LA SOCIÉTÉ ET LK PEUPLE
conservé Ifur noblesse avec leur ardeur, et restent estimables jusque dans leurs égarements, et le sang a cette richeise qui est Tapanage des peuples jeunes et qui est la fi^rce et l'espoir de l'avenir.
Les différentes classes de la société ont en Sardaigne, avec des tr|its communs, des différences profondes.
La noblefse est toute ou presque toute d'origine espagnole, et elle a conservé au physique comme au moral les traitil distinctifs de sa race, le pied et la main d'une rare ^nesse, l'œil grand, plein d'ardeur, ombragé de longs cils» le nez proéminent, une âne moustache noire, quelque chose de sombre, d'altier et d'indolent. Les figures que je rencontrais dans les salons, dans les cercles, me semblaient détachées des toiles de Velasquez, et je jae rappelle avoir retrouvé un jour au théâtre, dans 1^ fond d^une loge, le groupe que Murillo a placé dans le coin de son tableau de la Conception (1).
Les barons sardes ont en général grand air, mais comme ils ont la fierté castillane ils en ont aussi l'emphase. Ils Qe parlent guère qu'au superlatif; le positif n*e8t pas assez noble pour eux. Ils se mirent trop dans la contemplation de leur généalogie, et il y aurait grand plaisir à les voir s'enorgueillir de leurs aïeux s'ils mar-* chaient du xfième pas, si l'histoire de leur passe n'était pas trop souvent celle de leur déchéance, et s'ils comprenaient n^ieux que ce n'est pas toujours une gloire que d'être descendu de si haut. Désintéressés jusqu'à
(i) Âa LouTff .