LES PLAISIRS. 31S
Quand les hommes ont. préludé seuls, les femmes se mêlent à eux, et pendant de longues heures la ronde continue, se précipitant, se ralentissant tour à tour et déroulant ses anneaux avec la souplesse du serpent qui glisse sur l'herbe au milieu du jour. Malgré l'éclat pittoresque des costumes et les beaux yeux des danseuses, ce spectacle, à la fin, ne laisse pas d'être fatigant, et l'on aime à s'en reposer par la vue des montagnes bleues et par celle du golfe riant et calme "oit les barques des pêcheurs promènent leur blanche silhouette.
Ijt religion en Sardaignn se mêle souvent, pour les consacrer, aux travaux de la vie rustique. An printemps on 3- bénit les bœufs, comme à Rome on bénit les chevaux. Il est curieux de voir défiler devant la porte des églises les longs escadrons de ces pacifiques animaux, le jougpeint de couleurs éclatantes, les cornes garnies d'oranges, la tête ornée de guirlandes et de fleurs. Ils s'avancent dans l'attitude recueillie de fonctionnaires qui sentent leur importance, s'arrêtent gravement devant le prêtre, et consciencieusement reçoivent leur eau bénite. Cependant les paysans, réunis par groupes et appuyés sur leurs aiguillons, étudient, comparent les races, remplissent l'air de leurs causeries, de leurs gestes passionnés, et- offrent aux yeux ce spectacle animé dontCaltot, de son crayon moqueur, a su rendre si spirituellement l'ensemble et les détails.
Beaucoup de fêtes sont, de véritables pèlerinages.
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Telleest celle de Saint-Iîfisio, une procession qui dure quatre jours et qui attire u Cagliari une fouie immense. Le saint est un beau jeune hommeenboia peint, portant la moustache et la mouche, botté, cuirassé, un casque de pompier sur la tête, et sur les épaules un long manteau espagnol Le 1" mai on la met sous verre, puis on l'installe sur un char doré, attelé de deux bœufs noirs grassement nourris à l'avance, tout enguirlandés, le front paré de bandelettes, le cou garni d'un élégant collier à grelots et d'une clochette dorée. Un beau iïtirs richemniit vùtn, si.>s longs cheveux noirs flottants sur les épaules, conduit l'attelage sacré, A onze heures le canon tonne; c'est le signal. Le cortégo se met en marche. D'abord les carabiniers, puis les confrères de Saint-Ephise portant la bannière du saint et les prêtres attachés à sa chapelle vêtus en écuyers, habit court, culotte collante, bottes molles, éperons d'argent, tous à cheval, ensuite le conseiller chargé de présider à la fête, le saint entre deux haies de soldats, le syndic, la municipalité, les chanoines de Cagliari, dos joueurs de lauuedda, enfla la masse du peuple, hommes et femmes dans leurs plus beaux atours. Nobles et bourgeois, ouvriers, paysans, matelots s'avancent pêle-mêle. Les mis disent leur chapelet, les autres marmottent des litanies ou chantent des cantiques; les plus zélés vont pieds nus, et quand ils réussissent à toucher les bœufs ou le finir, ili-v.itnmnnt se signent. Une immense quantité de spectateurs remplit les faubourgs , et les bords du golfe. ] étang de la Scafla sont