LIVRE II
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HISTOIBK
I, ObHinrilë des origines — \x, pierres levées et le- uiralmmi J :géants.— Elément cul[iquo. — PliùriîeLons. — Ui Norugbos. — Leu i'I'jlca. — [.i-i inicripiioTH. — [.!■■• et (OTÎ.
II. Dorniiinlioa ûiirthaginoieo — Lutte du Cartilage et de Home,
— les routes. — Lhiiividi publirs. — Iji langue.
III. Domination di-s Vandales, — U. Kmpewuri grecs et les Pup«.
— Saint Grégoire le Grand. — Indépendance de In Sardaigne.— In-
elergé. — Us Pnpoi. — Ut Génois et [h Pisans. — Ut Judic.ts. — Gouvernement de. juge».- Guerres locales.— Kiti net ion sucecs-
titulion de la république do SnMiri. ~~ U podestat. — Le grandconseil. — Hypothèques et eompnguio d'atsurancea armée. — Lois penalet. — ([iilnirciiii! foula' r en «a[Jaij;:;e. — Origino de la féodalité. — Ll clergé. — Lîi noblej. — Us clossea libres. - Us elasse* servîtes. — Lee en rp irration s. — [.et mesura du clergé.
IV, Influence de; J<i:iiLLiaLioi::: ^(rruiifiTcs. — U Snrd signe espagnole.
et composition des certes. — ^iir^-miai!:- - l c I:l ^..Mh-bso, dn clergé
rojalî. — Confusion du pouvoirs. — Pr lulainu. — Pnfcani. — Caria de logu. moue*.— Garde rural*.— Milice..— To
L 1LK DE SABDAIGXE.
— Aliensiion ds= biou de li Uonroiinr.— DouatiL — Dowrdre duo!
V. Gouvernement piémontaii, — La hanta classi'i. — L'adminiiitialiou. - Le> Etait. — La yiet.nl. - Réformet. — Conaeil d'Elu.
— Court rojnk- i\ Ctijjlinri e: s Fa-siiri. — Préfectures — Influence de la révolution française. — Soulèvement contre le Piémont. — Séjour dos primas do IVuwut nu SiiniuipLi'. — Influence» arittocratiques.— Euccs du despotisme.— Déficit. — Augmentation do. iiapflti. — Epidémie. — Diwit.r — Progrès do temps. — Cljailot- Albcrt. — Supprestioii de I* féodalité. — Fusion avec lo Piémont.
— Proclamai ion du Statut. — Situation actuelle.
Toutes les origines sont obscures, parce que tous les débuta sont humbles et qu'aux premiers âges de l'humanité tous les progrès ont été lents. L'enfant devenu homme ne se souvient plus de sou berceau. Les peuples, quand ils se sont fait une place dans le monde et dans l'histoire, ne savent plus d'iut ils viennent, et croyant se grandir dans lo présent en s'iltustrant dans le passé, ils se cherchent sur la terre ou dans le ciel des aïeux imaginaires. ,Iu veux écarter lus fictions, pour gracieuses soient-elles, et n'admettre sur les premiers temps et sur les premiers liabitauts de la Sardaigne, que les faits généraux sur lesquels le témoignage des choses est d'accord avec celui des hommes. Pour les époques reculées, il n'y a pas de langage plus véridique que celui des monuments. Où l'histoire est muette, a dit le poète, les tombes partent.
Prendre une pierre, la choisir longue et aiguë et la
wœouac ei dresser sur le sol, c'est la façon la plus grossière et la plus simple dont l'homme puisse exprimer une idée qui remplit son âme ou perpétuer le souvenir d'un fait qui l'a frappé. C'est aussi par là qu'il débute. Ces pierres levées, que les archéologues appellent ordinairement Meu-hir, n'appartiennent pas exclusivement aux pays du Nord. On eu a découvert un certain nombre en Corse. Il y en a à Malte, dans le Rousstllon, aux îles Baléares. Il y en a également en Sardaigne. La plupart y gisent à terre ; quelques-unes cependant sont restées debout. Le plus ordinairement elles sont vierges du ciseau. Celles qui ont été taillées ont reçu la forme d'un cylindre ou d'uu cène avec des reliefs figurant des mamelles. Il y en a d'isolées, il y en a d<; groupées. On en a mesuré une qui avait plus de vingt pieds de haut et de douze pieds de circonférence à sn base, et il y en a de plus élevées.
A coté de ces pierres levées, on trouve en Sardaigne des Monuments moins grossiers, mais fort .niricus aussi quoique évidemment postérieurs, auxquels on a donné le nom de tombeaux des géants. Ces tombeaux de dimensions différentes sont tous à peu près semblables pour la disposition. Un hémicycle formé d'un ou de deux rangs de pierres superposées leur sert d'entrée. Au milieu de cot hémicycle se dresse une stèle de forme conique composée d'une, de deux, et même de trois pierres taillées au ciseau, et ayant à sa partie inférieure au razdu sol une ouverture à peine assez grande pmir laisser passer !e corps d'un enfant. Cette
3! L'ILE 1>E SAKDÂ1UNE.
dans une fusse ayant 5 à 11) mètres de long et 1 mètre à I mètre 70 de large, dont !<?* cOtijs sont formés de murs à pierres sèches, et qui est recouverte de larges dalles. Quoiqu'ils en différent en jilus d'un point, la ressemblance de ces monuments avec certains Dolmen est frappante. Or les Dolmen et les Men-hir étant considérés comme l'œuvre de la race celtique, l'existence des pierres levées et des tombeaux des géants en Sardaigne autorise à conclure que des Celtes s'y sont établis. A quelle époque ? on ne saurait le dire, mais il est probable qu'ils y ont été portés par le même courant d'immigration qui les a amenés en Bretagne, en Armorique, en Ibérie et dans l'île voisine de Corse, ou l'on retrouve leurs traces non seulement dans les monuments mais dans le type d'une partie de la population (1).
Après les Celtes, la Sardaigne fut peuplée par les Phéniciens, dont l'influence devint bientôt et resta prépondérante. Ces hardis navigateurs, qui semèrent des colonies sur toutes les eûtes de la Méditerranée et jusque sur celles de l'Océan, n'oublièrent point de s'établir dans une île qui pouvait leur servir de point d'union entre leurs possessions d'Afrique, d'Ibérie et de Gaule. La Sardaigne avait des ports nombreux et commodes, de vastes pâturages au bord de la mer. Ils y fondèrent des villes, ils en exploitèrent les
(1; Vaja Mérimée, reygft w c™.
HISTOIRE. m richesses naturelles, ils y transplantèrent leurs lois, leurs arts, leurs institutions, leurs dieux. Ils y transportèrent en même temps que des artisans et des marins toute une population pastorale. Pins tard de nouveaux immigrants apparteuant. à la même race Tinrent i'n grand nombre de Lvbie, renforcer ce premier noyau de colons et prirent plus complètement possession du pays. Sardus, leur chef, donna son nom à l'Île, et les honneurs divins qui lui furent rendus, le temple qui lui fut consacré au cap délia Frasea, les statues qui lui furent élevées, les médailles frappées en sou honneur, son image et son nom répétés si souvent sur les pierres, sur les bas-reliefs, sur les vases peints, dans les inscriptions, sont une preuve éclatante de l'étendue et de la durée du gouvernement qu'il fonda.
Les colonies ly bio-phéniciennes ont écrit en traits ineffaçables l'histoire di 1 leur prépondérance en Sardaigne dans deux sortes de monuments, les noraghes et les idoles. Les noraghes, faits de pierres le plus souvent brutes, quelquefois taillées au ciser.u, mais toujours régulières et disposées en assises, ont la forme d'un cône tronqué et se terminaient en terrasse. Ils sont en général placés dans des lieux élevés, et il a fallu des efforts considérables et. des engins perfectionnés pour réunir et hisser les gros blocs qui entrent dans leur construction. Ils sont quelquefois elliptiques, le plus souvent circulaires, et de loin ils présentent l'aspect de tours à signaux. Ils se composent intérieurement de une, deux et même trois chambres superpo-
fil L'ILE DE SARDA1GKE.
Bées formant chacune un étage. L'escalier qui conduit aux étages supérieurs est ménagé dans l'intérieur du mur. La seule ouverture qui donne accès dans le monument est ordinairement si basse qu'on a <îe la peine à s'y glisser en rampant. Cependant elle s'élève et s'élargit quelquefois assez pour permettre à un homme d'y passer debout. On a compté en Sardaïgne près de trois mille noraghes, et ils étaient sans doute autrefois beaucoup plus nombreux. La plupart sont aujourd'hui en ruines et ne conservent plus que les pierres de leur base. Ils sont tantôt isolés, i:in(n[ échelonnés à des distances régulières, sur le penchant d'une colline, comme de petits fortins. Quelques-uns sont entourés d'un mur d'enceinte, d'autres o;tl riiitour d'eux, en manière d'ouvrage avancé, une ceinture de noraghes plus petits : enfin, quelques autres, inégaux alors de grandeur, se lient ensemble de façon à se flanquer mutuellement et à former par leur agrégation un seul monument. Tel était celui de Domns-Novas. Il se composait à l'étage inférieur de dix chambres et de quatre cours communiquant par onze portes ; quatre portes y donnaient accès du dehors. Les noraghes étaient des tombeau S vraisemblablement destinés à la sépulture des chefs, des membres de leurs familles et des hommes les plus considérables de chaque tribu ; on y atrouvé des squelettes, des armes et des idoles. Il est probable qu'on y célébrait à certains jours des i.érémnnies religieuses. Il en est ainsi chez presque tous les peuples, l'idée de la mort et l'idée de Dieu sont partout inséparables. Les
noraghes n'existant qu'en Sardaigne et n'ayant fie similaires que dans les talayots des lies Baléares, il eût été difficile par leur simple inspection de déterminer leur origine. Heureusement la tradition et l'histoire s'accordent à en attribuer la construction à une race orientale et phénicienne, et comme il n'y a pas de canton où il ne s'en rencontre, il en ressort clairement que les Phéniciens se sont répandus et ont dominé dans l'tle de Sardaigne tout pntière.
Contrairement à ce qui a lieu pour le* noraghes, les idoles sardes ont été découvertes presque tontes dans la Barbagia; mais il n'y a là rien de contradictoire. On sait, en effet, qu'elles y ont été transportées et cachées par leurs derniers adorateurs, lorsque le christianisme étant devenu la religion dominante, ils furent obligés de se réfugier dans les montagnes pour échapper aux persécution!;. Ces idoles reproduisant souvent des figures d'animaux qui n'ont jamais appartenu à notre continent, comme l'antilope et le singe, ont évidemment une origine orientale, et quand on les examine avec attention, on ne tarde pas à se convaincre que, parmi les peuples orientaux, elles ne peuvent être attribuées qu'aux Phéniciens ; car elles représentent toutes les divinités et toutes les idées mythologiques de ce peuple, modifiées plus tard sous l'influence des Lybiens et des Carthaginois, qui avaient eu à l'origine la même religion. Considérées sous le rapport artistique, les idoles sardes ne ressemblent en rien aux ouvrages égyptiens, étrusques, arecs, ro-
iiiaina. Elles se distinguent par nti défaut absolu de régularité dans les formes. On les prendrait pour des caricatures ou pour d'informes essais sortis de la main d'un enfant. Elles ont le corps aplati et mince, la figure allongée et sans expression, les yeux saillants et lises. EilM l'c-priisentent ui'dinaiivmeiit des dieux, des guerriers ou des prêtres. Pour quelques-unes, il est difficile de se prononcer entre le prêtre et le singe, aucun concile archéologique n'ayant encore décidé la question. On en trouve qui ont la tête nue et rasée comme les Dominicains ou rouverte d'une petite calotte, comme nos ecclésiastiques au lutrin. Quelquesunes rappellent la figure du bon pasteur portant une chèvre sur ses épaules, symbole que le christianisme empruntai l'art romain, et que les Romains avaient hérité eux-mêmes de l'antiquité la plus reculée. Quelques-unes sont ornées d'une queue aussi longue que l'avait rêvée Fourier; quelques-unes vêtues à la Louis XIV et coiffées du bonnet phrygien. Beaucoup ont le phallus proéminent. (> qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'on trouve dans plusieurs d'entre elles quelques parties du vêtement dont les Sardes de nus jours font encore usage : la mastrucca, les courtes braguettes rattachées à la taille par une forte ceinture, le bonnet rond retenu par une longue mèche de cheveux tressés qui s'enroule autour de la tête comme chez les bergers de la Gallura. Les idoles sardes sont en bronze ; les plus hautes n'atteignent pas un pied. Il y en a environ deux cents au musée de Cagliari. Le cabinet des
HiSTOIRK.
médailles à l*aris et le musée de Lyon en possèdent quelques-unes. Aux renseignements qu'elles nous fournissent, on pourrait croire que les inscriptions phéniciennes trouvées dans l'ile doivent ajouter quelques lumières. Il n'en est rien piiurtani, car jusqu'à présent elles sont restées une énigme : et la plus célèbre, celle de Nora, qui a été lue couramment par une dizaine de savants, ne compte pas moins de versions que d'interprètes (1).
Après les invasion* nrieinale*, il y en eut plusieurs antres en Sardaigne, mais le fond de la population et de la civilisation sarde ne fut point changé, l'élément Ivbio-phénicien continua à dominer, et les éléments nouveaux qui s'y vinrent greffer s' absorbèrent en lui sans laisser de marques profondes de leur influence.
(!) M. de Roui, aivant orioiMlitU de Parme, <l»nno une première In-
,■0 Kn llilil. lo ^,.^1,1 All.rl d.-V.A M;,r:l,>r.. ay.luK c:„„w,i U
plnnohc donné; pir de Roasi avec l'original, et «janl CHUlalA Je notables diflerdiCM, prit un c:.l.[iii> cxiKt .1- l'inscription, cl le communiqua h l'abbé
L.o^vlle^ P.i:ïiL-.-i-.- e liiu., l-,M,-!i .1-r, -11, In :\:-[ I XSXVIII,
p. 590 et «liT. { 18S4). Gewnim cil donna une interprétation tome différente dons un ouvrage intitulé : Srnpfura, Itnguwpu ftlznfcM mm- , UU I, UÛ ] ™j.;r.uiil. LEII'ZIO 1U37. M. licuariu. JenrlOi-Aer fur
En (83ft, l'aube Arri répliqua à ces ilenx aavnnta dnus le premier volume .le la seconde tarie de* Mémoire* de l'Académie des Kleiu» de Turin (1849], p. 3S1. Dcpui), M. fcr. Quotremere, M. Xlovcrê, M. Kïcenrdl il'Oneglia, il. Lauci, le docteur Jm lu, ont interpi&J co.lo inwription cliactiu d'une façon différente. La 6 lévrier 11105, il. l'abbé Fnuiçoii bourgade, aumûliier de la cli^ielin- S.lI:j;-1.oilî> lIl' i":.r:!.Li^.>. écrivit i, il. Je cuaaoiue Spauo, directeur dn PuHrlirio arrArofooico iartii> (enno 1*,
ptémian de l'inscription, 11 croit y reconnaître lea noms de Sardna Pater,
3S VLB DE SAKDAI'INK.
Ce furent l'élément étrusque et l'élément grec. On a retrouvé la trace du premier dans les nécropoles et les ruines de l'antique Tharros (1), et j'aime à croire que le second survit dans ces danses gracieuses mêlées de chants que conduisent encore aux jours de fête les habitants des montagnes, sans parler de cette influence mystérieuse, d'autant plus pénétrante qu'elle est, pour ainsi dire, insaisissable , que les Grecs ont fait rayonner autour d'eux comme une atmosphère lumineuse et vivifiante partout où ils ont mis le pied.
Pendant que la Saritaigue. colonisée par ces races diverses et livrée à ce travail de fusion d'où sortent les nationalités, grandissait ainsi dans l'indépendance, au moment où Bias (2) la signalait aux Ionieus réduits en
ne un flii Noger, de son petit-fil* Ro«l. et ds son arrièro-potit-fils Umn qui itumit fuit poser In pitrre. L> même nuise, le M noiemtr*, à l'oo-
cuinu ■]:: rniLHTU:ri! ~<i!i-is!n:'.]p il" ÎWa.Wm!.- ..ri 1 ; .'. .1 u ! : I . iii-- do Homo, ].■
pèra Socchi lut une Uuautim ûim Itqudlt il sigiinl» fiiueriptloo do Non, comme une dp MLcs rpii imrainnt •'■u- trueeet pu tr^Mnciens cnmoi.Voi )]i -iiii-Ecr. ■=. Mlle .-i-rjiit ■- :i'le, d'sp-i-, -ou opinion. Envers tétrnMrc-, r'Ommo In lamcu-E nt;rdr.i iii S.i:i-M;iiv:i .1 ' Y.'ni-.\ Hue récemment, nn Lii:r.' j.'-ni!.-. n ii-n;.- m\- :i.inv"lle. in LerprO [Ati OTl .
Selon lui l'inwriptiou de Non no «mit pu ires-aiiei-min. Elle un il écrite on ciuuctrre* asmoneens (comme cj'uulros inscriptions do Mille). J'em-
iora.l.p.MJ.
On sait qu'il a olj trouve" on «nrdnicne une inscription trilingue, lllino. gfecqno et pLenleienne, oommonleo «laïc les JHmoitw Jt IMemMinfe àrt Kitnctidi Turin (t. XX, terie 2], pur MM. G. Spnno et Amédée Peyrou. et tout récemment, pmr Oildemeialer fl/irfrifinM Hunum IBM, 1" ilT, Bonn.
(1) JtoHri) oVir n,.fn-o eUU J< flirrM.del o*n. G. Spnn 0 ; 1B51.
(S) Hirodoie.
HJSTOIU..
servitude par Cyrus, connue tin asile où ils pourraient retrouver leur liberté perdue, en face de ses rivages, et en regard l'une de l'autre, deux villes, deux puissauces rivales, Cartilage et Rome, s'élevaient, l'une par le commerce, l'autre par les armes, et allaient bientôt se la disputer comme une proie, comme une des positions maritimes et militaires les plus importantes de la Méditerranée.
Les Cartliaginois commencèrent à dominer en Sardaigne environ cinq siècles avant Jésus-Christ. Ils rencontrèrent, dès le premier jour de leur établissement, la pins vive opposition dans les anciens habitants, auxquels les rattachait pourtant la communauté de leur origine phénicienne, et il leur fallut de grands efforts et beaucoup do temps pour en triompher. Fixés d'abord sur le littoral, où ils fondèrent Sulcium et agrandirent Karalis (Cagliari;, ce ne fut que lentement et après plusieurs victoires mêlées de revers qu'ils soumirent l'intérieur du pays, et ils ne pénétrèrent jamais dans les montagnes 011 s'éiait'iii réfugies les Iliens et les lîalnres (1). et où dorait se former, dans les habitudes d'une résistance constante et d'une vie sauvage, cette population indomptable e( impatiente de toute autorité qui y subsiste encore aujourd'hui. Leur gouvernement fut d'abord dur et cruel. Il s'adoucit à mesure qu'il se consolida , et fut marqué , vers la fin , par une
(1) Oit lu nomr[n( leur JanntPnounï»!.— De :
«V L'ILV: DE SARDA1GKK.
grande prospérité agricole fit quelque éclat littéraire. 11 reposait sans doute sur les mêmes bases que celui de la métropole, car il y avait des suffètes en Sardaigne comme en Afrique, et ou a cru trouver Jeux suffètes sardes parmi les ambassadeurs qui vinrent à Habylone rendre hommage ;i Alexandre le Grand, à son retour des Indes.
Pendant longtemps les Carthaginois écartèrent avec un soin jaloux les étrangers de la Sardaigne, et consécutivement à un siècle et demi d'intervalle, ils réussirent ù conclure avec les Romains deux traités '1; par lesquels
d'y être forcés par mit bataille on par une tempête, et s'engageaient à ne jamais s'y arrêter plus de cinq jours. Mais quand Rome fut devenue une puissance maritime, elle s'affranchit de ws iviiirlitions que la nécessité seule lui avait fait subir, et, maîtresse de la Sicile, elle chercha à son four à s'emparer de la Sardaigne. La lutte fut longue; d'habiles généraux s'y signalèrent des deux côtés, et, au bout de vingt-cinq ans, l'issue en restait encore indécise, lorsqu'un événement inattendu vint la terminer en faveur de Rome. Ile" grands troubles ayant éclaté dans ses provinces africaines, les soldats que Carthage avait en Sanlaigne se mutinèrent, car c'est toujours dans les désastres que les troupes mercenaires font défaut, et que les
(l) La prtinitr eit it l'm 608, le «rond d* l'«n 3*S «uni J.-C. lit «ont loin 1m don dar,> Pelitw, liv. Jll, n. 33-24.
HIsTOIRK. «t
troupes nationales puisent un redoublement denergie et de courage, parce que les unes croient le moment veuu de rançonner la puissance qui le? pave, et les autres de défendre jusqu'à la inort, avec le sol de la patrie, tout ce qu'elles oi.t de précieux, tout ce qui les attache à la vie, les souvenirs de leur passé ot les espérances de leur avenir. Home profita habilement des embarras de sa rivale, lit de grands préparatifs, arma en hâte une flotte, et Carthage alors, ne pouvant soutenir une nouvelle guerre, consentit à céder, après l'avoir possédée environ deux cent cinquante ans, une ile qu'elle avait déjà en réalité perdue, et qu'elle se sentait impuissante à reconquérir.
Les Sardes livrés, il restait à les dompter et à les assimiler. Ce fut une œuvre difficile et il fallut plus d'un siècle avant que Rome réussit à leur faire accepter docilement son joug, et à les faire entrer en conpérateurs pacifiques dans le courant de sa civilisation. Plus d'une fois les premiers magistrats de la république, les consuls, passèrent en Sardaigne à la té te d'armées nombreuses et en revinrent avec des trophées assez sanglants pour obtenir les honneurs du triomphe. La lutte revêtit toutes les formes, batailles rangées, sièges de villes, hostilités sourdes aboutissant à des explosions soudaines, expéditions de guérillas, renaissant de leur étouffement même. Tantôt les légions se heurtaient par grandes masses contre les bataillons ennemis, tantôt elles se divisaient en colonnes mobiles pour en poursuivre les débris dans les montagnes, ou pour réduire
6ï L'ILE DE SàMUMNE.
les tribus indociles, qui reprenaient de nouveau les armes après leur passage. 11 y eut un moment après Cannes, quand la fortune de Rome dépendait d'une dernière victoire et semblait prête à pâlir devant l'étoile et le génie d'Annibal, où la Sardaigne fit un suprême effort. Soutenue par Cannage elle se souleva toute entière comme un seul homme, mais elle ne réussit point à s'affranchir. Vingt-cinq ans plus tard une nouvelle prise d'armes aboutit à un nouvel échec. Les Sardes furent battus dans dix rencontres, décimés, condamnés à d'énormes contributions, obligés de livrer des otages, et traînés en grand nombre comme esclaves sur les marchés de Rome, esclaves donf personne ne voulait car ils conservaient jusque dans les fers des attitudes d'hommes libres, sur le front une fierté farouche, et dans le cœur, avec un inexorable regret delaiiberté, la soif de la vengeance. Dès lors tout fut fini. Pendant les guerres civiles qui désolèrent les derniers temps de la République et les premiers temps de l'Empire, lorsque Marius et Sylla, Pompée et César, Auguste et Antoine voyaient les provinces se partager eutre eux, la Sardaigne fut ballottée d'un maître àl'autre, mais elle ne remua point; elle ne fit aucune tentative pour recouvrer son indépendance. Dès lors elle n'eut plus de vie et elle n'est plus nommée quedi loin en loin dans les histoires. Vingt ans après Jésus- Christ, quatre mille juifs y sont envoyés pour combattre les brigands des montagnes, et avec le secret espoir qu'ils ne résisteront pas au climat, victimes désignées d'une politique qui poursuit
moins en eux une religion qu'une nationalité. Un peu plus tard l'affranchi qui a tué Agrippine et qui a préparé par ses calomnies le sacrifice d'Octavie à Poppéa, de l'impératrice à la courtisane, y vient jouir des faveurs et fuir la disgrâce du divin Néron. Quand le voile qui couvre la Sardaigne s'entr'ouvre, c'est pour nous montrer quelque sombre épisode des sombres annales de l'Empire, pub le silence se fait de nouveau sur elle.
Comme la plupart des pays conquis par Uome, la Sardaigne avait été réduite à l'état de province; elle n'avait point obtenu comme la Grèce de conserver son organisation, ses lois, ses magistrats. Elle était gouvernée par un préteur et momentanément, dans les circonstances difficiles, par un consul. Les fonctions du préteur duraient un an. Il réunissait dans ses mains tous les pouvoirs, car ou semblait n'avoir mis la liberté au centre de l'État que pour fortifier le despotisme dans les membres. Il commandait la force année, dirigeait l'administration, interprétait les lois, prenait des arrêtés. Ces arrêtés n'étaient point toujours conformes à la législation générale faite par le Sénat pour les provinces. Ils se contredisaient, ils variaient souvent à cause du renouvellement périodique des préteurs, et l'on comprend assez combien il était difficile, au milieu de ces contradictions et de cette mobilité, aux administrés d'obtenir justice, aux gouvernants de ne pas se laisser aller à l'arbitraire. Cette confusion diminua sous l'Empire lorsque l'édit qui régla le sort des
provinces, en laissant aux prêteurs le droit d'interpréter la loi, leur enleva celui de la faire, et cessa tout à fait lorsque Caracalia ayant donné à tous les habitants des provinces le titre de citoyen, la jurisprudence
iif ; tii'i! pour le.- ;i'liniiiis;i''js fm [ilu.j ;Lpiui L'i-Ti t quu réel,
l'administration restant toute-puissante et échappant à tout contrôle.
A partir du règne d'Auguste, les provinces furent divisées eu deux catégories : celles qui, à cause de leur importance militaire, étaient gouvernées par l'empereur, seul chef de l'armée, elles prenaient le nom de proconsulaires, et celles qui étaient abandonnées au Sénat et qui s'appelaient proprétoriennes. La Sordaigne fut soumise alors à un proconsul qui commandait aussi en Corse. A partir de Constantin, le proconsul devint un prreses ou préfet, relevant du préfet du prétoire d'Italie. Mais préfets, préteurs, proconsuls, les noms seuls changeaient, les attributions restaient les mêmes.
Les préteurs avaient auprès d'eux un substitut appelé légat et le nombreuxpcrsonnel qu'exigeaient leurs hautes et multiples fonctions, des tribuns, des soldats, des centurions, une chancellerie, ce que nous appolerions des bureaux, des interprètes, des licteurs, des courriers, des aruspices, un médecin, une petite cour de jeunes gens. Ils emmenaient rarement leur femme, cela était considéré comme contraire aux règles d'une bonne administration ; la province leur fournissait une concubine. Us étaient ordinairement choisis dans l'or-
H1ST0IRL. 6S
dre des sénateurs [1J. Ils rendaient la justice suivant les cas, tantôt seuls dans leur cabinet, tantôt solennellement dans les basiliques, entourés de leurs assesseurs. Ils avaient le droit de condamner à mort. On leur permettait de recevuirdes présents de leurs administrés, tout en leur recommandant de le l'aire avec discrétion. La charge la plus importante après celle de prétour était celle du questeur, sorte de receveur général de toutes les contributions de la province.
Dans les premiers temps delà République, les prêteurs, n'étaient pas payés, ils recevaient seulement une indemnité pour frais de logement et de voyage. Plus tard leurs exigences croissant, sans cesse, les lois intervinrent; mais ces lois, reni'nivHli>es koiis Ct'^ar, sous Auguste, sous Alexandre- Sévère, prouvent, par leur fréquence même, leur impuissance. Elles accordaient aux préteurs vingt livres d'argent, cent pièces d'or, deux chevaux, deux mulet-, deux habits de parade, deux habits pour la maison, un pour le bain, deschariots, un cuisinier, une concubine. Mais ils étaient bien loin de se contenter de cette riche dotation. Ils pressuraient les provinces comme des pachas , violant toutes les lois et quelquefois toutes les pudeurs, allant à la fortune par toutes les voies, et revenant ensuite à Rome gorgés d'or pour y bâtir ces palais et ces villas dont la science eherche aujourd'hui les traces avec amour, sans trop se
(1) Unand la province éuit pro|inJtolieinu, le |ireleur iiail lgi(joili> un ••talMur iléiigne pur le mrt.
soucier des larmes et des douleurs qu'ils ont coûtées. On réclamait en vain contre ces criants abus. Les préteurs ayant parmi leurs juges des complices, des parents, des clients, des successeur* disposés à les imiter, échappaient presque toujours à une condamnation. La Sardaigne eut comme la Sicile son Verres ; mais le Verres sarde, Scaurus, au lieu d'être accusé, fut défendu par Cicéron, et l'éloquence de son avocat le fit acquitter (1). Dans la longue liste des préteurs qui gouvernèrent l'île, Caton l'ancien est le seul qui montra d'éniinentes vertus. D'une justice inflexible et égale ponrtous, toujours accessible à tout le monde et à toute heure, n'allant jamais qu'à pied, et n'ayant qu'un seul serviteur, s'occupaui des intérêts .'igrioiles du pays avec la perspicacité d'un homme qui nous a laissé snr l'économie rurale un des livres les plus attachants de l'antiquité, il conquit par sa simplicité et son zèle la plus légitime popularité. C'est pendant sa préture qu'il connut et s'attacha le poète Ennius, originaire de l'Italie méridionale, mais établi depuis plusieurs années en Sardaigne, et qui, servant de trait-d'union entre les deux littératures grecque et latine, a transporté le premier dans l'idiome îles descendant* lie Romulus quelquesunes des beautés de la langue d'Homère. A coté de Caton il faut nommer Tibérius Gracchus qui, dans une charge moins haute, celle de questeur, sut aussi se concilier tous les cœurs. Son influence était si grande
I ! l'n nutr<- [in'iTii'- ^nriini^n'.- A Ihutiui. lui défandit pu JuIm C*«nr.
en Sardaigne qu'elle éveilla un instant les susceptibilités de la République et lui fit imputer comme un crime tous les services qu'il avait rendus, mais il n'eut pas de peine à se justifier, et, revenant brnsquement à Home, sa vertu, égale à son éloquence, deux mérites aussi puissants dans un Ét:i( libre qu'ils suiit suspecta et funestes sous un prince absolu, lui valurent auprès du peuple un éclatant triomphe (1).
Sans parler des exactions des préteurs et des autres
liiiiciiormaiivs, les unnln'mn^r.s léprilfs qu';u'qmllail. la Sardaigne étaient fort élevées. Sous la République, quand le régime des impôts n'était pas le même pour toutes les provinces, elle payait en uature ou en argent la dime de tous les produits de son sol. A cette redevance s'ajoutait l'obligation pour chaque propriétaire de livrer à l'Etat, pour les besoins de l'armée, une quantité de blé proportionnelle :'i sa récolte, à un prix déterminé toujours inférieur au prix réel ; et la redevance en blé, mais rachetable en argent qui était due au préteur, et qu'il avait soin de rendre le plus lucrative possible en condamnant le propriétaire à l'alternative, ou de conduire son blé à d'éinji'uios disantes du Heu de production, ou de payer pour le rachat du transport uue somme très-élevée. La perception de ces divers impôts était confiée aux publicains dont le nom devint et resta si odieux.
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Sous l'Empire, le système financier changea. Un cadastre général ayant été dressé, chaque province fut imposéeàune somme déterminée, et chaque propriétaire dut payer une partie de cette somme proportionnée à l'étendue et à la nature de ses propriétés. A cet impôt foncier, payable d'abord en produits du sol et plus tard en argent, s'ajoutaient les anuoiies qui lui étaient proportionnelles et qui étaient toujours payées en nature, en blé, en bétail, en fourrage, et une contribution personnelle ou capîtation, frappant tous ceux qui n'étaient pas propriétaires, et atteignant indirectement les propriétaires qui devaient l'acquitter pour leurs colons et leurs esclaves. A partir de Caracalla, quand le droit de cité eut été dans un but fiscal donné à tous les habitants des provinces, il leur fut permis de tester et ils payèrent un droit de succession. Toutes les sources, toutes les manifestations de la richesse furent atteintes. Il y eut un impôt sur le revenu appelé chrysargire, une patente pour toutes les professions, jusqu'aux courtisanes et aux entremetteurs, un impôt sur l'exploitation des mines dont on ne connaît pas bien l'assiette, un impôt sur les portes, des droits de mutation, des droits de douane appelés portoria, qui, après avoir été au temps de Cicéron d'un vingtième de la valeur des objets, plus tard ne furent plus que d'un dixième ; enfin, pour terminer cette longue liste, l'or coronaire, offert ou exigé à l'occasion de chaque événement réputé heureux pour l'empire ou pour la famille impériale. Chez nous, on iliiimini' ; dnv Ihs Romains on payait, ce qui
devait considérablement diminuer l'enthousiasma, surtout s'il s'agissait des noces honteuses de Néron ou d'une victoire de Calïgiila dans le Cirque.
Outre les impôts payés à l'État, les habitants de la Kardaigne avaient à leur charge les travaux publics exécutés dans l'île, la construction et l'entretien des aqueducs, des ponts, des route.';. Ils devaient céder aux soldats de passage le tiers, et aux voyageurs de distinction ou aux fonctionnaires élevés qui leur faisaient l'honneur de descendre chez eux, la moitié de leur logement. Toutes cescharges étaient de beaucoup aggravées par la rigueur et les abus da.la perception.
Il y avait eu d'abord en Sardaigne, comme dans tontes les provinces, une distinction entre les colonies et les municipes. Cagliari (Karalisj et Sulcis étaient des municipes, Torres et Melis des colonies. Plus tard, ces distinctions disparurent et le régime municipal fut établi sur les mêmes bases dans toutes les villes. Tous les propriétaires, s'ils n'étaient exemptés par leur rang nu par une fonction militaire ou religieuse furent enrégimentés dans les curies, rendus solidairement responsables des impôts, et obligés d'accepter les différentes magistratures municipales entre lesquelles se répartissaient la juridiction civile, la gestion des finances. la police des villes, l'inscription dans les registres municipaux des principaux actes publics, onéreuses et souvent ruineuses fonctions pour lesquelles ils n'avaient d'autre compensation que d'insignifiants privilèges. On laissait ainsi subsister tons les rouages d'un État lihic.
mais on les annulai! eu les faisant aboutir à un seul centre d'impulsion, et eu supprimant à tous les degrés toute initiative dans les citoyens.
Ccpcintanl. ]li;i!tfi> ce ilt'Mii>1 i-mc. ta <lo]iiiu;it ii in rimaille l'iit fies î-i'siiltats heureux pour la Sardaïgnc, et par l'ordre et la pais qu'elle fit régner, par les travaux utiles qu'elle exécuta , elle contribua beaucoup au développement de la richesse et. de la prospérité publiques. La population s'accrut rapidement et ne s'éleva pas, suivant les calculs les plus modérés, à moins de deux millions d'habitants. C'est là sans doute un chiffre approximatif, mais si l'on se souvient du grand nombre de prisonniers qui furent faits et des morts qui succombèrent dans les différentes expéditions des Sardes contre leB Romains, si l'on tient compte du témoignage des auteurs anciens, et entre autres de celui si important de Polybe, qui s'accordent tous sur la densitd de la popuhili'Jii ilt' la Hantait;!]!!, si on ;i présent à l'esprit le grand nombre de villes sardes importantes que cite Ptolémée, et les amendes considérables auxquelles quelques-unes de ces villes furent condamnées, si l'on réfléchit qu'il s'agit d'un territoire do deux millions cinq cent mille hectares, ce chiffre de deux millions d'habitants ne paraîtra point exagéré.
En même temps que la population, l'agriculture avait fait de grands progrès. On sait combien la question des subsistances tenait, de place dans les préoccupations des Romains et quels embarras elle leur causa dès l'époque la plus brillante et la plus prospère de ta République.