LE PAYS. 4S
dernières heures du couchant se teindre de ces tons lilas qui, peu à peu, se fondent dans une ombre argentée, et que, délivré du poids du jour, je respirais plus librement, y: passais de douces heures à les contempler et, en m'y reportant par le souvenir, je ne puis m'empêcher do dire avec le poète : 0 rua quando le adtpiciam? 0 belles montagnes, quand vous reverrai-jeï
Les plaines présentent le coup d'œil le plus varie. Les unes, comme dans le Cainpidano d'Oristano, entremêlent les haies de cactus et les palmiers aux plus splendides moissons, et en automne, après la récolte, disparaissent sous un linceuil de poussière crayeuse. Les autres se conservent vertes, mais d'un vert pâle et maladif , elles sont couvertes de joncs, hérissées do roseaux, semées de (laques d'eau limoneuse, parcourues liai 1 de maiirres troupeaux et souvent noyées de vapeurs épaisses. Il y en a qui , aussi loin que l'œil peut s'étendre, n'offrent aux regards qu'une lande pierreuse où les moutons trouvent à peine de quoi vivre, on une maigre végétation arborescente, des genùls, des bruyères, des chèvre-feuilles suspendant aux arbustes leurs lianes capricieuses. Puis tout à coup on voit se succéder, dans un court espace, de grands chênes verts avecleurs brundo collines vienne en rompre la monotomie, tantôt s'é-
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des, le plus s uvent s'inclinant mollement pour donner naissance à une plaine nouvelle.
Mais la merveille de la Sardaigne ce sont ses bois d'orangers, celui dp Millis surtout (li. C'est une vraie forêt de grands arbres, incessamment rafraîchie par des ruisseaux d'une eau limpide. La vigueur de la végétation, le feuillage suiiitirc qui s'harmonise si bien avec le bleu un peu cru du i iel, les branches qui plient sous le poids des fruits, le sol jonché de (leurs, l'odeur enivrante, tout parle à la fois aux regards, ;'i l'imagination, à tous les sens. On se rappelle les beaux vers du Tasse :
ti>' fiori elcnii. demi il friillu du™ K mentre Kpunla l'un, l'allro matura.
Pendono a nu rnm >, un nui dura lu sjinglia [,'altro cm venle, il mvo i- il poirn anltco.
Et an chaut des oiseaux on rêve à l'enchanteresse que le poète avait placé dans ce séjour de volupté : « Elle est couchée sur le gazon et son amant sur son « sein. Sa gorge n'est qu'à demi-voilée et ses che- « veax flottent an gré du vent d'été. Elle languit •e d'amour et la sueur qui perle sur ses j nues brûlantes « en augmente l'éclat. Semblable an rayon de lumière « qui traverse l'onde, un sourire plein de trouble et « de volupté brille dans ses yeux humides. Elle se « suspend ù lui; lui, doucement l'attire, et visage
(1) i"m* <l" g I«ini m Je Dorant nova- «a: adainUa.