‹ L'île de CubaChapitre 8 sur 54 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

d'une latitude tôrride à la grace de la zone tempérée. Mais pourquoi demande-t-on à ees campagnes fertiles, mais fatiguée, qui s'étendent à notre droite, plus que leurs généreux efforts peuvent donner? Eh I ne sont-elles pas aux portes d'une grande métropole ? Eki faisant la part des climats et de la différence des natures, les environs de la Havane rappellent ceux de Paris, où la terre s'épuise à fournir à des besoins incessants.

Et maintenant, montons sur la partie des montagnes qui commencent un peu à T^uest du méridien de la Havane, et vont finir vers celui de Cardenas. Voici les tetasde Managua, au nord desquelles vous voyez la Havane. Celle qui est sous nos pieds est la teta occidentale, celle qui est devant nous est Torientale. Les marins qui abordent à la Havane les reconnaissent avec soin. Au sud ouest, s'élèvent les lomas de Camoa, entre lesquelles passe le chemin de San José de las Lajas ; voici la escalera de Jaruco (l'escalier de Jaruco) , non loin du moui!'lage du même nom, que nous connaissons déjà ; son flanc vertical se distingue à une grande distance. Devant nous , entre Jaruco et Puerto- Escondido , vous remarquez les arcos de Ganasi, semblables à de petits segments de cercle, scloa H. de Humboldt, qui les a mesurés à la Toile^

et teor a dboRé une hauteur de cent quifize toises. Toujours devant nous, dans la diredkm de iest se monfa'e le pan de Matanzas, de cent quatre-^ingt-dfai^sept toises de hauteur, au* dessus du niveau de la mer» suivant Tillustre sa?aat tpuè nous yraras de citer, et de quatre c»t scHxante varas, au rapport de M. Felipe Poejr. Tout auprès, s'étend la belle vallée de Yumuri. Entre les deux baies de Matanzas et de Cardenas, void les tétas de Camarioca à quelques lieMS «dnest dœquelles finit la succes^on des collines de ce second groupe. Voyez de leur sommets Tétreite et tongue presqulle de Jcacos se courber ea deini-*cerde sur la baie de Car«denas, comoM le serpent sacré d'Esculape pk)»< feant sa tète dans un vase de TauteK

Avant de visiter les expansions montueuses qui, [partait des mamelons situés au sud de la Havane^ se dirigent vers le sud-est, pour former les cottives de Guides, jetoas un r^ard sur les rivières qai naissent de cette partie de la cor^dili^e septentrionate, et se perdent dans la mer du nord.

Nous avow vu q^e le poétique Âlmendarès» avait son embouchure à l'ouest de la capitale : il prendsa source au sud-est de la n<^e Ciudad dans une des lomas de Camoa.

Tiennent après, k Fest ;

Le LttyanO) très-coorte rivière qui feomiâsait de Teau aax premiers haUtants de la Hayane ; die se jette dans le port eo arrosant la terre qui s^are le bassin de €taasabacoa de cdni d'Âtarès ;

Le Cajimar et le Bacuranao» fort courtes;

Le Guanabo;

Le Jaruco , qui a à son embouchure un mouillage important et fréquenté;

La SaBta-Cruz, petite rivière ;

Le Canasi, dans les arcôs de ce nom ;

Le Escondido, le Bacunayagua ;

Le Yumurî, qui arrose la belle vallée que nous «voDs vue du haut du Pan de Matanzas , et se jette dans la baie de ce nom, à Touest delà ville. Les gabarres peuvent la remonter jusqu'à une demi-lieue;

Le San Juan, navigable comme le précédent^ et qui entre dans la baie à Test de Matanzas ;

Le Canimar, que les bateaux à vapeur remontent respace de deux lieues, jusqu'à el Em-bar coderai elle se r^id dans la même baie;

La Gamarioca;

La Siguagua> petite rivière qui ^tre dans la baie de Cardenas.

Pluçons-nous maintenant sur l'une des collines qui bordent la plaine de Guines au nord, sur la loma de Candela, par exemple, dont le sommet

présente une demi -lieue de développement. Elle est peu élevée , mais sa hauteur sufQt pour que le regard puisse jouir d'un de ces spectades qui ne tirent pas leur grandeur d'une sauvage majesté, mais de ce que la nature et le tra*vail de Thomme présentent do plus riche , de plus riant, de plus beau. La vue embrasse une vaste plaine de verdure où partout le palmier balance sa tête royale au-dessus des cultures qui succèdent à d'autres cultures. La rivière de Guines qui s'épanche d'une lagune des collines de la Gatalina, comme d'une urne abondante et limpide, et reçoit sur ses rives les ruisseaux qu'alimentent les lagunes de BayiH>a situées entre les lomas de Madruga et de Jaruco, descend vers la ville de Guines, arrose et fertilise cette terre heureuse par une foule de canaux que l'industrie lui emprunte, et va tomber dans la baie de la Broa, auprès de la pointe de Mayabeque. De nombreux moulins, bâtis sur les bords de l'eau, y plongent leurs roues comme des travailleurs fatigués qui y cherchent la fraîcheur et la force. Levez les yeux, voyez à six lieues devant nous, la mer qui termine avec ses lointains azurés cette merveilleuse œuvre de Dieu et de l'homme! Génie des paysages delf vieille Europe, qui planez sur les collines de Tibur ou de^l'Hymèle, dites» que manqiie-t«-il ici

pour que ces lieux sdent plus beaux que ceux où est Rome» où revit Athènes? serait-ce le souvenir qui conserve et qui orne le nom des peuples morts , comme le lierre soutient une ruine et Tembellit à la fois? Mais, la nuit, quand cette mer clapote au loin et fait scintiller ses lueurs pfaosphorescenteSt Tœil de la méditation croit y suivre encore le âllage du vaisseau de Colomb qui compléta le monde , et ouvrit à ta civilisation un champ si vaste » qu'après trois siècles et derni^ elle ne l'a pas encore défriché tout entier! Lieux où vainquit Alexandre, qu'Homère chanta , où Newtim et Cuvier méditèrent, où mourut Napoléon» vous n'êtes pas plus poétiques et plus grands que celui ^ où Cohomb souffrit, où ramerlume de ses pensées lui arriH chaudes larases peut-être... ' U n'est qu'Un site , unique sur la terre , qui soit plus suhHnie que celui-ci et que vous tous , mais le Qolgotta supporta la croix où expira le Christ !

Du méridien de Cardenas à celui de Casîlda vers le milieu de l'espace qui s^are les detix mers , nous ne voyons aucune montagne, si ee n'est la petite sierra Morena, qui est au notd entré Sagua-la-ôrande et ht rivièfe qui porte

1 Le cap Gord», nommé primidiFemeat capSérafin, ^r Colomb. S Ji4il#K# 4$ im ngnm coM^ùoê, Un. etfu QXXxm } tMù far

M. Ramon de la Sagra.

Sun nom, et, au sud les dernières croupes du losange irrégulier, qui vient mourir près de la baie de Jagua. La plaine où nous sommes maintenant a donc plus de 700 lieues carrées ; elle est doucement ondulée , se penche insensiblement vers les côtes méridionales , où elle n'est élevée que bien peu au-dessus de la surface de la mer. A Touest de la baie de Cocbinos, jusqu^à celle de Broa, elle perd tellement de son inclinaison, que les rivières qui ne peuvent arriver à Tocéan , se répandent dans les terres qu'elles transforment ainsi en immenses marécages. Voyez ces terrains inondés, placés sous les rayons verticaux du soleil, où Texcès même des causes premières de la fécondité ne produit que la vie du chaos, avant la séparation des éléments, ou leur mélange harmonisé. Telle est la vaste cienaga deZ ipata, qui commence aux lagunes de Guanamon au sud de la plaine de Guines et s étend jusqu'à celle del Tesoro, au nord de la baie de Gochinos. C'est dans cette dernière lagune que se perd , après a^oir reçu la ravine de Mayabon , sur sa rive droite, la rivière de Hanabana > qui nait à cinq lieues au sud de la source du rio de la Sierra Morena. La rivière de Hatiguanico traverse péniblement de Test à Touest la cienaga et porte dans la baie de la Broa, une partie des eaux marécageuses qui la nourrissent.

Ânsnd-€st des sources du Hanabanasont ceHes de la Dumiji ,. qni se jette dans la baie de Jagua; elle est navigable josqa'à sixiienesan-dessnsde scm emboncbnre ; El Salado ne Test qn'à trois lieaes, et il tombe dans la même baie.

Au nord de la plaine où nons nous trouvons , et de l'oiie^ à Test, coulent :

La Palma, dont rembouchure est sous le mé* ridien dn caio Oroz del Padre ;

Les nos delasCroces, et de la Sierra Mor^ia.

Les antres riyières qui baignent l'extrémité

ori^itale de cette plaine, prenant naissance dans

les UHmtagnes qui la bordent à Test, nous n'en

parlerons qu'après avoir risité ces dernières.

Dans l'espace compris entre les lieux où Ton a élevé les villes de Cienfuegos, Trinîdad, Santo- Espiritu et ViUa-Clara , vous voyez se grouper des sierras dont les principales sont :

A l'ouest de Trinidad,Pico-Blancoet Cabeza del Muerto que 1^ marins nomment San Juan, et qui forme des aiguilles ou comes de plus de 300 toises de hauteur, et dont les escarpemaits sont assez réguliërement diriges vers le sud ^ ; le Cerro de Vigias, qui touche à la ville;

Au nord : Pico delPotrerillo auquel M. A. Balbi donne 1400faHsesd*âévation; sierras de SanJuan-

de Letran, de Guaniquical, les trancas de Gal- Vez, sierra del Yaguanal et d'autres encore ;

Vers les limites de Trinidad et de Santo-Espiritu, Yoici les lomas de la Rosa, de Banao, Pan de Azucar, Pico-Tuerto et là sierra de la Gloria;

Plus à l'ouest, la sierra del Escambray, d'où coulent^ vers le nord , deux grandes rivières : la Sagua-la-Grande, qui se jette en face du canal de Maravillas, a un bon mouillage et est encore navigable à 5 lieues de la côte ; et la Sagua la Chica , dont l'embouchure , qui forme aussi un bon mouillage, est à une dizaine de lieues à Test de celle de Sagua-la-Grande ;

Vers le sud : Le Caonao qui se jette dans la baie de Jagua ; et le Arimao qui vient se perdre à l'est de la même baie.

Viennent ensuite, deroueslà l'est, le San Juan qui naît delà Cabeza del Muerlo ; îe Uio-Hondo, qui, court et rapide, présente pourtant un lit navigable pendant une demi-lieue ; la Guanayara; le Guaurabo ou Tayaba, coulant de la sierra de San Juan de Letran, navigable; TAgabama, nommé Manati à son origine , rivière belle et navigable, qui vient de la sierra del Escambray, reçoit sur sa rive droite TAy (qui coule sous le nom de rio de Los Negros dans les trancas de Galvez), baigne lès vallées de la siprra dçl Yaguanal, présente de nombreuse? cascades, et

vient enfin se terminer, au sud-est de Tanse de Jobabo.

Si nous nous dirigeons vers le puerto Caibarien, nous verrons commencer, avant d'y arriver, sous le nom de sierra de Bamburanao, la sierra de Jatibonico, qui se dirige ausud-est à quatre ou cinq lieues de la côte septentrionale. Cette chaîne présente son point culminant vers le méridien du Jatibonico del norte. La ramification qui court à louest , se nomme Sierra de Matahambre , et présente un sommet qui n'a pas moins de 600 varas de hauteur.

Remarquez, au sud de ce dernier, cettelagune versant de son sein deux fleuves qui^ semblables à deux jumeaux qu'entraînent des penchants contraires, prennent un cours opposé et vont se perdre dans deux mers différentes. Le Jatibonico del norte, dans sa course» traverse le Matahambre sous une caverne^ et après s'être avancé ainsi dans son lit souterrain^ en sort, et s'élance en une cascade , de peu de hauteur , mais dont les mugissements fatiguent les échos de la montagne.

Le Jatibonico del sud 9 plus grand que son frère, mais moins impétueux, roule entre qudque collines, et va se jeter ^ au sud, en face du caio grande du laberinto de las doce léguas.

C'est à commencer du Jatibonico du nord que la côte devient marécageuse, et elle reste telle

jusqu'au port de Jibara, sur une étendue de 45 lieues de longueur.

Voici le rio de les Perros» qui, lui aussi, né des pentes méridionales du Matahambre> contourne son extrémité orientale, et va se perdre en face de la pointe ouest de Tile de Turiguano. II porte à son origine le nom de Chambas.

La Sasa, née du même groupe, mais vers l'ouest, roule vers le sud des eaux abondantes et belles, et forme un bon mouillage, en face du Caio Sasa.

La chaîne du nord s'abaisse jusques au méridien de la baie de Jigûey, où se voit la sierra de Gubitas, à cinq lieues de la côte» et du sommet de laquelle vous découvrez, au nord-est, la presqu'île de Sabinal. Ses points les plus élevés sont les cerrosde Limoneset deTuebaquey.Les lomas de Gamajan sont à l'est des monts Cubitas. Regardez, au nord-ouest du point où nous sommes, et vous verrez les sommets du Judas solitaire, à six lieues sud du canal de la Yana.

Au sud de Nuevitas s'élèvent les lomas de Rompe ou de Carcamisas.

Les rivières qui coulent au nord sont :

La Yana , qui , nommée Pablos à sa source, passe à l'ouest du mont Judas, et se jette dabs le canal auquel elle donne son nom^ ytars la potfitte orteiitale de Ifle de TwrigmiBO ;

Le Caonao ; le Jiguey , qui court de Test à l'ouest, au pied du versant méridional du Cubitas, fait un coude à son extrémité ouest ^ et marche vers le nord ;

La Guanaja, qui forme un port au sud-est de punta Brava ;

Le Maximo, qui prend naissance au sud de la source du Jiguey , coule à l'est du Cubitas , et entre dans la baie de Sabinal. Ce fut là , selon M. Poey, le premier point visité par Colomb, en 1492. Le lecteur a déjà vu que nous avions adopté l'opinion de M. Navarette à ce sujet.

Le Saramaguacan, grande rivière navigable, qui se rend dans la baie de Nuevilas.

Sur la côte sud nous voyons :

Le rio del Caney et rAltamira qui entrent dans le port de Santa-Maria;

La Santa-Clara , qui porte , à sa source , le nom de San Pedro, et forme un mouillage au nord-ouest de la pointe de Macuriges;

LeSan-Juan ou Najasa, et la Sevilla, qui ont également des rades à leur embouchure.

Franchissons, maintenant, le rio de Us Cabreras, qui coule vers le nord, dans le port de ' Nuevas Grandes , et le Jababo , qui court vers le sud , et entrons dans ce vaste triangle ^ui forme la partie orientale de Cuba-

Ici , presque partout, de vraies montagnes, de

belles mières ^n% nombreux affluents, de hautes cascades.

Voyez le cerro de Dumanuecos , près du port de Manati, où vient se jeter l'Yarigua ; puis le Jibara , qui coule vers le puerto du même nom; puis le P^m de Samâ ou loma de la Mula, près du cap Lueretta , et servant de point de reconnaissance aux marins ; puis, courant de l^ouest à l'est, et recevant sur sa rive gauche le Bijarru, le Baguano sur la droite, le Tacajo entre dans la baie de Nipe. Mais voici une cordilière qui commence au sud de ce beau port • et s'avance jusqu'au cap Maysi. Son caractère est plus âpre et plus sauvage vers la côte nord. Suivez ses groupes les pus importants : la sierra de Nipe, au sud de la baie, entre les rios de Nipe et de Mayari , qui s'y jettent ; la sierra del Cristal à l'ouest du Mayari. Cette montagne donne naissance à la petite rivière de Beita, qui entre dans le port de Tanamo, et est bornée, à l'est, par la Sagua orientale, quelesgabarres peuvent remonter assez haut , et dont l'embouchure est entre Tanamo et CeboUas. A Test de celte rivière, les cuchillas de Santa-Catalina, et plus à Test encore , celles de Toa et la sierra de Moa , se dirigeant vers la pointe de Guarina. Le rio de Moa naît dans les cuchillas de Toa, tombe de cascade en cascade; disparaît sous la sierra de son nom,

-.reforme , en sortant , une cascade de cent raèfreê de hauteur , et se jette en face du caio de Moa ; la Toa vient des falaises du même nona , court à Test, et entre dans la mer, près de Baracoa*

Vers la côte Sud nous trouvons , au nord-est de Guatanamo, les lamas deQuemado-Grande et la Sierra de Vêla ; Sabanalamar naît au nord de cette dernière chaîne et la limite à Test. Le Rio- Yateras coule à l'ouest du Quemado-Grande. La baie de Guatamano reçoit la rivière de ce nom, enrichie du Tiguabos, nommé Jaibo à sa source. Bacanao , Aguadores , défendue par une batterie , se jettent sur la même rive.

Mais voici la plus haute chaîne de Ttie, ta Sierra-Maestra, qui s'étend du cap Cruz au-delà du méridien de la baie de Cuba ; les points les plus élevés sont : El Ojo del Toro ( VŒkX de Taureau), [haut de 1200 mètres, et le Pico de Tarquino, le point culminant de la Sierra-del- Cobre, de 3200 mètres *.

Le Yarayo, qui se jette dans la baie de Cuba, ainsi que le Caimanes, qui porte à la ville l'abondant tribut de ses eaux, naissent de ces monts. Le Tarquino, torrent très-court plutôt

1 La hauteur que je donne ici au pic de Tarquin pourra paraître esagérée; mais je ferai remarquer que M. de Humboldt dit que Téléva— tionde ce sommet excéderait 1600 toises, s'il était vrai qu'on Taperçût da rivage de la Jamaïque. Or, je puis affirmer que je Tai vu très dietinc* lement du pont d'un steamer, sur les côtes de celte Ile.

qtie rivière, descend du flanc méridional du pîc de ce nom.

La Bicana» la Yara, la Jicotea, le Buey , se perdent dans la rade de Manzanillo.

Le rio Gauto» la plus considérable des rivières de nie , a un cours de 50 lieues et est navigable pendant 20 lieues; mais son embouchure obstruée ne livre point passage avec la marée basse. Elle natt dans la Sierra del Cobre, coule d'abord du sud-ouest au nord-est, fait un coude dans le méridien de Cuba, tourne vers l'ouest, et continue dans cette direction sa course jusqu'à la mer. Elle reçoit sur sa rive gauche le Contraroaestre, le Gautillo et le Bayamo ; sur la droite, le Yarayabo, le Salado, qui lui-même est grossi par plusieurs afiBuents.

Mais voyez-vous, sur ces sommets qui dominent au nord-est la baie et la ville de Santiago de Cuba, ce point noir qui surmonte de sa masse oblongue tous les autres pics d'alentour? C'est une pierre d'une colossale dimension, que les habitants du pays ont nommée TArche de Noé pétrifiée, et qui présente une vaste plate-forme. Montons-y, et, des hauteurs de cet autre Ararat, laissons errer autour de nous nos regards étonnés. Ici la nature a changé manifestement d'aspect; moins gracieuse, à quelques sites près, que dans la partie plus septentrionale de THe,

elle est d'une beauté plus austère ; ici le pay-^ sage est semé d'accidents plus heurtés^ de transitions plus brusques. Il a des lignes trop grandes, des lointains trop puissants, des horizons trop larges pour que le génie de Tbomme puisse y ajouter» comme dans les plaines de los Guines et de San-Marcos. Tout monument humain, une ville même toute entière, qui ne se trouvent pas au premier plan, disparaissent dans les vastes plis du dessin ou deviennent des détails à peine perceptibles à Toeil, qui ne saisit plus que des proportions démesurées.

A nos pieds, vers le sud , à travers ce léger réseau de vapeur que font naître de l'océan les rayons verticaux du soleil, voyez, comme un point grisâtre, la vieiMe capitale de llle, et, semblable à une toile d*araignée,,les mâts et les vergues de ses navires, dont les corps semblent des insectes noirs qui y seraient entrelacés. Voici, tout auprès, la baie de Guantanamo, et, plus loin, en face de nous, par delà la mer, cercle d'un brun foncé qui forme Thorizon, apercevez-vous ce point dun bleu plus tendre se détachant à peine sur Tazur du ciel? Ce sont les montagnes de la Jamaïque, terre dont le nom rappelle les sublimes tristesses de Colomb. Ces pics sont situés à plus de 2S lieues de lendroit où nous sommes. Admirez les gigan*»

tesques dentelures de la Sierra-Maestra, qui fuient vers roccident. Tournez vos regards ters le nord , et voyez, par-dessus les cimes de la chaîne de Nlpe, l'immense baie, la première de rile où entra la caravelle que commandait celui à qui Dieu avait remis les clés des barrières de Vocéan, fermées jusqu'alors de chaînes si fortes'. Quelle magnifique nature ! Vasco Nunez de Balboa, en apercevant le Grand-Océan, du sommet de la Cordillère du Darien , fut transporté d'un soudain enthousiasme» et, de leurs hauteurs franchies pour la première fois, descen* dit vers la mer où il entra jusqu'aux genoux, armé de son épée et de son bouclier, et en prit possession au nom de ses rois. Placé où nous sommes, on comprend cet homme et son acte. Oui, c'est une magnifique nature que cette Amérique intertropicale, où Colomb plaçait le paradis! Oui, la voir, c'était vouloir en devenir le maitre! Oui, le peuple castillan fut et est un grand peuple!.... Si ses états du continent, fils devenus adultes, se sont séparés de lui, Cuba lui reste, et c'est là, n'est-ce pas, un trésor qui peut adoucir bien des regrets.

1 De los alamienlos de la mar Oceaiia, que estaban cerfados con cadenas tam fuertes, te dio las Uaves.... {LeHr$ â^ Colomb, écrite de la Jamaïque, aux rois catholiques).

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