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fusil SOUS le chevet» mais nos femmes sont honnêtes, et nous n*aYons pas un quart d*enfants naturels comme i Paris. Nous n avons pas de grandes ihdustrieSf mais nous n*avons pas non plus de spéculateurs effrontés qui, sous prétexte d*opérations patriotiques, ruinent avec une implacable sérénité des milliers de lamilles. Nous sommes moins riches, mais nous sommes plus gais. Nous n'avons pas une grande histoire, mais nous avons d'illustres historiens. Si nos médecins en sont encore à la méthode du docteur Sangrado, la saignée et Teau chaude, c'est une question de climajt et une tradition espagnole. L'homœopathie et Thydropathie ne réussiront jamais chez nous ; nous sommes trop patriotes pour rien accepter des Allemands. Si vous dédaignez les travaux de nos savants, c'est que vous ne les connaissez pas, et nous nous ves^eons en ne lisant pas les vôtres.
Nos archéologues ont, tout aussi bien qu'ailleurs» pour toute chose, des explications toutes prêtes. Il n'e$,t pas d'inscriptioms si effacées qu'ils ne déchiffirent» pas de sculptures i^i nti^utilées qu'ils m fastitu^iit; ik voiejat toat et n'abrègent rien (l) et ils oût îK>ttr le ïx^oixks autant d'imagination que de science. Noua cotianaissons taut aussi bien que vous l'art de faire en histoire quelque chose de rien. On découvre un document ; le premier qui le commente y teouve la preuve d'un fait douteux ou l'édaircisseuienrt. d'ua fait obscur,
(Ij Ou a clit,de Hotilosquieu qu^il abrégeait tout paree^ qu'il To^aît toùt*
dHB L'ILE DE bAKDAluKK.
et il y appuie tout l'échafaudage de ses conjectures. Un second vient qui regarde comme démontrées les conjectures de son devancier, et part de là pour en faire d'autres, et ainsi l'édifice se construit et s'élève. Nous avons, en Sardaigne comme en France, des auteurs qui passent pour savants parce qu'ils multiplient au bas des pages les renvois aux auteurs qu'ils n'ont pas lus, et qu'ils ne renvoient jamais aux auteurs qu'ils copient. Ne riez pas ; je pourrais vous citer des académiciens qui n'ont de succès chez vous que lorsqu'ils éditent les ouvrages des autres.
Mon Sarde, aurait continué sur ce ton pendant des heures si je ne l'eusse interrompu. De grâce, lui disais-je, apprenez à vous mieux connaître. La modestie, je le sais, n'est pas une vertu méridionale. Il me semble pourtant, qu'à l'exemple de vos frères italiens, vous êtes devenus trop fiers depuis que nous avons vaincu pour vous à Solferino. Trop de présomption amène le découragement. Si le doute est le commencement de la science, l'humilité est le commencement de la réforme. Tenez, on m'avait montré en Sardaigne bien des tableaux trop vantés dont je comptais dire un mot; je n'en dirai rien. Le courage me manque après avoir revu avec vous ceux du palais Madame. Dans votre île, on se laisse aller trop volontiers à l'apologie de la médiocrité ; on rend par-là à vos compatriotes un mauvais service. Il faut, pour élever les esprits, ne proposer à leur admiration que de grands modèles. C'est fausser le goût ou montrer qu'on en
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manque que d*exalter outre mesure des œuvres vul* gaires. Pourquoi n*avez-vous pas à la fois plus d*ambi • tion et plus de modestie? pourquoi abandonuez-vous votre commerce aux mains des étrangers? pourquoi laissez-vous inexploitées les richesses de vos mines? pourquoi votre agriculture, qui pourrait être si riche, est-elle si arriérée ? Pourquoi toujours des velléités et des impatiences d'agir, pour n'aboutir qu'à de ridicules avortements? Pourquoi cet amour de discussions oiseuses et de vides harangues? Soyez plus sages que *es Napolitains. Défiez-vous de ces meetings tumultueux où les lieux communs les plus contradictoires sont tour à tour également applaudis, où les propositions les plus folles sont toujours les plus goûtées et où les libertés de 1 Italie pourraient trouver un dangereux écueil. Fréquentez un peu moins la place publique. Restez un peu plus dans vos champs. La charrue vous réclame...
— Ah! je vous arrête. Vous allez comme tant d'autres nous reprocher de ne pas savoir faire le beurre. N'en croyez rien. Si nous n'en faisons pas, c'est que nous aimons mieux celui de Milan (1). Vous nous croyez barbares parce que nous n'endurons jamais une injure sans la venger, et qu'on trouvait encore chez nous, il n'y a pas longtemps, des bravi prêts à dépêcher lin homme pour de l'argent, lleproche de gens énervés. Au seizième siècle, au milieu des splendeurs de cette
(1) On amène à Cagliari beaucoup de beurre de Lombardie.
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renaissance dont vous êtes si fiei's, vous aviez vos spadassina aussi. Cela empêchai l-il vos arts de fleurir, voH femme» d'être aimables et lettrées, vos grande hommes d'avoir autant d'esprit et plus de caractère? Vous êtes; je l'avoue, plus tolérants que nous pour lesjnœirs. A Paris, vous pôussez-mèmc un peu loin la tolérance ; cai; enfin ces filles qui étalent de jour en jour davantage leur insolence et leur honte, si vous leur jetiez un peu moins d'or et un peu plus de mépris, elles ne passeraient pas dans votre société, sur vos théâtres, en triomphatrices, et vos fils et vos femmes y gagneraient peut-être. Mais où est donc cette tolérance pour les idées dont vous vous vantiez autrefois? Si les jésuites ouvrent chez vous des écoles, vous criez à l'accaparement de la jeunesse. Si un professeur parle librement dans sa chaire, vous réchauffez par je ne sais quel galvanisme vos croyances languissantes, vous criez au scandale et vous deinan'dez au nom d'une foi que vous n'avez pas, un silence prudeiit- Vous votez des millions pour aller ccwnbattre l'intolérance en Chine et en Syrie, mais che3 vous, vous avez une vérité officielle, sacramentelle, en dehors de laquelle toute libre pensée vous parait hostile et dangereuse. Il faut que tout soit estampillé, timbré, enrégimenté, caserne, classé, étiqueté pour vous plaire. Vous avez un grand juge du diapason qui s'appelle le ministre d'État, un grand maître de la presse qui s'appelle le ministre de l'intérieur et un grand pontife do l'histoire qui s'appelle le ministre de l'instruction publique. La philosophie même, cette
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vieille enfant rêveuse, n*est pas chez vous à Tabri des coups d'E^t. Vous la débaptisez, vous la proscrivez, vous la rappelez. Vous finirez par lui nommer un directeur et un chef de bureau. N'est-ce pas par un règles meut que vous fixez le nombre des facultés de Tàme? Vous en aviez quatre sous M. de Frayssinous, vous n*enavez plus que trois sous M. Fortoul. Conte rnpteurs de Tautorité et solliciteurs incorrigibles, dans vos folles colères d'un moment vous renversez quelquefois des trônes, vous ne vous affranchissez jamais des programmes, des mots d'ordre et des commis. Vous payez cinq cent mille fonctionnaires dont le moindre souci est de faire vos affaires, et sans compter feue votre garde nationale vous avez au moins un million de citoyens qui ont droit à l'uniforme. Vous prétendez que chez vous l'esprit court les rues et en plein soleil, à Paris, dans cette grande ville que vous qualifiez modestement de capitale de l'univers, vous avez des journalistes qui racontent, patrouent et font de temps en temps, pour Tédification des badauds quelque miracle dans leurs feuilles. Pour nous ces choses-là sont depuis longtemps affaires de couvents que nous laissons aux moines. Vous vous piquez d'être le peuple logique par excellence et de parler la plus précise des langues, et personne n'est plus que vous dupe des mots. Pourvu qu'on inscrive un beau programme sonore sur votre drapeau, on vous mène au bout du monde les yeux fermés, et vous faites bon marché des conquêtes de la révolution pourvu que ce soit au n )m des principe» de 89 qu'on vous en de-
mande le sacrifice. Vous nous traitez de sauvages, et pour moi, je vous regarde comme de grands enfants qu'on berce avec des espérances, qu'on endort avec des paroles et auxquels on fait accepter le présent en leur dorant l'avenir.
On peut croire que j'avais beaucoup à répondre à de si injustes accusations. Je fais grâce de mes réponses. Chacun de mes lecteurs en fera une qu'il trouvera cent fois meilleure que ne lui eût semblé la mienne. Pour moi, je ne veux plus que conclure.
Si je ne me trompe, cette longue étude sur les révolutions et sur rétat présent de la Sardaigne, porte avec elle un clair enseignement. Elle nous fait voir quel est pour les peuples le prix de l'indépendance et de la liberté. Voilà en effet un pays qui avait reçu de la nature un sol fertile, un climat doux et serein, des côtes étendues et hospitalières, une population pleine d'intelligence et d'énergie, et cependant il restait pauvre et obscur; il n'avait qu'une agriculture arriérée, un commerce languissant, une industrie sans essor, une littérature sans gloire. Pourquoi au milieu de tant de sources de richesses et de grandeur était-il ainsi déchu ? C'est qu'il était à la fois isolé et asservi ; qu'il avait subi longtemps le double joug, à l'extérieur d'un peuple conquérant, à l'intérieur d'une noblesse étrangère, que la féodalité y avait introduit un communisme ruineux, et qu'en y divisant les intérêts et en y immobilisant les