LES VOYAGEURS ILLUSTRES EN SARDAIGNE
« nos lettres ou nous présenter ce qu'ils ont à nous a offrir, voilà les acteurs. Je réponds en mauvais patois « napolitain à leurs questions. Je leur nomme quelques^ « uns de leurs compatriotes avec qui j'ai été lié d'ami- <K tié dans ma jeunesse ; ces hommes deviennent polis « et obligeants, après avoir été insolents et impérieux. « Je leur achète un mouton qu'ils équarrissent sur la « plage. Nous écrivons. Ils prennent nos lettres dans a la fente qu'ils ont faite à l'extrémité d'un long roseau, « ils battent le briquet, arrachent quelques branches « vertes de l'arbuste qui couvre la côte, allument un « feu et passent nos lettres trempées dans l'eau de mer, « à la fumée de ce feu, avant de les toucher. Ils nous « promettent de tirer un coup de fusil ce soir pour nous € avertir de revenir à la côte lorsque nos provisions de « légumes et d'eau douce seront prêtes. Puis tirant de « leur bâtiment une immense corbeille de coquillages, « fruiii di mare^ ils nous les offrent sans vouloir ac- « cepter aucun salaire (1). »
Une année après M. de Lamartine, en 1833, Honoré de Balzac vint en Sardaigne, non pour y chercher les distractions d'un voyage, mais pour y faire fortune. Il pensait que les Romains, en exploitant les mines, avaient laissé beaucoup de minerai dans les scories et qu'en traitant de nouveau ces scories avec lès procédés perfectionnés de la science moderne, on y trouverait de beaux béliéâces. Il trouva de vrais brigands qui ne lui volèrent rien.
(1) De Lamartine, Vo}fage en Orient.
300 UILE DE SARDAÎGNF.
« Ils sont assez bons diables en dehors de leur indus-
«c trie. Ils m'ont renseigné sur tout ce que je voulais « savoir. Ces gens-là toisent joliment le pays et les
c( gens ; ils ont si bien vu que je n'étais pas pour eux
« un client, que je crois, Dieu me pardonne, qu'ils
« m'auraient plutôt prêté de l'argent que de m'en de-
« mander. »
En revanche, un honnête capitaine génois, auquel il fit part, de son projet, le lui vola.
(( Quant à l'objet principal do mon voyage tout était « comme je le présumais, mais le retard de mon arrivée « m'a été fatal ; le Génois a un contrat en bonne forme « avec la cour de Sardaigne ; il y a un million d'argent « dans les scories et dans les plombs; une maison de « Marseille, avec qui il s'est entendu, les a fait essayer.
« Il fallait ne pas lâcher prise et les devancer (1).
« Enfin, j'ai trouvé aussi bien et mieux même. Je cau- « serai de tout ceci avec ton mari à mon retour. Nous a aurons à revenir ici avec lui et un ingénieur des « mines... Et comme il n'y a pas de Génois dans Taf- « faire, nous pourrons attendre que nous soyons tran- « quilles. Je suis donc à peu près consolé.
(( Le frère mathématicien conviendra, j'espère, qu'on « ne peut trouver une affaire plus belle, et il sera aussi «joyeux que moi (2). »
(l) Ualzac, eu effet, après son voyage en Sardaigne, au lieu de fuir*» une demande en concession, était resté en France pour soumettre à des savants les échantillons quMl avait recueillis, et terminer plusieurs travaux. Il laissa ainsi passer près d'une année.
(i) Lettre à sa ?œnr.
Lr.S VOYAGKÏIIÎS ILLUSTRES EN SARDAIGNE. 361
G*est ainsi que ce grand esprit, luttant contre les mauvaises chances de la fortune, s'épuisait en combinaisons pour atteindre à une indépendance pécuniaire, qui lui permît de travailler h Taise et de méditer à loisir.