‹ L'île de Sardaigne: description, histoire [ &c.]Chapitre 26 sur 52 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LÀ SOCIETE ET LE rEL'FLU.

Une rencontre rare. — Les femmes sardes. — Su marier sans dot. — > Les mariages par vendetta, — Statistiqno matrimoniale dressée par on vieux chanoine et une douairière. — La fidélité conjugale. — Les mœnrs. — ' La noblesse, son origine. — Son caractère, ses qualités, ses défauts. — Les Sarde» illustres. — La littérature et les hautes clasaes. •* Le peuple. — La conscription. — Son utilité. — Colpa de* Spagnuoli. — La grandeur et le bonheur. — Le passé et Tavenir de la Sardaigne,

J'ai rencontré en Sardaigne, il y a quelques années, une jeune fille aussi remarquable par sa beauté que par son esprit. Blonde avec les yeux bleus, chose bien rare sous ce climat brûlant, elle avait cette fraîcheur délicate que Fra Angelico trouve parfois sous son chaste pinceau. Elle paraissait naïve comme ses quinze ans, et pourtant, précocité de ces vieilles races et de ces pays baignés de soleil, on lisait dans son regard aussi profond que doux tout un monde de pensées. Elle mêlait les plus justes réflexions aux traits les plus piquants, et en l'écoutant on oubliait de la regarder.

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De semblables trésors sont rares partout. Ils le sont en Sardaigne plus qu'ailleurs. Les femmes sardes ont reçu en partage rintelligence et la grâce ; mais leur éducation est négligée, leur culture superficielle. Elles se contentent de Tesprit que la nature leur a donné, elles y ajoutent peu par la lecture, et elles seraient en général incapables d'élever leurs flls en causant avec eux. Elles ont tort. Elles aideraient puissamment à la réforme en en donnant l'exemple. Ce sont elles en définitive qui font les hommes, et le jour où elles montreraient moins de dédain pour les livres, plus de faveur aux talents, la cause des lettres aurait fait dans rîle un grand pas. Jusqu'à présent, au milieu d'une société stationnaire; elles n'en ont pas eu besoin. Leur beauté ne suffisait-elle pas à tout? Elles savaient plaire et elles avaient le grand art de se marier sans dot.

Se marier sans dot!... Cette question qui se pose chaque jour en Europe, qui tourmente plus d'esprits et fait naître plus de combinaisons que la question d'Orient et qui menace de n'être pas résolue plus tôt, les femmes sardes l'ont résolue. Chez nous, une fille séduite est une fille perdue. En Sardaigne, une fille séduite est une fille mariée. Aussi comme elles se laissent aisément séduire! Un jeune homme a vingt ans, il serre au bal une main qu'on ne retire pas, il aime à accompagner au piano uua.jeune fille qui chante faux, mais qui a l'œil vif, la taille souple et la main fine ; il la visite dans sa loge, il est assidu derrière sa chaise à l'église et il réussit, à force de la regarder, à supporter sans

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