TOME I
meure éternelle à rhumanité sans cesse renoi^ velée dans les mêmes êtres ?
— Il y a peut-être quelque chose de Yrai.dans cela... quant à la vérité d'une métempsycose bien entendue... mais quant à la terre assignée pour séjour éternel à la race humaine, c'est une bien divine espérance qu'ils nous enlèvent là , n'est-ce pas?... et pourtant... Mais j'ai assez de confiance en vous pour vous faire part de faits qui me sont personnels...
Et au lieu de continuer, Ismaël retomba dans sa rêverie habituelle. Je crus comprendre qu'il hésitait. Je respectai quelques instants son silence. Mais la curiosité, et aussi l'intérêlt remportèrent bientôt sur ma retenue.
— Eh bien , mon cher Ismaël ? lui dis-je.
— Oui , murmura-t-il , vous êtes un homme dont j'estime , dont j'aime le caractère. Nous ne nous connaissons que depuis peu de temps, et pourtant il m'a semblé plus d'une fois que nous étions d'anciens amis. Nous allons nous séparer dans quelques heures, pour long-temps peutêtre ♦ mais non pas pour l'éternité... Vous avea été bon et patient avec moi ; vous m'avez consolé dans mes mauvais jours , lorsque d'autres, oh ! je le sais, croyaient être indulgents en me nommant monomane. J'ai cru voir quelquefois, et en ce moment je n'en doute plus, que vous
désiriez coanaitre l'histoire de ma vjie. Eh H^, mon ami, je sm's prêt à vous la conter, s^ yous le voulez. Vous y trouverez peut-être quelque intérêt et sûrement l'explication de mes discours bizarres. M'écouterez-vous avec votre bonté ordinaire ? Je serai bref.
Je lui pressai la main, il commença :
— Je «lis né à Bénarés, la ville sainte. Ma ^aère était Indienne et mon père Anglais. Je passai mon enfance sous les yeux de ma mère» et avant de me quitter pour vêtir, selon sa foi, quelque forme radieuse et immortelle, car c'était une sainte femme, elle fit de moi un pieti;: adorateur de Brama. J'avais douze ans quand xe m'enabarquiii avecmo» père pour mermim à Londres. Je passai une année dans cette /ca-^ pi taie du monde commerçant. On avait com^ niencé par me faire chrétien de l'église prc^b^tante avant de me donner les premières notions des connaissances profanes. Mon père mourut. Sa mère habitait Paris ; elle me fit venir auprès d'elle» et on me plaça dans un collège dont Taur mônier qui était de ^a communion ne tarda pas à vouloir faire de nK)i un catholique Romain. U me donna des conseils pl^s d'onction ; je cédai à ses désirs. U m'ingtriûsit et me fiffibiindomier. ce qu'il appelait p^s.eïrrettra. Adi?c-aeplt aos.^i sfijrtis d^ collège et je f«s Uvjré k iBfiifcii\ènçi^
danâ Paris, ce centre intellectuel d'où la science et la liberté» qui sont sœurs, coulent comme deux fleuves vivants sur le reste du monde. J'étudiai six ans avec passion toutes les branches des sciences humaines, ne m'attachant à aucune spécialité; Tétude passive et sédentaire des livres ne suffisait plus à mon activité; le besoin de voyager s'empara de moi. Je visitai Tintérieur de lEurope, pendant deux ans; puis j'allai m'embarquer sur un navire qui faisait voile pour de lointaines contrées. Depuis huit aas, j'ai parcouru toutes les mers du globe, et une grande partie des contrées qu'elles baignent. Ma curiosité m'a poussé vers les plages situées au nord et au sud des tropiques; mon plaisir et mon bien-être m'ont retenu dans tes régions intertropicales; et vous savez que j'ai choisi Cuba pour y vivre et y mourir.
J'ai visité tous les peuples de la terre; j'ai étudié les principales races humaines. L'homme m'intéressa peu; presque partout le même, je le trouvai moins original dans ses mœurs et ses passions, que je me Tétais représenté; mais la femme, je la vis toujours partout nouvelle: chacune avait son trait distinctif ; chacune, semblable à la noctuelle, portait sur ses atles une lettre différente d'un alphabet mystérieux; chacune; dans sa forme typique, cachait quelque
merveilleuse modification, quelque parfum, quelque nuance, quelque reflet inconnus.
Je ne vous parlerai pas des femmes de TAih cien Monde. Quel poète, comme saint Jérôme au désert, ne les a pas évoquées dans ses rêves? Quel peintre ne les a pas idéalisées? Mais^ vous dirai-je, la jeune Rotoumaïenne, à la peau lé* gèrcment cuivrée, aux cheveux poudrés de chaux de corail > ornés de dents de cachalots, aux oreilles si petites, aux yeux si grands et si bien fendus? Je Tai vue demi-nue, ou le corps drapé à l'antique d'une large pièce d'étoffe, le front abrité par Tischao^ visière de feuille de cocotier, les pieds et les mains tatoués de dessins délicats.
J'ai vu la Malaise toute parfumée d*huile de ben^ des fleurs de malaty dans ses noirs cheveux; me porter le bétel excitant, aveu d'amour, m'offrir le siri et Tipomée écarlate, emblème du désir.
J'ai visité la douce Fafiné' de Taïti, la grande terre dont Faroa, selon la naïve cosmogonie de ces peuples, posa les fondements en jetant dans la mer les écailles de la coquille qui Temprisonnait, peut-être à la même époque que Tangaloa en péchant à la ligne, tira le monde du néant.
1 Femme. Voir l'intéressant Voffage médicêl autow du mpf^f p*r «f, Lesson.
Elle marchait la tête couverte des brillantes guirlandes de Taoutaï; les oreilles garnies des fleurs du tiraé, aux odeurs suaves, que le vent du soir portait aux narines attentives de la jeune fille; les vêtements embaumés de l'arôme de la noix de Toumanou.
Mais si j'étais quelque Assuérus d'un empire Universel, taon manteau royaU croyez-le bi3n, ne couvrirait que les épaules d'une Eslher Créole!....
Et maintenant, prêtez-moi toute votre attention, car ce que je vais vous dire , n'a été écrit dans aucun livre, ne se lit dans aucun manuscrit, ne se raconte dans aucune tradition, et celui-là même Tignore, qui a remonté sans fil conducteur la nuit des temps, et a surpris, voyageur nyctalope, Dante Alighieri méditant son enfer ^ accroupi sur l'échelle d'Hildebrand.
Souvenez - vous aussi que, moi vivant, ce secret ne doit pas sortir de votre bouche; vous prendrez peut-être en pitié la faiblesse de mon esprit, mais demandez-vous avant si jamais aucune des superstitions de votre enfance ne se réveille dans le vôtre, quelque superbe, quelque incrédule qu'il soit.
Ismaël , à ces mots , posa sa main sur mon bras qu'il serra d'une étreinte convulsive. Il redressa toute sa taille, et rejeta sa tête eu
arrière. Son œil, vaguement éclairé par le reflet du verre de la boussole , brillait d'un feu sombre. Les lignes de sa face revêtirent les grandes proportions de celle du prophète inspiré de Pathmos. Il y avait de la solennité dans sa voix quand il reprit :
En 392, une belle Cilicienne donna naissance à un enfant dans la ville deSisan. Cet enfant, que, plus tard , les hommes ont connu sous le nom de saint Siméon-Slylite , oh ! je devais vous le cacher, mais... c'était moi....
Je fus pâtre jusqu'à treize ans. Dieu m'appela. J'entrai dans un monastère, d'où je sortis bientôt pour m'ensevelir dans la plus profonde solitude. Toute ma nourriture consistait en une poignée d'herbes crues et en une once de pain d'avoine, que je prenais pour prolonger ma vie de souflRrances, toutes les fois qu'elle menaçait de s'éteindre en moi. A vingt-deux ans, ma réputation de sainteté s'était répandue au loin, et amenait autour de moi un grand concours
de peuple. Je redoutais la présence des hommes, qui distrait de Dieu, et le contact de mes sœurs en Jésus m'épouvantait. Je montai, pour m'isoler davantage , sur une colonne de six coudées de hauteur et m'apero«vant que j'étais encore trop près de leur enthousiasme, je m'en éloignai en me plaçant sur une autre colonne haute de quarante coudées, située sur une montagne de la Syrie.
Pendant quarante-sept ans, froid, patient, inébranlable, impassible 9 comme le bronze impérial de la ville de Trajan , détournant les yeux du cadavre de ma mère , tuée par la douleur aux pieds de l'instrument de mon supplice > je demeurai ainsi exposé aux flammes du jour , au vent de la nuit, à la pluie glacée de Thiver qui revêtait mes épaules nues d'une cuirasse de givre.
Sentinelle aérienne du martyre volontaire, j'atteignis ma soixante-neuvième année.... Je ne vous peindrai pas toutes ces grandes clameurs d hommes qui, de 1 orient et du nord, descendaient sur le midi et sur Toccident ; ni ces deux trônes, couverts de sang, que j'avais devant moi, qui s'élevaient comme deux rochers incessamment battus par des vagues humaines; occupés incessamment par un homme nouveau , que les flots jetaient là; qui bientôt glissait dans
le sang, tombait et disparaissait, pour faire place à un autre, aujourd'hui bourreau , victime demain. Toutes ces tempêtes que soulevait la vanité du siècle, et qui soufflaient des quatre points du ciel sur Constantinople et sur Rome, mouraient aux pieds de ma colonne, et leurs bruits à peine arrivaient jusqu'à moi.
Par une nuit chaude, sombre et orageuse du mois d'Auguste, je sentis avec terreur mon vieux sang se réveiller dans mes artères ossifiées. Un désir de l'enfer fit tressailler mes os dénudés par la hideuse gangrène, rongés d'ulcères où S6 jouaient déjà les vers du tombeau. Oh ! que cette nuit était belle ! Le vent qui sortait des cèdres de la montagne, m'arrivait plein d'harmonies et de tièdes parfums. Les longs éclairs qu illuminaient les ombres me jetaient d'électriques caresses. Des formes légères, ravissantes, à demi-éclairées , onduleuses, enlacées, passaient et repassaient autour de moi. Mes yeux restaient ouverts pour contempler leur vol moelleux , et la prière s'éteignait sur mes lèvres.
Voici : le ciel s'entr 'ouvrit à Torient. Un ange de lumière traversa l'espace, et vint se poser à mes côtés, sur le sommet de ma colonne : « Dieu « est content de toi , Stylite ! il m'a commandé « de te transporter au séjour de la gloire. Viens, « aie foi ! » Et moi , je lui tendais déjà k
main Mon bon ange fit entendre un sanglot étouffé : je reconnus Satan le tentateur. La prière se ralluma plus ardente dans mon cœur. Je restai les mains jointes, les yeux au ciel.
« Oui, je suis Tarchange rebelle, Siméon , mais ne redoute rien. Je ne tente point le corps : il est trop faible. C'est la volonté que je veux. Ta volonté est forte et sublime, et égale presque celle de Satan. Ecoute mes paroles , frère , et connais le Dieu que tu sers par terreur et non par amour.
« Lorsque pour la première fois j'eus conscience de mon être , sensation du réveil sans souvenir d'un sommeil sans rêves, je vis autour de moi des choses qui n'étaient pas moi : la matière existait donc avant moi. Dieu vint. Il était couronné d'un triangle mystérieux , dont les côtés vivants et distincts, mais inséparables, étaient la science , la volonté, la puissance. Et Dieu dit : Archange, tu es mon premier né. La matière seule a été tirée du néant avant toi. Moi TElernel , je suis votre créateur. A toi seul il sera donné de converser avec moi sans te voiler la face de ton aile.
« Et il toucha mon front du triangle sacré ; puis : Va , dit-il, contemple l'œuvre inachevée, et glorifie Tartiste !
« Et j'allai, et je plongeai dans toutes les pro-
fondeurs de l'abîme, et nulle part, je ne trouvai de bornes. L'espace était vivifié, lumineux, infini. Le chaos qu'on vous dépeint froid et sombre, n'existait pas. Dieu, alors si fécond, n*avait pas besoin de matériaux ainsi préparés. Son verbe avait encore son fiât. La science et la puissance rayonnaient à son front aussi radieuses que la volonté.
« Il s'écoula des temps dont je n'essaierai pas de te donner une stérile idée.
« Dieu, pendant cesâges, sans élargir la nature infinie, y sema à tout instant des mondes sans nombre, et les peupla d'anges, semblables presqu'en tout à moi , mais qui tous courbaient la tête et se voilaient la face, quand je traversais les cieux.
« Puis Dieu s'arrêta, et se contemplant dans sa gloire, me dit : Vois la création. Un seul des mondes, tes contemporains, a-t-il perdu quelque chose de son éclat primitif? non ! ma voix en les appelant du néant, les doua, eux et leurs habitants, d'une jeunesse éternelle. Mes lois sont immuables ; elles sulBsent à la nature. Toi, dont l'œuvre serait une vaine forme, incomplète et mortelle, veille et glorifie Dieu qui rentre dans sa félicité et dans sa solitude.
« Et le fleuve du temps coulait intarissable dç l'éternité.
ff Et durant des siècles, je fatiguai mes aîles à franchir rimmensilé; mais si je ne vis nulle part de limites, je rencontrai la mort, horrible et silencieuse. Voici : J'arrivai d «ns un lieu, où depuis j'ai conduit l'esprit de Caïn, et j'y découvris une innombrable multitude de mojides, sombres et immobiles, qui portaient à leurs flancs noircis les indices d'un âge plus reculé que tout ce qui vivait alors.
L'œuvre de Dieu n'était donc pas immortelle!... Dans celte obscure immensité qui s'étendait devant moi, dormait le cadavre d'une création antérieure!... Celle à laquelle j'avais assisté unirait sans doute aussi, et moi avec elle!... Et je ne devais pas me survivre dans un être semblable à moi ! . . .
0 Stylite, il se passa d'étranges choses dans la pensée de l'archange solitaire, à qui Dieu n'avait pas donné une compagne. Mon œuvre serait vouée à la mort?... Mais celle du créateur échappait* elle à cette puissance rivale qui se dressait à côté de toute créature? Échappait elle à la mort, incréée comme la vie, éternelle comme Dieu?...
Et je versai des senteurs divines dans une coupe de lumière condensée. Et j'y jetai des fleurs qui n'ont jamais embaumé votre atmosphère, et n'ont pas même de nom dans la lan-
gue biblique. Et j'y mêlai les couleurs d« TâOrcM^e
éternelle Quelques larmes y tombèr^itt qm
m'arracha la pensée que j'enfantais une proie k la mort.
Et de cette essence céleste, je formai la femme.
Les anges, prosternés autour de mm, dirent : Anime-la, Satan, et fais-nous des compagnes à son image, et nous t'adorerons, car ta auras fait une œuvre plus belle que toutes celles de Dieu !
J'allai , et je pénétrai dans le sanctuaire redoutable; mais je n'y vis que le triangle mystérieux et divin. Et des trois côtés du triangle, le côté qui était la science était presqu'éteifiti le côté qui était la puissance avait pâli, et celui qui était la volonté rayonnait seul de son éclat primitif*
Je le pris, et je le plaçai sur le front de la femme, ma créature.
L'ame divine descendit en die, et elle s'éveilla toute frémissante de vie.
Elle ouvrit ses lèvres virginales, et dit : «Bonheur! amour! »
Et un hosanna, qui bondit et roula dans toutes les profondeurs des cieux , salua Eve «t Satan.
Alors Dieu reparut. Les anges qui s'étaieitt
dévoilé la face pour contempler la céleste nudité de la Vierge, et qui voyaient Dieu pour la première fois, s'envolèrent éperdus.
Seul, je demeurai auprès de la femme.
Dieu s'approcha. Il n'était plus comme je Tavais vu quand la vie ruisselait de son fiât. D me sembla un de ces mondes que j'avais naguères contemplés avec terreur. Il ôla sa couronne du front d'Eve, et dit : Satan, tu m'as désobéi. Tu ne jouiras pas de ton œuvre. Je la donne à Thomme que je vais créer. Je n'emploierai pour le former que l'argile grossière. A ma créature appartiendront la force et la tyrannie, à la tienne la Faiblesse et la souffrance! L'un et l'autre vieilliront et mourront ! Que la terre naisse des débris glacés de quelque monde éteint, et qu'elle soit leur prison ! Voilà comme j'use de ma volonté et de ma puissance! Ne m'interroge pas sur leur destinée future : La science a disparu du triangle sans nom.
Je répondis : Avant de rentrer dans la nuit inféconde, ô Jéhova le tyran, sache que la puissance a donné à la femme les larmes et la prière; la volonté, l'énergie passive; et la science, rintelligence de ces dons.
Et tout se fit selon que Dieu l'avait dit- Et l'homme, formé de terre, l'homme, au front duquel il posa sa couronne incomplète, conserva
dès-lors une volonté gigantesque, mais impuissante, et ne put jamais soulever les voiles de son ignorance, et secouer ses doutes, plus affreux encore!...
0 Siméon! les évoques chrétiens, vêtus de pourpre et d'or, faisant porter devant eux des croix d'or, racontent souvent dans leur langage si fastueux, qu'on les nomme bouches-d'or, aux fidèles avides les grandes batailles de Satan et des anges rebelles contre Dieu et ses esclaves. Ils leur disent que ce fut Torgucil qui égara l'archange déchu. Non, frère, non. Satan et tous ses anges ont voulu reconquérir Eve, l'œuvre gracieuse et sublime dont Dieu fut jaloux ! Satan et ses anges n'ont combattu que pour elle, et souviens-toi qu'ils l'ont reconquise! Et que par elle, l'homme, cette proie si facile, esta eux!
Et maintenant, ô Siméon Stylite! écoute et gémis : Voilà donc le Dieu que tu sers. Il ignore ta destinée future' Pour lui, tu as allumé ta volonté aussi forte que vaine; pour lui, sur les hauts lieux, tu as brûlé comme un flambeau, pendant un demi-siècle; pour lui, tu as dédaigné la femme, créée par Satan pour être l'épouse de l'archange!
Satan se tut,et je m'écriai plein d'épouvante, ya-t-en, va-t-en, Satan le menteur.
Êt ne pouvant plus me soutenir debout, je tombai sur les genoux. Ma vue se troubla, mes oreilles tintèrent, et je conservai à peine le sentiment de l'existence. Il me sembla alors que j'étais embrassé par une femme dont Thaleine était parfumée, enivrante ; dont l'étreinte était douce, mais indestructible. Je tombai dans ses bras : c'était la Mort !
Ismaël, en prononçant ces dernières paroles, ne put comprimer un tressaillement nerveux. Ses traits étaient singulièrement altérés. Sa tète se pencha sur sa poitrine, il sembla un instant en proie à de tumultueuses pensées. Moi seul, parmi ceux qui le regardaient au jour naissant, j'avais le secret de ses souffrances intimes.