SUPPRESSION DE I.A FÉODALITÉ
daigne au onzième siècle (1), n'y devint général qu'au quatorzième. Les rois d'Aragon s'étant rendus maîtres de l'Ile laissèrent ;i titra rlo fiefs aux petite souverains d'Arborée et à quelques jn'aiid* barons italiens la partie du territoire que ceux- ci possédaient avant la conquête, et distribuèrent le reste aux gentilshommes espagnols qui les avaient accompagnés. Les investitures furent faites conformément aux usages italiens (2). Les fiefs devaient se transmettre de mâle en mâle par ordre de primogéniture, et en cas d'extinction de la ligne directe faire retour à la couronne. Ce nefiitqueplustanl.etpar suite de grâces particulières qu'on permit à quelques barons, à défaut d'héritier mâle, de laisser leur seigneurie à leur fille, ou d'un disposer en faveur d'un collatéral ou d'un étranger. Dans ce dernier cas, l'agrément du nouveau feudataire par le roi était toujours obligatoire. Les fiefs étaient indivisibles. Qu'ils fussent composés d'un ou de plusieurs villages, qu'ils fussent restés dans les limites de la concession originelle, ou qu'ils se fussent agrandis par suite de concessions nouvelles, ou d'achats, aucune parcelle, aucun droit ne pouvaient en être détachés.
Les obligations des barons sardes envers leur souverain variaient dans lu détail, mais au fond elles étaient analogues pour tous et pouvaient se réduire à trois : l'hommage et la redevance qui en était le signe, le ser-
(3) Stcunilum morrm rt[i(i.r, 1sll< ul II fwinilfc.
lia L'ILE DE SAHDA1GNE,
vice militaire, des contributions extraordinaires eu hommes et en argent dans certaines circonstances de terminées.
Les droits des barons sur leurs vassaux étaient de deux aortes : les droits utiles, qui comprenaient les impositions, les prestations, les redevances, et dont la nature et la quotité variaient suivant les lieux et les conventions particulières, et les droits de souveraineté, qui comprenaient l'administration et la justice. Les seigneurs ne prenaient guère pour règle do leur administration que leur bon plaisir, et grâce s. la troupe de satellites armes dont ils vivaient entourés ne trouvaient guère d'obstacles à leur volonté. Les communes dépendaient d'eux presque complètement. Ils en choisissaient les conseillers et les régents parmi leurs créatures, et jusqu'au dix-huitième siècle le pouvoir municipal fut à leur discrétion. Les plus grandes villes seules, Cagliari et. Sassafi, échappaient à leur étreinte
laissai eut- il s passer aucune réunion des Etats sans su plaindre de cette atteinte portée à leurs privilèges.
Quelques barons avaient le droit de justice eu matière criminelle comme en matière civile. Ils avaient alors, à coté du tribunal nommé par eux, des prisons, des exécuteurs, des gibets. Sur les terres allodiales, le seigneur avait deux degrés de juridiction; sur les terres inféodées il n'en avait qu'un seul. Entre tant de justices, le plus souvent rivales, les coupables échappaient aisément. H leur suffisait de passer d'un canton
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dans un autre pour trouver l'impunité. Poursuivis par un baron, ils se réfugiaient auprès d'un autre et achetaient sa protection eu se donnant à lui. L'appel au roi fut un remède longtemps inefficace. Peu fréquent d'abord, il ne commença que bien tard à être respecté, et les seigneurs ne manquaiûntjamais, chaque fois que les officiers royaux saisissaient dans une baronie les hommes accusés par la voix publique d'un crime ou d'un délit, de protester contre cette intervention qui diminuait le prestige de leur autorité aux yeux de leurs vassaux et enlevait à leurs propres olliciers de justice une partie de leurs émoluments.
Grâce à l'éloigacment de la couronne, les seigneurs sardes conservèrent longtemps une grande indépendance, et leur autorité sur leurs vassaux, malgré plusieurs interventions de la royauté (1], ne diminua que lentement devant les progrès du pouvoir royal. Une seule fois, en 1795, sous l'influence des principes qu'avait proclamés, et des transformations qu'avait accomplies la Révolution française, leurs vassaux se soulevèrent; une troupe de paysans s'empara de Sassari, des curés prêchèrent dans les campagnes une croisade contre la féodalité, et un grand nombre de communes se liguèrent pour demander le rachat des droits féodaux et la suppression, dans l'intérêt des justiciables et dans l'intérêt de la couronne, des justices féodales. Ce mouvement échoua parce qu'il était prématuré, qu'il fut mal
(1) Noummtiit aoua Lou FodralVet ton. Philippe IV.
conduit, qu'il lia fut point unauime et que la couronne ii« s'y associa pas. Menaçant un instant, il s'apaisa au bout de quelqaes jours et les choses reprirent leur immobilité, et les paysans leur joug jusqu'en 1838, Cette longue durée du régime féodal en Sardaigne n'a rien qui doive surprendre. S'il y a vécu plus qu'ailleurs, c'est qu'il n'a pas été battu en brèche par les deux puissances qui ailleurs l'ont renversé, la royauté ot le f iers-état. La royauté n'ayant pas son siège dans Fila, ua s'est jamais appliquée d'une manière persévérante à y abaisser le pouvoir baronal. Et, à vrai dire, le tiers-état n'existait pas. Il n'y avait pas en Sardaigne do grandes villes où l'espni publiu pût su former ; il n'y avait, pus ilo diiss*: t-uricliic par le commerce et l'industrie, devenue indépendante en devenant riche, qui par ses lumières fût ouverte au courant des idées nouvelles, qui se passionnât pour elles, qui les répandît par la parole et par les livres, et qui créât ainsi une opinion publique. Et quand il y eût eu des tribuns ou des écrivains pour propager les grands principes de liberté et d'indépendance, il eût manqué un peuple pour les comprendre et pour les suivre. La population était dispersée sur un vaste territoire et vivait par petits groupes isolés qu'il était difficile d'atteindre, sur lesquels il était difficile d'exercer une influence, car elle était presque tout entière incapable de lire et incapable de comprendre la langue littéraire, La Sardaigne formant ainsi un petit monde à part où les idées européennes arrivaient difficilement, se répandoient lentement et ne