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CHAPITRE VII

L'inbtruction publique sous le fi^uvernoment espagnol et sous le gouvernement piémontaie. — État présent. — Université. — Cagliari et Sassari. — Petites et grandes universités — Universités italiennes et universités allemandes. — Enseignement secondaire. — Enseignement primaire. — Les hommes et les femmes. — Savoir lire et lire. — Les aptitudes de la race. — Les majoli.

Il fut peu question d'instruction publique en Sardaigne sous le gouvernement espagnol. La fréquence des délits, l'incurie de l'administration, Texcès des impôts, l'appauvrissement général, la dépopulation ne laissaient à la société aucune énergie, aucune puissance d'initiative, et l'ignorance, qui servait les intérêts du pouvoir, ne pesait pas assez aux habitants, pourqu'ils cherchassent à la secouer. Ce ne fut qu'un siècle après la découverte de Guttemberg, en 1566, qu'une imprimerie fut établie à Cagliari par un particulier, Nicolas Cannelles, plus tard évéque de Bosa. Vers la même époque on ouvrit à Sassari la première école élémentaire de latin, et la ville établit un jardin de plantes

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médicinales et fonda un cours public où deux religieux devaient enseigner, moyennant 20 écus, la théologie et récriture, et où un médecin devait faire chaque année, moyennant vingt-cinq écus, l'anatomie d'un corps. Peu après, les jésuites créèrent dans File quelques écoles publiques. Enfin, au commencement du dixseptième siècle, en 1606 et en 1632, grâce à la générosité privée et aux sommes fournies à la fois par les villes et par les États, les deux universités de Cagliari et de Sassari furent fondées. Mais les maîtres manquaient, les livres modernes faisaient défaut, et tandis qu'ailleurs la science, née au souffle de la renaissance et de la réforme, étudiait la nature, en décrivait les lois et s'édifiait sur la base inébranlable de l'observation, l'enseignement arriéré de deux cents ans se réduisait à de vides formules scolastiques. Les auditeurs étaient peu nombreux, la plupart des cours n'avaient qu'une existence nominale. Il n'existait pas de bibliothèques publiques. Les bibliothèques privées étaient rares et pauvres. Il n'y avait pas de savants dont l'exemple et les conversations fussent un stimulant pour la jeunesse. Les lettres ne donnant ni le succès, ni la richesse, ni la considération publique n'étaient pas cultivées, et l'instrument même de toute littérature faisait défaut. Car tandis qu'on parlait et qu'on écrivait concuremment le sarde, l'espagnol et l'italien, ces différents idiomes se faisant des emprunts mutuels se corrompaient à l'envi et avec trois langues le pays n'en avait réellement aucune. La littérature espagnole servait ordinairement

de modèle. L'espagnol était compris et parlé par presque tout le monde, mais comme on ne renseignait nulle part il était incessamment déformé par la langue vulgaire Enfin ritalien était si négligé, que pour les rendre intelligibles au peuple, on avait été obligé de traduire en espagnol les anciennes lois municipales de Sassari> d'Iglesias et de Bosa. Dans des circonstances si défavorables on comprend que ni l'enseignement public ni les sciences ne pouvaient prendre un grand essor.

Au commencement du dix-huitième siècle, pendant que l'Autriche etl'Espagne se disputaient laSardaigne, la décadence devint plus profonde encore. Les universités furent converties en casernes et l'on fut obligé de sortir de l'île pour aller étudier à Bologne, à Pavie, à Padoue, à Madrid, à Salamanque, à Saragosse.

Le premier soin du gouvernement piémontais fut de refaire la Sardaigne italienne. On continua pendant quelque temps à édicter les lois et à rendre les jugements en espagnol, mais peu à peu on s'achemina vers un changement. A partir de 1738, les proclamations parurent avec la traduction italienne en regard. Vingtcinq ans plus tard, elles furent rédigées en italien avec la traduction espagnole en regard, puis en italien avec la traduction en sarde, et enfin, en 1783, l'italien finit par devenir la langue officielle. Pour relever le niveau des études, on fit venir d'Italie d'habiles professeurs qu'on mit à la tête des collèges, on distribua gratuite» ment des livres aux élèves pauvres, on accorda des bourses à des Sardes au collège de Turin, on en envoya

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à Paris pour étudier la médecine. Chaque jour amena un progrès ; sous Tadministration du célèbre comte Bogin, les universités de Cagliari et de Sassari furent reconstituées, renseignement secondaire fut amélioré, beaucoup de bons livres furent réunis dans les bibliothèques publiques. Pendant l'exil à Cagliari des princes de la maison de Savoie, un musée fut créé, des chaires de botanique et de chimie furent fondées, et un décret ordonna la création d'écoles élémentaires dans toutes les communes de l'île. Mais il y a toujours loin d'un décret à son accomplissement , et en Sardaigne plus qu'ailleurs. Ce n'est guère que dans ces dernières années qu'on s'est mis résolument à l'œuvre. Et si l'on a fait beaucoup, il reste encore davantage à faire. Un rapide coup d'œil sur la statistique intellectuelle de la Sardaigne suffira pour nous en convaincre.

L'enseignement supérieur est représenté par les deux universités de Cagliari et de Sassari. L'université de Cagliari a cinq facultés : une faculté des lettres, une faculté des sciences, une de théologie, une de droit, une de médecine. Le nombre des chaires, fixé par le règlement, est de 68, mais il n'y a en réalité qu'une cinquantaine de cours. Il y a 36 professeurs en activité, dont 24 ordinaires, 6 extraordinaires et 6 suppléants. Il y a de plus 7 professeurs honoraires ou émérites et 37 agrégés. En 1862-63, le nombre des auditeurs a été de 77, dont 69 inscrits, celui des étudiants reçus à l'examen final de 63, celui des grades académiques conférés de 15. Les auditeurs étaient

ainsi répartis : théologie, 3 ; droit, 27; médecine et chirurgie, 37; sciences, 10. En 1861-62, le nombre total des auditeurs était de 110. Il y a donc eu une diminution de 53 auditeurs en un an.

L'université de Sassari a trois facultés, une faculté de droit, une faculté de médecine et une faculté de théologie. Le nombre des chaires est de 38. Celui des professeurs est de 21, dont 11 ordinaires, 6 extraordinaires et 4 suppléants. 11 y avait en 1862-63 51 auditeurs, dont 39 inscrits. Le nombre des auditeurs est à Sassari comme à Cagliari, moindre en 62-63 qu'en 61-62 (1). Cette diminution, depuis assez longtemps, a été presque constante ; cependant il y a eu après des phases de décadence, des retours de prospérité relative. En 1825, le nombre des étudiants était de 268 à l'université de Cagliari, et de 262 à celle de Sassari, en tout 530. En 1837-38 il y en avait 402 à Cagliari et 318 à Sassari, en tout 720 (2); en 1851-52, 320 à Cagliari et 254 à Sassari, en tout 574. Si le nombre des élèves diminue plus vite maintenant, ce n'est pas seulement à cause de la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve l'Italie, de la

(1) Je u^ose pas ici citer de chiffres, parce que ceux de l'Annuaire statistique itaUen pour le 64 diffèrent un peu de ceux donnés par PAnnuaire de Pinstruction publique.

(2) -Ce ohiffire de 720 n'est pas puisé à une source officielle, mais tiré de la statistique d'Italie du comte Serristori. Peut-être ne doit-on l'accueillir qu'avec une certaine défiance. Le nombre des élèves de l'université de Cagliari était, en 1858-59, de 137; en 1859-60, de 190. Celui des élèves de l'université de Sassari était, en 1858-59, de 132, et en 1859-60, de 100.

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perturbation qu*amène dans les habitudes la révolution qui est en train de s'accomplir et de Tentraînement momentané de la jeunesse vers la carrière militaire, c'est surtout parce que les communications étant devenues plus faciles et plus promptes, beaucoup délèves vont étudier sur le continent dans des universités plus célèbres. Aussi la diminution du nombre des élèves ne se produit pas seulement en Sardaigne, mais dans toutes les petites universités italiennes. Sur dix-neuf, il n'y en a que trois, les plus grandes, qui aient en 1862-63 plus d'élèves qu'en 1861-62. Celles de Sardaigue ne sont même pas celles qui ont subi la diminution la plus considérable. Celle de Sassari était pour le nombre d'élèves la dernière en 1861-62, elle n'est que l'avant-dernière en 62-63. Il n'y en avait que quatre en 1861-62 qui eussent moins d'élèves que Cagliari, il y en a 5 en 62'63. Dans l'avenir, les causes qui amènent la décadence des petites universités continueront à agir, et il sera sage de supprimer peu à peu les moins florissantes afin de renforcer les autres. C'est ce qui a eu lieu en Allemagne. Il y en avait autrefois 40, il n'y en a plus aujourd'hui que 22, et cependant le nombre total des élèves est loin d'avoir diminué, et le niveau général des études s'est beaucoup élevé.

Le même résultat se produirait infailliblement en Italie si l'on supprimait un certain nombre d'universités. Dans les petites, en effet, il est difficile de recruter de bons professeurs, et le traitement qu'on leur donne est insuffisant. Il y a dix ans ce traitement était,

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à Cagliari, pour 25 professeurs titulaires ou agrégés, de 38,830 fr. de fixe et 8,086 fr. de droits d'examen, en tout 46,916 francs, c'est-à-dire environ l,800francs par professeur. Les dotations des établissements scientifiques s'élevaient à 11,842 francs dont 4,000 pour les bibliothèques et 2,950 pour, le musée. A l'université de Sassari il y avait, pour 19 professeurs, 31,260 francs de fixe et 6,799 de droits d'examen en tout 38,059 fr., soit 2,000 fr. environ par professeur. Les établissements scientifiques recevaient 6,825 francs sur lesquels 2,950 étaient dévolus à la bibliothèque. Les choses ont peu changé depuis cette époque.

Avec de si faibles ressources il n'y a pas de quoi entretenir deux universités. Le gouvernement piémontais l'avait bien compris et il avait agi sagement en décrétant la suppression de celle de Sassari. Mais ce décret a soulevé dans l'île la plus vive opposition. On a contesté au gouvernement le droit de supprimer une université qui a été fondée par les libéralités des particuliers et par une contribution municipale; on a allégué en outre la distance qui sépare de Cagliari un grand nombre de villes et de villages. A mesure qu'on établira des routes dans l'île, cette raison cessera d'être bonne, et si l'intérêt général en même temps que les exigences des bonnes études n'amènent pas les Sassarais à résipiscence, ils verront leur université devenue de jour en jour plus déserte mourir à la fin de mort naturelle (1).

(1) De 1852 h 1855, la moyenne den élèves de l'université de Sassari

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L'enseignement secondaire est donné en Sardaigne par les lycées et les gymnases. Les lycées ont trois classes supérieures correspondant à ce que nous appelons les humanités, la rhétorique et la philosophie. Les gymnases ne comprennent que les classes inférieures au nombre de cinq. Il y a deux lycées : l'un à Cagliari. ayant 45 élèves, et l'autre à Sassari en ayant 58; en tout 103 élèves (1). La population de la province de Cagliari étant de 372,097 habitants, c'est 1 .2 étudiant par 10,000 habitants, et la population de la province de Sassari étant de 215,967, c'est 2.6 étudiants par 10,000 habitants. Si Ton prend l'île entière, la population étant de 588,064, la proportion est pour 10,000 habitants de 1.7 élèves recevant un enseignement secondaire complet. Il y a dans la province de Cagliari 8 gymnases dont 3 dirigés par l'Etat et 5 libres. Deux sont à Cagliari, les six autres dans six villes différentes. Ils comptent en tout 569 élèves. Dans la province de Sassari, il y a trois gymnases royaux et deux gymnases libres comptant ensemble 317 élèves. Il y a en outre une école technique à Cagliari ayant 120 élèves, et une. à Sassari en ayant 71. Dans ces écoles techniques on n'enseigne pas le latin, mais l'italien, un peu de dessin,, de géométrie, d'algèbre, d'arithmétique, de physique et quelquefois les éléments du français. Le niveau des études ne dépasse pas, il atteint à peine celui d'un

a été de 229. Dans l'année scolaire 1850-57, il n'y en a eu que 143, En 1R60-6I, 61-02, 62-63, il n'y en a eu qu'une cinquantaine.

(1) Ce chiffre est celui do l'Annuaire de l'instruction publique; celui qui est donné par l'Anmiaire italien est fieulemont 80,

grand nombre de nos écoles primaires. Le nombre total des élèves des gymnases et des lycées est pour Tîle de 989 ; en y ajoutant celui des écoles techniques c'est en tout 1,077 élèves, soit sur une population de 588,064 habitants, 18 étudiants pour 10,000 habitants, ou, en d'autres termes, 0.18 pour cent qui reçoivent la plupart, fort incomplètement, l'instruction secondaire (1). En Toscane, la proportion est à peu près la même. En Sicile, ell« n'est que de 0.076 pour cent. En France elle est de 3 pour cent, et, une chose bien remarquable, c'est que cette proportion était presque la même il y a un siècle, en 1763.

Pour l'enseignement secondaire comme pour l'enseignement supérieur, ce n'est pas le nombre des établissements qui fait défaut, c'est le nombre des élèves et la force des études (2). Les programmes sont vastes et

(1) Je comprends ici les écoles techniques parmi les établissements d'instmction secondaire, pour me conformer à l'usage suivi en Italie et pouvoir comparer la Sardaigne aux autres provinces italiennes ; mais, en réalité, si l'on voulait faire la comparaison avec la France, il ne faudrait compter parmi les élèves recevant l'instruction secondaire que les élèves des lycées^ ce qui donnerait alors seulement 0.0145 élèves pour 100 habitants.

(2) On est en général fort injuste pour les universités sardes. Dans un article publié au mois d'août 1862, dans Vltalie (de Turin), je m^exprimain ainsi : o Le voyageur qui ne reçoit pas dans un pays l'accueil qu'il mérite ou qu'il espère s'en venge souvent par en médire. On sait que madame Troloppe n'ayant pas réussi dans le bazar de modes qu'elle avait établi à Cincinnati^ écrivit un* livre outrageant sur les États-Unis, et charma ainsi en Europe « les vanités aristocratiques au service desquelles tt elle était assez singulièrement enrôlée. » Je nu veux pas, à l'exemple des Sardes, chercher dans un insuccès analogue la raison d'une brochure sur leur île, qui a paru l'année dernière à Paris. Je suis trop poli pour n^en pas croire l'auteur de bonne foi, mais je prends la liberté de lui dire qu'il est mal informé, qu'il n'a pas été à portée de bien voir, et que le tableau qu'il trace de Ja Sardaigne n'est pas exact. Lorsqu'il écrit que

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brillants» mais ils ne sont pas toujours bien remplis. Il en est de même de renseignement primaire.

L'enseignement primaire est constitué de la manière suivante. Il y a dans la province de Cagliari 425 écoles élémentaires dont 11 tenues par des particuliers et 414 au nom de l'Etat. Le nombre des élèves est dans les

premières de 297, et dans les secondes de 9,687, soit en tout 9,984. Le nombre des enfants de six à douze ans étant dans la province de 54,103, c'est 18.45 pour cent qui fréquentent les écoles et relativement à l'ensemble de la population 2.68 pour cent. Dans la pro* vince de Sassari, le nombre des écoles élémentaires est de 246 dont 10 tenues par des particuliers et 236 au nom de l'Etat. Les premières ont 211 élèves, les secondes 7,965, en tout 8,176. Le nombre des enfants de six à douze ans étant dans la province de 31 »402, la proportion de ceux qui vont à l'école est de 22.53 pour cent et relativement à l'ensemble de la population de 3.73 pour cent. On voit que la province de Sassari est un peu plus avancée que celle de Cagliari.

Si l'on fait porter les observations sur toute l'île, les résultats sont les suivants : 671 écoles et 18, 160- élèves

renseignement dans les deux universités de Cagliari et de Sassari est nul, je soupçonne qu'il en a peu fréquenté les cours qui se font en italien et non point en latin, comme il le suppose; et lorsqu'il ajoute ; « Comprend* « on Pétude de la médecine sans bibliothèques, sans hôpitaux, sans labora- « toires de chimie, sans cabinets de physique, » je lui réponds qu'il commet autant d'erreurs que de roots. Il y a îi bassari et à Cngliari des bibliothèques et même de savants bibliothécaires..... Les hôpitaux ot les cabinets de physique ne manquent pas, et il y a si bien un laboratoire de chimie à < ogliari que je vous parlerai, si vous le voulez , de Pcnseigne* ment qui s*y donne et du professeur qui le dirige, n

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(les deux sexes, c'est-à-dire, pour 85,505 enfants de six à douze ans, une proportion de 21.23 pour cent, et pour une population totale de 588,064 habitants une proportion de 3.08 pour cent qui fréquentent les écoles. En 1861-62 cette proportion n'était que de 2.78 pour cent, savoir ; pour les garçons de 3.19, et pour les filles de 1.76 pour cent; à la même époque elle n'était que de 0.86 pour cent en Sicile, de 1 .55 pour cent à Naples, (le 1.70 pour cent en Toscane, tandis qu'elle atteignait 7.94 pour cent en Lombardie et 8.04 pour cent en Piémont. Pour l'ensemble du royaume actuel d'Italie, la moyenne était de 3.67 pour cent. La Sardaigne restait ainsi un peu au-dessous de la moyenne. Sur huit divisions territoriales elle occupait le quatrième rang.

En France, le nombre des écoles primaires était en 1857 de 40,000. En 1863, il y a encore 818 communes qui n'ont point d'école. En 1832 le nombre des élèves était de 1,935,624 enfants; en 1847 de 3,400,486, en 1863 de 4,382,225. Kn d'autres termes il v avait en 1832, par 100 habitants 5.9 élèves; en 1847, 9.9; en 1863, 11.6 élèves.

L'augmentation a été bien plus rapide en Sardaigne dans les dernières années. En 1861-62, sur 371 communes, il y en avait 361 qui avaient des écoles élémentaires. Ces écoles étaient desser\ies par 423 instituteurs et 175 institutrices, soit en tout 599 maîtres des deux sexes. Kn une année le progrès avait été de 23 écoles et de 99 instituteurs. En Sicile, le nombre des maîtres n'est que de 832, ce qui, eu égard à la popu-

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lation, constitue la Sicile, par rapport à la Sardaigne, dans un état d'infériorité' remarquable, d'autant plus que la moyenne des élèves par instituteur est en Sar^ daigne de 27 tandis qu'elle n'est en Sicile que de 24. A côté des écoles élémentaires, il y a les écoles du soir et du dimanche, qui sont au nombre de 263, fréquen* tées par 7,558 élèves; les salles d'asile, au nombre de 3, recevant 548 enfants, et enfin 2 écoles nor« maies et une école spéciale d'instituteurs contenant ensemble 75 élèves.

Comme on le voit, les écoles sans être en nombre suffisant ne manquent pas. Mais la plupart sont de création très récente et n'ont encore qu'une existence pour ainsi dire nominale. Les élèves qui y sont inscrits, n'y vont ni régulièrement, ni longtemps, et bien peu jusqu'à présent ont eu le temps d'en profiter. Aussi, si en regard des promesses de l'avenir on cherche la réalité du présent on trouve que sur 1,000 habitants il y en a 911.73 ne sachant ni lire ni écrire ; 16.05 sachant lire seulement et 72.22 sachant lire et écrire. L'instruction est beaucoup moins répandue chez les femmes que chez les hommes; car sur 1,000 personnes les femmes ne sachanfpas lire sont au nombre de 951 .72, les hommes seulement au nombre de 872.26; il n'y a que 13.17 femmes sachant lire, il y a 18.90 hommes; il n'y a que 35.11 femmes sachant lire et écrire, il y 108.84 hommes (1). Sous le rapport de l'instruction

(1) Ces chiflfres sont ceux qui résultent des déclarations individuelles faites à l'époquo du recensement général (janvier 1862). Ils sont beau-

la Sardaigne est donc jusqu'à présent au dernier rang des provinces italiennes. La Sicile est à Tavant dernier. Sur 1,000 personnes elle en compte 902 de complètement illettrées (1). La Lombardie occupe le premier rang, elle n'a que 599 illettrés sur 1 ,000. La moyenne pour l'Italie est de 781 .

Et encore si les 8 ou 9 personnes sur 100 qui savent lire en Sardaigne lisaient; mais elles ne lisent pas. Elles n'ont ni livres, ni goût de lecture. Elles sont en possession d'un instrument intellectuel dont elles n'usent pas ou dont elles usent à peine, et qui, dès-lors, ne leur donne aucune supériorité sur ceux qui en sont privés. C'est parle contact fréquent avecles classes lettrées, c'est par l'estime que professe une société pour la science et l'instruction, c'est par la multiplication des bibliothèques, c'est par la rapidité des communications, c'est par le développement de la vie industrielle, commerciale et politique, que le goût et le besoin de s'instruire naissent et se répandent. Voyez les Etats-Unis; chacun y sent l'importance du savoir, car chacun a besoin de connaissances spéciales pour faire, pour développer son commerce et a vu des hommes s'élever des derniers aux premiers rangs de la société, élévation qui leur eût été impossible s'ils n'avaient pas eu d'instruction. Les

coup plus sûrs que ceux qui sont puisés à d^autres sources également officieUeâ ; car on ne peut pas toujours croire sur parole les municipalités qui n^ont pas établi d^éooles^ les maîtres qui ne donnent pas de leçons, les parents qui négligent Péduoation de leurs enfants ; le ministre de Pins* tmctlon publique d'Italie le dit franchement.

(1) J'emploie ici illettrés dans le sens d'un mot italien qui nous manque, innlfabeti, ne connaissant pas les lettres de l'alphabet.

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