‹ L'ile de SardaigneChapitre 6 sur 55 · PAYS · texte numérisé non relu

PAYS

Dans les autres églises de Cagliari on trouve, comme à la cathédrale, à coté de riches incrustations en marbre de couleur, de vieilles guenilles suspendues aux murs et qu'on appelle îles draperies. A chaque autel des tableaux mutilés par les étoffes qu'on y a clouées, ou d'horribles statues en bois ou -en cire, peintes et habillées. Je me souviens d'avoir vu à Saint-Éphise, aux pieds du Christ en croix, une'vierge vêtue d'une robe de satin noir à poiute, légèrement décolletée, portant un tablier de dentelles et une mante espagnole, le cœur pereé d'un poignard à manche de plomb. Deux soldats contemplaient avec admiration ce travestissement. L'homme inculte a mauvais goût.

Si Cagliari est le type de la région méridionale de la Sardaigue à laquelle elle sert de capitale, région torride qui rappelle l'Afrique par la puissance de sa végétation et l'ardeur de son soleil, Sassari caractérise au contraire la région septentrionale de l'île, véritable prolongement de notre Corse, plus semblable par ses cultures et son aspect général à un lambeau détaché- de la Provence qu'à une terre italienne.

Sassari, malgré ses prétentions, ne ressemble guère à une capitale. Ses promenades datent d'hier, et ne donnent encore de l'ombre qu'en espérance. Ses maisons n'ont pa>i grand aïr, et ses institutions, qui ténioi-

ni; rl'admiratiu) «que tontes ses

beauté, 1 de gracit

îefs

'été<

I que rarement i l'honneur île uvent avoir de stalles on bois

uses arabesques, leurs marbres de richesses, est déparé prir d'inlimises décorations en carton peint, par des draperies souvent en lambeaux, et par les fresques pitoyables dont les murs sont couverts (:.').

Le Castello est le seul monument d'un caractère remarquable et d'un aspect implant. C'est un vaste rectangle flanqué, à chacun rie ses coins, d'une tour carrée. Sur le milieu de sa l'aride, principale, une tour plus large et plus liante, servent de beffroi, se détache

iorps.

jette I

poi

est dai i défendue autrel

spa

sentinelle. I.e Castello, avec les créneau muni, les fenêtres étroites dont il est pierres énormes dont il est bâti, rappelle, veuirs des temps anciens, des idées de fo deur et d'inégalité dont nous sommes î bien loin. Situé dans !a partio supérieur»

il a servi successivement de forteresse au gon, dont les armes figurent encore sur

ie ii relise ni eut de la ville,

t rois d'Araplitsieurs de

li Suiiiu Mita di IklhlMm.

(S. 11 tliwmo. — S»int( tklb«im,

sesparois.de prison nu tribunal de l'inquisition, et enfin de caserne. Il se liait autrefois à l'enceinte île la ville, qui, Ho loin en loin, était munie de tours. Ces tours, au nombre de trente-six, ont presque toutes disparu ; il n'en subsiste plus que quelques- unes à dcmidémantelées, et perdues dans les îlots des maisons auxquelles elles sont adossées.

C'est sur la place du Castello que se tient le marché. Là, chaque jour, les femmes des environs viennent apporter des légumes, des fruits, du tribier, de la volaille. Elles se rangent en ligne, s'accroupissent, étalent devant elles leurs marchandises dans de grandes corbeilles, et attendent les cbalaiids. Leurs costumes sont charmants. Elles portent presque toutes une jupe en lame, à mille petits plis longitudinaux, comme la tunique de la Diane hiératique de la villa Albaui, une chemisette fermée pur une agrafe d'or ou d'argent, laissant coquettement entrevoir la naissance de la gorge, un corset lacé autour de la taille, et garni de boutoiLs de métal, de larges manches ouvertes, et parfois une petite veste. La jupe est le plus souvent jaune ou rouge, tantôt d'un muge brun produit par la garance sauvage, tantôt érarlate; le corset et la veste sont bleus ou noirs. Ainsi vélums, ces cotitadincs, avec leurs beaux cheveux, leurs petits fronts, leurs grands veux, leur regard ai dent et «H'ii'oui-hé, la finesse habituelle de leurs traits, ont un charme qui- captive et fourniraient de délicieux modèles à un aquarelliste. Valerio, qui a fait de si piquantes études sur les

.m L'ILE DE BÀRlUIGïJK.

types des populations danubiennes, trouverait en Sardaigue une riche veine à exploiter, et nos peintres de genre, des scènes toutes comp >sées, qui ne sont ni l'Afrique, ni l'Italie, ni l'Espagne.

11 n'y a à Sassuri que deux rues bien pavées; les antres sont pleines de trous et d'immondices. Quelques-unes sont si étroites, que doux personnes ont de la peine à y passer de front. C'est là qu'on trouve encore ces taudis infects où l'homme vit pour ainsi dire en cohabitation avec les animaux. Pas de lit : femme, mari, enfant couchent par tfire, sur des nattes. Dans nu coin de la chambre, un petit anc, les yeux bandés, tourne la meule qui écrase le blé de la famille. l'as de cheminée; un petit réchaud et une grille, voilà toute la batterie de cuisine. La vaisselle n'est pas moins simple. Bile sa compose d'un plat unique dans lequel chacun pèche à si>u tour un morceau, et d'une gourde où Ton boit ù lu ronde. L'util ne plonge qu'avec effroi dansées tavernes hideuses, et il faut du courage aux soldats pour y passer, comme jo l'ai vu, de longues heures à fumer et à Indre,' accoudés sur des tables boiteuses.

Il n'y a à Sassari qu'une seule fuiitaine, celle du lîosello. Un régiment d'Anes eu distribue l'eau dans la ville. Ces peti's ailes, rabougris et velus, ont les oreilles coupées. Ils vivent dans la plus intime familiarité avec leur maître, dont, ils partagent souvent le logis, lin route dès le matin, ils vont, viennent la tête pendante et l'air piteux, cherchant dans les rues les

LE PAYS. îï

feuilles de chou uu du salade que les cuisinières charitables y ont laissées pour eux, et suivis do l'ânier qui redresse à coups de lûtnu le.urs plus innocentes distractions. Ils ont sur lo dos deux petits tonneaux. Lorsqu'on on enlève un, pour que l'autre ne roule pas, on leur attache une des jambes au bât, et on les contraint à rester ainsi des heures en équilibre sans pouvoir ni prendre leurs ébats ni dormir debout, les malheureux!

Il ne serait pas malaisé d'amener à Sassari quelqucsunea des sources des environs. Il serait plus facile encore de faire monter l'eau du Rosello dans la partie haute de la ville, et de la distribuer ensuite dans les autres quartiers. Un capital égal à celui dont les habitants paient chaque année la rente aux Aniers serait pour cela plus que suffisant. La charge de chaque âne est, en effet, de trente litres. Kilo se vend lin sou au rez-de-chaussée, deux ou trois sous au premier ou au second étage. Mettons la consommation moyenne de chaque habitant à six litres, ce qui est peu, quoiqu'il y ait quelques puits, et que l'kibitu 'ed'énmomiser sur la propreté suit générale, r'eM u:io dépense ipioi Mienne

une ville de vingt-deux mille habitants, représente par jour :i30. et par an 120,000 francs. l'ourla moitié, le quart peut-Être de cette somme , on s'affranchirait, du tribut qu'on paye aux aniers; mais que deviendraient les ânes (])?

r.'lLL DE SABDAIGNE.

nourrices accroupies aux portes et. allaitant leurs enenfants, d'ânes frétillants avec leurs barriques, de netête dans des corbeilles des gâteaux et des fruits qu'elles offrent d'une voix glapissante, de gardes nationaiiK en blouse bleue, de garibaldiens en blouse rouge, de collégiens en képi, de prêtres au feint vermeil, de capucins mal vêtus et populaires. Du milieu de cotte foule bigarrée, de ces conversations incessantes, sort un bruit confus, immense, qui ne cesse pas et qui est. cent fois plus assourdissant que celui de nos boulevards. Aux balcons, le soir, îles enfants, de gracieuses jeunes Mlles devisent entre elles, heureuses de leur jeunesse et d<>s regards qu'elles attirent, et donnent, aux maisons un air de fête et aux rues une singulière animation. A travers l'échappée de la via grande, te regard

sari Une si verte ceinture, une vaste lande sans arbres

embellissent les environs de Porto-Torres, et enfin l'île île l'Asinara. dont les contours azurés s'unissent

D i^(|iMÛi CoOglc

Page 1