TOMB I
A Texception des courriers, qui font ce voyage régulièrement deux fois par mois et en treize jours, je n'ai pas rencontré un seul enfant da pays qui m'ait dit l'avoir accompli.
Les moyens de transport par mer ne sont guère plus commodes.il règne sur les côtes un vent d'est et des courants réguliers qui permettent bien les voyages de la partie orientale à l'antre extrémité de lUe, mais qui rendent ks retours étemels. Il n'y a guère que deux tm trm ans que le trajet de Cuba à la Havane se fait régulièrement par un bateau à vapeur. Anpara-^ vant on était obligé de 19e servir de bâtiments i voiles, et, en vérité, les Cubamais étaient excusables de rester dans leurs viBes respectives; outre que cette navigation accomplie sur àes côtrers mal organisés, était fort peu sûre, il j avait encore la crainte des pirates, qui se tenaient entre les ilôts des Jardins de la fteine. Là, du moins, on est parvenu à chasser les brigands, et c'est un avantage qpe la terre envie à la mer.
C'est encore à la nature topograpfaique qa^ faut attribuer la différence des occupations et des ressources des habitants. Mais cette cause de yariation ethnographique n'est pas p»râeiilière à Cuba. Onia voit partout produire sea effets habitua, nais avec .pluson wchds à*m^
fOBPité, iiir toslKd&mfls d'un mèmt pay», selon %0\s habitent U phlm on la radiitagne. DaAs 1^ dép^rtemeiU occkitoital le sol est pM^ gênéfeinc, étendu ; on y eottive la canne et le tabac. Le d^artemrat orieiMal^ a» contraire^ est k ^Ftte moiftagneme de YUe, elle somiiiet de ses leof ne» est d'ime grande fécondité. On n'y est élancé» et on les a coorerlft de eaifiers an lieu 4e cames* dent la ealtnre y eût été împessible. Si^Q^ dans Fintériettr, now retrouvons dei» plaines immenses » mais tellement éloignées d€is ports habilités, que c'eèl étéfotie d'y établir àm eitfétales ou des suer eries« Le» ira^ de transport en dissent abswbé les rerenns. Aussi a-^^Km \k^ (àé des troupeaux àsêê eesTastes savanes.
Qu'en le comprenne biett» cepemtaiiA^ je ne fais q«e pos» ici des té^es générales (fui, je te sais; ne manqaeirt pas #eicqptfo»s. Ainsi, parce iKie j'assigne la ci^œe dt la canrte au dépa«-^ tement occidental, celle du cafler à la partie <»>ientale, et les p(rtr«M>s k l'mtérteur, je n'entends pas ^re d'une Bftsmîére dMue qfoe cha^ cun de ces ganres d'expMtatîM soit ^dusive^^ ment affecté à chacwie de ces parties de l'Ile. Ifoiir eu poiur cela il fandfaiiqiie j'hisse oublié» ^ pieu, m'en garde ( les bc^es sucreries de ^ilota-CatidiQa et deTrimda4 ^ le» aidmkabtes cf^ére» de San^^l4«i^ «ft domina («wnesi
Enfin, ce sont encore les disj^ositions territoriales avant tout, et aufôi ces occupations et ces ressources qui différencient les mœurs et les idées dans les diverses localités cubanaises-AFabri de toute influence étrangère, toujours en face d'elles-mêmes, semblables à llsis mystérieuse et voilée de l'antique Egypte, les mœurs et les idées de Tintérieur sont restées invariablement tes mêmes. On pourrait dire que Puerto- Principe est la médaille, vive encore et parfaitement conservée, de la conquête. Ce n'est que dans cette ville centrale qu'on retrouvera les profils intacts des J)remiers habitants de l'Ile- Mais les mœurs et les idées de la Havane et de Santiago se sont modifiées, les premières au contact incessant de tous les pépies deTEurope et de TAmérique, les autres par le seul mélange de Télèment français, transplanté ae milieu d'elles par l'émigration de Saint-Domingue.
Après cette rapide analyse des caractères particuliers à chaque département, on ctMicevra facilement que les formes extérieures se soient maibtenues ici avec la stabilité des causes, et là aient pris une nouvelle face avec leur modification. Ainsi, Tarchitecture des maisons et l'aspect des villes be seront pas les mêmes à l'ouest, au centre, à Torrent. A la Havane, cette
béHe et opolmite capitale qui ecmimerce avec le mdnâe entier, les somptueuses demeures du riche refléteront dans un mélange, dont la magnificence fera excuser le mauvais goût, un peu des architectures de tous les pays; à Cube i, on retrouvera dans tout 4eur pittoresque les formes coloniales, et Puerlo-Principe, isolé au milieu des terres, aura conservé pure de toute fusion l'âpre simplicité des fondateurs de llle.
 l'endroit des rangs et de la naissance on trouve à Santiago et à Puerto-Principe les mêmes divisions sociales qu'à la Havane. La population se partage aussi en noblesse et bourgeoisie. Mais on remarque dans Taristocratiede Cube et de llntérieur, ui^ nuance qui heureusement n'existe pas dans la société havanaise ; je veux parler de cette distinction qu'on fait ici, entre la noblesse espagnole et la noblesse créole. A la Havane qui dît noble dit frère et peu y importe le Heu de la naissance, quand il y a communauté d'idées et d intérêts; on est du pays par c6 seul fait que Ton y a sa fortune ou que Ton y fait sa résidence. Nous indiquerons plus tard, du moins pour Santiago, la source de cette première différence. Il faut ajouter que si cette division des habitants de Cube et de llntérieur, en
i Les Espagnols appellent la. capitale dlu département Oriental : ^— Santiago, — SâBtiago 4e:€ttba, et plus «oufeiit Gubatpm co^rtf
noblQPfltflt tii lioiil«tailî9, Mfait sAitir cmamè à Ifi Hatm» et ptutNètre plut qu'à la Hatmi*, dans Iw r^)l»ticmi iatérioiires et jusque dans les qHartiers qu'ils betHteat, à Cube du moins ; à'wà autrç Qâ^f elles'effaiblit, elle disparait même dan» \f$ ir«latiODS publiques. J'ai fait coQuattre d«ws m a«(re cbapitrerorgauisation des socie^kh dw ott ctroleB dans lesquels on danse et l'on fait delà musiquf à frais communs, NouslestrouYe* rons ^alemwt établies à Santiago et à Puerto- Principe f «fulementici U n'y a qu'une sodedoâ POHF tout le monde» tandis qu'^ la Havane il en e$i^ autant que de nuances sociales. A laFilarmanie» 4e Ck»be e( ^ Puerto-Principet chacHa a le di^t d^ s'inscrire et de se présenter, Suro^ péens et Créolest nobles el bourgeois^ chacun y est adm^ avec sa ciyrte de souscripteur ou son billet d'iiyité souvent adieté à là porte* Ce pi^ange^ s'il a Vinconvéni^ de faire surgir auprès du parfum délicatderiuristocratie, l'odeur u9 peu ph« vulgaire du tasajo et delà manteca» oire^ aussji une sérieuse eompensalion ; tût oi| tard, UBie^ i^u^ioa vrsÂe et désirable le suivra^ et ce» débuts m siaturajent être trop encouragés» car, j^ le rôp^^it j a deapays eà l'égîalité es! une loîfo p(M«» que Fimm esb ^
pQui! émt^iom»9Êfèicàém ifiêfmq»,:iàfmm knm «ik hirhmi— fa m
Un autre motif e^i^pliqoe encore mieux ce mélange des classes en public^ c'est que l'aristocratie de Cube et de Tint^eur n'est ni assez nombreuse, ni assez unie pour s^ amuser toute seule. La fraction espagnole ne se compose que de qutiques familles et les o-éôles plus nombreux sont aussi plus disséminés, tandis que la bourgeoisie une et forte déborde de tous côtés, s'étend, monte» envahit. De plus, cette aristocratie n'a pas, pour se préserver de tout contact plébéien» ces fortunes princières, cette longue habitude de supériorité, ces hôtels splendides et ce fastuaux train de maison que la Havane étale en velm.
Mais ce qu'on ne saurait trop louer dans la société de Cube exclusivement, c'est l'absence de toute division à l'endroit des questions politiques et sociales. Dans ses rangs, on ne trouve pas côte à côte rabditioniste et le conservateur, ceux qui rêvent l'indépendance de l'Ile et ceux qui veulent le maintien de l'état actuel. Toutes ceg opinions brûlantes ne se discutent point au grand jour. Est-ce l'enseignement apporté par les émigrés de Saint-Domingue qui a IructiQé où bien est-ce une conséquence naturelle d'un caractère plus apathique; toujours est-il qu'on ne discute pas ici comme à la Havane, au mUieu d'ennemis qui attendent Peut-'ôtre môme serait-
il désirable de voir les habitants de Santiago s'occuper davantage, mais avec la même pmdence , d'intérêts généraux qui les touchent de si près. Certes il est chrétien de fermer les yeux et de s'en rapporter à la bonté de Dieu, mais le divin maître lui-même n'a-t-il pas dit : aide-toi, Dieu t'aidera?
Une fois pourtant les Créoles de Cube ont voulu se mêler de politique, et c'est à cet essai malheureux qu'il faut attribuer la division qui sépare, dans cette ville, les Créoles des Espagnols. C'était sous le gouvernement énergique du général Tacon. Le mouvement insurrectionnel de 1836 venait de s'accomplir en' Espagne. Le général Lorenzo qui était préposé au gouvernement de la province orientale, voulut imiter ce qui avait été fait dans la Métropole et, levant l'étendard de la révolte, il proclama la constitution à Cube, Les Créoles, qui virent peut-être dans le mouvement un moyen indirect d'arriver à l'indépendance de leur pays, le secondèrent avec ardeur. La population s'organisa en milices , la garnison prit les armes et se divisa ; enfin, tout semblait présager une prochaine collision, lorsqu'un tambour, crevé par un sergent en goguette, fit misérablement avorter cette patriotique insurrection qui devint une ridicule échauffourée. Néanmoins, les militaires
et les Créoles qui avaient pris parti pour|la constitution furent condamnés, les premiers aux galères, les autres à mort ou à l'exil; tandis que leur chef à tous, le général Lorenzo, de retour en Espagne où il trouva la constitution triomphante, fut comblé de faveurs, et atteignît à la haute position de capitaine-général de l' Aragon.
Il nous reste à parler de la société française qui joue un si grand rôle dans le département oriental en général, et à Santiago en particulier.
Les dernières années du xviiie siècle venaient de voir s'accomplir dans une tle de la mer des Antilles un crime de lèse-humanité : une belle civilisation avait été égorgée, ses monuments renversés sur le sol ou dévorés par l'incendie. Les débris de la population française de Saint- Domingue s'étaient retirés devant les Africains, à qui un pouvoir fatal et moqueur livrait une des plus belles terres du globe, comme pour prouver au monde que Dieu a établi plusieurs degrés dans l'échelle humaine, et que le noir en occupera toujours le dernier et le plus infime, puisqu'en ses mains Topulent Saint-Domingue est devenu le misérable Haïti. Cependant, comme ces Grecs qu'un féroce et stupide ennemi chassait de Constantinople, et dont un grand écrivain nous a retracé, dans la personne
de Lasctris» les malheurs et la gloiie, ka nobles victimes de la fureur africaine s'étaient embarquées, laissant derrière elles leur fortose s'écrouler dans les flammes et le ssoig. Ces hommes, frappés au cœur^ [rieurant preique tous des amis, des parents^ trop souvent, hélas» leur famille massacrée tout entière, abattus mais non désespérés, abordèrent à Sautiafo. Pauvres, mais pleins d'expérience, ils ne demandaient que des terres sauvages à tran^ormer en riches cultures. Leurs bourreaux > qui leur avaient volé leur or, n'avaient pu leur dé* rober leur science : le génie civilisateur mar* diait avec eux.
On peut dire qu'ils peuplèrent et créèrent Santiago ; car, à cette époque, on ne cultivadt que les plaines qui avoisinaient cette ville. Us s'élancèrent, la hache et la torche à la main, au sommet des montagnes, et là, coupant, brûlant, défrichant, plantant, ils convertirent les forêts vierges en d'admirables caféyères, au grand étonnement des Espagnols qui osaient s*y aven* turer tout au plus pour chasser. Bien souvent op me Fa dit : c'était plaisir de voir ces courageux proscrits, sans ressources et sans pain, lutter corps à corps avec ces arbres centenaires, et de leurs propres mains se construire des demeures sur cette terre hospitalière. Les en-
-infants du pays imitèrent bientôt ce noble exemptef et les environs de Cube changèrent dès lors dtfaoe^
Il 1^ faut donc pas s'étonner de rencontrer à Santiago et dans les habitants de la campagne, cette nature à la fois simple et grande , énergi<|ue et lojale, pleine de spontanéité et de dévoueoftent qui distingue à un ai»si haut degré le créole des colonies françaises. Un pareil cariKitàre et de si nobles vertus, touchèrent les Espagnols; ^ on les vit, eux si défiants et si fiers f eux qui instinctivement d^estent et mé-^ prisent tcHit oe qui ert étranger » ouvrir , d'un conmiuii a«Gord , leurs maisons et leurs cœurs à tews nouveaux bétes* Des alliances se contractèrent et c'est ainsi que mêlant ensemble les denx plus nobles sangs du monde , ils ont créé cette génération hospitaUère et généreuse qui vénère deux drapeaux , chérit deux patries et confond dans ses prières, deux noms pour elle insé^wables , France et Espagne.
Mais parmi tous ces hommes venus de la rive opposée il en est un dcmt le souvemr est resté dans tous les cœurs , parce que sa vie a été un long et magnifique commentaire d'une pensée pleine de charité, et que mieux que Bernardin de Saint Pii^rre , il anrait pu prendre pour d«« lise:
Haud i^ara mali miseiis succuirere disco.
Comme ses compagnons de ruine, il n'avait sauvé aucun débris du sanglant naufrage, mais le premier il était monté sur les mornes , et avait montré le chemin de la fortune à toiK ceux qui, comme lui, avaient une ancienne opulence à regretter et deux bras pour la refaire. Le premier aussi il devint riche et dès lors sa vie entière fut une longue suite de belles actfôns; ce n'était pas de Tor qu'il donnait à ceux qn s'adressaient à lui ; non , il nliunriliait personne en faisant l'aumône , mais à tous il disait :
« Frères, voilà des bras et des terres ; prenez, car pour nourrir les uns et cultiver les autres, vous aurez chez moi un crédit Ulimité. Preoez , car vous travaillerez, et quand vous aurez prospéré , nous réglerons nos comptes. »
C'est avec ces paroles et ces secours que les beaux et riches partidos de Limones etde la Amislad ont été créés. Aussi, s'il est à Cube un nom respecté et vénéré, c'est celui de Prudent Casamayor.
Cependant sous les efforts combinés de ses nouveaux habitants, Santiago de Cuba avait grandi dans des proportions extraordinaires. Déjà son commerce centuplé occupait un nombre considérable de navires et le café, qu'auparavant il cultivait à peine pour sa consommation ,
entrait pour plus des trois quarts dans son mouvement d'exportation. Déjà, faut -il le dire, l'étoile de la Havane pâlissait et dans Cube l'Europe voyait la véritable capitale de THe. Où se serait arrêtée cette prospérité agricole et commerciale qui croissait sans cesse ? personne ne le pouvait prévoir, lorsqu'un décret royal vint brusquement entraver les progrès et briser l'avenir de cette malheureuse ville. C'était en 1808, l'Espagne venait d'être en- Tahie par les armées impériales. Des envieux profitèrent de la circonstance, pour persuader au capitaine-général d'alors, que l'empereur avait des intelligences secrètes avec les Français de nie. Leur projet, disait-on, était un soulèvement qui devait arracher Cuba à la couronne d'Espagne pour la faire passer au pouvoir de la France. Aussitôt le gouverneur enjoignit à tous les français qui se trouvaient à Cuba , de quitter le territoire espagnol dans un délai fatal qu'il leur assignait. Quoique plus nombreux et plus forts, tous obéirent, préférant un nouvel exil au crime de prendre les armes contre la terre qui avait abrité leur infortune. Le seul qui échappa à la mesure fut Puideqt Casamayor , dont la personne fut réclamée et garantie par les Espagnols eux-mêmes.
Ainsi , h la faute politique de Napoléon, TEs^
IMgne transatlantique répondait par une I pli» impditiqne encwe : F^np^eor en aofnhissant la Péninsnle» s'était pri^é d'un dié; Cttka , en chassant ses noureaux liètes , we primait de la partie la plus industrieuse de smi pOH pulation» frappait Santiago a|i emm, et le jetait dans ecA état de malaise et de ftoe^ oà 9 m déliât et agonise depuis une trentaine d*awién.
Mais reposcms notre esprit swr des nmigea pk» douées et plus oonsN^mtes, parlons de la ] la plua intéressante de cette soci^é, dof4 1 aviffli e»a]Fé de tracer quelque trahis*
Tout le inonde sait la r<^^4Atati(m die beauté do«t les^ fmmies^ de ^n^it^ mit jei^ dei (oit l9Qtpi : ie ta savais austt» et mon prepiier m arrivant ^ Cuba fut de inrier unedes^ no» «Ptw«Uas. l'^Tais é|^ reean^Biasdé^ €|^ im pfésiodâf an f^m Mft dans quelfies wmmm de ko ¥ifie« Je m'adressaî pour cela à don ^oaç de Sagras cpxi; est à Cube ee que te comte é^ Beiaj^ei! est à la Qay^ne, le roi de la fia» te w^e soir » il vint me prendre ^ i^nte et mît toute sorte de copifilaisanee k f^ pondro à mm désir. Dan» cette preniièfe Tiâl^ jo^m pluëeum des plus belle» pm^sc^wes^de It "lille , màs^f fiôurs éparpillées alors^^ j^ de^iMi les retrcmi^, ^q|}dqiies jour^de là« if^mîof «mma Mt isr Wisiiw*' CéMîl fô pfrdiffpas.
il y avait bal à la Filarmonica. M. de Mitanda, président de cette société , était venn le matin me porter «ne invitation et cette délicate attention jointe au désir que j'avais de voir toute Cube en un soir, me fit oublier la fatigue que m'avait laissée une récente excursion au village del CelHPe.
Ce fcal déroula toute la nuit , à mes regards cbarmés , comme un merveilleux poème , dont la danse et la valse étaient Faction , dont la grâce était le rhythme, l'idiome et la poésie « dont la femme était le poète. Aussi , loin de moi, riiapsode impuissant , la pensée de le peindre , vains jeux de style où la parole ne saurait rendre ce que les yeux admirent, ce que le cœur adore, ce dont l'âme garde un long et doux souvenir.
Mais ce qui est un devoir pour moi, ou, pour être plus vrai , un plaisir auquel je ne puis résister, c'est de faire connaître, autant qu'il sera en mon pouvoir , la femme de Cube et celle de rintérieur.
La taille de la Havanaise est moyenne, mais sveHe, charmante, distinguée: sa beauté présente un type généralement uniforme. Je crois ravoir caractérisée avec vérité lorsqu'on me résumant, je l'ai nommée la Galatée du solefl. La Havane , s'il m*est permis if emjjHoyer e^te image, Ta formée, comme le gésiie
crée un chant épique , œorre omqoe mais parfaite , où , dorant sa Tîe entière , le poète mse avec une patiente profosion tontes les beautés qne l'œil de la diair et celui de rimaginatk» lui montrent dans la nature extérieure^ dans l'âme humaine et jusque dans 1 essence divine.
Cube, aussi prodigue, aéléplusYariée. Dorant une seule nuit, dans Tespace rétréci àe quelques salons , aux feux de mille bougies, dans une atmosphère où nageaient des miasmes eniTrants» j'ai YU passer devant mot tous les types les phs beaux, les plus vantés, les plus aimés du poète, du peintre , du sculpteur , de Tamant. C'était Todalisque d Ingres ou celle de Pradier, élancée , flexible, onduleuse, comme le palmier des rives de TYarayo. S*il eût voulu perdre Thoimne» avant de faire succomber la femme • Fantique génie de la séduction, le serpent tentateur luimême n eût pas revêtu une autre fonne. Puis c'était la fille de Hurillo , j[K)sant devant son père comme une révélation vivante de Marie eile-même, c était la Sulamite du Cantique des Cantiques qui semblait dire : « Je suis brune^ mais je suis belle ; » c'était la blonde et rêveuse SJargucrite, Clle bien aimée de Goethe, peinte avec tant d'amour par Scheffer; c'était Blanca, qu'Aben-Hamet appelait la favorite des Génies et la sultane des fleurs. Variété inouiç parmi les
femmes nées sur une même teri^e ! A côté des Dianes de Rubens, je voyais aiste étonnement les rêves les plus gracieux d'Anacréon dessinés par Girodet; à c6té des grandes déesses d'Homère ^ les plus ravissants caprices de Byron» les plus riantes figures des Nouvelles de Cervantes, ou des toiles de Greuze.
L'admiration brave la fatigue quand on voit se succéder comme dans un miroir magique la Parisienne à la grâce indescriptible, l'aristocratique Anglaise, la Romaine aux épaules tant chantées, la Flamande au teint de lait, à Tœil d'azur, la Juive au profil adorable v Cube me sembla alors avoir porté une sorte de défi au reste de la terre de produire un type de beauté qu'elle ne possédât pas.
Les femmes de la Havane et de Santiago dif* fèrent encore par la mise. Si les premières s'habillent avec une sorte de luxe et de pompe , celles-ci apportent dans leur toilette Tart infini de la Parisienne. C'est en effet de Paris qu'elles reçoivent toutes leurs modes , mais ce sont leurs blanches et adroites mains qui les exécutent avec leur goût et leur tact créoles : aussi l'ou-r vrière est-elle à peu près inconnue à Cube. A la Havane , au contraire , c'est une modiste qui prend mesure, taille, coud et dispose. De là, une nuance imperceptible à Toeil inattentif , un je
m sais quoi d'insaisissable qui diffèreiiëiè là grâce exquise de ces deux rivales , et semblerait faire pencher labalaneedu côté de laCubàtiàisè.^ Mais pourquoi emploie-t-ellê ia c(à$c&rilléf La Havanaise a compris, elle, que ldf*sqii(S tfi femme avait reçu du ciel lé teint êhâiiâ ef tè^ louté de la créole, toute rechétcbe <iui teâdàtt à le modifier était un crime.
On le voit, elles méritent bietii Cëft illeâ ii Santiago, la réputation de beauté que léiiir ont faite les voyageurs.
Quant à la femme dé Paërto^Prmcipe, p)aoé«i
ainsi qu'elle Test, loin de téut âmtàct étrmaf àfi
elle présente le type espagnol légèremeot iao-s
difié et peut-être embelli par le ^iel du tropi^
que. C'est la Cubanaise moins la variété^ é*6st Im
Havanaise plus la grandeur de la taillé; mais
comme chez ses deux soeurs de rortent et dé
Toccident, Tart n'a point touché aux dons diar'^
mants que lui fit la nature. Elle mmUe la dèt^
Bière rose my$tiqae embatiinant encore mte
patrie vierge oà rbotnmen'ft poim j^èafétré^ Si
vue rappeUe les premiers toars dé la AélkMè
comparaison dé GatuUe : « GctoMe la ieuf SO^
crête née en um jardîii abrita » et qu'igUMfè 16
troupeau t qiie la chamie ii'a jamais blesséêy
que la brise caresse, que le soleâ fortiié, 4|fft
nourrit Teaa du cieL . . • »
' YiilÉs (}tté àûm l« pktm Hm flilei ée m lititftM et de ddbé, Hil adttitt« des notes
la voix de la Nina de rifitéHeur; dont Taine vit repliée sur elle-même, ne reproduit à Toreille ravîè , que lés châriis jjiilrè et tf^iélancoliques de la solitude^ Si, par une révélation soudaine , on montrait le monde à cette enfant inj^tie, on Verrait, ft ce ipedadë ^ natlre dans son teil , lé regard (|de Gérard a dotibé à sa PâfChé. t^uerto-Prindpë est eOMnie tinè ôasli de beauté, jetée àa ttiitleu d'ùta ê^vi do tërdiire et de fletirs» et 4ûl attend et^core tott j^te. Dott JUan, ee ftiif <4^rant de i'iipoar, s'il 7^oiPtmisesims,è'tiBlé#àtfedtM6t^e â lêmiam: Telles sbnt \té ttU)dibë)atltmâ i}i)è f bi ramâiiquées dans les femmes de Tlle de Cuba. Mais leur ame et leur corps ont des qualités et des beautés communes qu'on retrouve dans chacun de leurs types]diyers. A la Havane comme àPuerto-Principe et à Santiago , c'est une grâce également attrayante; c'est un pied toujours singulièrement petit; un œil, le plus souvent noir, quelquefois bleu, mais dont les longs cils voilent avec peine la passion contenue de leur ame ardente et chaste; une chevelure aux ondes noires ou blondes , mais toujours richement moirée , toujours merveilleusement abondante, et dont
ettes (tenyent se couvrir comme l'alcyon s'enyeloppe de ses atles^ ou qui, les fait semblables à Madeleine dont Baltbazar de Burie disait dans sa beUe langue provençale : ,
Aultre abit non tm que la non cabeUura,
Que commo un mantel d*or, Unt eram beb et Uondf »
La conbria de la testa fin al bas def talions.
Enfla 9 c'est cette rare naïveté » cette inépuH sable richesse de sentiments, cette ame créole^ qui font de la femme des Antilles une ille sou* mise et attentive, une épouse pleine d*amour et d'abnégation, une mère sublime : ensemble le plus sympatique, le plus séducteur , qui puisse porter une émotion duraUe dans le cœur de rhommOi» ou faire une rdigioa au poète.