‹ L'ile de SardaigneChapitre 37 sur 55 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Jiutiïii rilritœ el justice ™minollf. — VciiiicU». — Lu [nijiuluLiuu.

— ]ja tûmoim. — Lts juré*. — Ln jugea. — L'ofbkm publique

— Briginds célébra — Lw lyiidiw, la intendante et In hsndils.

— Bravï — Mnnm nipituive» si pivrentivc*. — Goidin itrie.

— D&nriiiisnicnt. — Réforme!- wcînlc! — 5t.itiMi<|ue jmlieinin-.

Comme les transie lions sont encore peu nombreuses en Sardaïgue, que la propriété parfaite y est à peine constituée, que la terre y a peu de valeur et que les ventes, les hypothèques, les prêts d'argent y sont rares, la justice civile et commerciale n'y a qu'une importance secondaire. En revanche la justice criminelle y a une importance immense. Les attentats contre les personnes sont d'autant plus multipliés que la vie civile est moins développée, et il ne se passe guère de jour sans assassinat. Je ne crois pas, comme le dit une statistique officielle, que le nombre des crimes ait doublé de 184» à 1856. On en a constaté le double, ce qui est bien différent. Mais il est déjà effrayant de voir que, proportionnel le ment à la population) le nombre des accu-

ses est quatre fois plus élevé qu'en Piémont. La justice a été si longtemps servile et vénale que chacun a pris l'habitude de se faire son propre justicier. De là la vendetta et ses sinistres exploits. Pour un soupçon, pour une niain qu'on lui a refusée, pour la plus légère offense, le Sarde tue. S'est-il défait de sou ennemi, les parents du défunt se lèvent en armes et de sanglantes représailles commencent. Souvent la haine d'un particulier devient la guerre de deux villages, et cette guerre, avant de finir par un traité de paix scellé sur l'Evangile, dure un demi-siècle et coûte la mort de vingt personnes. La vengeance se caehe parfois mais elle ne marche jamais d'un pas boiteux. Quand elle attend, c'est pour mieux ajuster, et mille précaution ne met à l'abri de ses coups. Si vous ne sortez pas la nuit, vous serez frappé le jour. Si vous êtes gardé par des amis fidèles, une balle invisible ira vous atteindre au beau milieu de votre escorte. C'est ainsi qu'il y a dix ans jl) les syndics de Nulvi, deGaltelli et de Tissi, armés jusqu'aux dents et accompagnés l'un de six, l'autre de douze, l'autre de quarante hommes, ont été l'un après l'autre arquebuses en plein soleil et en plein village.

A de tels maux, il n'y aurait qu'un remède, une prompte répression, une justice sévère. Malheureusement, tous les éléments d'une bonne justice font défaut, les témoins pour déposer, les jurés pour condam-

En 1665, aï ja ne me nom;*.

lier, la force publique pour exécuter les sentences.

Un meurtre ffit-il commis devant cent personnes, un n'en trouvera pns une pour ie dénoncer, et le meurtrier continuera à vivre tranquillement chez lui jusqu'à ce que la vengeance privée vienne un jour le frapper à l'iraproviste. Le coupable a-t-il été arrêté, tous les témoins cités se renferment dans la même attitude silencieuse. Ils n'ont rien vu, rien entendu. Si par hasard, un aveu leur a échappé dans le cabinet du juge, a l'audience ils se rétractent, ils ont tout oublié. Les plus consciencieux tremblent, hésitent, et finissent par dire non; les plus délibérés nient effrontément sans jamais se démentir. Vous avez beau les condamner à l'amende, les menacer de la prison, les poursuivre en faux témoignage ; ils endurent tout plutôt que de parler; ils aiment mieux perdre la liberté que la vie, et ils savent qu'il y va de leur vie s'ils rompent le silence. Sans parler de faire déposer les témoins il n'est pas même facile de les faire comparaître. Dans la Gallura, où se commettent les crimes les plus graves et les plus fréquents, la population est disséminée sur un territoire immense et le plus souvent n'a pas de domicile fixe. Les huissiers sont obligés de parcourir des distances de 60, de 80 kilomètres à travers des forêts sauvages, des torrents sans ponts, des sentiers à peine tracés, pour poi-ter les citations, et quand ils arrivent à la cabane ou austazzo qu'on leur a désigné, ils n'y trouvent plus celui qu'ils cherchent II leur faut des semaines, des mois avant de le découvrir et de lui signifier l'ordre de IU

M. L'ILE M SARDA1GHE.

la justice. On recule parfois devant ces difficultés el l'instruction éprouve de grands retards ou présente de sérieuses lacunes. Dans les cours, dans les tribunaux d'arrondissement, les magistrats montrent en général autant de zèle que de lumières; mais dans les tribunaux inférieurs de canton, ils ferment souvent les veux et craignent de voir, et le procureur-général de Cagliari, sans exiger d'eux, ce qui serait injuste, l'attitude d'un Boissy d'AngUis, et sans méconnaître les difficultés de leur mission, se plaint qu'un certain nombre d'entre eux perçoivent des droits excessifs, s'ingèrent à tort dans les affaires communales, ne sont pas inaccessibles à l'influence des cadeaux, et tiront un parti fort avantageux de leur silence (I ;.

Les jurés sont comme les juges dans une situation difficile ; ils mit souvent à choisir entre leur conscience et leur sûreté ; ils craignent, au se prononçant pour la culpabilité, d'avoir auprès d'eus un collègue qui signale ou travestisse leur vote, et qui satisfasse ainsi sans danger pour lui ses rancunes personnelles, et ils puisent dans cette considération un grand fond d'indulgence : Iniiium sapientite timor. Ils trouvent commode que les affaires restent obscures, pour avoir un prétexte de ne pas voir clair et pour échapper à la nécessité de condamner. Leurs idées sur le bien et le mal sont d'uilk'urs tort étranges ; ils appartiennent it

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