CHAPITRE IX
DEPiRTEMENT ORIENTAL. — SANTIAGO DE CUBA.
 SON EXCSLLBNCX
DON JOSE DE tA PEZUELA.
SOMMAIRE
Aspect de la partie ouest du département oriental. — Les Tunas. — Holguin. — Sables aurifères. — Les rives du Rio Salado. >— > Une nuit dans la cienega de Bayamo. — - Crocodiles et caïmans. — - Le «roeo- i
dilm biporeatui. — VaUigator tueiuii -^ I«'auteur proteste en faveur de la courtoisie de ces animaux calomuics par les voyageurs. — - Oiseaux pélagiques. — Manzanillo. ^ Adieux de Pepe. *— Aspect i
de la Sierra-Maestra. — Arrivée À Cuba. ^ LMiôtel de TEurope. — ^ ^ J La marine. ^ Le haut de la ville. — La tamedn. — La yelraiie sur M^^ la place de la Cathédrale. — Réception d'uo commandeur de For- *— *^^ dre royale américain d'Isabelle la catholique. — La nouvelle du désastre de la Pointe-à-Ptlre arrive à Santiago . — Le capitaine du navire rim^/te. — Tremblement déterre.
La partie ouest du département oriental présente à peu près les mêmes caractères que la contrée que nous venons de parcourir. Las Tunas est un des parlidos de la juridiction de Bayamo ; ce pueblo compte 3»750 habitants ; dans tout son territoire 9 on rencontre un seul petit yngenio, possédant quinze noirs 9 pas un seul cafetale et 234 fincas. On voit donc que les établissements ruraux n'ont pas encore ici changé de nature.
Avant d'aller m'embarquer à Manzanillo, je Toulus me rendre à Holguin. C'était , allée et retour, quarante-six lieues de plus que j'avais là à faire. Mais je voulais voir de mes yeux les sables aurifères qu'on dit exister dans ses rif-
viéres, et m'éclairer sur ce côté du problème des richesses métalliques de Cuba, que je traite avec détail dans la seconde partie de cet ouvrage.
A cet effet, nous primes , sur la gauche de la route royale» le chemin qui conduit de Las Tunas à San Isidoro de Holguin. Sur toute cette étendue , nous ne remarquâmes qu'un aldea de 784 habitants, nommé Sfajibacoa, et une hacienda, Gabezuelas.
J'étais pressé. Aussi , je pris à peine le temps de me reposer dans la première auberge et d'admirer, en la traversant , la ciudad de Hol- ^Ufh éi pimpabte et si gracieuse avec ses rùel et les maisons régulières. Aidé par un guide de rèndrolt, mes irecherches ne furent pas longtemps vaines. Je trouvai, presqu'en arrivant, des traces positives et nombreuses dé sables auîifêt*€^. Je ne veux pas établir ici une discussion stei* ce poiilt tant controversé de savoir si Cuba l^ëtlfettiië oil non des mines d'or. Comme je Viens de lé dite, je soulèverai cette questioh ailleurs.
Eh revenant d'Holguin, Pepe prit un autre êhemiri, celui qui mène à Bayamo ; nous le stitilniés jbsqtfâ lia hauteur de Cacorum, où je le Iffi liii fis qiilttei- pour longer le cours irréguliefr dit rtb Sàlado> qui colbie sur une étendue de dîi
•flèii es environ, les lagunes de ftàyattib, et ^ le jeter dans le Cauto au-dessous de Caùtô ttel fctA- ' barcadero. Je ne voulais pas passer pàt fcès Bl- Hrages saris voir cette Vaste ciene^a. PdûHaHly ^l'entreprise était d'une difficulté telle liué i?épe Àstension hésita quelcjuë ténl)[)s. Je pdîs idîrê, ^ effet, que nul homme avant nous n'était ^aséé ' par là. Dans ces hautes hetbes marécagèûsel, * sur ces rives sablonneuses, aù-âessus de èls "roches entassées, qui bordent de loin en Iciln les rives inondées du Salado, l'œil n'aperçoit aûcùiie ^trace humaine. Cependant Pepe avanif ait avec intrépidité , et regardait siouveiit le soleil ^ilr ^ lequel 11 semblait régler sa course aventureuse. Il "avait beaucoup plu; le terrain était glissant, et nos chevaux, bien que la sûreté de leurs pieds fût grande, trébuchaient à chaque ' pas. Enfin, tantôt descendant dans le lit de fe rivière, tantôt suspendus sur ses rives inclihéeiâ, moitié à cheval, moitié à pied, nous arrivâmes comme nous pûmes aux lagunes de Bayamo.
Partis avant le jour d'Holguin, nous avions voyagé près de douze heures sans songer à prendre le moindre aliment, tant la fatigué paralyse tous les besoins chez Thomme. Hélas! comme à quelques mois de là, je n^avais polntjl pour me ranimer sur ma selle, la vue des beautés de San Marcos. Au lieu de ses arbres et de t^$
fl^urs, mes regards rencontraient une végéta- ,tî6n rampante et marécageuse; Tair fétide éd ces eaux croupissantes remplaçait ses bonnes odeurs, et aux chanscms variées des gentils arrieros» avaient succédé les cris monotones et incessants de la gente amphibie, qui formaient, en se réunissant, comme Tignoble et méchante plainte delà laideur et de la malédiction, éclatant toijyours et partout, par la loi fatale des contrastes, auprès des nobles hymnes du bon* heur et de la beauté.
L'atmosphère était sans brise, l'horizon borné, le temps triste; et le soleil, voilé par des nuages chargés de pluie, ne laissait tomber que des rayons blafards sur cette nature désolée.
— Encore un peu de courage, criai-je à Pepe qui élait déjà descendu de cheval , je ne veux pas rester plus longtemps dans ces lieux; nous nous reposerons une autre fois.
— Je suis aux ordres de votre seigneurie, répondit Pepe, mais je me permettrai de lui faire observer que la nuit esl proche, et qu'il nous faut au moins deux bonnes heures pour rejoindre la route royale.
— N'importe, repris-je, il faut que nous allions coucher ce soir à Bayamo.
— ABayamo, seigneur ! mais nous en sommes Ji quinze lieues...
-8tô-
— - En prenant la route royale, je te saiâ, maiâ il y a peut-être quelque chemin de traverse.
Certes Pepe Ascension était bien payé pour redouter ces sortes de chemins; mais, guidé consciencieux avant tout, il repartit sur-4echamp.
— Je sais un endroit ou la Gienega peut se passer à gué.
— Vraiment ! m'écrîai-je avec joie.
— En prenant ce chemin nous irions sortir sur la hacienda del Gorralito, à très peu de dis-* tance de Bayamo.
— Qu'hésitez-vous encore, maître Pepe?
— C'est qu'il fera bien noir pour traverser une cienega.
— Nêtes-vous pas sûr de la roule ?
— Je Tai faite plusieurs fois déjà.
— Allons, maître Pepe, videz avec moi cette fiole d'aguardicnte, allumez ce regalia; et en avant !
Ces diverses prescriptions furent exécutées par le guide avec la même impassibilité. Il but Veaud^vie, alluma son cîgarre et marcha. Dix minutes après nous étions engagés dans la cienega; à mesure que nous avancions la nûif se faisait, une nuit sombre et froide, la pluie tombait à torrents et pas une étoile au ciel qui éclairât, même d*un reflet douteux, la route de^
^f9^ npn^ J'avais toutes Iqs peiaes du monde à distJQguer Pepe Asceosion qui avait eu pauctfifit la précaution d'entourer son chapeau d'un l^^choir blanc.
^Qtjs cheminions péniblement entre des zarzor parrillas, des camara^uèys, des guacalotes, des ç^fpipanillas, des lianes rampantes qui entravaient les pieds de nos chevaux comme desi filets. Le sol spongieux tremblait autour de nous, €it en échappant à une fondrière où nous avions peo^ Dousengloutir, nous allions frapper contre quelque tronc de palmier maladif et découronné, auquel nous nous cramponnions un moment, comoie le nageur harassé serre dans ses bras un débris de son naufrage. Des insectes sans nombre nous, dévoraient la Qgure avec un sourd bourdonnement.
Pepuis un moment il me semblait que nous tournions sur nous-méme et revenions toujours à la même place. J'allai le faire remarquer au l^uide lorsqu'il arrêta son cheval. Je crus le voir se pencher en avant comme pour mieux distjnguer^ puis se laisser retomber avec désespoir .sur sa selle.
— Nous sommes perdus ! murmura-t-il.
— Perdus 1 répétai-je avec un involontaire ficémîssement.