‹ L'île de CubaChapitre 32 sur 54 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

TsHmie de cire et de miel. D'après les dire$ ^ J'ai recueillis, il a été remarqué que dans 1» proximité des sucreries, beaucoup d'abeilles pé^ rissent en s'eniyrant avec les mélasses dont elleis sont extrêmement friandes. M. de Humboldtfait observer à ce sujet que la production de la cirç diminue à mesure que l'exploitation des terres augmente.

Enfin la culture des céréales vient jeter ww nouvelle variété dans l'agriculture de ce district qui retire en outre de ses belles forêts dp cèdre et d'acajou, du bois de construction et de luxe qu'il exporte également parTrinidad.

On Ta vu, par la nature des différents é\^ ments qui la composent, la propriété est très divisée h Villa-Clara. A l'encontre de ce que nous avons observé dans le district de Trinidadi ici les fortunes ne sont pas considérables, maïs Taisance est partout. Ici, point de ces opulenteis; familles qui comptent des milliers d'esclaves, tii 4es somptueux bétels que nous avons cités, mais si les U>^s sont plus modestes, ils couvrent auçii un plus grand nombre d'honorables aisances. A Villa-Clara il serait peut-être difficile de trouver un seul riche à million, maisen revancheil y a pep de familles, dans |a classe moyenne, qui ne puissent compter 2 ou 3,000 piastres ' de rev^n*

s 10 ou 15 miUe francf .

priélé à Villa-ÇIara, a«l?ptquc par lege^rç^ ^^a culture, qu'il faut expliquer le phénQ^fijèiie unique qui se présente 4ap$ la population de içp district. Sur ses cinquapte quatre mille balÀ* tants> on compte cinquante mille blapcs ^ ^^^ ce phénomène toi^t extraordinaire qi^'il semble, n'est pas, à beaucoup près, le plus surprenant (ju'pn y remarque.

Déjà Tacite nous ^vait révélé Iç fajt peiji|r être le plus curieux dans rbjstji^re 4e l'ewd^yjifp ancien, f Dominuu) acseryum m\i\s educajLjo^ « deliciis dignoscas. ji^ter i^em pecofa, fp ^ eadem humo degunt \ » J'ai vu souvent d^ diverses colonies, une partie de ce tableau i^è%r Ijsé; mais là* comme chez les Germains, ^ T^ Répare l'homme libre de l'esclave ■> » etlejei^ maître qui a joué dans les années de sa premiéfo enfance avec les enfants npirs de la mai^ont ne partage pa9 les travaux de Jieur âj;e n)i)r«

Dans les campagne^ de yiUa-iClara, j'ai ffi partout sur mon p^age le blanc travailler à ^ terre, entre Thompie de couleur et le poir, et pas un d'eux qui vijt daus le travail la preuve d'uflip

1 Le receniement de i842 présente d'autres cbi£^es, mais f ajujçû oc^ion de combattre ce recensement dans un chapitre spécial.

condition inférieure, et dans la houe américaine le dégradant emblème de l'esclavage.

Ces faits d'une si étonnante exceplionnalité aux colonies et qui dès maintenant ont déjàlaissé percer aux yeux du lecteur Ces déductions si graves et si nouvelles, je puis, quel que soit leur merveilleux, affirmer que je les ai vus.

La route quimènedeTrinidad à Villa-Clara^ déroule sur une étendue de 22 lieues environ, le paysage le plus accidenté qui se puisse voir. D'abord ce sont les flancs boisés de San Juan de tetran, faisant comme une ceinture deforéls à ses sommets nus et arides; puis une plaine quon dirait nivelée par un long séjour des eaux et que couvre une riche végétation, puis encore de distance en distance des bois de cèdres et d'acajous parmi lesquels le miraguama agite ses feuilles argentées.

Tandis que j'allais a Imirant ces vallées,ces rivières, ces belles et bonnes eaux, ces terres si propres à produire tous les grains et tous les légumes qui peuvent servir à la nourriture de l'homme et des bestiaux de toute espèce , et ces arbres où monte et circule une sève si vigoureuse que leurs feuilles cessent d'èlre vertes et deviennent noirâtres à force de verdir, je pensais aussi avec tristesse aux brigands de toute sorte qui infestent ces lieux» comme pour poser à c6té

des éternelles magnificences de la nature, les infirmités de notre civilisation. Cette partie de riie est en effet l'une des plus fréquentées par les bandes armées qui parcourent en le rançonnant tout intérieur de Cuba. Il ne se passe peutêtre pas de semaine qu'il n y ait quelque vol audacieux, ou quelque assassinat terrible de commis sur les routes de Cienfuegos ou de Trinidad à Villa-Clara. Du reste leurs auteurs ne se donnent même pas ia peine de se cacher. Peu leur importe l'heure et le lieu pour exécuter leurs coups. En plein jour ou dans la nuit, sur la grande roule ou aux portes des villes, ils pillent et tuent impunément. Il y a plus> beaucoup sont connus de tous, et quand ils passent on entend dire : Voilà un tel> assassin ou voleur de tant de personnes ou de tant de bourses. Mais comment ne lesarrête-t-onpas, me dira-t-on peut-être? Mon Dieu, pour plusieurs excellentes raisons. D'abord personne ne voudrait prendre Tinitiative, et le pauvre alcade qui, s'oubliant, ferait arrêter un bandidOy pourrait être certain de recevoir en retour quelque coup de poignard ou d'espingole. Ensuite il faut s'en prendre aussi, et beaucoup, à la justice si incomplète, si boiteuse de nie. Qu'espérer lorsque dans une affaire criminelle les témoins sont traités comme des coupables? Ainsi Ton fait à Cuba. On les

^lié, oft lé pôuréiiît, ôii ie^ liicàrëêtë. L'aê-

étièé li'à-l-il i)aè les moyens Ûè ï^ayer les àriiëii-

dès dh lés frais de la procédure, frais toujours Si

exorbitants? t'est encore aux témoins ou à la

pà^lîë cîvîlë que S'adressent les tribunaux. Leurs

Blëfas ^ont saisis, leui* personnes emprisonnées

jîisqtl'à ce que la justice soit satisfaite, et Dieu

sait si elle Se satisfait de peu ! J'ai vu à Villa-

dllfà hné lamille française dont le chef avait

élê assassine par un de Ses serviteurs. Le ilieiir-

itièt avouait §oii cHme, des témoins nombreux

iMèsiaieiil. iàietl ti'était donc plus facile c}ue là

ifiàilièré dé j[)irocéder en celte occasion ; car;

éômtné ëil tftàiicè, là loi criminelle est positive

i fciibà. i^oiirlànt, il lien tut rièh. La justice

à'èiàii transportée Sur les lîeux, et, depuis prés

èè Sii mdié que aurait Sa visite, elle aVàit déjà

^feS^ùê rUîhé en frais dé toutes sortes cette

dààlheûreuse famille, riche auparavant de trois

à quatre cent mille francs. Aussi, quand oh est

tdlè ou attaqué à Cuba, on se garde bien de

s'^adrèsser aux tribunaux du pays pour obtenir

justice, et si l'on à été témoin de quelque fait

dénoncé, il faut s'empresser de fuir devant toute

citation légale. Dans seS recherches, la justice

àe Cuba procède toujours du connu à Tinconnut

en ce sens qu'elle s'adresse d'abord k ceux dont

!â ibrïunê êsTt solîâê; piiîs elle s'ôèèiij^è aéi ào-

trt» î toyez dans quelle catégorie les volétits peurent être rangés, et, partant, sll y a chance de les faire punir avant d'avoir été ruiné. Après tout, pourquoi, je le demande, tracasserait-on ces hdunétes industriels? Arrive-t-il parfois que là police se trompant, arrête par hasard quelque drôle fort compromis, aussitôt un habitant considérable et bien famé le réclame, et le libère en le Cautionnant. C'est une opinion généralement accréditée dans File, que beaucoup de geûs fort notables passent avec des bandits de leurs districts des espèces de contrats synallagiBatiqueSi au moyen desquels leurs propriétés sont respectées en retour d'une protection illimitée accordée par eux à ces misérables. On toit que c'est là quelque chose d'assez analogue âu hlak-^mail que les chefs des clans montagards imposaient, en Ecosse, aux seigneurs même les plus puissants des lowlands.

Je l'ai déjà dit, quelque temps avant mon passage à Villa-Clara, l'algnazil mayor, don... homme connu par sa bonté et aussi par ses immenses richesses, fut assassiné dans sa maison de campagne. Les circonstances de ce meurtre sont incroyables. C'est en plein midi et par iitié bande de quinze à vingt hommes, tous masqués, que la maison fut attaquée et le mal- Bettrfefi*«lguazil<^rgé. A-^-t-on therché àdé-^

couvrir les auteurs de cet abominable assassinat? bah! la justice s'est bien transportée comme d'ordinaire sur les lieux, mais pour compléter Tœuvre des voleurs en achevant de ruiner Ja famille de TAlgnazil. Qu'avai-elle d'ailleurs besoin d*aller chercher bien loin des coupables qui se promenaient tranquillement dans les rues de la ville, et que tout le monde connaissait et nommait. Je l'avoue, de pareilles mœurs, un pareil état de choses sont d'une nature si exceptionnelle, si révoltante, que moi qui les ai vus, qui les ai touchés , je me suis pris à en douter, et, sur le point de les raconter, j'ai eu besoin de relire plusieurs fois mes notes pour surmonter cette louable hésitation.

D'ailleurs, que le lecteur veuille bien se rappeler que la Havane, elle-même, a longtemps langui dans ce déplorable état de sauvagerie et d'abandon, où est encore plongé tout l'intérieur de nie, et qui déshonore aussi le Texas, le Mexique^ et plusieurs autres des états de la Côte-Ferme.

£n 1834 encore, on assassinait et on volait en pleine rue et en plein jour à la Havane^ on me Ta dit bien souvent ; il n'était pas rare de voir à cette époque une demi-douzaine de cadavres déposée chaque matin sous les arcades de la Capitainerie- Générale ; Morgue d'un nouveau

genre qui; comme par dérision, montrait les victimes à l'ombre du pouvoir. Là, on venait reconnaître au réveil des parents, des amis, sous les yeux impassibles de la justice espagnole. Âtors toutes les portes se fermaient à la tombée de la nuit, et il ne restait dans les rues que les serenos qui proclamaient à haute voix la sérénité du temps et la tranquillité de la ville, sous une pluie battante ou à côté de quelque imprudent égOTgé dans Tombre.

Un négociant français digne de la plus grande confiance, M. A. S... m'a raconté qu'un de ses commis portant un sac de doublons ^ , avait été attaqué en plein midi, et à la vue de tous les passantS; sur la place si fréquentée de San^Francisco. Frappéd'un coupdecouteau, il eut néanmoins la présence d'esprit de lancer en tombant son sac d'or dans un des magasins nombreux qui régnent sous les arcades de la place. Le brigand n'hésita pas : il entra dans le magasin , ramassa le sac et ressortit sans qu'aucun des spectateurs de la scène osât porter la main sur lui.

Un autre fait non moins bizarre me fut rapporté par le colonel A... Un jour, me dit-il , je traversais en fumant la place de Arm%'. V9

4 Le doublon vaut 86 fr. 40 c.

mftsm ra^rdebë et tae dëiiiatlâë du fea. ié n# hH af fliH ^a^ plbtôt allongé mon cigare que je ttms tà t^Oifitë fl'uue lame déchiref mes habits «t tti^effleafef la peau.

^ parions éécii, me dit riticOnnii « ou tu éH mOH;;; et ffie tôilà bon gté malgré Obligé d'ëti" fifflëf Une longiie ëonveteatioù sut les prOt^hfli* mê pëlms S tandis qilë le bHgand fouillait ûhm Èm poëUës et me détaliëait i à quelques pas à peine de la sentinelle qui se pi'otnendit souS H gfelerie du aouvëitieinent.

Il Uië serait facile dé citer ëhcore Une fbule de ùiits asalogueé^ mais outre qu'ils pourfAiefif fil*' tiiruer k leêteuf , fli ne âotit maiheureuseméiit pif âieessaifës pour établir l'état des màènti le k Uatâne josqu'ëtt 1834. ce /ut à cette épùt^m <jue te gouvernement énc»-gique du géaéral Té»wn mit un terme rapide à tout ée brigaada^ <iai 8'ekerçait impunément dans une ôaiiitale éi ceiil trente mille âmes de population. Lachoée B'dtait pas facile. Il fallut au nouveau gon- Termur autant de fermeté que de courage pour accomplir jusqu'au bout cette réforme si néce»* 8«re. Lès moyens qu'il employa méritent d'être xtcontés. Il commença par faire venir les &OMt> mÊHot de polida de la ville et sans d'autt^

t Combat* d« coq*.

fféââHltêS; leur annançâ tpïB AmSMMÊ Mê t^pbnâràiM sûr iëurâ têtes et ^UHëil^ bdiirlël des meurtres et des vols commi»^ datts lètifâ quartiers respectifs. Rentrés chez eux , tous ces magistrats envoyèrent leur démission , mais le Gouverneur leur fit connaître à la fois et qu'il ne les acceptait pas et qu'il les ferait enfermer dans les prisons de la ville s'ils osaient renouveller une pareille démarche. Ainsi placés entre les menaces de Tacon qui était homme à les exécuter et la vengeance des malfaiteurs , les commissaires n'hésitèrent pas long-temps. Tous les moyens de repression qu'ils réclamèrent leur furent accordés; et» aidés de leurs amis, ils firent aux brigands une guerre si acharnée qu'en moins de quelques mois ils parvinrent à en délivrer complètement la ville. Depuis bientôt dix ans que la Havane jouit d'une tranquillité sans bornes, on se demande comment le gouvernement local n'a point songé à doter l'intérieur de rile du même bienfait. Ce ne sont pas les moyens qui manquent Dieu merci ! 11 y a à Cuba assez de troupes qui flânent dans les villes , où elles n'ont que faire, pour en former des brigades de sûreté. Certes, le capitaine-général qui , complétant l'œuvre de Tacon, étendrait à l'intérieur de Cuba la sécurité dont la Havane jouit à cette heure aurait rendu un immense service au

pays^ en faisant disparaître de son sein nne des plus hideuses plaies qui puissent souiller une nation ciyilisée.

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