‹ L'île de Sardaigne: description, histoire [ &c.]Chapitre 4 sur 52 · LB MY8. IT · texte numérisé non relu

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même à ceux qui, nés dans les pays empestés, la respirent pour ainsi dire dès le berceau, elle Test bien davantage aux habitants des montagnes et aux étrangers, et ce n'est qu'au prix des plus minutieuses précautions qu'ils échappent à son influence. Malheur à eux s'ils ne se couvrent point assez la tête pour se mettre à l'abri des insolations, s'ils sortent avant le lever ou après le coucher du soleil, s'ils sont moins sobres que ne le veut Horace, si le soir, au lieu de s'enfermer au logis, portes et fenêtres closes, ils vont respirer l'air frais, si, entraînés parles plaisirs de la chasse ou du voyage et séduits par la beauté du ciel et la douceur du climat, ils passent la nuit en plein champ. Leur imprudence leur coûtera cher.

Un quart environ de l'île de Sardaigne est malsain. Cette insalubrité tient aux mêmes causes que celle de la campagne de Rome, des marais Pontins, des rizières de la Lombardie, des maremmes toscanes. Elle disparaîtrait j)ar l'emploi des mêmes moyens. Quand on aura donné de l'écoulement aux eaux stagnantes, desséché les marais, canalisé les rivières, multiplié les plantations d'arbres, il n'y aura plus d'intempérie, la sinistre mal'aria ne fera plus de victimes, et il n'y aura plus à certaines époques comme un manteau de -deuil étendu sur cette île de Sardaigne si riche et si bien dotée*

Que lui manque-t-il, en effet? Elle a en abondance le plomb, le fer, le cuivre, les fossiles combustibles. Elle a dans ses montagnes des granits et des marbres qui n'attendent que la main de l'architecte et du sculpteur,

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des sardoines et des calcédoines on, après Tantiquité, on pourrait encore graver des chefs-d'œuvre. Ses bois réunissent les essences les plus variées. Tandis que les chênes, les châtaigniers, les pins s*y disputent les hauteurs, Tolivier, sur toutes les collines calcaires, y agite, comme dans notre Provence, son feuillage argenté, et le laurier- rose y fleurit, comme en Grèce, au bord des rivières desséchées. A côté des arbres et des fruits des climats septentrionaux, le figuier avec ses rameaux capricieusement tordus, Taloès avec son feuillage métallique, le cactus avec ses raquettes épineuses, le palmier avec sa verte aigrette, y forment comme une vision de l'Afrique. Il n'y a point ailleurs de forêts d'orangers plus étendues, plus productives, plus embaumées, et je n'ai vu que dans les environs d'Ostie, sous les grands pi Jis -parasols qui vont de Castel-Fusano au bord de la m^r, des bruyères aussi hautes que celles qui y fleurissent au premier souffle du printemps.

La Sanlaigue, qui n'a pas d'animaux nuisibles, a laquelle le loup, la vipère sont inconnus, possède en abondance toutes les espèces qui peuvent satisfaire aux besoins et aux plaiiiirs de l'homme. Ses bœufs à la forte encolure, aux jambes nerveuses et agiles, semblent créés tout exprès pour les pentes escarpées de ses montagnes. Ses chevaux, moins rapides et moins beaux que ceux de l'Afrique , sont aussi infatigables, aussi solides et aussi sobres. A coté des chèvres sauvages, qui ont donné leur nom à l'île de Caprera, et des sangliers qui eri'ent dans ses forêts, elle a de nombreux troupeaux de

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moutons et de porcs gardés, parmi les leutisques et les pistachiers des plaines incultes, par des bergers qui improvisent des idylles comme au temps de Virgile, et qui jouent du même pipeau que ceux de Théocrite. Ses ânes, plus utiles qu'ils ne sont gros, portent, à cause des fonctions qu'ils remplissent, le nom bien caractéristique de meunier, et il n'est si pauvre paysan qui n'en ait plusieurs. Le cerf et le daim n'y sont pas rares. Le lièvre et le lapin y pullulent, et eUe a conservé le mouflon, sorte de mouton sauvage aux cornes recourbées, au pelage fauve comme celui du cerf, qui vit par troupes sur les sommets élevés. Ayant de nombreux marécages, elle a en abondance tous les oiseaux aquatiques. Des escadrons de flamands aux ailes de feu y arrivent à la lin de l'automne. Depuis les grands aigles, les vautours et les faucons, jusqu'à l'humble alouette, toute la gent ailée y est représentée ; et comme si ce n'était point assez du rossignol commun de nos contrées, elle en a une variété particulière au gosier non moins sonore pour charmer le silence de ses vastes S3litudes.

De cette île si riche, si favorisée par la nature, l'une des perles de la Méditerranée, voyons ce que les hommes en ont fait.

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