fait en se tenant par la main et en cadence, puis on se croise, toujours en cadence, et l'on termine par un tour de valse aussi lent que possible. Mais ce qui ne saurait se dire, ce qui frappe le spectateur du plus doux étonnement^ c'est la grâce idéale avec laquelle la Havanaise varie en les recommençant toujours ce petit nombre de figures, c'est lorsqu'elle vient à danser d'un pas lent et suspendu , ' à imprimer à ses franches et à sa tête d'harmo-
mawen en^latiQog, à répondre par des mour vemenfâ pleins de (eu ou de mollesse aw ^Qi analogues des iustruineuls , à peindre dans ses regards ramour et ses langii^urst le Qour<jToiix et ses emportements.
La musique havanaise, composée de soupirs, de mouvements vifs^ de refrains tristes, de chants subitement arrêtés, offre un singulier mélange de galté et de mélancolie. Les airs de danse sont pleins de fraîcheur et d'originalités miiis hérissés de syncopes et de mesures à contre temps» qui les rendent d une difficulté inouïe. Le célèbre violoncelliste Bohrer m'a confessé avoir essayé inutilement de déchiffrer une partie de contre-basse exécutée tous les soirs à la Jtcwanera par un nègre qui ne connaissait pas une seule note.
Puisque nous avons été conduit à parler de musique, disons que les Havanaises cultivent cet art dont elles sont fort éprises, avec un soin que leurs succès seuls égalent. Les concerts qui précèdent presque toujours la danse dans les réunions de la Havane, et les ovations qu'on y prépare au talent, sont pour toutes un motif de puissante émulation. Aussi pourrait-on citer parmi elles un bon nombre de virtuoses qui seraient remarquables même à Paris, et mademoiselle de Penalver, |)ar Texpression de son
diàiVI «Utàirt que parla pureté de rà méthode^ à mérité rhomm âge du prince de Joinrille, traduit en une magnifique collection des opérai finançais que lé jeune amiral la pria d'accepter comme un gage de son admiration-
On a souvent peint la créole de Cuba comme ge laissant trop facilement dominer par l'amour; Otii, 1 amour règne dans cette ame brftl mte* àvee totttasi ses fiévreuses agitations, ses folles extases, ses rôves impossibles; oui, là passioB re$pîre dans ces yeux si beaux, avec ses fouguM et ses langueurs, ses voluptueux esj^rs et set tristjesses indicibles; oui« dans fiout cet être cbarmafit, il y a d éner; iques élan$. dardent^ aspirations vers 1 être aimé. Oui, «'est là la vé^ rite, n^is ce n'e^t pas toute la vérité. Il y a aussi dans cette ame, à côté de cet amour créole, un être fort et calme, et, au besoin, uu lutteur invincible, c'est la chasteté. Une plume éloquente» et que chacun connaît, la écrit et prQuvé> et tout homme le pense ; ce n'est pa$ la froideur qui constitue la vertu, la grandeur» la beauté morale de la femme. La froideur qui n'a pas de désirs, n'est pas la chasteté qui peut exk avoir, mais qui sait les vaincre. La Havanaise est chaste en ce sens ; elle Test comme Thérèse, cette sublime fille de l'Espagne, Thérèse, la divine sainte, qui résumait en ce mot toute sa pi-
tié pour Satau, Téterael damné : « Le maHieiH reux, il ne saurait aimer ! » Oui, la créole de Cuba* c'est cette fille du ciel ; on ne saurait la comparer à ces Germaines S dont nous parie le grand historien, qui vivaient, protégées par leur pudeur, loin des séductions, des spectacles etdes mensualités des festins ; et il aurait pu ajouter, sous un ciel terne et froid. La femme de ces belles contrées, exposée à tous ces dangers, et respirant de plus un air tiède et embaumé, sous on ciel amoureux, sait, comme la sainte, comme les sœurs de Velléda, conserver toute sa pureté. Donc« si des écrivains prévenus, ou mal informés, ont, à propos des femmes de là bonne société de la Havane , parlé d'amours faciles, d'aventures galantes, ils se sont certainement trompés. Sans faire à mes anciens hôtes Finsulte d'une défense, je rappellerai seulement ces esclaves qui entourent la maîtresse, dont ils sont les premiers espions ; et ces maisons ouvertes dans lesquelles Fœil indiscret peut plonger à toute heure. Je le répèle, l'existence coloniale est transparente comme du verre, et c'est par le grand jour qui éclaire tous ses actes, que la créole repousse ces erreurs ou ces calomnies.
iTàt,Gtm. XIX.
Je ne ne laisserai pas non plus passer irréfutée une erreur également accréditée en Europe. Dans tous les Irres qui ont été écrits sur la Havane^ il est beaucoup parlé de femmes qui fument et de coiffures qui serrent de portecigares. Rien de plus faux que ces inventim», bonnes t tout au plus^ à faire rire de nous les habitants doutre-mer. Il se peut qu'à une époque fort éloignée déjà l'usage du tabac ait ^é plus général à Cuba , mais ce qu'il y a de positif, c'^ que les Havanaises d^aujourdhui fument beaucoup moins que les lionnes de Paris. De semblables erreurs s'expliquent facilement du reste. Beaucoup de voyageurs, qui explorent un pays, peignent hardiment les diverses classes de la société , lorsqu ils ne les ont pas toutes fréquentées et étudiées. Qu'est-ce donc quand ils ont été repoussés par les premières familles du lieu ? La vengeance dicte alors le mensonge ou la caricature , et c*est de \a fenêtre d'une auberge, dont on a fait son observatoire, qu'on trace ces croquis plus ou moins 'Spirituels, mais à coup sûr toujours faux. Cuvier a pu, à force de génie, une coquille ou un fragment d*os fossile étant donné, raconter toute une création antérieure: mais peindre une société tout entière sur un homme ou une femme que vous voyez passer en voiture, ced
.m àmw 99s rimmortaUi^ à un nani» naii Qffr» peut-être pkis de difficulté*
Dans ua 4e$ grande cjwitres ë* la p^H^latHn
du moade où »oot» tou9 Ira jours, eU comwe
jiaus 1 ayotts dit » bfeii mprudemmeiit nmato
tôutea €6$ quesUoQB acdues qnr, semblables ai^
^jTabvieux Titans, enient aujoan) bui^ les flânes
f^ l'bunaanit^; où les idées les plus aTancées de
l'Europe éclairée vivent et droaleut, sans cesse
'^lia«gées par les coaversatioos des réunions et
:d0s fserctos^ si eites ne peuvent être discutées
.dans de nombreux jownauR soumis à une se-
.Vféffe iceusure; dans une société où les fèaimes
sont si belles» si séd«sente\ telles enfin que nous
^voas vainement essayé de tes peindre , il est
impassible que là, sow un ciel si lumineux,
dans un air si parfumé , il n'y ait pas des poètas
.et de véritables poètes.
La poésie est toujours et partout Vécko (e plus vrai, l'expression la plus idéalisée de k .société où elle chante ses chœurs sants eA grandioses ou ses mélodieuses aspirations v«rs quelque chose d'inconnu; où elle soupire ses oées .saphiques, ou lanci% comme la foudre ^ aes ia- .j[)élueux iambes. Shakespeare, salissant, ftmt plaire à un public auglais 9 la sublime et vitgl- ,nale %ure de la jei^ne fille brûlée à Boueu pue .tes ApgJais » prouve qm deux SMçles apr4» oslte
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i^minieuselftcheté, le peuple qutta èommit en élait encore capable. Eschyle , héros à 9alamine, est aussi le chantre qui tradiutt aux èreîlles charmées d'Athènes Thymne de douleur qui répond, du fond de TAsie, aux cris d'aWé- ^esse proclamant la gloire athénienne du Mont- OEta aux rives de la Messénie. Anacréon dit les Voluptés de la molle lonle; Saadi, les rêveries heureuses des peuples d'Orient. L'Espagne produit son Romancero chevaleresque , et le Cid , que signe Guillem de Castro, est Tœuvre de la Castîlle entière luttant contre les Maures. Bélanger, pendant quinze ans, a traduit sur tous les tons la pensée de la France , et Hugo . ce Luther de la lyre , a proclamé, dans des chants hnpérissables, la liberté littéraire que rêvait sa génération.
La poésie est donc le souffle même de ITwh* manité» et le poète, la harpe éolienne qui rend des sons doux ou terribles, tendres ou sublimes , voluptueux ou guerriers, moqueurs ou religieux, suivant que le calme du cœur et de l'esprit aura adouci le souffle humain , ou que leur émotion l'aura agité.
Quel sera donc le plus saillant caractère deSf Inspirations de la poésie havanaise? on a pu le frrêssèntir déjà. Les poètes , et <>n ne saurai dèire combien ils sont nombreux» y ^ttanterMI
— «44ramonr ayant tout, et lear muse, brùkmte comme leur soleil, sera chaste comme les femmes de leur patrie. Oo parle à l'amante la langae qa'ùa croit qa*dle comprendra : aussi, toutes ces strophes, ces Régies, ces romances, ces odest ces sonnets sont-ils pleins de ravissantes naïvetés, de charmantes délicatesses de isenti«> ments, d'aspirations presque religieuses vers la Nina qui les inspire; ses lèvres sont la rose mystique qu'aucune haleine profane ne saurait effleurer, ses yeux ont Téclat et la pureté de rétoile qui brille au cercle du Cancer : aussi le poète deviait-il plutôt un prêtre qu'un amant. Souvent il n'ose lui parler directement, et s'adresse, dans une nuit calme et sereine, à Tas* tre des vierges, et le prend pour Tinterprète de ses plaintes amoureuses. Et cette manière, souvent, cause des surprises pleines d'attraits. Mais Tamour , à son caprice , fait naître dans Tame de vives lueurs ou des ombres épaisses, et le paresseux butaca ni le hamac créole ne peuvent faire oublier des rigueurs imméritées. Alors ce sont d'inconsolables tristesses, et les illusions mystérieuses s'envolent comme « les feuilles de l'ame, nourries des pleurs de l'insomnie, que roule le vent sur la terre, ou qu'emportent les eaux voyageuses. » Puis, comme toujours, ao premier rayon qui perce le nuage , le luth re^i
comnience à résonner sous leurs doigts , plus doux et plus tendre que jamais.
On trouve dussi^ parmi les poésies havanaises, des méditations philosophiques, et beaucoup de ce qu'on est maintenant convenu d'appeler harmonies religieuses. Rien là d'étonnant. Ceux qui les chantent sont en présence de ces grands spectacles de la nature qui les inspirent presque toujours, le plus )>eau ciel du monde, l'océan et le soleil qui l'illumine de tant de feux le soir, quand il se penche à l'occident. Viennent à passer quelques phénomènes lumineux, et aussitôt s'é* lanceront vers lui, comme vers la dernière comète, des strophes allées.
Il serait difficile > sans avoir parcouru une partie de ces recueils et des journaux qui tous les jours, dans leurs colonnes, offrent au public de la Havane quelques pièces de vers inédits et souvent plusieurs^ il serait difficile de se faire une idée de la science du rithme que montrent en se jouant ces jeunes poètes créoles, de leur amour de la forme et de l'image qu'ils réussissent souvent à peindre de manière à rappeler nos Orientales r On prête quelquefois une oreille étonnée^ et l'on croit ouïr dans les notes magiques de ces voyelles si nombreuses» si sonores, si métalliques, comme un écho lointain de la lyre d'Horace, l'instrument le plus complet et le plus mer-