‹ L'ile de SardaigneChapitre 12 sur 55 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

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II. Orgntjimtion île ln ft'oilaliié en f nnlnifrn*. — Le roi. — Les lairo-iis. — Le» villes. — r>urée du régime feodnl. — Cause» et eomiqneccM dp celle ilnrce. — Ln noblew sarde nu moment île ln suppression dus fiefs. — Nombre dej Bah. — Hedevnneos réelles ■ r pi-riimiielliis. — Al^eiiK-i-wi'. — .Tusliee faillie. — Rai lui îles nef'. — Meures préparatoires. — Condition!, — Réanhtt pour tri linroniet pour Je» communes. — linpopulnribS Je In suppres-

Le système féodal existait encore en Sardaigne il v a vingt-cinq ans. Il n'y a pas été renversé violemment dans an moment d'effervescence parle peuple soulevé ; il a été supprimé légalement par la royauté, comme litre institution usée el qui a fait son temps. C'est là un événement bien digne d'attirer l'attention de l'histoire Ce n'est rien moins, en effet, que le passade

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subit d'une société enlié.re de l'ancien au nouveau régime, une révolution accomplie en pleine paix, sans orages et sans secousses. Cette révolution, il est vrai, a eu pour théâtre un petit pays. Mais elle a eu lieu de notre temps ot sous nos yeux. On peut la suivre dans toutes ses phases et l'étudier dans tous ses détails ; elle met eu regard sur le même terrain, et pour ainsi dire en face l'un de l'autre, le moyen âge et le monde moderne, et en nous les faisant mieux comprendre, elle nous permet de mesurer plus exactement la distance qu'il y a île l'un à l'autre, et elle nous fait apprécier à sa vraie valeur le propres qu'a réalisé en Europe la destruction de la féodalité.

Après avoir Iilmuc isip déclamé contre le régime féodal, on a été conduit par une réaction inévitable ot également excessive à en entreprendre l'apologie. N'ayant plus à le craindre, on a oublié les misères et

distance, les iii'tious des priâtes cl l'^diniration souvent banale des archéologues. Les chants des trouvères, les exploits des chevaliers, les passions rêveuses des châtelaines, les splendeur- îles c;ithédrn!i;s mit dissimulé à bien des yeux les dures inégalités de la hiérarchie sociale, l'abaisse m mu des classes rurales, les injustices du servage. Des romanciers par amour de l'art, des écrivains spirituels par amour de la nouveauté, ont essayé de réhabiliter une époque à laquelle aucun d'eux n'aurait voulu revenir, et beaucoup de sots sont

SUPPRESSION DE LA FÉODALITÉ. Isa

venus à la suite, heureux d'adopter un paradoxe qui en les séparant de la foule, leur permettait de se croire des gens d'esprit. Quelques bourgeois, surtout, se sont signalés par leur ardeur dans cette petite croisade. Parvenus de la veille, ils ont déployé toute leur colère contre les révolutions qui les avaient émancipés et ont yanté sans trop la connaître une constitution aristocratique dans Inquelle il n'y eut pas eu de place pour leur roture. Ne pouvant avoir de la noblesse ni les glorieuses traditions, ni tes honneurs, ils ont voulu au moins s'en donner les ridicules.

Cette réhabilitation posthume du Moyen-Age a toujours été, elle est plus que jamais une fantaisie sans danger. Aucun homme d'Etat, aucun historien sérieux

pousse comme une injure el les progrès constants de la démocratie lui donnent chaque jour le plus éclatant démenti (1). Pourtant si endépitde ces enseignements, en dépit de l'histoire et de l'opinion et malgré celte répulsion unanime du peuple qui est un arrêt irrévocable, quelques esprits sincères étaient encore tentés

(1| Iji Wodilité cil uno forme do goiiTomtmsnt qui correspond il un certain tint social, h un certain dciriV ilt- civilisation, et que tous loi peuples rmïer«nt k un moment do leur li'utaire. On lu trouve Juin Vmiliuuilé, su moyeu Igo et de ma jours, non-Hulemont en F.nrope, mail clici les Arnlicf, tbsc lu nigra du centre de l'Afrique, dam l'Inde, en Chine. (Voyci lei henni M/moira <ur la fflMw, de M. le comte n'Escajric. IBM.) Prise en elle-même, elle n se. mérites comme ses défaut»,

'■• ^-iiir^mcit cimm* lui Iph ^itiv.,-. U,,Tt' : l't ili* prc^i-h"'*. .In- rie

l'ai ; . : j.],T'-.) ici il'iuic nniijiVi 1 :il.-.i!,ir ; j o me hiiiH. ronlenlé de 11 comparer h ce qu'on appelle h' nouvenn rej-iuu:.

I» L'ILE DE SAKDÀIGNK.

de croire aux bienfaits de la féodalité, qu'ils aillent en Sanhiiano. Le régime féodal vient k peine d'y être supprimé. Non-seulement les plaies qu'il tenait ouvertes n'ont pas eu le temps de se reformer, non -seule m eut les résultats désastreux qu'il avait produits ne sont pas effacés, mais la propriété est encore soumise à une partie des entraves dont il la tenait liée. Lui-même n'a pas disparu tout entier. Il est ruiné, mais ses ruines sont encore debout. Qu'ils l'étuiiient sans passion, ils verront à quelle décadence i! a conduit le pays et ils se convaincront par un nouvel exemple qu'eu toutes choses, la liberté seule est féconde, qu'elle est l'unique instrument du progrès et que pour l'agriculture connue pour l'industrie et le commerce, affranchir c'est affermir et développer. Partout et toujours les peuples les plus libres ont élu les peuples les plus riches, les plus puissants, les plus heureux. Donner la liberté à un pays, c'est laissera toutes ses forces dans toutes les directions, tonte leur puissance d'initiative, c'est solliciter tous les esprits à réaliser dans toutes les voies, tout ce dont ils sont capables. 11 ne se peut pas qu'un arbre auquel on ouvre un libre accès vers le soleil ne pousse pas des jets plus vigoureux et n'ait pas une croissance plus rapide et. une floraison plus complète que celui qu'on é monde, qu'on taille et qu'on tient à l'ombre.

Ce qui a fait au Moyeu-Atre la supériorité de l'Italie sur les autres Etats européens, c'est que la féodalité y était constitué!' moins fortement, qae les obstacles dont, elle entravait ailleurs l'initiative individuelle y ont été

SUPPRESSION DK I.A FEODALITE. U5

pas aussi impitoyablement rivées aux occupations serviles et trouvaient un accès plus facile vers la richesse et les fonctions politiques. Quand los institutions d'un pays réduisent la plus grande partie des habitants à l'inaction et à l'impuissance , elles l'affaiblissent et l'abaissent. Les sociétés ne s'élèvent qu'en élargissant les bases sur lesquelles elles reposent. Il n'y a qu'un moyen de civiliser les hommes c'est de les détacher de leurs intérêts immédiats pour les rattacher à de grands intérêts, de les arracher aux étroites préoccupations locales pour leur inspirer dos idées générales, d'agrandir l'horizon de leur pensée, de les mettre en contact et en solidarité avec un plus grand nombre d'hommes et de choses, de leur donner l'amour et la capacité de la vie publique, de transformer les marchands, les agriculteurs, les ouvriers en citoyens. La féodalité loin de suivre cette voie s'en détourne. Au lieu d'abaisser les barrières, elle les renforce et les multiplie, au lieu d'unifier les nations elle les divise, au lieu d'élargir la sphère des idées et des intérêts, elle la rétrécit et, non contente de tout localiser, elle immobilise tout, les

ment les hommes ont un cercle plus petit pour agir, mais peuvent à puinn se niminér dans ce cercle étroit, et Id pcigrés, le iinuivenieut jïf'iiél'yl de la société ne ■>■> composant que de la somme des mouvements et des plumés particuliers, l;i ci v iiisat ii 11 ne marché |i;is. Il n'y a jamais, quelle que soit la forme dos gourer-

lis L'ILE DE SARDAICNK.

nements. qu'une élite peu nombreuse r]uï gouverne. Mais plus on rend facile à cette élite les moyens de se recruter et plus on donne à la fois d'éclat et de La prédominance exclusive de la déois de grands dangers. Mlle en préperte comme pour Tordre. Mais à une ocratie était toute puissante, la facilité U démocratique de se produire a donné à Milan, à Florence, à la plupart des républiques italiennes, une grandeur et une prospérité sans égale. I<a longue d urée du régime léudal a, an contraire, condamné la Sardaigna à l'impuissance d'abord, et plus tard à la décadence. Ce n'est pas l'intelligence nui faisait défaut à la race. Énergique et. ardente, il ne lui a manqué que les occasions d'agir, un théâtre où elle pùt déployer son initiative et sa vigueur. Ce n'est pas la fertilité qui manquait au sol, c'est la liberté qui a manqué au travail, et si la campagne est en partie déserta, si la moitié des terres sont incultes, si la population est elair-semée, si l'industrie et le commerce sont languissants, si la culture intellectuelle est peu répandue, il laut en accuser surtout la persistance du régime féodal et les entraves qu'il met partout au progrés.

Ce régime, qui commenta à se développer eu Sar-

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