CHAPITRE PREMIER
Population à différentes époques. — Densité , accroissement et distribution de la population. — Maisons. — Familles. — Mariages. <— > Naissances. — Décès. — Classification civile et politique. — Électeurs. — Députés. — Garde nationale. — Conclusion,
Kn 1698» sous la domination espagnole, la population de la Sardaigne était de 261, 674 habitants. Trente ans plus tard, en 1728, sous le gouvernement piémontais, elle s'élevait à 309,994 habitants. De 1728 à 1846, il n'y eut p^ de recensement régulier. En 1846, on constata543,207 habitants; en 1848, 547,112; en 1857, 573,115; enftn, le 1" janvier 1862, 588,064 habitants. Ainsi, de 1848 à 1857, l'augmentation a été de 26,003 habitants, soit de 2,667 habitants ou de 0.48 pour cent par an. De 1857 à 1862, elle a été de 14,949 habitants, c'est-à-dire de 2,989 habitants ou de 0.52 pour cent par an. L'augmentation moyenne est, en Corse, de 0.57 pour cent par an; en Sicile, de 0.88; en Belgique, de 0.83; en Angleterre, de 0.97; en Prusse, de 1.57 pour cent. En France, elle a suivi une marche décroissante et elle a passé successivement de 0.69 à 0.50,
190 LULK DL SAKDAIGNH.
puis à OAH py'ir cent par an (1). L'accélération du mouvement progressif, en Sardaigne, pendant la der* nière période quinquennale, doit être attribuée en grande partie à l'influence du nouveau régime sous lequel rile a été placée, et, en effet, toutes les provinces ayant participé aux bienfaits de ce régime, toutes ont contribué proportionnellement à l'accroissement de la population ('^].
La Sardaigne ayant 24,250 kilomètres carrés et 588,064 habitants, a en moyenne 24 habitants par kilomètre carré; la province de Cagliari en a 27 et celle de Sassari 20. En 1846, la moyenne était pour la Sardaigne de 22.70 ; c'est le chiffre actuel de la Grèce. Dans le reste de l'Italie la densité est beaucoup plus forte. Elle est en moyenne de 84. Les provinces italiennes qui sont le moins peuplées sont, avec la Sardaigne, Grossetto, où il y a 23 habitants par kilomètre
(1) Pendant les troi« périodes décennales de 1B21 » 1B31.
(2) Voici le tableau comparé par provinoas :
CMiidel887. Iil.d«3léfi.l8ll. AiganUliti.
Cagliari. 138,798 140,523 1,725
Cagliabi.
Oristano. 112.784 113,898 2,»' 14
Lanusci . 58,039 59,446 1.417
Iglesias . 53,601 56,730 3,12il
Total. 363,212 372,097 8,885
Sassari. 65,424 67,191 1,767
Xuoro . . 61,698 52,508 810
ifAbSAUi. l Alghcro. 33,41o 37,113 1,702
Ozieri . . 33,802 34,392 590
Tempio . 23,069 24,704 1,195
Total. 209.903 215,9«7 6,064
POPULATION*. h)\
carré; la Capitanate, où il y en a 33; la Basilicate, où il y en a 46. En France, où la moyenne est de 69, il y a deux départements moins peuplés que la Sardaigne, les Basses- Alpes, où le nombre d'habitants est de 21.90, et les Hautes-Alpes, où il est de 23.40 par kilomètre carré. En Corse, il y en a 27.40.
La population sarde est distribuée en 371 communes, qui ont en moyenne 1,685 habitants et 65 kilomètres carrés de superficie. Les habitations dans chaque commune sont très agglomérées, en sorte que les villages se trouvent fort éloignés les uns des autres et comme semés sur un vaste territoire désert. Le défaut de sécurité, le défaut de routes, le défaut de richesse sont les trois causes de cette agglomération de la population qui, du reste, est un fait général en Italie. Les grandes et les petites villes y sont, en effet, relativement beaucoup plus nombreuses qu'en France, et les communes y sont beaucoup plus fortes. En Sicile, chaque commune a en moyenne une population de 6,681 habitants. Sur les 371 communes de la Sardaigne, il y en a 09 qui ont moins de 500 habitants ; 102 de 500 à 1,000; 113 de 1,000 à 2,000; 55 de 2,000 à 3,000; 13 de 3,000 à 4,000; 10 de 4,000 à 5,000; 7 villes de 5 à 10,000; une He 26,000, une de 30,000.
Le nombre des maisons est de 123,194. 19,155, c'est-à-dire 15.55 pour cent sont inoccupées. Il n'y en a d'habitées que 5.08 par kilomètre carré, tandis qu'il y en a 12.78 en Italie ; 14.01 en France ; 24.76 en Angleterre; 28.34 en Belgique. Chaque maison compte
192 LULE DE SARDAIGNE.
4.77 habitants, formant 1,11 famille. Le nombre total des familles est de 138,637, composées en moyenne de 4.24 personnes. En Italie, chaque famille est de 4.66 personnes; en Belgique, de 4.84; en France, de 3.84.
Le nombre des hommes est plus grand que celui des femmes. La proportion est de 50.34 à 49.66, c'esi-à-dire un peu supérieure à ce qu'elle est dans le royaume d'Italie. La supériorité numérique du sexe masculin dure jusqu'à soixante ans. Au delà, le sexe féminin devient le plus nombreux. C'est dans la période de dix à yingt ans et dans celle de quarante à cinquante que la prédominance du sexe masculin est la plus forte.
Classée par âge, la population se répartit ainsi : Sur 100,000 habitans, il y a :
12,950 individus de moins de 5 ans.
12,553 — de 5 à 10 ans, 18,979 — de 10 à 20 — 15,321 — de 20 à 30 — 14,024 — de 30 à 40 — 11,725 — de 40 à 50 — 7,651 — de 50 à 60 — 4,492 de 60 à 70 — 2,305 — de plus de 70 ans.
On voit que, sur cent mille habitants, il y a 44,482 individus de moins de vingt ans, chiffre plus élevé que la moyenne de l'Europe, qui est de 42,363, mais moins élevé que celle de l'Angleterre, qui est de 46,009.
Pour les individus de vingt à trente ans, la Sardaigne est au-dessous de la moyenne générale, qui est de plus de 17,000 ; au contraire, pour les individus de trente à quarante ans, elle est à l'un des premiers rangs.
Par rapport à l'état civil, la population se classe de la manière suivante. Sur 100 habitants, le nombre des garçons est de 31.25; celui des filles, de 26.25; le nombre des mariés, de 18; celui des mariées, de 16.50; le nombre des veufs de 1.60, celui des veuves de 5.35 (1). Il y a eu en 1863 5,228 mariages, soit 0.88 pour 100 habitants. En 1862, la proportion avait été de 0.83 pour cent; c'est à peu près la moyenne de l'Italie, qui a été, en 1863, de 0.82, et en 1862, de 0.81 pour cent (1). Le nombre des naissances a été de 3.73 par 100 habitants, et de 4.50 pour un mariage. Il est né 107 garçons pour 100 filles, et il y a eu 2.40 pour cent d'enfants naturels. Dans toutes les autres provinces d'Italie, la proportion des enfants naturels est plus grande. Elle est, dans les Calabres, de 7.60; en Sicile, de 6.40; en Lombardie, de 5.50; en Piémont, de 4 pour cent, c'est-à-dire d'autant plus élevée que
(1) On remarquera la différence entre le nombre des mariés et celui des mariées. Une différence analogue se retrouve dans presque toutes les statistiques. Toutefois elle est ici plus marquée. Elle tient : l** à ce que des étrangers, dont les femmes ne sont pas en Sardaigue, sont portés comme mariés ; 2« à ce que des femmes séparées do leurs maris sont portées comme veuves; 3o enfin, aux inexactitudes insépurnblcs des premiers essais statistiques et aux fausses déclarations.
(2) En Russie, la proportion est de 0.83 pourceul; eu Augluterre, de 0.80; en France, de 0,79; eu Belgique, de 0.70.
le nombre des mariages est plus petit. La moyenne pour ritalie n*est que de 4.93 naissances illégitimes sur 100; en Autriche, il y en a 12.90; en France et en Belgique, 7.20; en Angleten'e, 6.30. Mais il est fort douteux que, sur ce point, les statistiques italiennes soient exactes, le clergé étant resté presque partout, jusqu'à ce jour, chargé des registres de l'état civil, et étant, par une fausse pudeur, toujours disposé à cacher le mal, comme s'il en était responsable.
Il y a eu en Sardaigne, en 1863, 21,297 morts, sans compter les morts-nés. C'est une proportion de 3.59 pour cent habitants^ proportion énorme mais qui, heureusement n'est pas noymale, car, en 1862, elle n'a été que de 2,91. En Italie, la moyenne est de 3.13, chiffre plus élevé qu'en France, en Angleterre, et en Espagne, où elle est de 2.26, 2.15 et 2.73 pour cent.
En 1863, la Sardaigne est de toutes les provinces italiennes celle où l'excédant des naissances sur les morts a été le moins considérable ; il n'a été que de 0.13 pour cent. S'il n'était pas plus élevé à l'avenir, il faudrait cinq cent trente -trois ans à la Sardaigne pour voir doubler le nombre de ses habitants. Mais on ne doit pas prendre pour base une année exceptionnelle. Si au lieu de l'année 1863 on calculait d'après l'année 1862 où l'excédant a été de 0.82 pour cent, la population doublerait en quatre-vingt-cinq ans, et si l'on calculait sur l'excédant des cinq dernières années, qui a été de 0.64 pour cent, elle doublerait en cent huit ans. En Italie l'accroissement de la population a été en
moyenne pendant les cinq dernières années de 0.51 pour cent, c'est- à-dire qu'il faudrait cent trente-six ans à la population pour doubler/Mais il est plus juste pour ritalie de calculer d'après Tannée 18G2, qui a vu commencer un nouveau régime plus favorable à ses intérêts économiques. D'après Taccroissemeut de 180*i, qui a été de 0.68 pour cent, il faudrait à Tltalie quatrevingt-dix-neuf ans pour voir doubler sa population. P aprèij celui de 1863, qui a été de 0,80, il ne faudrait que quatre-vingt-sept ans.
De même qu'il y a plus de naissances masculines, il y a en Sardaigne plus de décès masculins. Il est mort, en 1863, 105.85 hommes pour 100 femmes. C'est en automne que la mortalité est le plus considérable et au printemps qu'elle l'est le moins ; elle est la même eu hiver qu'en été. Sur mille morts, il y en a eu 301 .25 en automne, 207.25 au printemps et 245.75 dans chacune des deux autres saisons.
Les étrangers ne sont pas nombreux. En 1846 il y en avait 6,366 dont 5,423 hommes et 943 femmes. Ce nombre a dû augmenter depuis que les relations avec le continent sont devenues plus fréquentes et que les travaux publics et l'exploitation des mines ont pris un plus grand essor. Toutefois il faut déduire désormais de la catégorie des étrangers, les Italiens des autres provinces qui maintenant sont des concitoyens. La plupart des étrangers sont établis dans les ports ou dans les villes voisines de la côte et s'occupent de commerce* Il y en a peu à l'intérieur où, par suite du défaut
1% L'ILE DE SAliDAIGNE.
de routes, la population est moins nombreuse et où les relations commerciales sont moins actives.
Tous les Sardes solit catholiques. Les habitants qui professent un autre culte sont des étrangers. Je signale la Sardaigne aux Juifs. C'est un pays neuf où ils trouveraient à faire fortune »
Passons à la classification politique delà population.
On sait que le Statut italien confère l'électorat politique à tous les citoyens âgés de vingt-cinq ans, sachant lire et écrire, et acquittant une contribution annuelle de 40 francs au moins, ou s'ils ne paient pas de contribution occupant certains emplois ou exerçant une profession libérale. Cette loi, par la juste part qu'elle fait à l'élément progressif et à l'élément conservateur, convient merveilleusement à un pays où le sens politique abonde mais où la vie publique est nouvelle. Elle admet comme électeurs tous les habitants qui, par leur intelligence et par leur condition sociale, présentent quelque garantie. Elle permet à ce cadre déjà très-large de s'élargir sans cesse par le seul développement de la moralité, de l'instruction et de la richesse publique, et elle ne laisse à l'écart que les gens qui, n'ayant point encore acquis de position stable et vivant au jour le jour, sont fatalement exposés aux plus grossières séductions et manquent à la fois d'indépendance et de discernement politique ; masse flottante traversée «ouveiit par de généreuses inspirations, douée presque toujours d'excellents instincts mais ne connaissant pas de milieu entre l'indifférence et la passion et condamnée
par ses vertus comme par ses vices à n'être jamais qu'un instrument ; masse sans contrepoids qui a fourni dans tous les temps des soutiens au despotisme et des soldats à l'anarchie et qui, à l'époque de transformation que traverse l'Italie, pourrait en précipitant la révolution commencée compromettre à la fois et ce qui est déjà fait et ce qui reste à faire.
Les Sardes ont devant le Statut un privilège important; ils ont droit à l'électorat politique sans savoir ni lire ni écrire. Grâce à cette prime d'ignorance, il y a en Sardaigne 21,142 électeurs, soit 14.81 électeurs sur 100 jeunes gens de 25 ans et 35.95 électeurs par 1,000 habitants. C'est une proportion fort élevée relativement aux autres provinces où la moyenne est de 6.95 électeurs sur 100 jeunes gens de 25 ans et de 17.35 électeurs par 1,000 habitants (1). En Espagne le nombre des électeurs est par 1,000 habitants de 10.08; en Belgique il est de 21.18; en Angleterre de 50.86 et si l'on prend la moyenne des trois royaumes de 42, En France il est de 262. La France est ainsi au premier rang par la quantité des électeurs , mais, par une singulière compensation, elle est au dernier par le nombre des députés. Elle n'en a en effet que 267, tandis que la Grande-Bretagne en a 658, l'Italie 443, l'Espagne 349, la Belgique 116, la Sardaigne 11, c'est-àdire 1 par 53,460' habitants. Si l'on ne tenait compte que du petit nombre qu'ils sont et du grand nombre
(1) La différence entre les provinces du royaume tient à rassietto différente de rimpot et va disparaître avec son unification.
19H i;iLE PE SARDAIGNE.
d'électeurs qu'ils représentent, on voit que l'importance des députés français serait bien supérieure à celle des membres des autres parlements européens. Les électeur» administratifs comprennent tous les citoyens âgés de 21 ans qui payent 5 francs d'impôts ; on en compte en Sardaigne 31,273; c'est presque le suffrage universel.
L'armée italienne se composant de 225,000 hommes en temps de paix, et de 495,000 hommes en temps de guerre, le contingent à fournir par la Sardaigne devrait être de 6,075 hommes en temps de paix, et de 13,367 hommes en temps de guerre. C'est, dans le premier cas, une proportion de 10.33 soldats par 1,000 habitants, et de 24.20 soldats sur 100 hommes de 21 à 20 ans, et dans le second cas, de 22.73 soldats par 1,000 habitants, et de 25,20 soldats sur 100 hommes de 21 à 32 ans. L'effectif do guerre prélevé, on pourait mo))iliser encore dans la garde nationale un corps supplémentaire de 30,000 hommes.
En résumé, non-seulement la population est peu nombreuse en Sardaigne, mais elle est mal distribuée. A coté de quelques cantons où elle est relativement assez dense, on rencontre quelquefois des territoires immenses sans habitants. Ce n'est pas la fécondité qui manque aux mariages, car dans l'arrondissement de Cagliari, les naissances sont de 4 pour 100 habitants, et ailleurs la moyenne est de plus de 3.50 pour cent. En France (1), nous sommes toml)és à 2.50, après une
(l) Rapport (lu préfet.
POPULATION. 19i)
diminution constante depuis 1801, où nous étions à 3.30 pour cent, et il y a peu de pays en Europe, à l'exception de la Saxe et du Wurtemberg (1), qui dépassent 3.50 pour cent. Ce n'est pas la vigueur qui manque à la race ; elle est saine et forte; mais, avec le peu de progrès qu'a faits la vaccination, l'insalubrité des parties les plus fertiles de l'île, la rude vie que mènent les pasteurs, c'est-à-dire le septième des habitants, il ne faut pas s'étonner que les décès soient nombreux et que la population ne se développe pas aussi vite qu'il serait désirable. Elle est d'ailleurs trop faible pour pouvoir de longtemps suffire aux besoins d'un pays aussi vaste. Pendant bien des années, Malthus est condamné à y avoir tort, et il y aurait grand profit à y attirer les émigrants qui vont bien loin, hors de l'Europe, chercher des terres moins fécondes et un ciel moins clément.
(1) En Snxe, la proportion est de 4.03 pour cent; en Wurtemberg, de 4.01; en Prusse, de 3.92.