TOME I
SOMMAIRE
Départ. — Regrets. — Le chemin de fer de la Havane à San Felipe. -• Comment on y déjeune. •— De San Felipe à Baubano. — « Les paquebots de la c6te sud. — • Rencontre. — IsmaëL — La cabane, le jonc et la senora. — Les garçons de Cuba. -^ La multiplication des lits — Tangage et roulis. — • Scèil <i9 iial de mer. — « Cienfuegos. — La mer des Antilles le malin, à midi, le soir et la nuit. •* Rêverie. — Contidence. — Un disciple de Brama et de Christ. — Grandeur il folie. — • uréation de la femme.
Après aifoir TÎsité la Havane et set enf iran, je n'avais atteiiit qu'en partie le but de MMi voyage. Il ibe restait encore à explorer Tintérienr de File et son extrémité ofieritale. Des personnes expertes que je consuUai sur riti Aéraire à suivre, m'ragagèrent à prendre le bateau à vapeur de lac6te sud jusqu'à GienfûegM, d'oà je pourrais me rendre^ avec ntoins de fatigue, à Villa-Clara ; elles sappuyaient sdr eetle ConsidératioDt qu'il n'y avait rien de reârar^ quable à voir de la Havane à Villa-Clara i que la campagne^ entre ces deux villes, était à ^eu près la même que celle d^ observée dans mes précédentes excursions. J adoptai cet itinéraire, mais en le modifiant néanmoins. AÀmU a» Keu
de m'arrêter à Cienfuegos, je voulus poursuivre avec le bateau jusqu'à Trinidad, et de là, revenant sur mes pas, me rendre ensuite à Villa* Clara par le Pico blanco et la Cabeza del Muerle. Ce plan bien mûri, je me mis en route le trenleun janvier, à cinq heures du matin.
Comme le jour de mon arrivée, celui de mon départ restera gravé dans ma mémoire. Je puis dire qu'en quittant la Havane, je quittais une famille. Hélas! c'est noire sort à nous, voyageurs sur la rive lointaine, d aimer un jour pour regretter toute la vie !
Et j'allais pleurant et méditant. Oui, il y a une .grande et poignante douleur cachée sous ces mots : départ, séparation. « Cette terre, a dit l'homme qui a parlé avec le plus de vérité de la mort et de Tamitié, cette maison , ta maîtresse •adorée, il faudra t'en séparer; et de ces beaiu rarbres que tes soins élèvent, un seul. Todieux .ejprès, suivra soq maître éphémère \ » Est-ce là un cri de douleur? Non, c'est un coup d'oeil plein de poétique tristesse, de mélancolie nonchalante, de résignation fatale, qu'Horace jette «ir la tombe. Mais ce même Horace voit il Virgile, cette autre moitié de son ame, s'embarquer pour s'éloigner de lui? Oh ! alors, dans l'excès de
i Hor. od., 1. n, od. xiv.
sa douleur, il maudit le mortel qui, le premier, osa, sur une frêle barque, confier sa vie aux vagues menaçantes, et peignant, dans un sombre tableau, toutes les audaces de la race de Japhet, il blasphème les plus magnifiques conquêtes du génie humain *. Un autre poète> parlant pour un exil lointain et laissant derrière lui tout ce qu'il aime, nous révèle, par un seul mot que son désespoir lui arrache peut-être à son insu, pourquoi les larmes du départ sont plus amères que celles de la mort. Sa femme, ses enfants, ses amis, tous ses amours vivants, étaient ravis à son cœur vivant • Ainsi, tandis que la vapeur m'emportait, ma douleur me rappelait celle des hommes qui avaient souffert avant moi. Si les paroles des anciens nous sont parvenues, c'est que la vérité les a soutenues sur 1 abime des temps. Il y a une joie intime à adorer', comme Stace, les traces de ces antiques et glorieux navigateurs échappés à tous les naufrages de l'océan des siècles, qui ont englouti tant d'autres souvenirs... Voyageurs comme eux, mais sur une mer moins vaste, heureux sommes-nous quand le souvenir que nous laissons ne s'efface pas avec le sillage du navire qui nous emporte !
i Ilor. od., 1. od. 111.
2 0?. Trisl., 1. 1, clcg. S.
3Slat.Thcb,Ub.xii, V. S47.
Le bateau de la côte da sad ne part pas de la Hayane. Il lui faudrait pour cela faire un long et dangereux détour en allant doubler le cap Antonio ; il attend au Batabano^ port (comme le lecteur le sait déjà) situé sous le méridien de la Havane sur la côte opposée; les voyageurs viennent l'y trouver par le chemin de fer jusqu'à San-Felipe, et comme ils peuvent de San Felipe au Batabano.
Rien dlrrégulier comme l'administration de ce chemin de fer. Il peut bien arriver qu*un convoi, se trompant, parte à l'heure dite, mais rinstant de l'arrivée est toujours imprévu. Cela dépend d'une foule de circonstances. Le conducteur a plus ou moins flâné dans cette innombrable quantité de bourgades qu'on rencontre chemin non-faisant ; il a plus ou moins fnnsé de cigarettes, plus ou moins rencontré d obstacles, car le chemin n'étant pas double, il faut rétrograder en présence de tout convoi maladroitement parti du point opposé avant ou après 'heure indiquée par les règlements.
Enfin on arrive à San Felipe, et comme on n'y arrive qu'entre dix et onze heures, alors même qu'il ne s*est rien passé d'extraordinaire, on a faim, et avant de se remettre en route pour le Batabano on veut manger. A San-Felipeon trouve trois maisons, trois aubergistes, trois plats ; ici ceufs au miroir , là fricassée de poulet au riz,
fku% Ima ngoAt de pore frais, at «ela, apjonrrr d'hiii. Demain» ee triple agrégat ternaire se dissout, deux de ses éléments disparaissent, et Ifts maisons seules restent, mais vides et fermées. et Ton ne dirait jamais que la veille encore San? Felipe était le caravansérail des mouches.
Hais aujourd hui même, point de garçon ; il faut 86 servir soi-même. Je dis se servir, quoir ^pie ce soU précisément là le difficile, car il n'y a guère qq^une demi-douzaine de couverts, à peu près assortis, pour les nombreux passsagers que' transporte le convoi da dernier de chaque mois. C'est du reste un spectacle qui ne manque pas d'un certain pittoresque que de voir tous ees passagers poussés par un robuste appétit, se disputer les lambeaux de ee grossier repas; eliaoun saisit au vol une assiette, une tasse, un iKrf, n*lmporte quel vase, et vite court à la cuisine où trône devant son unique plat chacun des tpols impassibles Vatels de ces lieux. Alors commence une seène non moins excentrique. On emploie pour avoir le plus beau morceiu et le Hioina de BMiu^es possible» toutes les fermes 4» la flatterie, tou' es les ressources de ta séduction. Je t ai aK^elé Pe.dinand VU, ei j^ai eu un CMif pochée
Le déjieftnev tm^ ob songe ft se vendre au BatalAMi. fie tMîet petit m him k cheval eu en
voiture au choix. Mais quel que soit le mode de locomotion qu'on adopte, on est arrêté à chaque pas, durant ce voyage de deux heures à peine, par des espèces de commissaires de police qui, en qualité de viseurs de passeports, et de préposés à la coi^ervation et à ramdioratioii des routes, font payer un droit presqu'à toutes les deux lieues. Le même système est mis ra pratique sur tous les chemins du département occidental, et c'est chose curieuse que de voir le sérieux avec lequel ces mauvais plaisants réclament un droit pour Venlretim de ces mêmes routes dans lesquelles on a failli se rompre le cou un moment auparavant.
Le Batabanone mérite aucune mention comme ville. C'est une réunion de quelques mauvaises barraques qui, comme San-Felipe^ ne se peuplent que les jours d'arrivée et de départ des bateaux à vapeur de la côte sud.
En arrivant au rivage j'aperçus à l'extrémité d'une jetée en bois qui s'avance assez loin dans la mer, le Villa-Nueva et la Sirena. Ces deux bateaux, les seuls qui fussent mouillés dans le port, naviguent concurremment sur la côte sud, mais avec cette différence que la Sirena s'arrête à Trinidad, tandis que le Villa-Nueta continue jusqu'à Santiago, en touchant à Santa-Crux et à Manzanillo. Ce sont du reste d'assez vilains pâ-
qnebots qui vont très-mal à la mer, et qui, à mes yeux, ne trouveraient aucune merci s'ils n'étaient commandés par don José Rosello et don Manuel Paz, deux cavaliers accomplis.
Je ne passai au Batabano que le temps nécessaire pour prendre un repas un peu plus confortable que celui de San Felipe et je me rendis à bord. J'étais sur le dernier échelon de l'échelle lorsque j'entendis quelqu'un me saluer en français ; je levai la' tête et j'aperçus sur le pont un jeune Indien avec lequel j'étais passé sur le Thevtot et que j'avais eu occasion de revoir et de fréquenter à la Havane. Ismaël, après avoir parcouru le monde entier, était venu à Cuba et avait résulu, me disait-il souvent, d'y unir ses jours, parce que, suivant lui, « voir Naples et mourir » était un dicton menleur qui, appliqué à Cuba, devenait vrai. Ce gr^^nd et malheureux poète (c'est Ismaël que je nomme ainsi « et le lecteur peut-être partagera bientôt ma manière de voir) est mort depuis. Il s'est noyé. Voici un passage d une lettre, qu'un témoin occulaire de sa mort, connaissant Tamitié qui m'unissait à Ismaël, m'écrivait il n'y a pas longtemps encore : « Le vent soufflait avec furie, la mer était affreuse, le bâtiment à la cape, « attention à gouverner! » s'écria votre ami d'une voix qui domina tous les bruits de 1 air et des flots, §9it
naladresse, soit impuissanee, le timoiiiQf 8T»i| laissé le Davire venir en travers. Ismaël lâobg las baubans qu'il tenait et s'élança verslabar#e« II était au milieu de la dunette quand une lanifi énorme yint déferlçr sur le bâtiment. Un eri ter^ pîbte se fit entepdre : « an homme à la mer ! t Le capitaine se précipita au gouTernai), et \ê Bavire obéit bientôt à la main intelligent* qnî Ifl dirigeait On avait jeté à Teau, oomme p^^m dfi sauvetage, tout !es objets qu'on avait frotivép dans ce premier moment de d^ordre et ^'ePr froi. Ismaël, quoiqu'il eût pu le faire, n'en saisit auoin. Mon regard obscurci par les lariaes, sphr vit quelque temps b nageur intrépide. Je la via, au sommet d'une vague, le sourire sur les lèvres, me jeter un adieu delà main. Sa tète semblait rayonner de joie. Alors moins que jamais j'ai compris cet étrange caractère. »
Hélas ! j'ai compris cette joie, moi qui avais scm secret, et, comme moi, si le lecteur veut bien parcourir les pages qui suivent, il le con^ naftra et, avec lui, un des cas de folie les plus remarquables dont on puisse trouver des exem^ pies dans les récils des médecins mentalistes. Pour moi, je comparerais volontiers Ismaél à ur diamant dont quelques facettes seraient d'au^ tant plus étincelantesque les autres auraient été dépolies.
- JS5 - C'était un jeune homnae de trente-trois am{ sa chevelure, noire comme Taile de Talcyon^ quand on était éloigné de lui de quelques pas, laissait distinguer de près un mélange précoce de cbevcux blanchis sur son front et sur ses tempes. Sa figure était habituellement empreinte de ce Ciraclère de rêverie paresseuse, si com-f mun chez les Orientaux. Dans la traversée que nous avions faite ensemble, chaque fois que mes regards s'étaient arrêtés sur lui durant une tempête que nous essuyâmes au sud des Açores, j'avais toujours surpris sur son visage et dans grands yeux noirs, une expression de joie reflet chie, celle que vous avez vue sur la figure encore mouillée de larmes d'un enfant égaré qui croit reconnaître le sentier de la maison paternelle. Et cette expression augmentait d intensité avec l'ouragan. Nuit et jour il était demeuré sur le pont, la face Guettée par la pluie horizontale et par la poussière saline des lames qui déferh ient au vent ou avec un choc sourd sur les flancs dq navire. Combien de fois ne l'avais je pas vu, debou tsur la dunette, enveloppé dans son maiiT teau de toile goudronnée, son large sud-ouest sur la tête, la poitrine gonflée, tourner ses m^ rines dilatées vers les raffales furieuses, semblable aux cavales ardentes du poète, dont ^s flancs étaient fécondés par les brises qui souf-
fient au sommet du Gargares espérait-il féconder sa pensée en respirant la tempête? II vit, il étudia ie moindre accident de la lutte de Tatmosphère et de l'océan; cette grandescène avait semblé le galvaniser. Aussi fut-il obligé de s'aliter le matin du quatrième jour, alors que la nature rentra dans son repos; il n'était que fatigué, il recouvra bientôt toute sa santé. La vie et la pensée semblaient avoir encore chez lui leur paroxisme toutes les fois que surgissaient à sa vue quelques-uns des magnifiques accidents delà lumière des tropiques. Alors, il se trouvait bientôt, et comme sans y penser, dans une attitude semblable à celle que j'avais remarquée chez lui durant le danger, il tournait toute son ame vers le rayonnant phénomène, il paraissait en attendre une réponse, y chercher un sens , peut être un parfum qu'Ausone soupçonna dans les feux de l'aurore ».
Pendant les entr'actes de ces admirables scènes il était en proie à une sorte de lassitude morale, d'abattement physique^ et parfois son visage rêveur revêlait l'expression d'un profond découragement: j'avais cru deviner alors ce qui se passait en lui, et je me disais : le dOQte» qui a
i Virg. Georg., lib. iii, v. 369 et seq, ^ ku$. Edyll., paç. 103!^, édit. de Flor.
vaincQ dans son esprit, ébranle et efface de son ame quelque croyance favorite*
J'aimais à l'entendre parler. Son enthousiasme avait de belles paroles, et je parvins plus d'une fois à distraire son ame découragée.
Il me disait quand nous étions encore dans la Manche :
— Voyez cette mer jaunâtre et sale ! ne devine-t-on pas que tous égoûts de Paris et de Londres viennent s'y dégorger? voyez ce ciel grisettriste, ne dirait-on pas que nous sommes sur un pont de Paris, par un jour pluvieux de décembre ! Le vent ne souffle-t-il pas le spleen T N'avez-vous pas un poids de plomb sur la poitrine? Qu'est-ce donc que cette lassitude d'esprit* ce brisement de volonté qui ne nous laissent pas même la force de maudire, ce je ne sais quoi qui nous a jetés sur la terre comme des reptiles inanimés du froid d'une zone, ou furieux du feu d'une autre latitude?
Il me disait, quand le navire bondissait sur les énormes lames qui couraient vers le sud-est.
— Voyez comme Thorizon est inégal, Thorizon en tout autre temps si parfaitement circulaire, dont la ligne est si bien dessinée, si nettement arrêtée, qu'à nous voir au milieu, on dirait un point au centre d une circonférence tracée au compas. Et pourtant, nous changeons de place
incessamment, sans cesser pour cela d*occuper le centre* de ce cercle immense qui s'arrondit toujours autour de nous^ comme le cercle de rinfini autour du génie de Pascal.
Nous étions entrés dans les mers équatoriales;
les nuits et les jours étaient d'une magnlCcence
qui ne laissait pas sans émotion les matelots eux-
ODèmcsi quelque habitués qu'ils fussent à ce
f enre de spectacles.
Quant à Ismaël, sa Cgure avait revêtu une - expression de félicité mystérieuse qui ne la quittait plus. Alors il me disait :
— Voyez ces raisins des tropiques, varecs qui se détachent manifestement de quelque point d'appui, et voyagent avec leur petite population de petits crabes blanchâtres et de zoophytes malacodermes, parmi lesquels on remarque surtout des actinies, masses entièrement gélatineuses» aux tentacules parsemées d un beau bleu. D'où viennent-ils? je l'ignore. Où sont-ils emportés par les courants et les vents? Nul ne le sait. Ce n'est point là le destin de l'homme» n'est-ce pas? Non ! l'homme et Tactinie ne peuvent être deux détails qui n'ont pas plus d'importance l'un que l'autre devant l'Etre inflni ! , Non ! car Tbomme est Dieu, Dieu par la volonté ! Et quand la mort brise ses chaînes, peut- ^% recouvre t-il alors la science et la puissance.
60t felfitafe r«iié m eiei, j'aime ft le eratre, et ^ti'U lia pas tmafortè dam son exil. . .
Ce Jetine hotbme, oa peut le croire, ne tarda piê à m'int^esêet «ingulièrement. 11 ayait &m^ 'ptiê que de n'était pas une vaine ctiridsifé <((ii n'attirait vers loi. il était Tenu à moi, et bleti^ m, il s'était établi entre nous une amitié bieh aiBSfente de la familiatité banale qui etiste 4'orïiflaire entre des bommes «p& fbnf enmm*tHë une hmgtie traTersée. Aossi^ lorsque j'e«8 ireèoonu sa voit sur le pont du Vdltt^Pfuétd, i'y ffiontai lestement, et au lieu de prendre la main ^'il me tendait, )e le serrai dans mes bras. 11 ifi'apprit alors qu'il allait à Santiago pon^ qoc^ ques affjtires, et qu'il retournerait aussit^ ti ki Bavan«. Je Ità coniai à mon toui' mon projet 4e ioftkge dans Vintériettr de l'Ile, et nous nous s4pêièmei pour aller fions oecttpef (âvaéun deuëire câtè, de trosver us cabinet pmk h mi% Qe li'éttô pas chose facile, la chainbre du Vt'UO- .liketa neoontieni que sei«e lits,et nous ^loils ^àtfe-J?ingt-dix passagers. Heureusement, qu'arrivé un des premie»^, j'avais eu la pf#enitMnr d'en retenir un, en j plaçant ma esmne C9Mme të^ se pratique ordinairemeM. Je m'y fendis donc ausâtôt que le l^teatt eut levé l'ailero; mais quels ne farent pas iwasttrpirfse tltitêa #iBà|ppeMeii»enld'y ixmsén^m d#Ae inlslâlléè.
Je l'atoue à aia honte, j'eus assra prade galan* terie pour réctomer; mais la pauvre senora déjà bouley^sée par le mal de mer, ne me répondait -qoepa r des hoquets menaçants. Je youIqs au moins ravoir ma canne, jonc auquel je tenais comme à un souvenir d'amitié, mais ainsi que ma j^aee^ elle m'avait été enlevée; seulement» je n'ai pu savmr par quel amateur. Pour me consoler de ma double parte, ja retournai a» salon de compagnie où je trouvai les autres passagers dans la plus grande inquiétude. Il était déjà onze heures du soir et on ne faisait pas mine de vimloir nous donner à coucher. Vainement 4m^'était adressé aux garçons, ils avaient répondu selon leur habitude, par des grossièretés, te garçon de Cuba est en effet un des sujets les .{dus curieux qu'on puisse y étudier. Qu'on le .pr^me dans les cafés aristocratiques de la Havane ou à berd du Villa-Nueva, c'est toujours ce type insolent et grossier servant son monde le chapeau sur la tète et le cigare à la boocbe; ne répondant pas quand on l'appelle; et, si Ton -se fâche, ripostant par une injure.
Sans pouvoir obtenir le mcnndre rensdgnement/ empilés dans une salle où il n'y avait poOT tout lit que des banquettes et des chaises, notre position devrait plus critique à chaque instant. Aussi ce f^t iw cri de jai« général fu
s^éleva lorsque tout-à-coup nous vteieâ apparaître par tous les sabords à la fois, des cadres garnis qui sortaient de je ne sais où et qui étaient offerts par je ne sais qui. Oo se les disputa avec acharnement, et en moins d'une heure le salon de compagnie fut converti en un vaste dortoir qui le lendemain matin devait se transformer successivement en cabinet de toilette et en salle h manger.
Ce secours que nous crûmes providentiel arriva fort à propos, car sortis de la baie , nous avions doublé le cap Criatobal et nous nous trouvions entre la côte et les récifs des Jardinillos, ayant à lutter à la fois contre la mer par le travers et contre un vent contraire assez violent qui venait de se lever. Le Villa-Nuevaqne la paisible navigation de la côte sud avait peu habitué à ces sortes de luttes fatiguait horriblement. Le tangage et le roulis augmentaient de moment en moment : les cadres, que rien ne fixait, ne tardèrent pas à se mettre en mouvement , avec un bruit régulier et sourd.
Les malheureux voyageurs réveillés en sursaut passèrent incontinent du sommeil au mal de mer. Alors commença une scène digne delà verve comique de notre ami Biaiid. Les cadres s'entrechoquaientincessammentdans leurs lK)nds déréglés de tribord à bâbord et de l'avant à Tar-»