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communes, les comtés faisant eux-mêmes leurs affaires, tous les habitants sentent le besoin d*être instruits de ces affaires. Des journaux naissent. La lecture des journaux conduit à celle des livres, et les connaissances usuelles et générales se répandent. Rien de semblable n'existe en Sardaigne. En dehors de quelques villes, et les villes ne sont pas nombreuses, il n'y a pas, il ne saurait y avoir d'émulation intellectuelle. En dehors de quelques grandes questions nationales, il ne saurait y avoir de vie politique. Il n'y a dans les campagnes que des paysans; on boit, on mange, on chasse, on ne lit pas et cette oisiveté intellectuelle est d'autant plus profonde que les classes riches la partagent dans une cei*taine mesure avec les classes laborieuses. Entre nobles et vilains il y a sous ce rapport une grande égalité. Les boutiques des libraires sont mal fournies, les bibliothèques publiques pauvres en ouvrages modernes et peu fréquentées. On veutjouir, on n'aime point à travailler. Toutefois, le mal est loin d'être sans remède. Il diminue chaque jour. Il guérira d'autant plus facilement qu'il est la conséquence d'une organisation sociale vicieuse et qu'il ne tient point aux défauts de la race. 11 est impossible d'en trouver une qui ait l'esprit plus ouvert , la conception plus prompte, un sentiment plus vif et plus poétique de la nature. Que la société n'y mette plus obstacle, elle sortira peu à peu de sa longue somnolence ot l'ardeur de connaître ne lui manquera pas. Je n'en veux pour preuve que l'institution des Majoli.
INSTUUCTION PUBLlQUi:. 2BÔ
Les Majoli étaient des fils de paysans bien doués, mais pauvres et qui n'ayant pas de quoi subvenir aux frais de leur éducation entraient comme domestiques dans les maisons nobles et suivaient en même temps les cours des collèges ou de l'université. Ils servaient à table, achetaient les provisions au marché, accompagnaient leurs maîtres au théâtre ou en visite, veillaient sur les enfants. On ne leur donnait aucun gage. Ils étaient logés et nourris, et on leur laissait assez de loisir pour consacrer chaque jour quelques heures au travail. Lorsqu'ils étaient assez avancés dans leurs études ils quittaient le costume de paysan, prenaient l'habit bourgeois, et recevaient le titre de secrétaires ou de précepteurs. Plusieurs de ces Majoli ont fourni de brillantes carrières, et dans le clergé, la magistrature et le barreau, se sont élevés au premier rang. Il y a, suivant moi, quelque chose de touchant dans ce contraste d'une servitude volontaire, servant de prix à un affranchissement intellectuel. J'éprouve la plus vive sympathie pour ces pauvres qui ne craignaient pas de s'abaisser par la position afin de s'élever par l'intelligence, et pour ces riches qui consentaient à tendre la main à leurs inférieurs pour les faire monter à leur niveau, et je ne puis songer aux Majoli sans me rappeler cette vie précaire des étudiants allemands au moyen âge, qui quêtaient leur nourriture et leur entretien sous les fenêtres où ils allaient chanter, et ce pauvre Martin Luther qui, malgré sa belle voix, ne put trouver à Magdebourg de quoi se faire entretenir aux Cur-
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reiid-Schuleii. L'institution des Majoli, qui a disparu avec la féodalité, en était un des côtés aimables, elle s*était développée à son ombre malsaine, comme ces plantes qui se sont enracinées dans les vieux murs et qui sans les cacher en embellissent les ruines.