TOME I
veilleux que la muse jamais ait mis aux mains d'un homme.
Nous avons dit qu'il était des questions qui s'agite ient de vive voix, mais non dans les jouft naux ni dans les livres. Le souffle politique de cette société, pour nous en tenir à notre image, rendra donc chez le poète un son qui mourra avant d'arriver à Toreille de U foule. Est-ce un mal? A notre avis, non.
Mais il aime avec tendresse ses deux patries, et il lui est permis de chanter leurs beautés et leurs gloires. 11 dit four à tour avec une sorte d'idolâlrie et les douces rives du murmurant San Juan, du poétique Almendarès , ses palmiers paternels, sa terre de fleurs, sa cité joyeuse et bonne et le nid de ses amours; puis il jette de l'autre côté de l'Atlantique un regard filial sûr la mère-patrie, et salue avec de doux vers celte première rive où s'élève «Cadix, la belle cité, pleine d'enchantement et de mystères, dont la mer baise les pieds avec amour. »
Et puis, sélevant à des idées plus compréhensives , il nous montre les citoyens sous la figure de jeunes arbres battus par la tempête sur une rive solitaire, et répandant dans les vents inféconds leurs parfums inutiles; une main amie, celle de la patrie, les transplante dans un jardin OÙ le zéphyr seul les caressera. Faibles roseaux
du verger humaiû, ils devront à leur tour , si Toccasion se présente, protéger ce lieu, cette patrie si bienfaisante contre le vent glacé du nord, et lorsqu'elle se reposera tranquille et défatiguée, lui présenter une ombre reconnaissante et des fruits savoureux.
Voilà comme j'ai vu la société de la Havane et cette dernière expression qui la résume. J'ai écrit ce que j'avais observé pendant trois mois d'une étude attentive, et quoique je ne puisse dire avec Tacite nec ben^^ficio cognili, si j'ai détruit quelques erreurs malveillantes, si j'ai mis quelques vérités dans une lumière plus vive, je me regarderai comme doublement heureux : je me serai rendu, sans sortir de la vérité, digne de l'accueil amical que j'ai reçu.