chapitre ni
Quand ou se promène dans le bazar de Constantinople et qu'on erre à l'aventure da„. eo dédale de rue. et île corridors voùtt-s où se presse la foule la plus bigarré n du monde, quelque dislrait qu'on soit par la variété du spectacle, on ne tarde pas à distinguer le marchand grec du marchand, turc. L'un vous appelle, vous provoque à entrer dans sa boutique étroite, déploie ses marchandises et ses grâces, vous offre une cigarette, vous caresse, vous enjôle et vous renvoie content après vous avoir vendu deux fois trop cher. Le turc, les jambes croisées sur sou tapis, fumant son chibouck ou déjeunant d'un concombre, attend les chalands, montre ce qu'on lui demande, dit sou prix, ne répond rien si l'on marchande, et vend rarement aux Européens, qui aiment à être .sollicités et à être trompés.
Les marchands sardes sont comme les marchands
Ï2S L'ILE m SAKbAICNE.
tu rus, pleins de dignité, mais aussi d'indolence. Ils reçoivent dédaigna use ment les commissions comme un hommage et ils s'en occupent nonchalamment à leur aise et à leur heure, lintrez dans leur boutique, c'est à peine s'ils se lèvent et s'ils interhjritpeiLL p. >ui vous la conversation commencée. Demandez -leur un objet qu'ils n'ont pas sous la main, si ce n'est pas l'heure de la promenade on du café, et qu'ils en attendent un honnête profit, ils vous pruitiftitivint peut-être de le chercher; mais ne les pressez pas, repassez patiemment le lendemain, le surlendemain, ne montrez jamais d'humeur, soyez insinuant et gracieux, ou bien on vous renverra aux calendes grecques, si l'on ne vous éconduit pas. J'ai maudit cent fois les libraires sardes. Je voulais recueillir les brochures publiées depuis dix ans dans l'Ile afin d'y suivre dans toutes ses phases le mouvement des idées politiques et économiques. Pour eu déterrer quelques-unes, j'ai dù fouiller moi-même dans les rayons et les greniers, revenir, insister, ni' autoriser de' recommandations puissantes, et je n'ai pus toujours réussi. Mais peut-
de m'aider à perdre ainsi mon temps et mon argent en de vides lectures, et au lieu de leur garder rancune leur devrais-ji! quelque reconnaissance?
Quoi qu'il en soit, l'esprit du négoce n'est pas commun en Sardaigue, et c'est aux étrangers que revient la plus grande part dans le développement commercial qui s'y est. produit depuis vingt ans.