‹ L'île de CubaChapitre 36 sur 54 · TOME u · texte numérisé non relu

TOME u

foire souvent cette rencontre. Une fois entre autres je vis une compagnie de plus de troU mille têtes qu'on menait de Puerto-Principe à la Havane. Elle était dirigée par une trentaine d'arreadores qui certes avaient fort à faire.Mbn^ téssur d'infatigables chevaux créoles, une pique à la main et dans le plus bizarre accoutrement; ils faisaient au galop, et sans cesse, le tour de la troupe indisciplinée, menaçant, piquant, frajH pant, vociférant. Une pareille besogne auî mains d'autres hommes, et ils n'arriveraient paé au milieu de la rodte sans avoir perdu la moitié du troupeau. Les arreadorës en perdent bien aussi, mais ce n'est jamais plus de deux ou trois par jour.

On trouve encore dans l'intérieur de Tlle* presque à l'état de sangliers, d'énormes cochoné marrons qui, comme pour donner un déoMHiti à ce que nous disions tout à Theure de cette nature« vivent dans un complet état de sauvagerie^ On sait avec quelle ardeur les flibustiers en fai^ Mîent la chasse, vers le dfi-septième siède^ dans les bois et les campagnes deSatet-Domln-^ gue, où ils fourmillaient, et quel merveiUeui goût ils trouvaient à leur chair boucanée dané la peau même de l'animal \ Je ne sais s'ils sont en aussi grand nombre dans Tintérieur de Cubi

i Charlevoixy ouv. cît.^ t. % p. 44,

qttlb Tontété à Baint-Dorfiîngue, mail» ils m'ont pAtvt d'une extrême fêroeité.

' Uh jiHir que nous étions arrivés, une heure ÉtÉttt le couther dil soteiU ^r les bords d'une j^tilë ritière dont j'ignore le nom, mais qu'on féhcohtrd une Vingtaine de lifeues avant Puerto- Mnëipe, nous vîmes venir en courant vers nous, afëc de sourds grognements entremêlés de cris perçants, une quinzaine de ces bêtes ignobles et méchantes.

^ Tâchons de gagner le haut de cette roche, ihë dit Pèpe, et il m'en montt-atit une ati hiiiietl de la rivière. Elle pouvait avoir sit à sept pieds de hauteur, et était séparée par un espace de deux tnètres environ de plusieurs autres grosse^ pierres qui s'élevaient plus ou moins au-dessus de rean. Je pris fusil, poudre et balles, et ine précipitai è cheval dans là rivière. Parvenu au ihilieu des roches qui m'empêchaient dé voir lé rivage, Je m'aperçus que Pepé n'était plus aveci ttloi. Je rappelle, peint de réponse. Inquiet, je fie dispose à aller S sa recherché, quand j'eniends le bruit de là troupe sauvage qui se jetait fôiifilement dans l'eau* Oh sait que ces animaux ikàgfent fort bien. Je me dresse isur mes étriers, et tente d'atteindre le sommet de ma citadelle, certain, si j'y pîHenaîs, de pouvoir y soutenir quelque siège mémorable , et mênië d'immo-

-^310 — 1er tous mes fangeux et Toraces adversaires. Hais la mousse à laquelle je m'accroches ne peut me soutenir et cède sous mes doigts. L'eau clapotait pourtant. J'arme mon fusil et j'att^ids plein danxiété. Si encore j'avais eu là affaire à des tigres ou à des lions ! la lutte pouvjBiit être glorieuse, et la mort honorable. Mais avcMr pour ennemis ces immondes auxiliaires des Armagnacs contre les Bourguignons I ..

Tout-à-coup, de derrière la roche sur laquelle j'étais appuyé, partent d'affreux mugissements de crocodile. Mon cheval frissonne de terreur ; je le quitte et m'élance sur une pierre plate et basse, mais de laquelle je pouvais au moins voir ce qui se passait autour de moi. Lescochcms épouvantés avaient gagné le bord de la rivière, et fuyaient maintenant de toute leur vitesse. Cependant les cris du crocodile continuaient. Je vois le flot remuer derrière la grande roche, et je couche en joue dans cette direction. Une masse d'herbes aquatiques, flottant sur l'eau» apparaît et s'avance vers moi, contre le courant. Je la traverse d'une balle. Aussitôt elle se soulève, et> semblable à un dieu marin sous son ample couronne de joncs, se n[M)ntre la tète de Pepe Ascension.

— Vous avez failli me tuer^ seigneur, me dit-il impassible.

Le meurtre affreux que j'avais pensé com<meltre m'avait stupéfié.

— Ne craignez plus, ajouta le bon Pepe : ils tmt fui.

— ilaîs le crocodile? dis-je presque machinsdeinent.

— Le voici en personne, répondit Pepe en frappant sur èa poitrine et en Haut.

Et je trouvai la force de rire moi-même, car c'était la première fois que je voyais cette honnête figure épanouie par une folle gatté, et ç*a été la dernière.

— Mais comment donc, seigneur, n'avezvous pas compris que le crocodile était votre fidèle guide 7

— Que veux-lu, mon ei^cellent Pepe, la peur est une sotte chose.

— Je vois, seigneur, qu'un crocodile vous cause plus d'émotion qu'un Gandera, reprit Ascension avec un imperceptible sourire d'ironie, et comme pour tirer une iégère vengeance de la balle qui lui avait sifBé à l'oreille.

— J'avoue, mon cher Pepe, que je ne puis te dire ce qu'un lion disait autrefois à un certain compagiMm de diasse. . . tes mugissements m'ont effrayé.

n ne tomprit pas la première moitié de ma phrase, et, sur ma demande, il m'expliqua Vori*

j{Id^ Og la nise eniployéei ^ m'^VVmm^ W^ les crocodiles et les caïman^r ^ui infa^p^^ t^Hp tes mardis 4? ^'^K ^ n^H ^ JQur 991^ çpchDos marrons une guerre acharnée. J'eus en ef^ tK^ i^^fh qw4we feo^ie pp'è^, ^ déUwrer^.fians aucun esprit de rancune, un jeune viaFSSiHP ;^x prif ef avec i)n caïman ^non^ç qui rentrainait déjà daps up p^9rai$, {wsi^q'iiBe balte, hmr f^sQmmi log^ ^li! 4isfl»e de )a paHrioe, mit lM>Ff (le çonnbat to iiMH)strueuK saurien.

J^ croyais, d'upràs^ m que j'avais lu 4aDs it géographie de M. A. Balbi, trouva dans V^^tk^ Pfi«igipe « tipavlUe offirapt raaf^ectlejHw ^x^isé-rflble qu'il poit pp^ible d'imaginer; 4^ mm tortueuses, dégoûtantes par leur S9\^\é, » ^'»- ¥pueque j'ai été agréablement trompé. J'y arrivai un dimanche. La popqlatiOQ ^ortaot ^ ^lises, les fraîches toilettes des jolies créoles jetaient dumouvepiefit, de la vie et 4e la gal|^ dansless rue&i la vieille ville avait revétii ipp babitde fête. Loki de moi pourtant de voQl«|r dire que Puerto-Principe $oiC aussi ftfapi» ot aussi coquet qiie Trii«dad au haut deia coUine ; ou aussi aomptueui: q«e cef tains qua? tîe» de la Havane. Maia on ae tromperait en ne ae^rteâi^ tant en lui qu'une agglomération de maiaeiaaâ* paréies par de3 meic^ciires et tmrtoeiises. ^ous un pareil ciel la lumière l^énéAre partout. Sfl

iwt pQMble de peuidre wq ¥i))e 9p W «e«l x»oU cp peut dire que Puerfo-Piincipe M le Bouep (^ cités américaiiie^.

Quant au peu de propreté des rues, il y aurait bien peu de chose à faire» ici comme dans d'autres villes de Cuba, pour les rendre aussi propres que celles qui, sous ce rapport, sont le plus vantées en Europe. Les nouveaux systèmes de pavage en bois, que Ton essaie maintenant à Paris, et qui paraissent devoir réussir, conviendraient parfaitement à la Havane, à Paerto-Principe et à toutes les villes de Tlle qui n'ont pas de carrières, et aux environs des-' quelles abondent les bois les plus durs, et qui résistent le mieux à Faction de rhumidité. Un jour, sans doute, on y marchera sur un pavé de bois précieux que TEurope envierait pour ses meubles les plus riches. On sait du reste qu'à la Havane, et M. de Humboldt l'avait déjà vu en 1800, on a essayé de paver des rues avec des troncs entiers d'acajou. On y a renoncé, et, en effet, le système employé n'était guère praticable. Nous reviendrons sur ce sujet.

Puerto-Principe fut fondé en 1514, par Diego Velasquez, près de la baie de Nuevitas. Il fut transféré ensuite à Camagiiey, village indien, et enfin, en 1 522, sur le chemin du centre, où il est aujourd'hui.

Le recensement de 1841 lui assigne 24,0S4 habitants, chiffre de moitié inférieur à sa population réelle, et que nous discuterons plus tard.

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De cette ville à Las Tiinas^ la plaine se développe toujours à perte de vue, mais elle se boise davantage. Ici» Vimmense savane est plus accidentée t plus coupée de terres inondées, de bouquets de rhus cotinus, dont on tire le bois de teinture nommé fustet , de forêts de palmiers, de citronniers, d'orangers, de cèdres, de cannelliers, de clusiasroseas. Les cèdres surtout sont nombreux, quoiqu'on en ait détruit beau^ coup. Déjà, quelques années après la conquête, Herrera disait : « Cette ile est remplie de bocages ; Ton y peut cheminer deux cent trente lieues souA des arbres de plusieurs espèces; comme de cèdres qui sont fort odorants et rouges^ gros comme des bœufs , dont le§ n^tti^el^ faisaient de

longs canots qui contenaient bien cinquante ou soixante personnes » et cette île en ces temps là était très-riche en ces sortes d'arbres *. »

En parcourant cette partie de Cuba, on est préoccupé malgré soi du tableau que Tacite fait de la Germanie ^ Abstraction faite de la variété des formes végétales que Ton rencontre ici, on pourrait appliquer à ces lieux tous les traits si largement tracés par le peintre? C'est que, bien plus que les pays^ 4e montagnes , ceux de plaines se ressemblent, quand la main de rhomme ne les a pas , pour ainsi dire , encore civilisés.

Lp lendemain de nqtre flépart dç Pueçto- Principe, nous nous trouyipns, dans rap^è$-mi7 di, à moitié chemin de Guain^àro, ^t à trois qji quatre lieues au su(l de la prétendiie routé royale. Je vis |in grand bois^ d'un, aspect qup je n'avais pas encore remarqué. Nous apprq* çhàmes. C'étaient des Guayacos.

«frétais donc devant une forê|; de ce bois smnt, dont l2j première apparition fut saluée par l'Europe de si vives acclamations ; dont la possession, au dire de Fracastor, enrichissait pl^El

1 Herr. Trad. de N. de la Coste, Dec, 1, 1. ix, ch. rv, p. 617.

2 Terra, etsi aliquanto specie differt.... tamen aut stlvis horrida, aat paludibitf l«d^... peporw f^pyiida-.. oiv^^ro ^ttéeol, fmf^ ^§ f gratissimae ope^ sunt. Germ. v.

MSBflmAf^ i^ toutes ses rnio^s A'or^ Qm h gg^e @ût dit TFai » si ce u'avait été là I0 prer ^^F mipage de la pansir^ée tant rêvée! fié)as# Pfiavre arbre décaqoi^sé. bien des bqjs» Uf» §69 i)9^tau]Lt pnt \iSHrpé ta cQvrpime ^e glcdr^, depuis qu'on fait de toi des poulettes de Uts; ^t la tache, que ^\ t^i p| ^^fi n'avez pu effaepr, 7f9S(te 4^ l^u^fii^iié, cofpme la marque de Sjang sur la mai^ dç ladjr j^^cbetb.

I)^ foff p&fm carpenterQs vol^f^nt sur les hautes branches. Etajentrcp ces qisQaux 44 sor lei)4f^^ 1^ beç^ desquels Frapastor, se servant 4'!^ vîfiille îuaebinç! épiq*i^. naet dfi terrlblep Rf^Qlies contre les J^psgnols qiji m avaient tué plusieurs? J'en fi^ttig up, et les autres s'i^^H^reiit saw qu'?iueun lassât tomber sur j^oi m fâch^^x oraclQ.

Çpba fait pn grand c(H9merce de bois de gaiac. En 1841, elle en a exporté, d'après la Balancf générale du commerce de Vile , 2785 quintaux ; jQ^ ce diiflre me semble bien faible, si Ton se f^porte à 1834 où, sujr 603,357 k. que la France |rjB£ut jdp toi|s les pays d'où elle tire d'ordinaire fie bois 9 Çpba seid en fournit 354,792 k.

I^^n^s avions tourné bride pour regagner \^ |I9{]^, quand j'aperçps, derrière un 4^^ apgli^

s Sy|>h. chant m.

de la forêt, des cottines peu élevées, mais bùÈû «"étaient des collines, et il y avait tant de jouis qaid je n*en avais vu. Il faUait , pour y arrver, n'enfcmcer encore dans l'intérleor d'one on de deux lieues. Je nliésitai pas, je me dirigeai vers ces éminences.

Ce que voyant , don Pepe me dît :

— Il se fait tard, seigneur, et nous ferionîs mieux de retourner sur la route.

— Pourquoi donc ? nous passerons la nuit sur ces collines ou à leur pied.

— Seigneur, nous ferions mieux, croyezmm 9 d'aller dormir dans un yng^o qui se trouve à deux ou trois heures de c^min dlci.^

— Mais enfin pourquoi T

— Pardonnez-moi > seigneur, de recommencer toujours la même histoire, mais il est de mon devoir de vous avertir, sinon de vous faire changer d'avis.

— Au fait , maitre Pepe.

— Dimanche , tandis que vous faisiez vos visites à Puerto Principe , je suis allé voir un ami que j'ai entre le pont de la Caridad et Thêpital de San Juan de Dios. Lorsqu'il a appris que nous allions continuer notre route dés hier au matin, il m'a conseillé de bien prendre gardé aux brigands, car on en a parlé toute \% se^ mainç dernière.

; — Hi bien, mon cher Pepe^ moi aussi je ne me lasserai pas de te le répéter. Ce que tu me dis là ^t une raison de plus pour alla* suspendre nos hamacs là-bas. Qu diable viendrait nous dénicher dans ces bois?

•^ Je crois, seigneur, que c'est encore juste* Et nous trottâmes lestement vers les collines. C'étaient, je crois, celles qui avoisinent la ri- Tière de Nsyasa. Nous avions en face de nous, à ^m hauteur de deut ou trois degrés au-dessus de l'horizon > de beaux nuages éçarlates, étroits et longs , frangés de rose et d or , et dont les nuances transitoires étaient admirablement fondues. Le soleil descendait derrière eux , et cha^ que fois qu'il se présentait à une de leurs fentes, ^s gerbes de rayons d'un rouge ardent s'en échappaient et vesiaient empourprer la cîme et les contours des arbres, dont les teintes moins d)^linctes s'assombrissaient déjà. A mesure que ^ous approchions des mornes, un bruit s(Hird, prolongée monotone, mais doux et parfaitement en harmonie avec cette soirée si calme, arrivait à notre oreille. Je vis tout-à-coup, au détour d'un massif de cèdres, le premier monticule, et, àsQs pieds, une large nappe dun rose tendre qui ondoyait doucement : Il n'y avait pourtant pas un souffle dans Tair.

;. — Qu'est ceci? diH^ à Pepe.

'^ C'est une troupe de gràUdës àig:reltés^i|ui dormeirt durTeau.

— Mais les aigrettes sotit blancbeé, ^ tjté oîseâui..,

— Les arbres ne sont pas roses, seîgfiëtti^ pendant le jour, et cependant voyez-les à c^te heure.

Je gardai le silence. La vue et la logique de sauvage de cet homme tn'ja^taient humilié.

En e£tet, ces émigrés des bfimats du nord 4|tli passent l'hiver à Cuba, sont d'un blanc très^[mi^, maiÀ les derniers rayons du soleil, en glissant sur leur plumage, le teignait d'un pâle incarnat; Nous f tmes halte. Le bruit que nous avions en^ te»34Q était produit par une chute d'eau qbl s échappait d'entre les arbres/ et se brisait sur des rodies suspendues aux flancs de la coIKm^ L'impulsion qu'elle donnait au petit lac, qui était peu prbfond» imprimait à la surface dé l'eau de molles ondulations qui berçatent ëeé heureux oiseaux endormis au murmure de M oascade.

C'était admirable à voir*

Un moment après, le crépuscule Jeta son vcMé jaloux sur ces tentes si belles et lei^ effaça t*a^ pideonent.

Nous avançâmes. Â notre vue^ les sentitièRëi jetèrent ralarme,«t tonte la troupe s'éleva dnis

-*81 — les aih. Quoique leur vol âoit assez haut, leur^ àileâ né reflétèrent aucun rayon : le soleil était déjà bas sous rhorizon.

Après avoir pris notre frugal repas du soir sûr riierbe, nous laissâmes, comme d'ordinaire, faoè chevaux pattre en liberté et nous suspendtmes nos hamacs à de grands orangers. Je m'é-^ tendis dans le mien entre mes armes, que lé prudent Pepe y avait placées. C'est un sentiffîetit bien mélangé, bien difficile à analyser^ Cëiili que vous inspirent des pistolets que voué lduciië£ dans une solitude si complète et si pai-^ Sibie. La première pensée qu'ils font naître, é*est qu'on court un danger quelconque, proche où éloigné, réel ou imaginaire, mais qui n'en préoccupe pas moins Tesprit, puisque la mairi repose sur des armes. Et puis, pour Tbomme dé fcotre civilisation, peut-être y a-t-il aussi, si je puis m'exprimer ainsi, un plaisir sut generis, qui platt, quand ce ne serait que par sa nouveauté, dans ces sommeils aventureux, dans ces iiuits hasardeuses, au milieu d'une nature et d'une société si différentes de celles où il traîne sa vie monotone et souvent ennuyée.

Tandis que je poursuivais ainsi ces réflexions; të firmament s'était parsemé d'étoiles, et la luné ^ans son plein brillait au milieu d'elles. J'ai d^à parlé de la transparence et de la limpidité dn

-38âciel tropical mais cette nuit passée 4aiis cet ]Sden du désert a étalé devant mes yeux de si lumineuses féeries, que je crains qu'on ne voie ici que la peinture d'un rôye de poète, et non les observations d'un homme éveillé et de sang-froid. Mais comment rester calme devant ces mystérieux et ravissants sourires de la lumière, cette fille afnée du Verbe divin, dont le rayonnement au sein de Tombre vaincue, vousploDge* seul entre tous les hommes, dans une atmosphère semblable à celle où Dante vit Béatrix i Le scintillement des étoiles était si vif, les dariésde la lune si intenses, que la poussière aqueuse de la cascade s'illumina vers minuit des couleurs du prisme, et qu'un arc en-ciel nocturne se détacha en relief splendide sur la pente boisée de la colline\ Ses rayons colorés, le rouge surtout» reflété par la surface onduleuse du lac, s'y jouaient, y tremblotaient et s'y brisaient sans cesse en jetant toujours à mon œil des étonnements nouveaux. La forêt vierge qui s'étendait au loin devant moi; et dont les formes s'étaient effacées dans Tobscurilé qui avait suivi les dernières lueurs du crépuscule, se dessinait maintenant, indécise encore, mais saisissable dans ses ma9ses lointaines et surtout dans ses contours

i « Les rayons de la lune ont souvent assez de force pour produira dw ArQ»-w-ciel« > CbariefoU, o«t, cH. 1. 1, p. Id.

plus rapprochés du foyer lumineux. Je pouvais même reconnaître des cèdres et des cannelliers éclairés en plein. Un grand magnolier, doucement agité par une tiède brise de sud-est qui roulait sous nos hamacs un fleuve de parfums, balançait dans l'arc-cn-ciel ses largjs fleurs blanches : et celles-ci, empruntant la couleur du rayon où elles s'immergeaient« apparaissaient tour-à-tour jaunes ou bleues, rouges ou violettes. Une innombrable multitude de mouches à feu, attirées par ces reflets si riches, les tra\ersaient dans tous les sens, comme un tourbillon d'étincelles vivantes.

L homme qui, dans un chant inspiré, décrivit la rose éblouissante du paradis, avait-il donc assisté à un pareil spectacle, ou bien était-ce la foi seule, sous la figure sainte de la poésie, qui montrait à son regard fortifié ces inefifables visions?

Placé, à cette heure, dans une semblable solitude, devant cette vaste forêt, où l'homme n'est jamais entré, je concevais mieux les superstitions de ces peuples anciens qui consacraient des bois et donnaient des noms de divinités à leurs profondeurs secrètes que l'œil seul de l'adoration pouvait pénétrer.

Celte lumière étrange, ces parfums, les bruits de la cascade, les murmures d<?s arbres avaient

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comme endormi en moi les pensées de la terres et laissé seule veiller dans mon ame une sorte d'admiration religieuse. J'élevai mon cœur à Dieu, et je ne me souviens pas d'avoir prié avec plus de ferveur, même dans mon enfance, alors que je répétais les saintes paroles que me dic^ tait ma mère.

Dans ces moments où Tame flotte entre la veille et le sommeil, je crus entendre une voix, grave et douce à la fois, sortir du sein de cette terre. Il me semblait que c'était comme une prière de cette nature, un hymne de la grande Atlantide créole, fille de Dieu et de l'Espagne, qui s'élevait aussi vers le Tout- Puissant.

Elle disait :

iVlaitre souverain, Créateur incréé, que mon hosiuna monte au pied de votre trône éternel, que mon c\ntique s'élève jusqu'à votre oreille également attentive aux bruits ineffables du mourement universel^ et à la prière de la plus faible de vos créatures !

Gloire à vous* Dieu bon, vous avez rempli mes lèvres d'harmonie, inondé mon sein de parfums, couronné mon front de lumière; vous avez fait de moi comme un vase d'or, aux vibrations mélodieuses, où fume vers vous un encens virginal qu'allument les plus vivifiants rayons de votre soleil !

.G^ir^ k vous, Auteur de l'antique Edcn, vous avç;K semé mes plaines et mes collines de ces mêmes cèdres dont ïe bois parfuma le premier te^nple que vous eûtes- sur la terre, dont les murmures, rivalisant avec la harpe de David, dt^aotaient vos louanges sous les brises du Li-

Les hommes disent que je suis la plus belle des ^Ues de l'océan, et ils ne viennent point jouir de3 inutiles trésors dont votre main prodigue a couvert mon sein.

Des enfants sept fois plus nombreux pourlaieut boire la vie à mes mamelles q.ue vous a\e^ gonflées^ cojcnme celles de la charité, d*un l.aU inépiiisablQ.

Multipliez mçs fils, ô mon Père! septuplez leiu: postérité; qu'ils ceignent ma tête comme celle de la fabuleuse Cybèie, de fortes tours et de villes opulentes.

Plus heureu3( cjije les fils de Jacob dans la Içjrre de Gessen» ils n'iront pas chercher un jour^^ par delà les mers et les déserts, une patrie plus douce^ cv vous avez voulu que je sois la Terre Promise du monde moderne.

L'iumianité marche^ qu'ils marchent avec el^j} qu'ils s'avancent aux clartés de votrç science, ô mcm Dieu! qu'ils ne s'égarent pas si^ les ]^a$ hasardeux des faux sages.

Qulls reçoivent et bénissent» de quelque part qu'il vienne, le progrès prudent et mesuré, semblable au vin d'Engaddi qui, mélangé d'une onde pure, augmente les forces de l'homme, sans lui ôter sa raison.

Mais qu'ils se détournent avec aversion et mépris de ces apôtres menteurs qui font nattre la ruine, la faim et le meurtre, et les appellent civilisation ; qui écraseraient Thumanité sous la marche inflexibled'un principe, comme le brame impitoyable broie llndien sous le char de Jagernath.

Dieu patient, avez- vous donc compté les siècles à l'éducation du vieux monde? Non, vous les lui avez dispensés avec largesse. Qu'ils furent longs les jours où il s'est débattu dans le sang et dans la barbarie, où tout son corps était couvert de tant de plaies hideuses !

Pourquoi donc ce frère atné ne veut*il pas que vous accordiez aux jeunes sociétés^ qui éclosent maintenant sous votre aile paternelle, les temps nécessaires pour se développer dans les périodes successives que vous avez marquées à tous les choses humaines?

O mon Père ! laissez tomber sur moi un de ces regards qui suivent dans l'espace sans bornes le vol infatigable des myriades de planètes, ^ celui de Tinsecte entre deux fleurs !. . 0 Créateur, bénissez votre fille I

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