V. LES TROUBLES DU FLEUVE BLEU
Voici comment dès 1735, le P. du Halde, reproduisant une lettre d'un missionnaire de Tsong-ming, émettait cette opinion, que tous regardent aujourd'hui comme une vérité hors de doute : «On prétend que l'isle de Tsong^ming s'est formée peu à peu des terres que le Yang-tse-hiang, grand Fleuve qui passe à Nan-king, a entraînées de diverses provinces qu'il arrose (1).»
Au commencement de ce siècle, Grosier rapportant le sentiment des anciens missionnaires, qu'embrassèrent aussi «les savants de l'ambassade anglaise» (1793), ne donnait lui-même qu'à titre de conjecture l'île de Tsong-ming, comme «une production assez récente (2).»
Les Chroniques de Tsong-ming, moins savantes que les géologues d'Europe, ne se sont pourtant pas méprises sur la cause normale de ces formations alluviales, et leurs auteurs, malgré leur foi puérile en un dragon protecteur, assignent souvent les troubles du Kiang comme les vrais agents qui créent de nouvelles terres dans le lit ou sur les rives du Fleuve. Ils constatent, par exemple, que les canaux s'ensablent rapidement et que chaque repos de la marée laisse retomber une quantité notable de sédiment sur les côtes qu'un courant trop rapide ne vient pas afTouil- 1er et détruire.
Mais là se borne pour nos insulaires la connaissance du phénomène, et certes, en dépit des rêves les plus optimistes, ce n'est
teur est plus facétieux encore quanti il provoque les Chinois à l'étude de la géologie, "la "science par excellence, dans l'espoir qu'alors, peu à peu, s'établira entre eux et les euro- "péens un courant de confiance et de sympathie sur lesquels on pourra enfin fonder les "plus immenses et les plus durables relations."
En réalité M. Simon avait en vue des intérêts d'un ordre plus relevé; il espérait confirmer par les "recherches qu'on pourrait faire. . ." sa thèse favorite de l'homme-singe. Longtemps avant ce rôvc d'un utopiste, des hommes qui connaissaient bien les Chinois, prononçaient ce jugement véridique : "Ceux qu'on appelle habiles lettrés Chinois sont "ordinairement des hommes qui n'ont nulle critique, peu d'érudition ; ils sont sans princi- "pes de nos sciences et pleins intérieurement d'un mépris ridicule pour tout ce qui n'est "pas chinois. Du reste ils comptent pour rien de nous tromper, disant selon leurs inté- "rôts, le blanc et le noir." (Lettre du P. Gaubil à M. de l'isle. 1752).
En tous cas, il est fâcheux que l'auteur, non content du rôle de bf^te qu'il revendique pour ses ancêtres, ait voulu se réserver personnellement celui d'homme méchant. Nous ne pouvons appeler d'un autre nom, celui qui a pris il tâche dans un livre, la Cité Chinoise^ de prodiguer la calomnie aux missionnaires catholiques, qu'à coup sûr, il connaît aussi peu que la nation païenne dont il s'est fait le panégyriste grotesque.
(1) Description de V Empire de la ChinCy par le P. J. B. Du Halde, S. J. 1735. — Lettre du P. Jacquinot, 1712.
(2) Grosier. De la Chine. T. 1. pag. 75. 1818.