‹ L'île de Sardaigne: description, histoire [ &c.]Chapitre 5 sur 52 · LES VILLES ET LA CAMPAGKB · texte numérisé non relu

LES VILLES ET LA CAMPAGKB

I. Caqliari. — Aspect géntol. — Les mes. — Les ouiroliés. -^ Les faubonrgs. — Le Cai^tello. — Les promenades. -* Caglitri vue de la mer. — Les monuments. — La cathédrale.— Ia nuit de Noël. *> Les églises.

II. Sar»ari. — Les églises. ^- Les promenades. ^Le marché. ~ Les rues. — La fontaine du Rosello. — L'eau et les ftnes. — Les sn- Tirons.

m. Oristano. — Alghero. — Les antres petites villes. — Aspeot gêné* rai de la campagne. ^ Les raines. — Les montagnes. — Les plaines. ^Les forêts d'orangers. — Renaud et Armîde. — La solitude et Tamouf de la campagne. — T^s villas.

A la pointe méridionale de Tile s'ouvre un beau golfe dont Feutrée n*a pas moins de 45 kilomètres. C'est sur Tun des bords de ce golfe, à cheval sur une longue arête de calcaire jaunâtre qu'est bâtie Cagliari. Elle a l'aspect d'une ville espagnole dai^a un paysage africain. D'un côté elle regarde la mer et y baigne 9es pieds, de Taotiret, ^lle domine une vaste plaine dont deux oti tsei||^9^^(^i(^^ fçrme de cônes j^gus Vif^^

pent la monotonie, et qui se rattache par des ondula • tions insensibles à un cercle de hautes montagnes. Elle se divise en deux parties : le Castello, qui attire d'abord le regard, espèce d'acropole où le moyen âge a dressé ses tours crénelées , construit ses châteauxforts, ses églises, ses couvents, et groupé les demeures de ses barons, et la ville basse, réduite d*abord à la maHne, et qui, pru à peu, en se développant, a gravi les escarpements qui la séparaient des quartiers nobles, et suspendu, pour ainsi dire, aux flancs du Castello les étages de ses rues sinueuses. C'est dans la ville basse que sont les boutiques, les marchés, les métiers.

Sauf les dimensions, toutes les maisons de Cagliari se ressemblent. Elles ont des toits plats en forme de terrasse, et de larges et lourds balcons où Ton vient causer, se faire voir, écouter les sérénades. Des cordes, destinées à faire, sécher le linge, sont tendues aux fenêtres et étalent aux regards indiscrets la misère secrète de la grisette et du cavalière. Les rues sont étroites et montueuses, quelques-unes sont garnies d'eicaliers, quelques autres sont dallées; le plus grand nombre est pavé en cailloux pointus, qui font le déses poir des piétons. On y rencontre à chaque instant de petits chevaux au pas sûr et rapide, montés par des cavaliers fauves et hardis, de lourds chariots à roues pleines, attelés de bœufs qui s'arrêtent à chaque porte, pour y distribuer l'eau saumâtre qu'on recueille dans les citernes après les pluies, des confréries vêtues dt?

LE PAYS. as

rouge, de noir, de bleu, qui accompagnent un mort en terre, des bedeaux qui battent du tambour devant les églises pour annoncer les offices, des pêcheurs chargés de leur butin, des matelots avec leur long bonnet de laine noire ou rouge, des contadines dans leurs gracieux costumes, portant sur la tête une corbeille d'osier ou des chevreaux dans leurs longues besaces.

La physionomie du marché n'est pas moins variée. Ces longues files de petites boutiques en bois, semblables à celles qui se dressent au jour de l'an sur nos boulevards, à Paris ; ces beaux fruits du midi , les oranges, les grenades, les citrons offerts par de gracieuses filles aux yeux noirs; les poissons aux mille nuances qui chatoient sur l'étal comme dans un tableau hollandais ; la foule bigarrée des acheteurs et des vendeurs; les paysans, avec leurs longs cheveux tressés et leur jaquette en peau de mouton brodée de couleurs vives ; les religieux en robe blanche ou noire ; les ouvriers en gilet rouge, mangeant des araignées de mer; de brunes paysannes vendant les petits pains de fleur de farine et les gâteaux dorés qu'elles ont pétris de leurs mains ; les groupes mobiles qui se défont* et se reforment sans cesse ; les oisifs qui flânent et qui causent, les contestations fréquentes, les altercations mêlées d'injures, le bruissement général, tout cela compose un ensemble plein de charme, et fournit au voyageur plus d'une observation précieuse et plus d'un trait piquant.

Pourtant, il y a plus d'originalité encore dans les

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faubourgs, et la vie sarde s*y montre mieux dans toute sa familiarité. Rien de plus curieux, par exemple, aux jours de fête ou de foire, que les cours de leur^ auberges, sorte de caravansérails où les paysans, sous de vastes abris en planches, attachent leurs chevaux, remisent leurs voitures, dôballent leurs denrées. Il faudrait, pour les peindre, le burin d*un Callot, le crayon d'un Doré, ou le pinceau de Breughel, avec un rayon du soleil sur sa palette. Vous diriez parfois d'un campement de bohémiens. Une servante, à la gorge rebondie sous son corset d'écarlate, plume des perdreaux à la porte de la locanda. Non loin d'elle, une enfant accroupie allume un réchaud avec un éventail en plume de dindes. Des étalons à longues crinières, nerveux et fauves, broutent tristement quelques poignées de fèves. Dans un coin, un gamin déguenillé, aussi noir que le pouilleux de Murillo, et prêt à se livrer au même exercice, est assis nonchalamment près de la corbeille d'osier qui lui sert de gagne-pain. Deux jeunes filles emplissent leurs amphores à un tonneau et les emportent ensuite sur leur tête, sveltes et élégantes comme celles que Raphaël a dessinées dans l'Incendio del Borgo. Un prêtre en soutane jaunie et râpée, de lourds éperons aux pieds, enfourche hardiment une jument rétive, et échange un dernier adieu rapide avec les amis qui l'entourent. Quelques paysans, avec la peau de mouton ou le burnous noir sur l'épaule, causent avec des contadines en corsage blanc et en jupe jaune, et forment avec elles un groupe pittoresque. Le

soleil jette sur ce péle-méle grouillant une ardente lumière, et fait ressortir toute la laid3ur de la maison délabrée. A deux pas, des figuiers tordent leurs branches dans des champs bordés de cactus, et la mer montre à l'horizon la silhouette sombre d'une barque de pêcheur.

Le Castello ofire un autre aspect et d'autres scènes. Là est l'université avec son cloître, ses collections, sa population studieuse d'élèves et de professeurs. Là les vieilles portes massives dorées par le soleil et couvertes d'inscriptions, rappellent, avec les siècles, qu'elles ont vu passer les dominations aragonaise et pisane, les luttes contre le Piémont, les souvenirs lugubres ou joyeux d'une société sans analogie avec la nôtre, mais non pas sans grandeur. Là le palais royal a abrité deux générations de rois en exil, entendu leurs regrets, leurs plaintes, leurs confidences, triste étape dans cette destinée singulière de la maison de Savoie qui a touché en si peu de temps aux deux extrémités de la fortune, dépouillée, il n'y a pas cinquante ans par la France, et aujourd'hui appelée par elle à un si grand rôle. C'est dans le Castello que s'élèvent les tours de l'Ëléphant et Saint- Pancrace qui, après avoir servi de forteresses, servent maintenant de prison, et qui dominent la ville de leur masse sombre comme pour marquer la place que tient encore le moyen âge dans la civilisation sarde. C'est aussi dans le Castello que sont les promenades. Celle du bastion est une terrasse étroite et dallée en marbre d*oii Ton plonge sur tout le

golfe. Elle est triste, bien qu'à certaines heures le beau monde s'y donne rendez-vous. Quelques arbres étiolés y luttent en vain contre la violence des vents, les émanations salines et l'infertilité du terrain. Ils se courbent sans grandir et donnent une ombre rare. D'autres promenades plus vastes serpentent sur les flancs de la colline. Dans les parties hautes on a planté un grand nombre de poivriers en arbre dont le feuillage dentelé, les rameaux pendants et les belles grappes rouges contrastent vivement avec la rusticité des pins maritimes auxquels ils sont entremêlés. Çà et là des bouquets de rhododendrons, de jasmins et de roses réjouissent l'œil, et des aloès hérissent les rochers calcaires de leurs pointes aiguës. De quel côté que le regard se porte, la vue est admirable.

Je me rappelle toujours avec volupté les heures que j'ai passées assis au pied du palais, ayant derrière moi les maisons, les églises du Castello suspendues au bord d'un rocher à pic à une hauteur de deux ou trois cents pieds, et soutenues au-dessus de cet abîme, par de puissants contreforts. Le faubourg de Villanova est en bas avec ses petites maisons aux tuiles grisâtres et ses jardins étroits où les pampres mêlent leurs feuilles jaunies au feuillage sombre des orangers et des pins. Trois ou quatre coupoles basses et un clocher aigu, noyés d'ombre, s'y détachent en noir. Après ce premier plan, commence une plaine verdoyante plantée d'oliviers et d'amandiers, où plusieurs couvents profilent leur silhouette et où de blanches villas s'entourent d'une cein-

ture de cyprès, comme si elles se cherchaient dans ce pays brûlant un frais nid d'ombre. Au-delà, une arête rocheuse parallèle à Tacropole de Cagliari; porte sur ses flancs dénudés, Téglise de Bonaria et la carcasse démantelée de son cloître. Puis, après un dernier repli ' du golfe, où le soleil tremble sur une mer «zurée, l'horizon se ferme par un rideau de montagnes d*un bleu sombre où, semblables à deux minarets gigantesques, se dressent les tours de Calamosca et de Saint-Élie. Â gauche, de grands étangs salés brillent dans la plaine comme des miroirs. Des villages populeux, enrichis par le voisinage de la capitale, font une tache grisâtre sur le vert du paysage et de hautes montagnes étagées, ruisselantes de lumière, teintes sur leurs arêtes de reflets argentés et zébrées dans leurs replis d'ombres mystérieuses complètent le tableau, en lui servant de fond.

Le panorama change suivant les heures et les lieux, sans cesser jamais, sous ce ciel ardent et pur, de mériter l'admiration du voyageur. Le plus enchanteur, à mon avis, est celui que présente Cagliari, vu de la mer le soir, par une chaude et belle journée. On prend une barque et Ton se dirige lentement par utie douce brise vers le fort de Calamosca. La ville s'étage en amphithéâtre, les clochers aigus, les coupoles étincellent dans la lumière du couchant, et le Castello, . avec, sa • ceinture de murs grisâtres, dresse sur les hauteurs le spectre de ses tours crénelées. On avance, on voit ^lors la promenade des bastions se dérouler, sur les flancs

du palais et on aperçoit à Tautre extrémité les allées du buon Cammino qui entourent la ville triste et farouche du moyen âge, d'une verte ceinture. Le faubourg de Stampace se déroule humblement dans la vallée au pied de la ville haute. Le mont Urpino nu, triste, désolé, se teint de couleurs ardentes qui le transforment comme un manteau enchanté. Plus bas, sur un mamelon moins élevé, le couvent de Bonaria« avec ses murailles blanchâtres et ses palmiers qui balancent au vent, leur aigrette d'un vert sombre, rappelle l'Orient avec sa végétation et sa lumière magique. On avance encore. On ne voit plus alors que le sommet du Castello. On a à sa droite les pointes déchiquetées du promontoire Saint-Élie, les pentes verdoyantes de la montagne, où le bagne Saint-Barthélémy cache sa tristesse, et les deux forts qui couronnent la pointe du golfe. Le soleil descend à l'horizon ; la ville paraît plus petite et s'enveloppe d'obscurité. La mer, sur laquelle la lune promène ses reflets argentés, apporte à l'imagination les idées d'infini qui sortent pour l'homme de tout ce qui est plus grand que lui. L'œil ne voit plus que des masses confuses, et l'âme, n'étant plus distraite par le spectacle de la nature, se replie en ellemême dans la pleine lumière de sa pensée ou dans le demi-jour volupteux de ses rêveries. On rentre chez soi pour y faire un mauvais souper et songer à la France, pour lire le programme d'une société en commandite ou une page de Dante.

Cagliari n'a pas de monuments remai^qaables. Les

plus anciens sont en ruines. Les autres appartiennent aune époque de décadence. L*église de Saint-François, qui date du quatorzième siècle, est dans un état de délabrement honteux. Les belles ogives des nefs et la rose du fronton ont été murées en partie et transformées en affreuses petites fenêtres carrées. Le pavé manque par places. La chaire en pierre sculptée a été badigeonnée et les colonnes sont peintes en faux marbre. Les stalles en bois qui garnissaient les chapelles sont effondrées et les peintures des autels disparaissent sous la poussière qui les ronge. De vieilles toiles pourrissent dans un coin pêle-mêle avec des chaises brisées. Ailleurs c'est la même incurie et le même défaut de goût.

La cathédrale a conservé de l'époque de la domination pîsane deux portes à plein-cintre dont les ornements sont en partie empruntés à d'autres édifices plus anciens, et une tour carrée bâtie en gros blocs réguliers, tour sombre et noire qui sert maintenant de clocher et qui n'est pas sans caractère. Mais tout le re^te a été rebâti au dix-septième siècle dans ce style pompeux et décoratif qui a plus de solennité que de beauté et dont toute la grandeur est dans les dimensions. La coupole placée à T intersection des bras de croix et de la nef principale est déshonorée par d'horribles peintures. Le chœur élevé de sept marches au-dessus du pavé des nefs est revêtu àHntarsiature en marbres rouge» noir et blanc qui ont un vif éclat et orné de quatre lions déchirant leur proie, ouvrage en marbre

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gris du quatx>rzième siècle. Une coloime autique en porphyre rouge soutient la chaire, et deux ambons reposant chacun sur quatre colonnes de couleur et de style différents rappellent, sans les égaler, les chaires célèbres de Pise, de Prato et de Pistoie. Une vaste crypte servant de chapelle funéraire règne sous le chœur. C*est là qu'avait été ensevelie la comtesse de Provence, et ses cendres y ont reposé longtemps avant de revenir à Saint-Denis; triste jeu des révolutions qui vont semant partout les tombeaux de nos rois et les exilent doublement dans la vie et dans la mort, les Bonaparte à Rome, à Florence, à Ajaccio, à Sainte-Hélène, les Bourbons à Goritz, les d*Orléans en Angleterre.

Dans Tun des bras de croix, on a élevé au dixseptième siècle un vaste cénotaphe au roi d'Aragon, Martin V, mort au quatorzième siècle, œuvre colossale en marbre de couleur, plaquée contre la muraille et qui rappelle certains tombeaux de doges à Venise. Le roi, en costume du seizième siècle avec la fraise et la cotte de mailles, est à genoux ayant à ses pieds sa couronne. Des anges éplorés, semblables aux génies antiques, symbolisent auprès de lui la douleur terrestre, tandis que la Foi et la Charité représentent les célestes espérances. Des soldats, à demi-courbés dans l'humble attitude des vaincus, servent de cariatides. L'église est très-riche en argenterie. Elle a un devant d'autel et un tabernacle sculptés du commencement du dix-septième siècle, qui sans avoir la même valeur que les bas-reliefs admirables de l'autel du baptistère à Florence ou

LK PAVS. 3l

ceux en or de Pistoie, sans avoir le même intérêt pour l'histoire de Tart que ceux de Venise et de Milan, méritent cependant d'attirer l'attention, car le style lâché dans lequel ils sont exécutés est plus supportable dans une œuvre d'orfèvrerie que dans un édifice de grande dimension. Des chandeliers d'argent d'une époque plus ancienne sont placés de chaque côté du chœur, et une lampe du même métal, suspendue à la coupole par une chaîne de fer, laisse filtrer la lumière à travers les élégantes découpures de ses broderies. Mais la valeur des détails ne dissimule pas los défauts de l'ensemble. L'édifice pêche par le style et il a besoin pour satisfaire le regard de la pompe du culte, des bannières déployées, du long cortège des prêtres, de la fumée de l'encens, des sons de l'orgue, de la présence d'une foule émue.

J'avais visité bien des fois la cathédrale de Cagliari pendant le jour, je l'ai revue la nuit de Noël; aux flambeaux je lui ai trouvé un tout autre aspect. Les cierges nombreux qui garnissaient l'autel en faisaient saillir toutes les moulures. Les plats d'argent ciselé qu'on avait étages sur un tombeau du chœur étincelaient. La lumière qui tremblait dans les lampes descendait des voûtes et glissait sur les marbres variés des balustrades. Les vieux lions qui supportent l'escalier du chœur avaient repris un air de vie ; leurs yeux lançaient des éclairs, ils semblaient se réveiller d'un sommeil de plusieurs siècles pour achever la proie qu'ils tiennent dans leurs griffes. Cette cathédrale espagnole avait un air de fête qui contraste vivement

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avec Taspect austère de nos cathédrales gothiques. C'était une fête aussi sur les visages ; ils s'épanouissaient au lieu de se recueillir. Chacun venait prendre sa part des joies de l'Église, s'enivrer de musique et de lumière. On causait sans scrupule et sans crainte; quelques-uns s'unissaient au chant des prêtres ou aux mélodies de l'orchestre; la plupart laissaient errer leur âme sur mille sujets. Cette confiance familière de l'homme dans la divinité a aussi sa grandeur, et sans abaisser Dieu, elle n'écrase pas l'homme sous l'idée de son néant. Aux habitants de la ville, quelques paysans s'étaient mêlés. Je remarquai une jeune fille vêtue du costume monacal que portent les femmes de Nuoro : elle avait de grands yeux bleus qu'elle promenait fièrement autour d'elle, la bouche petite avec les lèvres fortes. Debout auprès du tombeau de Martin, elle était immobile comme les statues qui le décorent et cent fois plus belle. Raphaël, en donnant à cet œil un regard plus profond, en renouant de ses mains d'artiste cette chevelure noire autour de ce front si pur, en adoucissant ce sourire, en appuyant un enfant contre ce sein pudique en eut fait une madone belle comme la Vierge à la chaise ou sublime comme la Vierge de Saint-Sixte. Les bedeaux allaient, venaient, tout préoccupés des cierges qu'ils devaient allumer, éteindre ; véritable race d'église élevée dans la sacristie et la crainte de Dieu et née souvent ici à l'ombre des cloîtres, car il est des pays où le célibat est une fiction comme ailleurs le mariage.

Dans les autres églises de CagUari on trouve, comme à la cathédrale, à côté de riches incrustations en marbre de couleur, de vieilles guenilles suspendues aux murs et qu'on appelle des draperies. A chaque autel des tableaux mutilés par les étoffes qu'on y a clouées, ou d'horribles statues en bois ou en cire, peintes et habillées. Je me souviens d'avoir vu à Saint-Éphise, aux pieds du Christ en croix, une vierge vêtue d'une robe de satin noir à pointe, légèrement décolletée, portant un tablier de dentelles et une mante espagnole, le cœur percé d'un poignard à manche de plomb. Deux soldats contemplaient avec admiration ce travestissement. L'homme inculte a mauvais goût.

Si Cagliari est le type de la région méridionale de la Sardaigne à laquelle elle sert de capitale, région torride qui rappelle l'Afrique par la puissance de sa végétation et l'ardeur de son soleil, Sassari caractérise au contraire la région septentrionale de l'île, véritable prolongement de notre Corse, plus semblable par ses cultures et son aspect général à un lambeau détaché de la Provence qu'à une terre italienne.

Sassari, malgré ses prétentions, ne ressemble guère à une capitale. Ses promenades datent d'hier, et ne donnent encore de l'ombre qu'en espérance. Ses maisons n'ont pas grand air, et ses institutions, qui témoi-

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gneut d'un effort digne (radmiration, ne sont encore qu'un cadre vide. Presque toutes ses anciennes églises ont été restaurées, et elles ne conservent que rarement les roses et les colonnettes qui étaient Tlionneur de leurs façades (1). Ce que leurs nefs peuvent avoir de beauté, leurs coupoles d'élégance, leurs stalles en bois de gracieuses arabesques, leurs marbres de richesses, est déparé par d'odieuses décorations en carton peint, par des draperies souvent en lambeaux, et par les fresques pitoyables dont les murs sont couverts (2).

Le Castello est le seul monument d'un caractère remarquable et d'un aspect imposant. C'est un vaste rectangle flanqué, à chacun de ses coins, d'une tour carrée. Sur le milieu de sa façade principale, une tour plus large et plus haute, servant de beffroi, se détache on avant-corps. C'est dans cette tour que s'ouvre la porte principale défendue autrefois par une sarrazine, et devant laquelle stationne aujourd'hui une pacifique sentinelle. Le Castello, avec les créneaux dont il est muni, les fenêtres étroites dont il est percé, et les pierres énormes dont il est bâti, rappelle, avec les souvenirs des temps anciens, des idées de force, de grandeur et d'inégalité dont nous sommes heureusement bien loin. Situé dans la partie supérieure de la ville, il a servi successivement de forteresse aux i^ois d'Aragon, dont les armes figurent encore siir plusieurs de

(U Sauta Maria di Bttlileem.

(2 11 iluomo. — Sainte Catheriuc.

ses parois, de prison au tribunal de l'inquisition, et enfin de caserne. Il se liait autrefois à Tenceinte de la ville, qui, de loin en loin, était munie de tours. Ces tours, au nombre de trente-six, ont presque toutes disparu ; il n'en subsiste plus que quelques-unes à demidémantelees, et perdues dans les ilôts des maisons auxquelles elles sont adossées.

C'est sur la place du Castello que se tient le marché. Là, chaque jour, les femmes des environs viennent apporter des légumes, des fruits, du gibier, de la volaille. Elles se rangent en ligne, s'accroupissent, étalent devant elles leurs marchandises dans de grandes cor* beilles, et attendent les chalands. Leurs costumes sont charmants. Elles portent presque toutes une jupe en laine, à mille petits plis longitudinaux, comme la tu* nique de la Diane hiératique de la villa Albanie une chemisette fermée par une agrafe d'or ou d'argent, laissant coquettement entrevoir la naissance de la gorge, un corset lacé autour de la taille, et garni de boutons de métal, de larges manches ouvertes, et parfois une petite veste. La jupe est le plus souvent jaune ou rouge, tantôt d'un rouge brun produit par la garance sauvage, tantôt écarlate ; le corset et la veste sont bleus ou noirs. Ainsi vêtues, ces contadines, avec leurs beaux cheveux, leurs petits fronts, leurs grands yeux, leur regard ardent et effarouché, la finesse habituelle de leurs traits, ont un charme qui captive et fourniraient de délicieux modèles à un aquarelliste. Valerio, qui a fait de si piquantes études sur les

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types des populations danubiennes, trouverait en Sardaigne une riche veine à exploiter, et nos peintres de genre, des scènes toutes composées, qui ne sont ni TAfrique, ni Tltalie, ni TEspagne.

Il n'y a à Sassari que deux rues bien pavées ; les autres sont pleines de trous et d'immondices. Quelques-unes sont si étroites, que deux personnes ont de la peine à y passer de front. (Test là qu'on trouve en- . core ces taudis infects où l'iiomnie vit pour ainsi dire en cohabitation avec les animaux. Pas de lit : femme, mari, enfant couchent par terre, sur des nattes. Dans un coin de la chambre, un petit âne, les yeux bandés, tourne la meule qui écrase le blé de la famille. Pas de cheminée ; un petit réchaud et une grille, voilà toute la batterie de cuisine. La vaisselle n'est pas moins simple. Elle se compose d'un plat unique dans lequel chacun pêche à son tour un morceau, et d'une gourde où l'on boit à la ronde. L'œil ne plonge qu'avec effroi dans ces tavernes hideuses, et il faut du courage aux soldats pour y passer, comme je l'ai vu, de longues heures à fumer et à boire, accoudés sur des tables boiteuses.

Il n'y a à Sassari qu'une seule fontaine, celle du Rosello. Un régiment d'ânes en distribue l'eau dans la . ville. Ces petits ânes, rabougris et velus, ont les oreilles coupées. Ils vivent dans la plus intime familiarité avec leur maître, dont ils partagent souvent le logis. En route dès le matin, ils vont, viennent la tête pendante et l'air piteux, cherchant dans les rues les

feuilles de chou ou de salade que les cuisinières charitables y ont laissées pour eux, et suivis de Tânier qui redresse à coups de bâton leurs plus innocentes distractions. Ils ont sur le dos deux petits tonneaux. Lorsqu'on on enlève un, pour que l'autre ne roule pas, on leur attache une des jambes au bât, et on les contraint à rester ainsi des heures en équilibre sans pouvoir ni prendre leurs ébats ni dormir debout, les malheureux I Il ne serait pas malaisé d'amener à Sassari quelquesunes des sources des environs. Il serait plus facile encore de faire monter l'eau du Rosello dans la partie haute de la ville , et de la distribuer ensuite dans les autres quartiers. Un capital égal à celui dont les habitants paient chaque année la rente aux âniers serait pour cela plus que suffisant. La charge de chaque âne est, en effet, de trente litres. Elle se vend un sou au rez-de-chaussée, deux ou trois sous au premier ou au second étage. Mettons la consommation moyenne de chaque habitant à six litres, ce qui est peu, quoiqu'il y ait quelques puits, et que l'habitu 'e d'économiser sur la propreté soit générale, c'est une dépense quotidienne d'au moins un centime et demi par tête, ce qui, pour une tille de vingt-deux mille habitants, représente par jour 330, et par an 120,000 francs. Pour la moitié, le quart peut-être de cette somme, on s'affranchirait du tribut qu'on paye aux âniers; mais que deviendraient les ânes (1)?

(1) On 8*occape en oe moment de la question et tout fait espérer qu*eUe sera promptement résolue.

La vue qu'on a de Sassari lorsqu'on monte à l'un des étages supérieurs des maisons situées dans la partie la plus élevée de la ville est aussi variée qu'étendue. On a devant soi la piazza et la via grande, pleines de paysans avec leurs costumes pittoresques et sales , d'oisifs promenant leur indolence ou leur ennui , de nourrices accroupies aux portes et allaitant leurs en enfants, d'ânes frétillants avec leurs barriques, de petits chevaux maigres, velus et agiles', de gamins courant, criant, vociférant, de marchandes portant sur la tête dans des corbeilles des gâteaux et des fruits qu'elles offrent d'une voix glapissante, de gardes nationaux en blouse bleue, de garibaldiens en blouse rouge, de collégiens en képi, de prêtres au teint vermeil, de capucins mal vêtus et populaires. Du milieu de

cette foule bigarrée, de ces conversations incessantes,

sort un bruit confus, immense, qui ne cesse pas et qui est cent fois plus assourdissant que celui de nos boulevards. Aux balcons, le soir, des enfants, de gracieuses jeunes filles devisent entre elles, heureuses de leur jeunesse et dps regards qu'elles attirent, et donnent aux maisons un air de fête et aux rues une singulière animation. A travers l'échappée de la via grande, le regard rencontre, après les champs d'oliviers qui font à Sassari une si verte ceinture, une vaste lande sans arbres où croissent l'asphodèle et le lentisque, puis les admirables jardins clos de murs ou de haies de cactus qui embellissent les environs de Porto-Torres, et enfin rîle de l'Asinara, dont les contours azurés s'unissent

LE PAYS. 3f

sans se confondre avec le bleu du ciel et celui de la mer.

Après Cagliari et Sassari, il y a peu de villes en Sardaigne qui soient dignes d'attirer l'attention du voyageur. Ûristano avec ses six mille habitants ne manque pas d'animation. Elle a un air de richesse et de prospérité bien rare dans l'île. Mais malgré ses dix- sept églises, on ne saurait dire qu'elle ait beaucoup de monuments, et après avoir franchi la porte ogivale et la haute tour qui lui servent d'entrée, on n'y trouve plus rien à admirer. Le vieux palais des juges et la forteresse aujourd'hui ruinés ont perdu tout leur caractère. L'archevêché n'est qu'une maison spacieuse et solide, et la cathédrale, plutôt riche que belle, n'emprunte un air de grandeur qu'à son clocher hexagone en beau grès jaune qui pyramide à plus de trente mètres avec plus de solidité que d'élégance. La population est vigoureuse, mais l'air empoisonné qu'elle respire lui fait subir de loin en loin de cruelles décimations. La plaine qui environne la ville, avec ses roseaux, ses marécages et ses brouillards, a malgré sa fertilité quelque chose de sinistre. Le Tirso qui l'arrose cache la fièvre sous l'ombrage de ses rives, et en le traversant on songe en frémissant à la barque d'Hébert et aux vers du Dante :

40 I/ILE Di: SAlîDAlGXE.

Quai dolor fora se degli spedali I)i Valdichiana, tra luglio e settembro, E di Sardogna et di Maromma, i mail Fossero iii una fossa, tutti insembro (!)!

Alghero est une ville espagnole aux rues étroites, aux lourds balcons, aux maisons bien bâties, mais délabrées, où Ton ne parle que le catalan. Sa position a quelque chose de fier et de coquet qui avait séduit Charles-Quint, mais elle manque de vie. Les plaies du temps sont béantes sur tous ses murs, et elle a je ne sais quel air de tristesse et d'orgueilleuse déchéance. Sa vieille enceinte, sa porte fortifiée rappellent un passé plus grand que le présent. Des canons rongés de vert-degris gisent sans emploi sur ses murailles, et ses bastions s'écroulent dans la mer. Il n*y a plus, sur ses remparts, que des promeneurs oisifs. Cependant son port délaissé par les grands vaisseaux est encore fréquenté par les pécheurs de corail et de sardines, et on y compte parfois jusqu'à trois cents barques. La nature est belle à Alghero. La mer enserre la vilje de ses flots bleus; le rocher qui domine le golfe entremêle pittoresquementses arêtes déchiquetées et nues aux champs couverts de cultures et de blanches maisons, etTaspect sévère des dunes qui bordent la plage au nord est tempéré par les bouquets de palmier éventail (2) qui étalent sur le sable gris leur vert feuillage.

(1) Inferno, canto 29^ st. 46.

(2) Chamœrops Immilis.

Tempio, Iglesias, Ozieri ne sont que de grands villages et empruntent tout leur charme au cadre dans lequel ils sont placés. Hàtons-nous donc de les quitter pour courir un peu la campagne.

La campagae en Sardaigne a, comme dans le reste de ritalie, ce charme triste que donnent les ruines. Parfois, dans les plaines désertes, on aperçoit à travers les grandes herbes, un tronçon de voie romaine, un vieux mur écroulé, des débris de thermes, Templacementoù fut une ville. Ici ce sont les Noraghes, derniers témoins des colonisations phéniciennes qui se dressent au flanc des collines et au pied desquels on voit la nuit reluire les feux des bergers. Là, ce sont de vastes nécropoles où l'on trouve côte à côte, ensevelies sous la même poussière, les débris des civilisations carthaginoise et romaine. La vie tantôt s'est tarie, tantôt s'est transplantée. De pauvres villages végètent où florissaient des villes importantes, et leurs basiliques trop grandes s'écroulent pierre à pierre. Des chèvres broutent parmi les colonnes tombées. Un pont antique suspend dans le vide ses arcades rompues, et de vieux châteaux gothiques, perchés sur les hauteurs comme des nids de vautours, rappellent, avec leurs tours grises et leurs donjons démantelés, le sort sinistre d'Ugolin (I), les fêtes, les tournois, les assauts, la vie tour à tour rude ou brillante du moyen âge.

Pourquoi faut-il que le présent réponde si peu au

(l) Châteaux d'Aquafrcdda. de Monreile^ de Goceano.

passé et que les champs les plus fertiles restent si souvent incultes, envahis par les lentisques et les bruyères? Les villages, éloignés les uns des autres, ont un aspect misérable. Point d'animation, point de vie De rares cavaliers sur les routes. Nulle part le spectacle de l'activité et de rindustrie. Point de maison, point d'usine, éparse dans la campagne. J'aimerais mieux la solitude absolue ; elle laisserait mieux parler la voix des souve nirs, elle s'harmoniserait mieux avec les ruines, et elle ouvrirait un plus libre accès dans l'âme à ces pensées de recueillement qui fortifient l'homme en lui apprenant sa faiblesse. Entre une campagne solitaire et une campagne abandonnée, il y a la différence d'un enfant nu à un enfant déguenillé.

Et pourtant, tout ruiné qu'il est, ce pays est beau. Ses montagnes n'ont point été, comme celles de la Grèce, sacrées par le génie des grands poètes. Elles n'ont pas vu fuir les nymphes légères, ou passer Socrate, elles n'ont pas entendu retentir la voix d'Homère, ni vibrer la parole de Démosthènes. Mais pour être moins célèbres elles n'ont pas moins de charmes. Elles ont gardé leur verte parure et les chênes y meurent encore de vieillesse. Elles sont moins finement découpées et baignées d'une lumière moins pure. Elles ont quelque chose de plus sauvage dans leur structure et de plus cru dans leur coloris, mais elles ont plus d'ombre et de fraîcheur, des vallées plus vertes, des sources plus abondantes, et moins belles à contempler, elles seraient plus douces à habiter. Quand le soir je les voyais aux

dernières heures du couchant se teindre de ces tons lilas qui, peu à peu, se fondent dans une ombre argentée, ,et que, délivré du poids du jour, je respirais plus librement, je passais de douces heures à les contempler et, en m'y reportant par le souvenir, je ne puis m'empêcher de dire avec le poète : rus quando te adspiciam? belles montagnes, quand vous reverrai-je?

Les plaines présentent le coup d'œil le plus varié. Lesuiles, comme dans le Campidanod'Oristano, entremêlent les haies de cactus et les palmiers aux plus splendides moissons, et en automne, après la récolte, disparaissent'sous un linceuil de poussière crayeuse. Les autres se conservent vertes, mais d'un vert pâle et maladif , elles sont couvertes de joncs, hérissées de roseaux, semées de flaques d'eau limoneuse, parcourues par de maigres troupeaux et souvent noyées de vapeurs épaisses. Il y en a qui , aussi loin que Tœil peut s'étendre, n'offrent aux regards qu'une lande pierreuse où les moutons trouvent à peine de quoi vivre, ou une maigre végétation arborescente, des genêts, des bruyères, des chèvre-feuilles suspendant aux arbustes leurs lianes capricieuses. Puis tout à coup on voit se succéder, dans un court espace, de grands chênes verts avec leurs branches noueuses, des olivaies touffues, de riches vignobles, de gras pâturages. Il est rare que les plaines s'étendent à plus de cinq ou six lieues sans qu'un groupe de collines vienne en rompre la monotomie, tantôt s'étageant en gradins, tantôt s'onvrant en gorges profon-

41 i/lLE DE SARDAIGXE.

des, le plus s uvent s'inclinant mollement pour donner naissance à une plaine nouvelle.

Mais la merveille de la Sardaigne ce sont ses bois d'orangers, celui de Millis surtout (1). C'est une vraie forêt de grands arbres, incessamment rafraîchie par des ruisseaux d'une eau limpide. La vigueur de la végétation, le feuillage sombre qui s'harmonise si bien avec le bleu un peu cru du ciel, le'î branches qui plient sous le poids des fruits, le sol jonché de fleurs, l'odeur enivrante, tout parle à la fois aux regards, à l'imagination, à tous les sens. On se rappelle les beaux vers du Tasse :

Co* fiori eterni, eterno il frullo dura E mentre spunta l'un, Talfro matura.

Pcndono a un ramo, un con dora ta spoglia ï/alfro con verde, il novo o il porno anlico.

Et au chant des oiseaux on rêve à l'enchanteresse que le poète avait placé dans ce séjour de volupté : « Elle est couchée sur le gazon et son amant sur son (( sein. Sa gorge n'est qu'à demi- voilée et ses che- (( veux flottent au gré du vent d'été. Elle languit « d'amour et la sueur qui perle sur ses joues brûlantes « en augmente l'éclat. Semblable au rayon de lumière (( qui traverse l'onde, un sourire plein de trouble et (( de volupté brille dans ses yeux humides. Elle se « suspend à lui; lui, doucement l'attire, et visage

(l) Ceux d^'glesias et de Domus noyas sont admirables.

i( contre visage, leurs yeux avidement se repaissent « Tun de Tautre. Puis elle s'incline; tour à tour sur « ses veux, sur ses lèvres elle ceuille des baisers, et « alors un soupir si profond sort de la poitrine de c< Renaud qu'on croirait que son âme s'est envolée <( pour aller s'unir à celle d'Armide (1).» Puis rappelé à la réalité par une orange qui tombe ou par une branche qui vous fouette le visage, ou par un ânier qui jure, on se dit qu'il serait doux de passer là sa vie, de s'y faire moine, de s'y enfermer avec des livres dans la solitude et de consacrer ses jours à l'étude de soi-même et de Dieu, au milieu des splendeurs inspiratrices de cette belle nature, loin du tracas des affaires et des petitesses du monde. On se le dit, et l'on remonte ensuite à cheval, on poursuit sa route et au premier bateau on repart pour Paris ou pour Londres.

Les Sardes font comme les étrangers, ils admirent les beautés de leur campagne, mais ils ne s'y fixent pas, ils la laissent aux paysans. On pourrait compter les villas (2) où quelques grands seigneurs viennent «lu printemps se reposer des plaisirs de l'hiver et goûter les charmes d'une vraie vie rustique. Là, au milieu des portraits et des souvenirs de leurs ancêtres, entourés d'une population qui est leur clientèle héréditaire, ils sèment les bienfaits et donnent une impulsion féconde;

(1) Tasso. GenuaUmme

(2) Les vinasBoyl, Laooni, ViUahcrmosa, etc.

mais ils n'ont, jusqu'à présent, que trop peu d'imitateur».

D'où viennent cette désertion des champs, cette décadence des villes? L'histoire va nous l'apprendre.

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