‹ L'île de CubaChapitre 39 sur 54 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

pititôt que descendant de chetal, je m'étendis par terre pour dormir. Pepe Ascension imita lâon exemple, mais arec plus de calme dans ses ses mouvements et non sans avoir adressé au préalable tine prière fervente à la patronne des guides espagnols. Je ne sais combien de temps nous restâmes ainsi, mais lorsque je me levais le soleil était déjà haut sur Thorizon. En ouvrant les yeux , j'aperçus, non sans effroi , toute une armée de crocodiles et de caïmans rangés en bataille sur les bords de la Gienega, à une centaine de pas de nous. La gueule entr'ouverte, le cou relevé, ils se chauffaient tranquillement, comme auraient pu le faire, par un beau soleil de mars , dans la Place-Royale , de paisibles rentiers du Marais.

Comme on le voit , il était réservé à ces animaux que, d'ordinaire, on peint si terribles, âe nous donner, pat- deux fois, en quelques heures, des preuves irrécusables de leur surprenante mansuétude .

Néanmoins , je pris mon fusil , et après nous être mis en sûreté, mon fidèle Âchate et moi, sur un bloc erratique qui pouvait avoir une qm*nzaine de pieds de hauteur, je cherchai de Yodil le plus grand de ces dormeurs. Il avait an ahr de nonchalance extatique. On eût dit im vieux poète aeadtoiteien; moitié assoupi, s(»-

§eânC, avec béatitude, à ses vers et à se» amours, sous le consulat de Lebrun,

« Et rêvant de parfums, dé femmes et de fleurs. »

Vife Vajustaî.V Au bruit de la détonation, la B'aridë ehliérë se prédpila dans reâu en mugissant-

, Ma victime seule ,^ qui n'avait été que blessée, s^éîâVi^'furieusé contre nloi,. mais sans s'aider de la^gueua, conime on le dit, Qt par bonds ijiégaiixV comme ph pe le dit point.

Lorsque |';^nimal lut à dix pas , je lui lâchai» mon second coup qui l'arrêta court. Son agonie dura une dizaine de minute. Puis, tout mouve-; nVoal cessa : il.était tnort.

* — Seigneur, me dit Pepe, voilà qui n'est ^g f)u ii. C*est reconnaître peu les bons procédés cjiîc ces bêtes ont eus pour nous hier au soir

dans leurs lagunes.

'* — Vous avez raison, mon cher Pepe, répon-

âis-je suf le même ton , mais c*est précisément

parce qu'elles ônl été aussi polies, que je me

àùis conduit de la sorte.

" -^ Bah ! fit le guide étonné.

-^ Que voulez-vous, continuai-je , il faut que

tes savants aieiit menti ou que ces bêtes ne soient

plié àes Crocodiles. -

— Et comment édairerec-Tons la que^ioA* seigneur?

— En examinant celle-ci.

— Je ne comprends pas.

— Du moins vous m'aiderez.

— Je vous fais excuse» seigneur, mais j'ateie mieux mourir moi-même que de toucher à quel* que chose de mort.

— Vraiment I

— C'est ma seule peur, nais elle est grande pour toutes les autres.

Cependant j'avais rechargé mon fusU, et nous étions descendus du rocher. Je me préparais à examiner mon gibier dans lequel le crus re* connaître un caïman, sans en distinguer encore Tespèce, lorsque je vis Fepe courir rapidement vers les bords de la denega. n disparut bientét derrière de hautes herbes et de grands joncs. Etonné, je regardai. Un moment s'était à peme écoulé, que je vis remuer ces plantes, et des aboiements répétés, semblables à ceux dra dogue en fureur, en sortirent. Puis, j'entendis comme le bruit d'un corps qui tombe à l'eau. Inquiet , je me dirigeais avec précaution vers l'endroit par où Pepe était passée lorsque le massif de verdure s'agita de nouveau, et qu'iui sillon se traça entre les herbes et les joncs pliéi ou brisés par un choc. Pepe s'en élança tout

floufflé, et tenant dans ses mains deux jeunes sauriens carnassiers.

— Vous voyez que je ne les crains pas vivants, me dit-il ; je les avais aperçus qui jouaient là-» basy mais à peine les avais-je saisis que leur mère a pensé me faire un mauvais parti. Je me suis jeté alors entre les herbes et j'ai aboyé.

— Ah ! c'était encore toi ?. .

— Moi-même, seigneur.

— Mais tu es un vrai polyglotte, maître Pepe.

— Je ne sais ce que vous voulez dire, senor^ mais je sais que la mère a fui et s'est replongée dans Teau.

— Mais pourquoi diable n'as-*tu pas aboyé èette nuit? I^a ruse aurait pu nous épargner ces maudites heures...

— Ah I sehor^ je vous répéterai ce que vous me disiez, il y a quelques jours : la peur est une sotte chose. Que voulez-vous, cette nuit> j avais perdu l'esprit.

— Eh bien, mon cher Pepe> je te l'avouerai, je le savais, je l'ai lu ' : à Saint-Domingue, les crocodiles sont si timides qu'en imitant l'aboiement du chien, on les fait fuir... cette nuit je ne m'en suis pas souvenu ; du reste, je ne te con-* naissais pas ce talent. Mais cette ruse réussit-* elle dordin ire?

i erpét. Oéo., f^ MN. C. DuMèril «t G. BîbriHi, t. 3, p. 38.

— Je l'ai entendu dire, mais c'est ia pre.qjîère Ibîs que je le fais * ' \ .1.

— Voyons ta chasse. . - * -^ -^^ 'Nul doute que c^étaiènt là cfe jeunes crbco-

ailes. Je savais que M. de Humboîdt, contre I^aVis àë Lacépède qui n'admet en Amérique qufe le caïman {/ac^rto a/Z/^a^or); avait depuis flonj^temps établi'scientifiquement Texistence du Véritable crocodile à Cuba. L^indiVîdu venu du Batabano et que ce savant examina avec M. Bonpland) élaij un crocodilus acutus. Les deux petits animaux que J'avais sous les yeux ne présentaient que trente à quarante centimètres de longueur. Les dilTéreptes espèces de ce§ sauriens sont déjà três-difïiciles à dislipguer )e§ unes des autres sur des individus adultes : je m^ défiai donc de mps lumièresJMais depuis mon retour en France,' je les ai fait analyser daps 1^ laboratoire d'erpétologie du Jjardin des piai}tç§ de Paris. Il a été reconnu qu'ils app^rtens^ieqt aij sous-genrp crocodiles .mais, cjiose beaucoup plps intéressante, à Ve^pèce An crocodilus bi^ porcatus. Le Muséum d'hislgire naturelle dq Paris qui possède dans tpus ses âges* cette es-r pèce répandue principalement dans les Indes î)rientales, n'en avait. aucup sujet venu de Cuba, et Ion ignorait même qVelIe y existât. Je me suis fait un plaisir de combler cette lacune eâ

-57^offran( un (Je mes dem édiantiUims ^ pe nsa.^ gnifiqpe et unique établissement.

L'existence du crocodile à Cuba est donc un fait pcquis à la science. Quant k celle du caiwaii> JUM. de Humboidt et BonpUnd n'ont pu la oons^ t^ter, l'individu qu'ils faisaient yemr du Bata-r bano étant mort en chemin et ne leur étant pa$ parvenu. Ce contrecoups n'était fâcheux cpie pour la connaissance de l'espèce, car déjà Dam?* pier avait vu à i île 4^ Pinos et dans les e$teroi de la côte de Cuba des crocodiles et des câiïmam à la fois. Pour moi, voici ce 411e je remarquai dans l'individu que j'avais tué. Je reconnus à la première inspection qu'il n'existait pas de chaque côté du museau la profonde écfaancrure qui cbez les crocodiles et les gavials, est destinée à donner passage à la quatrième dent inférieure. Au moyen d'un fort bâton dont je me servis en gpise de levier, j'ouvris la gueule dont les bords étaient légèrement festonés. Ce ne fut pas sans peine que je parvins k ôe^rt^r Tune de l'autre ces énormes mâchoires raidies par le froid de la; mort, car maître Pepe, pour ne pas avoir à m'aider, s^était éloigné. J'observai tout d'abord le caractère di^tinçtif du spus^genre caïman 9 daps lies trous creusés dans la mandibule, pour recevoir la quatrième paire dentaire d'en bas ; m^js, quoique Tindiv^ dàt être très-âgô/ces

— S76deats tt^aTaient pourtant pas percé la tnaiidibulé pour se faire jour au-dessus du museau, ce que tes naturalistes disent être très-fréquent. Je oonptaî quatre-vingts dents, quarante en haut et quarante en bas. Le contour horizontal de la tète» plus aplatie que dans V alligator seleropSf me présentait pas, comme dans Xcdligatorpalpe^ hroêusy la forme d'un triangle isocèle allongé» mais un ovale oblong tronqué vers la nuque. La kHigHeur de la tète équivalait à deux fois la lar-* geur de sa partie postérieure. Le front était surmonté d'unecrète tranchante longitudinale; mais il n'y en avait point de transversale comme dtez Talligator sclerops, Talligator cynocephalu$ . et l'aUigator punctulatus. £nfin> et pour terminer cette analyse, et enleverle dernier doute, les narines étaient séparées extérieurement par une lame osseuse. Cétait dcmc le véritable alligator lucius de Cuvier. Il avait de neuf à dix pieds de longueur.

Quant aux mœurs de ces animaux, je crois que les voyageurs les ont grandement calomniés, les crocodiles surtout. On a beaucoup écrit sur eux, partout où on les a rencontrés ; nous ne transcrirons certes pas ici les détails qu'on lit dans les auteurs du vieux et du nouveau continent, car ils roulent généralement sur les sauriens carnasiûers de régions autres que celle qui

^577noos occupe. Nous ne citerons qne trois pas* sages sur les caïmans et les crocodiles de Cuba.

Herrera dit : « Il s'en faut donner de garde la MriC» car Hs sortent sur terre pour chercher leur proie, ^ s'ils trouvent quelque homme vers le ifrage au dépourvu^ ils le saisissent et le traînent dans Teaut te tuent et le mangent entièrement; et te jour même, d quelqu'un passe la rivière, soit à dieralou àpiedy torsqu'eltoest basse, il a beaoiii de prmdre garde à eux, de crataite d'être attrapé*.»

Giiailevoix : « Ils ont aux Iles, comme partout aflteurs, un instinct admirable pour aUer cher*dmr teur {Hrote, jusque dans les forêts, où ils dressent des ^nbûdies d*une manière fort adroite aux codions marrons et à d^autres ani* maux qu'ils surprennent presque toujours. Des chasseurs même y ont été pris. On dit que ceux de Cuba sont très-alertes et gagnent les hommes à la course. Pour cela ils piquent leur queue en terre, puis s'élancent d'une grande vitesse. Il est vrai que c'est toujours en ligne droite, de sorte qu'il suffit pour leur échapper de courir en serpentant. Ceux de notre Ile quittent rarement les rivières où ils se tiennent en embuscade à certains pasfages, et aux abreuvoirs. Us ne s'attaquent

t-^ee. 1. \t, ck. tt> p. 617^ trad. dé N. de U CofttB.

maçièrç f^ c^ sqit; mdi^ «!§ n« foqt «i^un quartier ^jo^ atitr^ ^i^i^ux, qja'>)&. ^^s^ ^pujoijrs par I^ i^useai» j?9vr ipiv Oî^i: ^ r^npirr f atjQn. ^1$. l^^ ^ptraioeptp);^uj)^^^JM 4^4'AM^ pj^ ils le^ paissent poHf rjf ^ay jiqf <pe ^l^a g^ igur curée. I|^aiis^ijî.)«^;ÇvipMrs fm\P^ H >te «»

de leurs œufs, qu'elles éventent sous )p $3]^^^ pet amphibie |çs p^fl^. ^(-.pA' 1^. ^tfl^ ici)<à^ur les ^>l éclpr^, ,çppn(pe #.fl|xiyp M çejf^ ^, f(H« Jije^, Qo.,|jf;él,e^d.fli|^ii y. j^i des faïœap^ ^ 2,5 pieds ^P long , pj. if n'est point Fjarp ^'eg »w <|g la grosseur fj'yn |)qpuf ordinaire. Quand (^ fi ^ pa^er Hn jiaç^ojyi.UA^.fivière, et qi^e l'pp çrfùn| 4 Y trpjjYej: dç çej ^pipïîiw, 4<Mïjï 1* repcpof^ P'ÇSl Mff*^'? /^^l^ agréable, on p'a:q^'^ jeter ^uç l^aju (}eç T{^m giflées, ,le^ çAifnans-£qyr«n| 9p.r^, et i^'a/trappnt que Cuvent; oq$'pi}di¥eri ^if I . Pl l^n jP^SSÇ e» sûreté ' . » ;

M.^^IjiufpbpJdf • .«Les I)i9bitant»4¥ miflil^V^ ^^^igfieitt ywp 4i^.4pi4i( e^p^espArk a«s»-44 cwai^t Ji'^jtre par. le qp^ dq cr/ntp0f.,. Va, ^Qus ^ssprjèreptifue le deroiçr esjjt plps ^^ ^

1 Uibi. de Si. l)om.^ 1. i, o.i^. . ,

~ 579 — plus ha ut sur jambes; qu'il a le museau beaucoup plus pointu que les caymans, et qu'il ne se mêle jamais avec eux. 11 est très-courageux, et Ton prétend mèmequ*il grimpe dans les bateaux, lorsqu il peut appuyer la queue... Le crocodite s'éloigne jusqu'à une li«ue de distance du rio Câuto, et de la côte marécageuse de Jagua. pour dévorer les porcs dans l'intérieur des terres. On en voit de 15 pieds de long, et les plus méchants poursuivent (dit-6n] un homme à cheval, comme font les loups en Europe, tandis que les animaux qu'on appelle exclusivement caymans au Batabano sont si timides, qu'on ne craint pas de se baigner dans les endroits où ils vivent par bandes*. »

Le lecteur sent déjà que je ne puis guère voir dans les crocodiles des bètes aussi féroces que les loups affamés d'Europe. J'en avais déjà rencontré, jamais en aussi grand nombre certes, mais j'avais toujours remarqué qu'ils fuyaient à notre approche. Je me range donc tout-à-fait à l'avis d'iElien *, qui nous a dit, parlant de^ crocodiles du Nil eux-mêmes, qu'ils étaient d'une nature timide, qu'ils redoutaient le moindre bruit, que la voix humaine les effraie; mais

1 Essai pol., t. 1, p. 345.

2 H is lor., 1. X, cap. 24.

rhon opinion diffère de la sienne , quand il ajoute : « Ils ont peur de ceux qui les attaquent avec résolution; » ce n'est qu'alors, au contraire, que je les ai vus se retourner furieux contre l'as* saillant.

Noas Booi IrowfioM le soriendemain mr le rivage* entee remboodrare in rio Gaato et MaDzaniHe. Ces lieitx retepHtsent Tarae d'une HiToioBUire tristesse, ils ont l'aspect mélaAcolîfue des rivages de la petite fie de Mont-* Siffrat on da Messis à la Guadeloupe; mais plus qu'eux, ib sont animés parla présence d*une multitude d'oiseaux marins qui, tout le long du laur, Tfrftigeirt, pèchent ou digèrent. Le, nous ne retrouvons plus le briHant et la variété des couleurs qui parmt les échassiers, les passereaux et les grimpeurs, mais si les coruas, les frégates, les piyaros bovos ne montrant que du noirâtre et du brun se confondent et s'harmoni-» sent avec les sondwet teintes des rocbers sér

lesquels ils se posent, le plumage varié du pélican, la blancheur de neige des gaviotas et des gayiotitas contrastent agréablement en se détachant sur Tazur de la mer ou dans les airs, sur les nuages orageux de mars. Plus loin le cormoran à Tair gauche, emprunté, perche sur les branches des arbres riverains^ immobile et froid spectateur des incessantes promenades des mouettes criardes et d^^ gentillesse des hirondelles de mer, tandis 4^e posé sur le rocher le plus sauvage, le bec reployé sur la poitrine» Talcatraz,. géant des eaux américaines, digère tranquillement et en nombreuse compagnie, s^n«;{^f^c^|M^AU]ihMH{ui ellia£cMiq«r]^r- «ppfi^it ^'uitJK)l énitità tettt les Moles j*éf kîMi (^ U rléAftîgfiei Aaoa tmU* liatlra«ë afOMrii déS heures ^ôrMi Alcrtviutl «!reo Afsatiœ èf «M-^ jûslé tlQ6 €«r«)eB f attâ b*^6ver à 6e ffktMM \im\eun. A pmt Un» légère! OBitltttlioÉ »M i¥Wif$-t-«Uei^il reiB^Mi leil aHdi$niftt«r cpH aperçoive au loin une proie fueîlev él ^ fètibtv b'^ pis plM profliple àfiMÉd^lebafr^. Eti fm, diDstaâls «iM trtfupë dëpêce tiii eâTdftffe d» mmûèf&àne kîsser qà'iinsipielette ibodOi^e. AU V.étim s me amende de ^hHciqsAte piaistl^es'fift'- \m est pàjé&pM odui qu^détràtflcé^ a^Sf à^

Ift ptMee saMtaire dit pay^, tandis qti'à Caba 5n va jusqu'à rexcoiiirtiuûrer-

.Bips moni^Aoraneë der cëtte^articùlafttë, si impoilanle j^ourtaM, fajoiâtài tiri de ces oiseàtiii; PqperpoMsa un ôrK mais le coup était déjà partie UMWidévaaça pour aHer achètera arfra qui ïi'è-' tait ifMi blessé et reiîterrer ataîit qiré les fôuSfe^' dc^rBgllsé ftissânl-lancées contré nous. ' '; . jMofi^ arrivâmes à Mànzamllo le iilétnë jour (fae teîbatfeatt ée la édte sud. Cbtthnd il ne devait rapartîr pour Santiago qite le lendemain* matin et que j'étais très-fatigué , je mecoùchài de bbnne.Uèvre^ «f»ès avoit* rècdnhnàndë au giilâe de inè réteiller an pciiht dit jbtir. Itlàis la préedutien était inatile. Aux premières lueurs dé l'aube qui pénétrèrent dans ma chambre, riles* yeitt s'ouvriieiit. J'aperçus Pepe Ascension debout, au pied 4e nmo Itt^ tes bras pendants , là' t^te ttdtnée sur la poitrine 9 et iùe re^arctaiit avec tri^esse.

i*- Tu veillais une dernière fois sur nion gM»iDecI> :nK)n vîeuiL Vepe^ lui dis-je avec aniitlé. * Il me répondit par un sotfpir , mati$ san$ chan* gér A'attitade.

— Allons, reprtt-je en me levant, il Faut fermer les mallei»

'^ Vous partez donc Wen^lêddéttierit , âfeî^' gjieiiE?

Jeregardai Peped'un air surpris: dwxgtoisei larmes brillaient dans ses yeux.

— Tu es ému, sion pauyre ami, di^^ P^or dissimuler Témotion qui me gagnait à UMm tcmr.

— Ah! caballero, répondit Pepe, pensez-^TOoa donc qu'on puisse ne pas s attacher à un honuBe aussi bon que vous» quand» pendant tant de jours, on a couché et dormi auprès de loi, cm s'est leyé avec lui; on a bu^^angé, marcbé, fatigué avec lui; quand on, a couru les méuMs dangers, vécu des mêmes émotioifô que cet homme?

— Je te remercie bien , mm bon Pepe • de ce que tu me dis là; mais, dans ton état de guide, ce qui t'est arrivé avec moi, doit t'arriver avec bien des gens.

-^ Ne le croyez pas , senor. Ceux que j'accompagne ne sont d'Qrdinaire que des négociants, presque tous Catalans > qui vcmt d'une ville de Tintérieur à une autre. Je suis toujours avec eux la grande route; ce sont, cwtes, de bien estimables voyageurs, mais ils n aimait guère à cheminer en zigs^zags, ils se soucient peu d^aller voir à cinq ou six lieues au nord ou au sud de la route > si la terre est noire ou rouge, si Ton y plante des cannes» des caflers, du blé ou du maïs. Avec eux', peu de nuits à la belle étoile^ et jamais de lagunes de BayanM.

— Ta as Tair de me garder rancune^

— Non, non; c est seulement paur vous dire que le voyage dans lequel j'ai guidé votre seigneurie, ne ressemble nullement à ceux que j'ai faits jusqu'à présent.... et qu'il n'est pas étonnant que je me sois attaché à vous...

— Elî bien! veux-tu me suivre?

— Moi , quitter Cuba , seigneur ! quitter mes montagnes, mes plaines, ma vie errante!...

— J'ai bien quitté la France.

— Aussi , est-ce la chose qui m'étonne le plus en vous. Que de fois, durant le voyage, je me suis demandé , en vous regardant dormir heureux et tranquille, après une journée de fatigue: quel motif a donc pu déterminer ce jeune homme à quitter un pays que l'on dit si beau , pour venir s'exposer à toutes les misères qui nous ont fait cortège de Trinidad ici?

— Et dans tes instincts, mon bon sauvage, tu n'en as trouvé aucun?

— Il y a deux ans, j'ai guidé un prêtre bien savant, allez! de Trinidad à Villa-Clara. Il m'a dit de bien belles choses sur notre très-sainte

religion et sur la conduite de la vie entre

autres, et c'a m'e^l revenu en pensant à vous, qu'il n'y avait que deux motifs qui faisaient agir les hommes, l'amour avant trente ans, et l'ambition après cet âge.

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