TOME I. H
ravissant paysage semé des merveilles d'une architecture qui a su marier ses formes à son poétique entourage, et prévoir dans ses plans tous les besoins du climat; si Ton visite, en esprit, ces demeures, le plus souvent construites avec les bois les plus précieux, richement dorés, merveilleusement sculptés, d.ms lesquelles la celosia espagnole laisse à volonté pénétrer la lumière, ou, en se fermant comme la feuille de la sensitive, fait nattre le crépuscule le plus mystérieux, sans en exiler les ondes sonores des cascades et les flots de parfums qui y entrent de toute part ; si l'on se dit que tous ces prodiges se répèlent sans cesse sur une si vaste superficie, alors on est contraint d'avouer que San Marcos est un lieu unique dans le monde, une Cylhère occidentale où s'est consommé le légitime hyménée de l'art et de la civilisation de l'Europe, avec le climat et la nature de rAmérique; enfin, et pour me résumer, un rêve bâti par des poètes millionnaires.
— Docteur ! docteur ! m écriai-je en étçodant, dans un élan d'enthousiasme, mes bras suc toutes ces beautés accumulées à ma vue; vous, l'admirateur passionné de l'ancien monde que vous avez parcouru en grande partie), eh bien \ à cette heure , en présence de cette nattyce» g4rdez*vous toujours vos vieilles pr^érences?
— Mon ami, ipe répondit avec calrne mon compagnon de voyage; vous vous exagère? ces beautés.Ellessoritincomplètes, car elles n'ont p^ d'histoire. Ce palmiste est bien le roi des arbres, et il dominerai de la fête eut ère le chêne des. Gaules; mas jamais l'amante dEudore, entourée de graves druides, n'a détaché de son tronc, avec sa faucille dor, le gui sacré; janiîis sa feuille n'a couronné le front d'un guerrier qui avait sauvé un frère d'armes; jamais....
— Je s is, interrompis-je, que vous pouvez me dire encore que d'I oranger est pius beau que le saule, mais que jamais les QUes captives deSion n'y suspendirent leurs harpes muettes; que ce citronnier est plus odorant que 'e sycomore, mais que jamais Rachel, pleurant ses fils, ne s'est assise sous son ombre, loin de toute cou-* solation humaine. On pourrait ajouter encore beaucoup de choses, et pourtant..,
— Pardon, dit le docteur; j ai eu tort, je ie vois, d'entamer ainsi la discussion, et vous m» . faites apercevoir qtie j'allais vous débiter des banalités plus ou iDoins poétiques. Mais si vous voulez être calme, je ferai abstraction de tous ces détails, et résumerai ma pensée dans une généralité solide, sérieuse, solennelle, pleine de tristesse, et peut-être de grandeur et de poésie.
' — Parlez , je vous écoute.
— Setiletnènt , ôjouta-t-il, je comrtteftceraî par vous faire, à la manière de Socrate que j'aime beaucoup, quelques rapides questions.
— Ceci m'a tout Vair d'une perfidie, lui dis-je en riant; mais enfin interrogez, je répondrai.
— A votre avis, l'Eden était-il plus beau, plus complet , plus digne de la main divine qui y sema à profusion toutes les beautés de la forme et de la couleur sans doute pâlies depuis, était-il enfin une œuvre préférable avant que Dieu y eut placé Adam et Eve , qu'après que ces deux enfants de l'Eternel y eurent frémi de bonheur et d'amour en s'y voyant pour la première fois? Dites, après leur création, n'estce pas ?
— Oui, certes; car Eve alors embellissait tout autour d'elle !
— Adam aussi , reprit le docteur en souriant. Mais puisque Adam et Eve embellissaient le jardin de délices , ils étaient donc le complément, rame, l'harmonie et la beauté suprêmes de teutela création antérieure?
'^ Je vous dis encore hardiment : oui. Je vois bien où vous me menez, mais ma réponse à votre future conclusion est déjà prête.
— Peut-être ne pourrez-vous vous en servir^ me dit mon impassible interlocuteur, et il ajouta : mais qu'est-ce qui lesembelUssait, eux?
— Leur amour! m'écriai je; Tinénarrable amour dont le premier aveu fui sidou3[» si naïf, parfumé de tant d'innocence que Dieu sourit, et dont le premier baiser eut un retentissement si profond et si électrique que la jeune nature en tressaillit et que toute lèvre humaine frémit encore à ce divin souvenir !
Le docteur m'interrompit : vous dites vrai, mais je ne vous ferai plus de question. Ecoutezmoi. Leur amour les embellit : vous auriez pu dire aussi leur adoration de rEternel , enfin » tous les actes de leur être moral. Ils péchèrent, et leur péché les rendit plus grands. Ne vous étonnez pas; écoutez-moi. Dès quils eurent succombé, le Fils Co-éternel résolut de mourir pour eux. Des êtres tombés qu'un Dieu rachète à ce prix avaient donc grandi dans leur malheur. Ils furent chassés du paradis. S'ils Tavaient ^nbdli , combien pensez-vous que leur présence orna le monde moins beau dans lequel ils entrèrent alors. La famille humaine se multiplia et fut le complément , Tame , Tharmonie et la beauté suprême des lieux qu'elle alla peupler et vivifier. Ses vices et ses crimes purent obscurcir, mais n'effacèrent jamais, le sceau divin qu'elle portait à son front. IlsHlémontraient sa grandeur native , car ils démonCraient sa liberté... Ce$ fils de Dieu, pour qqiDieu devait
mourir, comme si la mort ne lesfrappaK pas assez tôt , voulurent se détruire les uns les autres. Mais ce fut souvent pour de grandes idées que des pays entiers , bien plus grands que cette plaine que vous admirez tant , se couvrirent de cadavres humains , dont la chair et les os devinrent cendre et terre. Combien ne fallut-il pas de générations abattues par la mort dans les champs de la Grèce, pour que le vieux Sophocle ait pu, avec vérité, nommer prophétique la poussière des rives de TlsmenusM
La promesse du Christ avait sanctionné la divinité de l'origine de Thomme , sa mort la fit éclater aux yeux du monde.... De quelle compassion profonde pensez-vous que fut touché le cœur du divin Rédempteur , quand il connut que cette terre qui écorchc it ses genoux tandis qu'il montait au Calvaire, n'était que de la poussière humaine!... Ah! mon ami, avouez qu'un monde dont la terre est ainsi pétrie avec la race des fils d'Adam, dont les ^rbres ont pris racine d ins cet humus humain, où dorment tant de souvenir ^>, histoire du p sséet leçon de l'avenir; avouez que ce monde quoique éclairé par un soleil moins éclatant que celui-ci, a quelque ch ;se de plus solennellement beau , de
f 0E4ipe, roi.
plus tristement sublime, car dans ce monde-là seulement, Tbomme qui est le complément, Tame , Tharmonie et la beauté suprêmes <jte notre demeure terrestre , l'bomme a complètement déreloppé les sublimes facultés qull reçut de Dieu au sixième jour de la Genèse universelle.
— Je dois l'avouer , vous m'avez ému , et vous m'eussiez persuadé sM se fût agi des titres de noblesse du vieux et du nouveau monde. Oui , ce que vous avez dit est incontestable • de votre point de vue. Mais il s'agissait de la beauté des deux natures.
— L'élément sur lequel je me suis appuyé est une des faces de cette beauté.
— De la beauté relative , oui ; mais de la beauté absolue, Lon. Veuillez répondre seulement à votre tour. Quel est le ciel le plus beau, le plus transparent , le plus lumineux?
— Celui-ci.
— Les astres les plus brillants , ceux du vieux monde, ou ceux qui, dans quelques instants, vont se lever sur nos têtes?
— Ces derniers.
— La terre que nous foulons n'est-elle pai incomparablement plus féconde?
— Oui-
— Cm arbrMt"
— Je Tai dit , ils sont plus beaux.
— Absolument parlant et abstraction faite des souvenirs, cette nature des tropiques est donc plus belle?
— Oui , mais je ne puis souffrir que ma pensée s'arrête là où finit ma vue.
— Et plus heureuse , par cela même , est cette belle terre , car , ainsi que vous le disiez et que vous le répétez , elle n'a pas d'histoire» et la couleur rouge de cette plaine, ce n'est pas le sang qui la lui a donnée. Mais attendez : Psyché a rencontré le dieu qui complétera son ame par rintelligence de ses dons.
— Mais ce dieu est le fils d'Aphrodite , à laquelle vous semblez comparer la nature du vieux continent.
— Qui le nie? Les créoles, possesseurs de cette terre , sont les fils de TEurope.
Cependant le soleil s'était penché vers l'horizon tandis que nous avions conversé ainsi. Nous nous dirigeâmes en silence vers la Mathilda. Cette magnifique habitation, qui fut visitée par le prince de Joinville , à son dernier voyage à la Havane , appartient au noble marquis d'Arcos qui avait eu la bonté de m'ofirir une lettre de recommandation pour son intendant.
Sous ces allées si belles que le lecteur connaît déjà^ aux roucoulements plaintifs des blanches
tourterelles, aux sifflements des merles « aux cris aigus des vertes perruches, nous cheminions lentement dans un air embaumé des senteurs des acacias mariées aux parfums des orangers. Des herbes aromatiques mouillées par la rosée du soir, de cette végétation en travail qui nous environnait de toute part s'exhalaient des éma-nations viviflantes qui pénétraient Tame et fortifiaient le corps. Enfin, nous aperçûmes la Mathilda à l'extrémité d'une longue avenue de bambous que terminait le pavillon du mattre. Un triple cercle de colonnes naturelles relevait Télégante architecture de cette rotonde assise sur un tertre élevé.
Avant d'entrer dans celte demeure, je me retournai encore pour embrasser dans un dernier et long regard le magniUque paysage qu'éclairait alors de lueurs mourantes le ciel nuancé de Toccident. Aux dernières caresses du crépuscule, la campagne semblait s'arranger pour dormir sous Tatle si calme de la nuit. Les mouches à feu s'allumaient déjà , et dans le lointain y les soupirs des grands arbres que nous apportait la brise du soir ajoutaient encore à la mélancolie et à la grandeur indicible de la scène.
Au moment de détacher à regret mes yeux séduits de cette admirable harmonie, je m'aperçus, non sans quelqiie surprise, que mon
compagnon ava ilu la même pensée que moi. Soleil était arrêté sur trois jambes, et le docteur, plongé dans une muette contempiation. semblait étranger à tout ce qui se passait autour de lui.
— Est-ce une rétractation, docteurîlui dis-jé.
— Ne faites pas de moi un fils oublieux et ingrat, me répondit-il : je suis un enfant du Vieux monde.
Et cependant l'ombre s'était close, tout çè nocturne paysage semblait un temple, dont lé parfund des fleurs était Tençens; le ihurinurë des arbres et des eaux, lès chants; le dôme et les flambeaux, le ciel illuminé de lazônetorride; qui avait pour croix cette mystérieuse constellation du sud, vue par le Dante dans uii tève inoui ; pour prêtre, la nature ; pour architecte et pour divinité, Dieu.
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L'intendant de la Mathilda était parti poar une habitation voisine. Nous Fûmes reçus en son absence par le mayoraU espèce d'administrateur second î ire, intelligence assez bornée, qui nous prit lout d'abord pour desbrgands *. Aussi eut-il besoin de relire plusieurs fois la lettre de recommandation du marquis et d'en vérifier avec soin la signature avant de se résoudre à nous recevoir. Il est vrai de dire encore en faveur du pauvre diable, qu'on pouvait s'y méprendre assez facilement. Nous étions crottés jusqu'à Féchine, nous portions toute notre barbe, mode qui n'est pas complètement adoptée par les gens comme il faut de la Havane, et
i Kous rappelons tux leeteurs que cette partie de l'Deeet ptrfeit fi» «ité« ^ar im bandes de Yoleors audaeieux.
de plus nous étions armés de nos fusils de chasse. Jamais je n'ai yu homme plus embarrassé que notre infortuné majorai. Nous devînmes pour lui un menaçant dilemme et, placé entre la crainte de déplaire au Marquis et ses redoutables appréhensions, il ne savait trop s'il devait nous jeter à la porte ou nous traiter comme des amis. C'était bien là la fameuse situation du
Devine si tu peux , et choisis , si tu l*oses 1
Il eut recours à un terme-moyen qu'il crut ingénieux. Prétextant l'absence de l'intendant qui avait emporté, disait-il^ la clef du pavillon du maître et l'excessive chaleur de la température, il nous reçut dans la salle du billard où 41 n'y avait ni argenterie à voler > ni mayoral à assassiner. On dressa presque simultanément une table et deux lits, puis, tandis que nous dévorions, envéritables brigands ma foi, tout ce qu'on voulut bien nous servir, le mayoral sortit prc^blement pour aller prendre ses préciiutions. Le repas terminé, les portes furent soigneusement fermées à double tour, les nègres de l'habitation placés en sentinelle^ et la salle du billard convertie de la sorte en une véritable prison* Nous avions si grand faim, que nous nous étions à peine aperçus du rôle quelque peu Mandrin que Ton nous faisait jQuer. Cependant les hésitations.
léô coups-Kl'œil échangés et les allures înquièteâ des gens qui nous entouraient, avaient commencé à nous ouvrir les yeux, et à mesure que iH>tre appétit se calmait nosdoutes augmentaient. Enfin, quelques mots d'une conversation du mayoral surpris parledocteurachevèrenlde nous éclairer sur notre véritable position. Néanmoins, et faut-il le dire, les deux chefs de bande ainsi surveillés, n'en dormirent pas moins bien. C'està-dire, distinguons : jusqu'à minuit, la fatigue nous avait rendus insensibles à la dureté de nos lits, et au froid de la nuit. ( Le vent avait tourné brusquement au nord, depuis une ou deux heures, et comme il avait plu la veille, il faisait alors un froid très-désagréable. ) On nous avait de plus dressé de vrais lits havanais, pliants sans matelas et avec des draps de toile pour toute couverture. Le vent pénétrait donc librement par-dessus et par-dessous, de telle sorte que nous étions littéralement suspendus entre une double couche d'air glacé. La position n'était pas tenable, je m'élançai de mon Ut, et je gagnai la terrasse par une fenêtre.
Je voulais me réchauffer par la promenade.
A peine avais-je fait quelques p: s que j'aperçus vaguement, dans les blancs rayons de la lune, les ombres indécises de deux grands coquins de nègres qui suivaient tous mes mouve-
~ 174qtent^. D'abord, sans songer à mon nouvd étui sQfûal, je me dis qu'il fallait que ces gens-là armassent furieusement la promenade au clair do lune pour la pratiquer k cette heure et par co t^ps ; mais dans ces promeneurs, je reconnus bientôt des geôliers » et Tindignation réchauffant mon sang glacé :
— Point de sommeil à qui met dans Timpossihilité de dormir ! m'écriai-je.
Qfon prqjet fut bientôt communiqué au docteur. La yengeance, je le jurerais, n'est pas seulemeyat le mets des dieux et le plaisir des femmes, c'est encore pour Ihomme jm spécifique contre 1q frpid. Le docteur transi approuve et se lève. Nous préparons nos armes avec mystère, mais d^ façon à faire juste assez de bruit pour être eqtendus; puis, nous ouvrons une fenêtre, et nous faisons feu dans la direction du pavillon, en ayant soin de mettre un court intervalle entre chaque détonation, afin de mieux simuler uae attaque en règle. A ce bruit Talarme est jetée, le tocsin sopne^ (es nègres accourent, et Tinfortupé m yoral est transporté dans notre infâme repaire à moitié mort de froid et de peur.
Alors disparurent
c Ces craintâs, ces terreurs, songes vains de la nuit, < Qui surgiss^ptdans l*ombre et que l'aube détruit. »
Et tout s'expliqua. Nous avions voulu déchar-*
~1Î5 — ^nos armes avant de nous remettre en rente. Sur le point de partir, les poches vides, nous sommes déclarés de parfaits gentilshommes, et Mi ne reste de tremblant que le mayoral.
Echappé à Tune des cornes du dilemme, il se voyait menacé par l'autre. Si nous n'étions plus des brigands, il avait donc outragé des amis de son mattre ! Ce fut à nos pieds et les larmes du repentir aux yeux qu'il nous supplia de n'en rien dire au marquis dont la colère , assurait-il , le frapperait dans son mayorat. Le malheureux ne se trompait pas : une indiscrétion d'ami ayant dévoilé sa conduite, il fut impitoyablement cèassé, et il fallut toutes nos prières pour obtenir sa réintégration dans un poste qu'il avait eu le tort de trop bien défendre à nos dépens. Quant au marquis, il conçut de l'aventure une peine et une confusion telles, qu'on ne put l'en guérir qu'eii lai rappelant sans cesse cette consolante vérité, que la Mathilda, malgré ce qui était ar-^ rivé en cette circonstance, est une des nobles maisons de Cuba où l'étranger reçoit le plus brillant accueil.
Pour ma part, je retirai de cette aventure plusieurs grands avantages. D'abord le mayoral nous fit servir une excellente tasse de café ; puis 9 mit toutes sortes de complaisances à nous faire visiter la propriété dans tous ses détails ,
et à répondre à nos questions avec une lucklité que le jour lui avait rendue. Quoique je sois enfant de la Guadeloupe, et que j'eusse récemment visité les colonies anglaises , peut-être à cause de cela 9 tout, était pour moi un sujet de surprise à la Malhilda. Il n'y a> en effets aucune analogie entre les propriétés de Cuba et celles des autres Antilles. Ce sont bien des deux côtés les mêmes productions » mais avec cette diffé-» rence que, d'une part , tout est colossal, tandis que de l'autre tout est restreint. Ainsi, c'est une bonne habitation que celle qui , dans nos colo« nies> produit deux cents boucauts de sucre (400 caisses), ou trente à quarante milliers de café (1,200 ou 1,600 arrobes); tandis qu'à Cuba, il n'est pas de belles propriétés qui ne décuplent ces chiffres. En regard des quelques sucreries privilégiées, bien rares à la Gus^deloupe et à la Martinique, qui produisent dans les bonnes saisons de cinq à six cents milliers de sucre, on peut citer avec MM. Cantaro de Trinidad, Fernandina de la Havane et Carbonnell de Santiago, beaucoup d'habitants de Cuba qui récoltait, année commune , douze mille caisses de sucre (6,000 boucauts), et sept à huit cents milliers de café. Sur ces propriétés, qui paraîtront fabuleuses aux colons français, tout est en rapport avec les revenus. Ce sont des ateliers, des trou^
peatix, un luxe^ un matériel et une administra-* tîon dont on ne peut se faire une juste idée qu'en les voyant. J'ai compté, dans les écuries de la Mathilda, cent trente chevaux qui ne servaient à autre chose qu'à établir des relais sur la route de la Havane à San Marcos, et pour traîner la voiture et les équipages du marquis d'Ârcos, lorsque, par hasard, il prend fantaisie au noble haciendado d'aller visiter ses nombreux domaines. Dans d'autres habitations, j'ai vu jusqu'à vingt et trente cabrouets occupés à transporter les cannes du champ au moulin, ce qui n'empêchait pas plusieurs charrues attelées de six bœufs chacune, de fonctionner dans une autre partie de la propriété. Enfin faut-il, pour observer toujours le crescendo , parler maintenant des huit mille esclaves du comte de la Réunion^ et des trois mille tètes de bétail que la famille Jsnaga tire chaque année de ses vastes potreros * qui, comme l'ancienne Rome , enferment sept collines? Pour se faire une idée exacte de l'Ile de Cuba, il faudrait, élargissant toutes les proportions du cercle dans lequel nous vivons, comparer ses habitations à des demeures royales» et leurs propriétaires aux anciens seigneurs de la féodalité. Bien souvent, depuis mon retourj
1 Habitation où Ton élève des bestiaux, '